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La succession écologique expliquée: pourquoi certaines plantes arrivent avant les autres?

Il y a deux ans, j’ai abattu un sapin malade dans ma cour. Cette année, j’ai un bosquet de vinaigriers à la même place. Je n’ai rien planté, rien fait. Alors comment diable ces plantes ont-elles su qu’il fallait s’installer là?

Il s’avère que j’ai un parfait exemple de quelque chose de fascinant: la succession écologique. Oui, les plantes ont bel et bien un ordre de préséance, et c’est beaucoup plus organisé (et logique!) qu’on pourrait le croire.

L’histoire du sapin qui a viré au vinaigre

L’exemple le plus frappant, c’est effectivement mon ancien sapin. Ce sapin, c’était un peu le roi de ma cour – grand, majestueux, mais malheureusement malade et un peu trop près des fils électriques pour que je risque de le laisser là. Quand on l’a abattu, ça m’a fait un pincement au cœur. Et puis bon, ça a aussi fait un gros trou dans mon paysage…

Mais la nature, elle, avait d’autres plans! L’année suivante, tout autour de la souche, PAF! Un petit bosquet de vinaigriers s’est installé. Pas juste un ou deux plants, là – une vraie petite forêt!

On a décidé de laisser le tout aller, notre but étant que la forêt s’installe devant chez nous. Autour des vinaigriers, d’autres plantes ont commencé à pointer le bout de leur nez. Des framboisiers, des petites vivaces que je n’avais jamais vues auparavant… C’est là que j’ai compris qu’il se passait quelque chose de pas mal plus intéressant que toutes mes tentatives de plantation d’arbres!

La succession écologique ou comment naît une forêt

En gros, c’est un grand mot qui décrit le processus par lequel la nature «répare» un terrain qui a été perturbé.

Voici comment ça marche: quand un terrain est laissé à lui-même (ou quand on arrête de vouloir tout contrôler), les plantes arrivent dans un ordre bien précis. C’est comme une pièce de théâtre où chaque acteur connaît son moment d’entrée en scène.

Les premières plantes

D’abord arrivent les plantes «pionnières» – pensez aux pissenlits, aux plantains, aux trèfles. Ces petites colonisatrices sont les premières à débarquer parce qu’elles ont des superpouvoirs: elles poussent vite, produisent des tonnes de graines, et se fichent complètement d’avoir un sol parfait. Elles sont comme les amateurs de camping sauvage qui dorment sur une roche à peu près plate – pas difficiles!

Photo: ClickerHappy

Les arbustes

Ensuite viennent les arbustes – mon fameux vinaigrier, mais aussi les framboisiers sauvages, les sureaux, peut-être même un pommier… Ceux-là, ils commencent à décorer un peu plus le paysage, ils sont moins subtils. Ils créent de l’ombre, enrichissent le sol avec leurs feuilles mortes, bref, ils rendent l’endroit plus accueillant pour les plantes un peu plus sélectives. Ce sont des campeurs en tente, avec un matelas gonflable. Pas le gros luxe, mais on a un minimum pour contenter ces plantes.

Sureau du Canada. Photo: bhuard29

Les arbres

Finalement, si on attend assez longtemps (on parle de décennies ici, pas de la prochaine saison!), les vrais arbres arrivent pour faire une «vraie» forêt. Peupliers, bouleaux, érables, épinettes selon la région. Ceux-là, ils ont besoin d’un bon sol, d’une bonne humidité, de beaucoup de microorganismes… Bref, on a les campeurs en grosse roulotte avec salle de bain complète et lit douillet.

Peuplier sp. Photo: martine_lapointe

Et…

On a même une catégorie après! Certains arbres ou plantes de sous-bois ne veulent même pas entendre le mot «camping», eux, c’est chalet cinq étoiles ou rien! Ces plantes de vieilles forêts ayant des besoins et exigences élevés sont les hêtres, les caryers, l’ail des bois, les trilles, etc. Avant de les voir chez moi, je risque d’avoir pris ma retraite!

Magnifique base de hêtre à grandes feuilles (on n’oserait pas imaginer pas ces grosses racines dans une pelouse de banlieue: ça prend vraiment un sol digne d’une suite présidentielle!). Photo: lauriannemg12

Les «mauvaises herbes» au travail

Parlons maintenant de mes petites ouvrières préférées – ces fameuses «mauvaises herbes» qui font en réalité un travail de préparation extraordinaire pour les plantes qui suivront dans la file d’attente de la succession.

