Noël

Comment controller la « floraphobie »

Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de mettre les écrits de son père à la disposition du public. Cet article a été initialement publié dans le journal Le soleil le 28 décembre 2003.

Il y a deux classes de personnes: celles qui acceptent avec bonne grâce de recevoir une plante en cadeau à Noël et qui y trouvent même un défi intéressant à relever… et celles qui paniquent quand on leur apporte une plante-cadeau. En déballant un poinsettia, un houx ou un cerisier de Jérusalem, les premières sont contentes: elles voient dans la petite plante si colorée un élément décoratif de plus pour compléter l’ambiance des Fêtes. Les secondes cependant commencent déjà à paniquer quand elles se rendent compte que la plante n’est pas en plastique. « Non! Vous n’allez pas la laisser ici, quand même! Je vais sûrement la faire crever!» Mais oui, on va vous la laisser et non, elle ne crèvera pas, du moins pas tout de suite. Pour ces dernières. Il leur faudra tout simplement apprendre à contrôler leur floraphobie.

Homme effrayé par une plante
Floraphobia: feeling of panic and discouragement that follows receiving a plant as a gift. Photo: Mathieu Hodgson.

Définissons la maladie

Floraphobie (néologisme québécois, 2003) : sentiment de panique et de découragement qui suit la réception d’une plante en cadeau et qui fait en sorte que le malade est incapable de lui prodiguer des soins adéquats. Souvent le patient voit dans l’entretien pourtant élémentaire d’un végétal en pot un défi insurmontable et pense que tout le monde le jugera négativement s’il ne réussit pas, ce qui ne fait qu’augmenter son état de panique. Il a aussi tendance à anthropomorphiser prenant la plante pour un être doué de raison dont la perte équivaudrait à un meurtre.

La floraphobie est courante surtout chez les gens n’ayant jamais goûté aux plaisirs du jardinage. Ils n’ont pas appris à accepter qu’une plante ne vive pas éternellement et que, dans la nature, ce soit une question de survie des plus forts : certaines survivent pour fleurir de nouveau, d’autres crèvent, tout simplement. Voilà l’attitude u développer pour combattre la floraphobie.

Chaton grimpant sur une plante d'intérieur
Une plante n’est pas comme un chiot ou un chaton : elle n’a pas besoin de soins à chaque instant. Photo: Helena Jacoba.

Qu’est-ce que cette petite plante si colorée?

Il faut d’abord savoir que personne ne vous jugera si vous échouez. D’ailleurs, les plantes vendues dans le temps des Fêtes font rarement de bonnes plantes durables capables de survivre année après année et qu’il faut alors entretenir avec grand soin. Bien au contraire, les plantes de Noël sont, pour la plupart, des plantes éphémères qui ne dureront que deux ou trois semaines, puis sombreront dans la déchéance, un peu comme un bouquet de fleurs coupées, mais un bouquet avec des racines, ce qui leur permet de survivre un peu plus longtemps. Personne ne s’attend à ce que vous gardiez éternellement des roses coupées… et vous ne devriez pas avoir d’attentes trop grandes vis-à-vis les plantes de Noël non plus.

Le plus important quand on reçoit une plante en cadeau est de ne pas céder à la panique. Une plante, ce n’est pas comme un chiot ou un chaton : elle n’a pas besoin de soins presque à chaque instant. Une intervention ou deux par semaine suffira. Ainsi, à la réception du cadeau, déballez la plante, oui, et si le terreau est sec au toucher, versez une demi-tasse d’eau tiède (et surtout pas froide ni bouillante), mais par la suite, vous pouvez la déposer dans un endroit où elle paraîtra bien. Pas besoin de penser à l’éclairage dont elle aura besoin. Pour le temps des Fêtes, elle servira de décor vivant, voilà tout.

Les Fêtes terminées, il est temps d’examiner Ia plante de nouveau. Est-elle encore belle? Sinon, à la poubelle, et ce sans pitié ni arrière-pensée ! Ce n’est pas la peine de faire une crise quand une plante meurt: je le répète, plusieurs des plantes des Fêtes ont une vie utile d’une semaine ou à peine plus. Quand les feuilles sont fanées ou qu’elles tombent, vous en disposez, point à la ligne.

