Alternanthère : origine, variétés et conseils de culture

L’alternanthère est une plante qu’on ne voit pas souvent à l’intérieur, mais qu’on utilise fréquemment comme feuillage ornemental dans les jardinières, où elle se montre plutôt facile d’entretien. Bien qu’elle soit une vivace de temps doux qui ne peut survivre aux hivers québécois, il n’y a pas de raison de la condamner lorsque vient le froid glacial: elle est capable de survivre dans nos maisons. Si vous avez du succès avec les coléus, pourquoi ne pas sauver vos alternanthera à l’automne?
Origine
Il existe un peu plus de 80 alternanthères qui garnissent le genre Alternanthera. Ce genre appartient à la famille des Amaranthacées, une famille qu’on voit somme toute peu dans nos intérieurs. L’Amaranthacée d’intérieur la plus connue demeure l’irésine, avec son feuillage bien coloré.
Alternanthera sp. est plutôt répandu dans le monde. La plupart des individus viennent des régions tropicales et subtropicales américaines, mais on en voit également en Asie, en Afrique et en Océanie… donc presque partout sauf en Europe et en Amérique du Nord! On y rencontre des individus terrestres tout comme des individus entièrement aquatiques.
Les alternanthères sont des plantes ornementales qu’on peut destiner à plusieurs utilisations: couvre-sols, plantes de bordures dans les jardins, en jardinières, plantes d’aquariums chez certaines espèces et également en mosaïculture. Ce sont des plantes plutôt aisées à l’extérieur, d’où cette vaste utilisation… mais ça en fait également des plantes envahissantes, principalement dans les milieux humides et chauds.
… mais pas que dans les milieux tropicaux!
J’étais très surpris quand mes recherches m’ont mené à un reportage sur A. japonica, une alternanthère envahissante dans le Parc national de la Pointe-Pelée au Canada. L’espèce, qui n’est pourtant pas plus rustique que ça, confond également les écologistes qui l’étudient: comment peut-elle survivre à nos hivers bien plus rigoureux que ceux de son pays d’origine? L’hypothèse amenée par l’équipe du parc national est que ce sont ses graines, qu’elle produit par centaines, qui traversent le froid sans trop de dommages et germent au printemps suivant.
Si le reportage de Radio-Canada vous intéresse, je vous invite à le découvrir.

Description
Toutes les alternanthères sont des plantes herbacées qui ne produisent jamais d’écorce. Selon l’espèce et le climat, elles peuvent être annuelles et mourir après la production de graines, ou vivaces; s’il y a une variation de la température comme dans les climats tropicaux, la plante peut également perdre une partie de ses feuilles durant les mois les plus froids.
Le port des alternanthères est variable: celles qui ressemblent plus à des couvre-sols sont prostrées et s’enracinent lorsque leurs tiges finissent par toucher le sol, tandis que d’autres sont plus érigées et peuvent même former des sous-arbrisseaux. Les cultivars ornementaux sont d’ailleurs souvent de taille réduite, dépassant rarement le mètre, avec un port compact et dense.
Les feuilles sont opposées, deux par nœud, de forme ovale et légèrement pointues au bout. Elles existent en une grande variété de couleur, d’où l’intérêt ornemental de cette plante. Il n’est pas rare que les nouvelles pousses paraissent légèrement hérissées de poils.
Alternanthera sp. n’est pas cultivé pour ses inflorescences, que je trouve cependant absolument charmantes. La plante produit de petits épis garnis de plusieurs inflorescences à 5 tépales, groupées pour ressembler à des pompons blancs. On les trouve tant à l’aisselle des feuilles qu’à l’extrémité des tiges.

Variétés
La plupart des cultivars ornementaux offerts sur le commerce sont des hybrides complexes, principalement d’A. dentata et d’A. brasiliana. Il est difficile de retracer la parenté claire de chaque cultivar, d’autant plus que certains noms sont tellement souvent interchangés qu’ils sont presque devenus des synonymes (comme A. dentata et A. brasiliana, qui sont à la base des hybrides, mais qui sont également très proche morphologiquement et donc confondus). Finalement, on entend parler d’A. ficoidea, mais plus souvent pour parler des cultivars panachés que pour parler de l’espèce en soi; A. ficoidea est donc un terme utilisé à tort et à travers dans le monde horticole.
Cultivars plus communs
Voici quelques cultivars des plus communs, dans des teintes de rose, de vert, de blanc et de pourpre:
– A. ‘Party Time’: feuillage vert plus ou moins panaché de rose fuchsia. Dans le cas de cette plante, les photos aux couleurs éclatantes ne sont pas truquées et la plante paraît réellement peinte de sa délicieuse teinte vive – je sais, on croirait qu’elle est fausse!
– A. ‘Brazilian Red Hots’: magnifique plante un peu plus rare (c’est-à-dire que je n’ai pas encore mis la main dessus, mais que j’ai bien hâte de dénicher) au feuillage rougeâtre dont le pourtour est du même rose fuchsia que ‘Party Time’.
– A. ‘Grenadine’: un autre cultivar assez saisissant. Ici, les feuilles rougeâtres présentent des veines fuchsia, rappelant certainement une irésine aux feuilles plus petites et au port plus compact.
– A. ‘Yellow Form’: cultivar aux feuilles entièrement chartreuses.
– A. ‘White Carpet’: cultivar vert panaché de blanc. Les feuilles semblent également plus arrondies et plus petites que chez les autres cultivars.