Le pissenlit

Tenez, le pissenlit – cette petite «peste» que tout le monde essaie d’éliminer. Un plant peut produire 2000 graines et ses racines descendent à 25 centimètres de profondeur. Mais ce n’est pas juste pour faire suer les jardiniers! Ces racines profondes remontent des nutriments du sous-sol et les rendent disponibles en surface quand la plante meurt. C’est comme un ascenseur à minéraux pour les futures plantes.

Le plantain

Le plantain, champion des terrains difficiles, fait encore mieux. Cette plante qui pousse dans les fissures de trottoir survit au piétinement le plus intense tout en décompactant le sol avec ses racines. Elle ramollit littéralement le terrain pour que d’autres plantes aux racines plus délicates puissent s’installer après elle.

Le trèfle

Et le trèfle! Il fait affaire avec les bactéries dans ses racines pour fabriquer son propre engrais azoté. Mais le génie, c’est qu’il laisse cet azote dans le sol quand il meurt – un cadeau pour les arbustes qui arriveront ensuite…

Et je me permets de mentionner les bactéries et champignons qui se font «employer» pour la décomposition et qui resteront, à leur tour, des agents actifs de ce sol en régénération!

Bon, je sais que certains d’entre vous pensent: Audrey pis son gazon…, mais c’est ça la beauté de la succession – chaque plante travaille pour préparer l’arrivée de la suivante.

Ces premières arrivées sont celles qui ont le travail le plus dur, mais chaque plante aura son rôle durant les années de développement de la forêt: rafraîchir le sol avec son feuillage, attirer les animaux avec des fruits (le fumier, ce n’est pas que pour les tomates!), créer un filet de rétention dans le sol avec ses racines pour lui donner une bonne cohésion, etc.

Observer la succession de mon terrain: un pur plaisir

Avez-vous des coins où c’est difficile de faire pousser quoi que ce soit? Laissez faire la nature: les plantes pionnières s’installeront et prépareront le terrain pour vous. Après une ou deux saisons, ces zones-là devraient s’être régénérées et présenter un peu de vie. En plus, vous pourrez vous émerveiller de tout ce qui apparaîtra par magie!

Tenez, mon lilas isolé en plein milieu de la pelouse – chaque année, je fais un tour un peu plus large avec la tondeuse. «Il y a de jolies petites pousses ici, ça serait dommage de les tondre.» Résultat? Mon cercle de nature autour du lilas grandit chaque année, et de nouvelles plantes apparaissent mystérieusement autour de lui. Point bonus: un framboisier rouge y attire TOUS les scarabées japonais, et comme c’est assez loin du jardin, je n’ai jamais eu de problème avec eux. C’est une plante piège 100% efficace… et involontaire!

Chaque année, le cercle autour du lilas peut s’agrandir, car les nouvelles de l’année d’avant ont fait le travail de préparation: elles décompactent le sol, y ajoutent de la matière organique, créent des microclimats… Bref, elles jardinent pour moi!

Vous avez déjà observé la lisière d’une forêt? C’est pareil: les arbres aux abords du bosquet sont les moins exigent, comme les peupliers, ensuite il y a une ligne d’arbustes, puis une friche. Non seulement il y a une succession dans le temps, mais dans l’espace aussi.

Comment collaborer avec cette succession (au lieu de lutter contre)

Premièrement, il faut arrêter de paniquer à la vue de nouvelles plantes spontanées. Le mot d’ordre, c’est d’observer d’abord: est-ce une plante indigène qui fait partie du processus naturel ou une envahissante exotique? (Parce que oui, il y a une différence!)

Deuxièmement, c’est bien de créer des «zones de succession» désignées. Des endroits où on laisse consciemment la nature faire son travail, et qui n’ont pas l’air d’être de la négligence. En laissant seulement une zone non tondue, on peut dire que c’est de l’aménagement paysager et ça passe mieux avec les voisins.

Troisièmement, quand je plante, j’essaie de respecter les étapes naturelles. Au lieu de planter un érable dans un terrain nu et de m’attendre à ce qu’il pousse comme dans le catalogue, je commence par laisser les pionnières préparer le terrain: c’est moins d’énergie et d’argent que de le préparer moi-même!

Bon, je vous avoue que le plus difficile dans tout ça, c’est la patience. La succession écologique, ça prend du temps. Beaucoup de temps. On parle d’années, pas de saisons!

Mais d’un autre côté, une fois qu’on accepte ce rythme-là, c’est libérateur. Plus besoin de tout contrôler, plus besoin de se battre contre la nature. On peut juste observer, guider un peu quand c’est nécessaire et s’émerveiller devant l’ampleur de tout ce processus.

La révélation du jardinier paresseux

Mes zones en succession naturelle sont maintenant parmi mes préférées. Elles changent constamment, elles attirent une faune incroyable, et elles me surprennent chaque saison avec de nouvelles découvertes.