Narcisse Paperwhite dans un pot
Narcisse Paperwhite. Photo: www.longfield-gardens.com.

Les éphémères

Les plantes suivantes sont des plantes éphémères, elles ont été produites à la chaîne dans de vastes serres dans le seul but de bien paraitre pendant une semaine ou deux. Même un expert aura de la difficulté à les garder en vie! Arrosez-les assez pour humidifier toute la motte quand leur terreau est sec au toucher, il ne vaut pas ln peine de les mettre à la clarté le jour ou de surveiller la température. Elles durent le temps qu’elles durent, puis elles vont au compost.

Bonsaï mort
Les bonsaïs sont souvent déjà morts lorsqu’ils sont achetés. Photo: Jerry Norbury.

Les morts-vivants

Regardez bien votre «?bouquet?» : a-t-il des racines ? (Tirez un peu sur la tige pour voir). Si ce n’est pas le cas, il s’agit peut-être d’un vrai bouquet… de fleurs coupées. N’oubliez pas que les fleurs coupées sont déjà mortes, et qu’elles n’apparaîtront que pendant un court moment. Arrosez-les tant qu’elles sont belles, puis jetez-les !

Les bonsaïs aussi sont souvent déjà morts à l’achat. C’est surprenant, car ils coûtent assez cher. Mais un bonsaï n’est pas capable de survivre à l’inattention: Ià, vous avez entre les mains une plante qui EST comme un chiot ou un chaton. Habituellement, on l’a tué avant même Ia vente, inutile donc de vous sentir coupable s’il continue de décliner à la maison.

Si votre bonsaï-cadeau a encore des feuilles vertes qui ne craquent pas quand vous les pliez, il est peut-être encore en vie. Dans ce cas, allez à la rubrique: «Soins quotidiens».

Amaryllis
Amaryllis. Photo: Elias Rovielo.

Les «faciles à garder en vie»

Les plantes suivantes ne sont pas si difficiles à garder en vie. À faire refleurir, oui, mais vous pouvez les conserver plusieurs semaines, voire plusieurs années, comme plantes fleuries, d’abord, puis comme plantes vertes ensuite. Et celles marquées d’un astérisque (*) peuvent même refleurir, du moins éventuellement, sans soins spéciaux. Je souligne toutefois le mot « peuvent »: il n’y a pas de garantie et il ne faut pas se sentir coupable si on ne réussit pas ce qui relève, en fait, d’un exploit.

Procurez à ces plantes un «bon éclairage» (deux ou trois heures de soleil direct par jour) et arrosez-les abondamment, jusqu’à ce que le surplus d’eau se draine du pot, dès que leur terreau est sec au toucher (aux 4 à 10 Jours). Une température normale de maison conviendra. Comme elles peuvent vivre plusieurs années, il leur faudra aussi des éléments nutritifs de temps en temps. Appliquez un engrais soluble à chaque arrosage, au quart de la dose recommandée, entre mars et septembre.

Même ces plantes ne sont pas éternelles, cependant: quand elles ont l’air plus mortes que vivantes, jetez-les.

Une azalée de fleuriste.
Florist’s azalea. Photo: DenesFeri, Wikimedia Commons

Les «soins quotidiens»

On ne devrait pas avoir le droit de vendre les plantes suivantes sans exiger que l’acheteur suive un cours intensif concernant leur entretien, car elles sont réellement exigeantes. La majorité ne font pas plus de deux semaines dans la maison et les gens qui peuvent se vanter de les avoir maintenues en vie pendant plus d’un an sont rares. Ne soyez donc pas atterré quand elles rendent l’âme, car même les experts les ratent.

Pour tenter de les garder en vie, essayez le régime suivant : placez-les devant une fenêtre ensoleillée le jour et où il fait frais le soir et surveillez l’état de leur terreau quotidiennement. S’il est sec au toucher, plongez le pot dans de l’eau tiède pendant cinq minutes, puis laissez drainer. Et répétez la vérification tous les jours, replongeant le pot au besoin. Fertilisez hebdomadairement, A dose faible (1/4 de la dose recommandée), entre mars et septembre.

