Récolter ses propres semences

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20150930AL’automne est la saison principale pour récolter les semences de vos plantes de jardin: légumes, annuelles, vivaces, arbustes, grimpantes, etc. On peut récolter les semences de presque toute plante qui fleurit, mais il va sans dire que, si vous voulez récolter des graines, il ne faut pas avoir supprimé les fleurs fanées de la plante, car c’est à l’emplacement de la fleur que les graines se forment.

Pourquoi récolter ses propres semences?

Eh bien, pour l’économie, bien sûr! Pourquoi payer pour acheter des semences fraîches quand vous pouvez les produire vous même? Et dans le cas des végétaux qu’on achète habituellement sous forme de plants (vivaces, arbustes, certains légumes), l’économie est encore plus grande. Vous pouvez produire des centaines de thuyas, de rudbeckies ou de pavots d’Orient, par exemple, pour le prix d’un seul plant acheté en pépinière! Vos seules dépenses seront pour du terreau et des pots!

De plus, récolter des semences est une activité simple, facile à pratiquer et la conservation des semences prend réellement très peu d’espace.

Comment récolter les graines

Chaque plante a sa façon de porter des graines, mais les deux formes les plus usuelles sont la capsule sèche et le fruit humide.

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Quand la capsule brunit, les graines sont prêtes à récolter.

Si la plante produit des capsules, la récolte est particulièrement facile. Il s’agit d’attendre que la capsule brunit, signe qu’elle est mûre, et de la couper. Après, ouvrez-la avec vos doigts afin d’extraire les graines, ou, si la capsule est ouverte, tournez-la à l’envers au-dessus d’une feuille de papier blanc (pour mieux voir les graines qui tombent).

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Les graines à aigrettes s’envolent facilement.

Par contre, certaines graines sèches portent des aigrettes ou des soies (le pissenlit est l’exemple le mieux connu) et partent rapidement au vent dès leur mûrissement; d’autres capsules éclatent à maturité et lancent les graines au loin (l’impatiente, par exemple).

Sac de filet

Recouvrez d’un sac en filet les fleurs aux graines volatiles pour ne pas les manquer.

Pour ces graines «volatiles» qui risquent de disparaître dans la nature avant que vous n’ayez le temps de les récolter, il est sage de recouvrir la fleur fanée d’un sac en filet qui empêchera les graines de s’envoler. Notez que pour les graines à aigrette, il est aussi sage d’enlever l’aigrette au moment de la récolte, car elles s’envolent facilement même au moment de faire les semis.

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Les fruits humides annoncent leur maturité en changeant de couleur.

Les fruits humides annoncent habituellement leur maturité en changeant de couleur: le fruit passe de vert à rouge, orange, jaune, etc. Il faut donc les laisser mûrir sur le plant. Pour les légumes comme le concombre, la courge d’été, le haricot, etc., c’est donc dire que le fruit doit rester sur plant beaucoup plus longtemps que la normale. Le concombre deviendra alors jaune ou orange, le haricot, beige ou marbré et la courge d’été, jaune, orange, rouge ou multicolore.

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Récolte des graines d’un fruit mûr.

Ouvrez le fruit mature et prélevez les graines, puis lavez-les de tout trace de chair. Enfin, faites-les sécher au soleil pendant quelques jours avant de les ensacher.

Enfin, il est toujours sage d’identifier l’enveloppe du nom de la plante et de la date au moment de la récolte. Ainsi vous éviterez toute confusion au printemps.

Ensacher ou semer tout de suite?

La plupart des jardiniers aiment semer leurs graines au printemps. Et comme les graines mûrissent à l’automne, il est utile d’ensacher vos graines à la récolte. Les enveloppes de papier sont préférables, car elles absorbent toute humidité excessive.

Par contre, vous pouvez aussi semer les graines de plantes rustiques (vivaces, arbustes, arbres, etc.) dès la récolte, sans les faire sécher davantage, notamment s’il s’agit d’une plante capable de supporter un hiver froid. On peut aussi semer certaines annuelles résistantes au froid (dauphinelle, pois de senteur, muflier, etc.) à l’automne et elles germeront tout naturellement au printemps.

Le cas des plantes hybrides

Si vous êtes un adepte du potager, notamment du potager biologique, on vous a sans doute mis en garde sur l’importance de ne pas récolter les graines des hybrides F1 … mais qu’on est-il vraiment?

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Quand on sème les graines d’une plante hybride, les résultats sont variables… mais pas autant que dans cette image (en fait, différentes tomates cerises posées ensemble).

D’abord, il faut comprendre que les hybrides F1 traînent, dans leur bagage génétique, des gènes mélangés d’ancêtres différents. Ainsi, quand vous semez leurs graines, les différents traits des ancêtres peuvent ressortir. Un maïs hybride F1 à gros épis bicolores, par exemple, peut alors donner des plants aux grains blancs, jaunes ou bicolores sur des épis de taille variable! On dit que ce maïs «n’est pas fidèle au type». Si votre but en achetant des semences est de récolter les graines annuellement afin de les ressemer, il vaut donc mieux vous restreindre aux variétés non hybrides, des légumes patrimoniaux par exemple, car elles donneront des plantes essentiellement identiques à la plante-mère. Par contre, si vous aimez les surprises, il peut être fascinant de semer les graines d’une plante hybride.