La prochaine fois que vous verrez une «mauvaise herbe» s’installer dans votre pelouse, posez-vous la question: est-ce vraiment un ennemi, ou un collaborateur que vous n’aviez pas encore appris à connaître? Il n’y a pas de mauvaise herbe; seulement des plantes qui poussent au mauvais endroit!

Dites-moi en commentaires: avez-vous déjà observé cette succession naturelle chez vous? Et surtout, avez-vous des histoires de «mauvaises herbes» qui se sont révélées être de précieuses alliées?


  1. Juliette Claire

    Quel article brillant, magnifique! Grâce à la comparison avec les différents types de campeurs,
    vous nous permettez de vraiment comprendre ce qui se passe dans les terrains perturbés.
    Bravo Audrey ! Excellente vulgarisation.

  2. Merci pour cet article. C’est une vision très intéressante qui permet d’épargner ces fameuses « mauvaises herbes » finalement pas si mauvaises que ça

    • Merci Audrey, c’est très intéressant et toujours un le tonalite agréable. J’aimerais pouvoir faire pareil, mais des 3 arbres que je dois abattre, la ville m’oblige à en replanter 2 à grand déploiement sur mon mini terrain. Moi, je pensais juste attendre que l’arbre qui s’était planté tout seul en dessous pousse tranquillement. Question mauvaise herbe est-ce que le liseron a une utilité dans le cycle… ca m’aiderait a ne plus lui faire la guerre.

      • C’est tout de même une belle fleur avec un beau feuillage en forme de coeur. Et c’est sûrement intéressant pour les butineurs.
        Mais je comprends que son côté « entreprenant » peut agacer. De mon côté, je m’évertue à tolérer l’herbe-aux-goûteux (égopode) qui avale mes plates-bandes… J’y arrive pas vraiment… ou plutôt vraiment pas…

  3. Chantal Babineau

    Article vraiment intéressant présenté sous forme humoristique!

  4. Bonjour Audrey, j’aime ton point de vue sur la nature. Laisser vivre!

  5. J’attends les asclépiades. J’ai laissé un bout de mon terrain faire ce qu’il veut et les fleurs sauvages sont arrivées: verge d’or, bardane et autres que je ne sais pas encore nommer. Je ne les ai jamais vues ici car je les tondais auparavant dès le premier 10cm atteint. Je nourris les oiseaux. Aidés par le vent, merles, cardinaux, quiscales, chardonnerets et autres, j’ose croire que l’asclépiade se sentira bienvenue. Un voisin m’a suggéré de prendre des graine sur une asclépiade de l’entourage mais non. Je veux voir si la nature le fera elle même. La paresse et… la patience, quoi!

    • Les asclépiade s’installent souvent dans les sol très perturbés et nus… Chez moi, elles se manifestent souvent dans mon entrée en gravelle, ni plus ni moins! Il y en a aussi qui s’installent dans la pelouse, mais je dirais qu’il y en a moins… Bonne chance avec cette parcelle fleurie !!

  6. J’aime beaucoup vous lire, vous avez sûrement un grand terrain. Moi si je laisse faire avec mon carré de 12 pieds par cinq, j’aurai peu de fleurs aucun légume et des voisins en beau joual vert.

  7. C’est vrai que certaines pantes ont le don de très bien se placer. J’en sais quelque chose car ce ne sont pas toujours des décoratives. Hi hi hi.

  8. La forêt est l’écosystème terrestre dominant. Il ne suffirait que de quelques dizaines d’années pour qu’un village abandonné disparaisse sous les arbres (même les rues asphaltées!). Les espèces pionnières que vous décrivez sont en effet toujours prêtes à préparer le terrain, mais parmi celles-ci, il y a aussi des arbres (bouleaux, peupliers) assez rapides à amorcer la succession. Merci pour ces chroniques vulgarisées et éducatives pour le public en général.

  9. On à tous un coin de notre terrain qui fait office de ce genre de succession. C’est mon cas, où une ancienne boite de composte en bois resté à l’abandon laisse ainsi pousser une succession de plantes. Aujourd’hui, c’est à l’étape des vignes de lierre, de framboisiers et d’arbustes (non identifier) après plusieurs années. Merci d’expliquer la normalité de ce phénomène.