Et voilà! Vous sentez-vous un peu plus rassuré? Quand vous aurez accepté qu’une plante en pot ne soit pas nécessairement pour toujours et que les plantes vendues dans le temps des Fêtes, surtout, représentent un défi même pour les experts, il vous sera plus facile de les accepter pour ce qu’elles sont: des éléments décoratifs temporaires qui finiront probablement, tôt ou tard, à la poubelle. Respirez donc à fond, détendez-vous et apprenez à les apprécier le temps qu’elles durent. Ainsi votre floraphobie se dissipera pour céder la place à… un début de «pouce-vertite».

À propos Larry Hodgson

Journaliste et blogueur horticole, auteur de 65 livres de jardinage, conférencier et vulgarisateur hors pair, le jardinier paresseux, Larry Hodgson, nous a quitté en octobre 2022. Reconnu pour sa grande générosité, sa rigueur et son sens de l'humour, il a touché plusieurs générations de jardiniers amateurs et professionnels pendant 40 ans de carrière. Grâce à son fils, Mathieu Hodgson, et une équipe de collaborateurs, le blogue jardinierparesseux.com continuera sa mission de démystifier le jardinage et le rendre plus accessible à tous. Le blogue le jardinier paresseux offre plus de 2800 billets aux amateurs de jardinage, toujours dans le but de démystifier le jardinage et le rendre plus facile aux participants. Si vous avez une question sur le jardinage, entrez-la dans Recherche: la réponse s’y trouve probablement déjà.

9 comments on “Comment controller la « floraphobie »

  1. L’an passé, à Noël 2021, on m’a offert un cyclamen…
    Je pense que je n’ai pas dû le rentrer assez tôt après sa période de repos en été : ( je l’ai rentré fin septembre), mais malgré tout ça il va me faire des fleurs, mais il ne sera pas en fleur pour le premier de l’an, les fleurs qui apparaissent sont beaucoup trop petites. Cependant, je vais en avoir 5 ou 6 – pour commencer…

  2. Fabienne Hubert

    Cette photo de Larry est excellente! Le côté gamin farceur me fait sourire avec tendresse. Et merci de me déculpabiliser de tous ces cyclamens dézingués par trop de mauvais bons soins.

  3. Viviane Haeberlé

    J’adore la photo de Larry. Elle me rappelle son humour rassembleur que j’ai tant apprécié lors des voyages horticoles (un sens de humour qu’il a, de toute évidence, transmis à son fils!).

  4. Merci pour cet article, une magnifique photo souvenir de Larry.

    Je suis dans l’étonnement avec un kalanchoe.

    Il a passé l’été dehors dans une boîte à fleurs.

    J’ai retiré une petite tige seulement de la boîte à l’automne.
    Comme je n’avais rien sous la main pour l’empoter, j’ai taillé ses racines trop longues et l’ai foutu dans un verre d’eau, en attendant…

    Il est toujours dans le verre d’eau avec un feuillage resplendissant
    et le bouquet : il a 4 boutons floraux prêts à s’ouvrir !!
    Un kalanchoe aquatique !?!
    Bonne journée

  5. Petite faute à corriger dans le titre: contrôler

  6. Ah je comprends pourquoi mon cyclamen a péri, il n’y avait rien à faire avec lui. Merci pour cette liste de plantes.

  7. Denise B, Québec, Qc

    Moi, j’ai compris. Comme ma belle-mère déteste s’occuper de plantes (elle les noie littéralement), je lui offre des fleurs en soie pour se souvenir d’un événement particulier.
    Et je récupère ses plantes suspendues estivales achetées à l’épicerie que je rentre ici à l’automne après un bon nettoyage. De là ma collection de pélargoniums…

  8. Je ne comprends pas pourquoi le Cyclamen on le dit difficile à cultiver, j’en possède un depuis plus de 15 ans et fleurit 10-11 mois par année, je n’ai pas changé de pot depuis longtemps, un peu d’engrais, fenêtre à l’ouest, je ne le sort jamais à l’extérieur et il est magnifique… tellement facile à garder…

  9. Le charme des végétaux, c’est qu’en acceptant d’expérimenter à leur contact, ils nous réservent parfois de belles surprises !

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