Un autre détail à retenir est que, pour préserver la pureté d’une lignée, il ne faut pas cultiver une autre variété apparentée juste à côté. Si vous tenez à récolter les graines de votre poivron rouge préféré (non hybride, bien sûr), mais que vous cultivez à deux pas un poivron orange ou pourpre ou même d’un piment fort, il est fort probable les abeilles ou d’autres pollinisateurs auront fait leur devoir de transport de pollen et que les graines contenues dans le capsule soient aux traits croisés. Ainsi vous risquez la déception quand vous les semez: les fruits ne seront pas conformes au plant d’origine.

Mais si ma plante ne fleurit pas!

Il est évident que, pour produire des graines, la plante doit d’abord fleurir. Mais certaines plantes ne semblent jamais fleurir. Habituellement, il s’agit de légumes-racines ou de légumes-feuilles.

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Capsules de radis qu’on laisse mûrir sur le plant.

C’est que, pour obtenir les graines, il faut laisser au moins un plant mûrir. Normalement, on récolte les légumes-feuilles et les légumes-racines avant leur maturité complète et ainsi ils n’ont pas le temps de produire des graines. Pensez aux radis ou à la laitue: on les récolte très jeunes, avant qu’ils ne «montent en graine», comme on dit. Si vous laissez toutefois quelques plants  de radis ou de laitue faire son cycle normal, il fleuriront et produiront des graines que vous pouvez récolter.

Par contre, beaucoup de légumes-feuilles et de légumes-racines sont des bisannuelles: carottes, panais, choux (et autres crucifères), rutabagas, betteraves, oignons, bettes à carde, poireaux, etc. Ils ne fleuriront que si vous les laissez en terre tout l’hiver, dans lequel cas leurs fleurs s’épanouiront au printemps prochain. Encore faut-il qu’ils soient rustiques sous votre climat, toutefois. Il n’est pas toujours facile de récolter les graines de chou, de betterave ou de bette à carde sous le froid climat québécois: à moins de les protéger amplement à avec une épaisse couche de paillis à l’automne, ils survivent rarement à l’hiver.

Et voilà! La récolte des semences: une technique si facile à appliquer, mais si souvent oubliée!

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5 réflexions sur “Récolter ses propres semences

  1. Chantal Bourassa

    Je viens de lire votre livre Les semis et cet article et je reste avec une question.

    J’aimerais savoir comment puis-je distinguer qu’elles sont les hybrides dans mon jardin. Je parle bien sûr de plants achetés avec étiquette de nom. Par exemple est-ce que mes Astibles ‘ Younique Carmine ‘ et mes Rudbeckia hirta ‘ Indian Summer ‘ seront fidèles au types si je sème leurs graines ?

    En fait puis-je savoir si mon plant est une variété ou un cultivar.
    Une variété serait fidèle au type (croisement naturel)
    Un cultivar ne serait pas fidèle au type ( croisement par l’homme).

    • Vous l’avez compris en bonne partie. Le nom des cultivars s’écrit entre parenthèses simples. Comme Astilbe ‘Younique Carmine’. Normalement ils ne seront pas fidèles au type par semences, car ce sont des hybrides et ont un bagage génétique mélangé.

      Les plantes non modifiées par l’être humain ne portent pas de nom de cultivar (exemple Rudbeckia fulgida sullivantii) et seront fidèles au type… à moins d’avoir été cultivées à côté d’une plante proche parente, dans lequel cas, il peut avoir eu des croisements.

      Voilà pour les arbustes, les vivaces, les arbres, etc. Côté des annuelles et des légumes habituellement produits par semences, par contre, il existe aussi des « lignées fixées » (tomate ‘Brandywine’, l’alysse odorante ‘Carpet of Snow’, par exemple). On dit que ces plantes sont des lignées « fixées » ou « stablisées », car on les a sélectionné pour des caractéristiques identiques pendant plusieurs générations (une génération pour une annuelle est seulement un an!) et chaque plante est donc essentiellement identique. Les légumes patrimoniaux, par exemple, sont issus de lignées fixées. On peut ressemer ces végétaux à partir de semences récoltées chez soi.

      Même pour les lignées fixées, il faut éviter de les cultiver près d’une autre variété, sinon il y a de très bonnes chances qu’un croisement aurai lieu.

      Si, par contre, on vend des annuelles ou des légumes avec la mention « hybride » ou « F1 », ce sont des croisements et ne seront pas fidèles au type.

      Très compliqué, n’est-ce pas?

      Personnellement, j’essaie de multiplier les cultivars de vivaces, arbustes, etc. par bouturage ou par division. Ainsi les plants seront identiques. Quant aux annuelles de lignée fixée et aux légumes annuels de lignés fixée, je récolte et ressème leurs graines… en m’assurant de ne pas les cultiver à proximité avec d’autres variétés.

      J’espère que c’est plus clair!

    • C’est une question très compliquée, car tout dépend de l’espèce, du type de pollen, si la fleur est pollinisée par le vent ou les insectes et si oui, quel insecte, etc. Par exemple, la tomate et le haricot s’autopollinsent et normalement donc on peut cultiver deux variétés côte à côte sans risque de croisement. Pour les courges, par contre, il faut séparer les variétés de 400 m.

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