  10. Marie Vaillancourt

    Il y a quelques années on a fait aménagé notre cour avec des plantes comestibles, dont du trèfle pour éviter la pelouse. N’ayant pu l’arroser convenablement la nature s’est chargée de faire pousser toutes sortes de choses, dont du chiendent et autres indésirables. Je n’ai évidemment pas gagner la bataille! Depuis, des surprises on en a! D’ailleurs, en plein milieu de la cour, a poussé une centaurée il y a 3 ans. On l’a gardé. Cette année c’est les marguerites qui ont été les vedettes avec autre chose de fleuri que j’ai pas identifié. Le plus beau c’est qu’on a vu des lucioles au balcon un soir…événement vécu il y a plus de 35 ans, la dernière fois! Il y a bien le tussilage que j’aimerais enrayé plus définitivement parce que possiblement très envahissant.

  11. Oh que oui Audrey. Pour combattre l´herbe à puce sur mon terrain, parfois en gros bosquet j´utilise le vilain Round up. 90% du temps dans les grandes zones dénudées c´est
    l´impatuente du cap qui s´installe avec ses jolies fleurs orangées. Ironie du sort, si
    l´herbe à puce est urticaire pour notre peau, cette impatiente a des vertus médicinales contre les irritations cutanées.
    À l´été 2020 dû à la covid, n´ayant pu tondre ma pelouse avant le mois d´août, une centaine de peupliers s´y été installés. Le plus grand faisait 5 pieds, le seul que je n´ai tondu et l´ai nommé Covid.. d´ou l´importance de tondre sinon la savane et forêt peut tout envahir en quelques années.
    Quand au Round up de type agricole, donc plus puissant détruit d´un coup les jeunes herbes à puce et non les vieux plants bien enracinés qui peuvent revenir sur plusieurs années. Une vraie plaie. À chaque année j´en retrouve de nouvelles sur le bord de la maison, cadeau des fientes d´oiseaux ayant mangé les graines chez les voisins qui ne traitent pas malgré les demandes des gouvernements provinciaux.

  12. Avant d avoir un « Climax » vous risquez d attendre longtemps Avant d avoir une erabliere vous avez le temps de decede cinq fois . Vaut mieux planter ce que vous aimez et de garantir a la plante un environnement convenable

  13. Ah! Le grand bonheur de découvrir un paysage « vivant » ! Chez-moi, la pelouse n’est pas un vert de golf, mais vraiment un grand plaisir de découvrir de nouvelles plantes et ce, tout au long de la saison. C’est devenu mes marqueurs de temps! Un espace où tout pousse selon la saison, la température, le déplacement des tamias et des oiseaux, etc. Un pur plaisir. Plusieurs espèces indigènes se font un place et permettent ainsi de bonifier le sol, de parfumer l’environnement et de piquer ma curiosité! Merci pour cet article ?????

  14. Ah! Le grand bonheur de découvrir un paysage « vivant » ! Chez-moi, la pelouse n’est pas un vert de golf, mais vraiment un grand plaisir de découvrir de nouvelles plantes et ce, tout au long de la saison. C’est devenu mes marqueurs de temps! Un espace où tout pousse selon la saison, la température, le déplacement des tamias et des oiseaux, etc. Un pur plaisir. Plusieurs espèces indigènes se font un place et permettent ainsi de bonifier le sol, de parfumer l’environnement et de piquer ma curiosité! Merci pour cet article !

  15. Bonjour,
    J ai amendé en compost et crottins une ancienne carrière en herbe pour chevaux dans le but d en faire un jardin forêt.
    L ambroisie y était déjà présente et coupée régulièrement.
    J ai semé du trèfle en couvre sol. Laissé les poules s y promener et au début, tout était parfait : trèfle, pissenlit, pâquerette …. puis ambroisie qui pousse au dessus de tout et fait disparaître le reste.
    Je suis reparti pour couper toutes les semaines.
    Les champs à proximités font du blé et après récolte, se couvre d ambroisie en fleur.
    Que faire ?

  16. Quel plaisir de te lire et d’apprendre avec toi Audrey! Merci ?

  17. Mon grand père disait la terre redevient sauvage ,forêt petits fruits etc j’adore sa force!!

  18. Céline Lachapelle

    Bonjour,
    Une partie de mon terrain est restée négligée par manque de temps. Mais auparavant on y avait préparé tout un lit douillet de belle terre à jardin, du fumier de poules, de cheval et du paillis Brf svp. On se disait qu’on y ferait le potager mais décès et manque de motivation, c’est resté tel quel. Un an. 2 ans… et 4 ans plus tard, j’y retrouve un plant de verveine blanche, de jeunes arbres s’y implantent. Je fais quoi?

  19. Merci, cela me console un peu car je n’ai pas trouvé pour couper le foin cet été. Il est magnifique mais je ne voudrais pas qu’il soit dilué , remplacé. C’est trop beau. Pouvez-vous expliquer et conseiller pour quelqu’un dans mon cas . Une chronique serait vraiment bienvenu! Merci beaucoup!

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