Plus encore…
– A. ‘Little Ruby’: feuillage rouge foncé à pourpre. La couleur peut légèrement varier selon la culture, étant plus foncée ou légèrement plus verte, notamment chez les nouvelles tiges.
– A. ‘Purple Knight’: facile à confondre avec les autres cultivars, ‘Purple Knight’ se targue d’un feuillage encore plus foncé, violet profond, presque noir et métallique. Son sosie, le cultivar ‘Purple Prince’ est de plus petite dimension, mais a un feuillage parfois moins foncé.

– A. ‘Red Threads’: cette forme a des feuilles particulièrement minces, évoquant celles des graminées. Leur couleur est vert pourpre et leur revers est mauve plus foncé. Par la tendance des feuilles à se replier sur elles-mêmes, la plante paraît entièrement pourpre.

ACNI – Autre cultivar non identifié
(Bon, pour l’acronyme, on repassera.)
Cet été, je suis allé en centre du jardin et j’ai trouvé une minuscule alternanthère au feuillage vert tendre, panaché de rose. Les feuilles étaient particulières: elles étaient pointues, dentelées, irrégulières et particulièrement denses sur la plante. J’ai pour hypothèse qu’il s’agit d’une mutation, due à une malformation ou à un virus – malgré cette dramatique hypothèse, la plante était très jolie.
À ce jour, je n’ai toujours pas réussi à mettre un nom sur le cultivar, malgré plusieurs recherches relativement approfondies.
Conseils de culture

Lumière
Les alternanthères préfèrent le soleil direct, mais peuvent survivre en lumière vive. Une lumière trop basse mènera rapidement à l’étiolement de la plante, qui se garnira alors de tiges longues, mais moins touffues.
Arrosage
Il faut l’arroser dès que le terreau commence à devenir sec. Les alternanthères ne tolèrent pas longtemps la sécheresse et peuvent commencer à retomber tristement, cela même quand le terreau est encore un peu humide. Bien qu’elles se remettent parfois d’un mauvais traitement, ça peut leur être rapidement fatal.
Humidité atmosphérique
Alternanthera sp. préfère une humidité atmosphérique élevée. À l’intérieur, il peut être bon de l’ensacher durant l’hiver, si l’air à la maison est particulièrement aride.
Une parenthèse sur la difficulté
J’étais surpris de voir que, dans son livre sur les plantes d’intérieur, le Jardinier paresseux déclare les alternanthères de culture exigeante. Dans un élan d’orgeuil je me permets de rectifier que je les considère de difficulté moyenne (d’où la mention finale, en début d’article, de culture moyenne à exigeante).
L’humidité est un bon exemple: les alternanthères apprécient en effet l’humidité atmosphérique et peuvent souffrir de sa sécheresse, mais je n’ai personnellement jamais eu à faire un traitement de faveur pour ma propre plante. Par contre, c’est sûr que mon appartement est un peu plus humide que la moyenne: en plus de ma collection de plantes d’intérieur, je collectionne les dégâts d’eau…
Cela dit, c’est vrai que les alternanthères ne conviennent pas aux jardiniers oublieux! Elles croissent vite, boivent beaucoup d’eau et ne tolèrent pas la sécheresse. Je dirais que c’est là leur principal défi. Dans ce sens, l’arrosage ressemble beaucoup à celui des lis de la paix ou des coléus; dans mon cas, je n’ai aucune difficulté à garder ces deux grandes assoiffées en vie, donc je n’ai aucun problème avec Alternanthera.
Terreau et rempotage
Aucune particularité, un terreau pour plantes d’intérieur convient sans trop de chichi. Au niveau du rempotage, puisque la plante grandit vite, il n’est pas rare de devoir la rempoter au moins une fois par année, peut-être même plus. Heureusement, elle se remet rapidement des chocs de transplantation.
Engrais
On peut la fertiliser d’un engrais tout usage durant la période de croissance.
Température
Il est mieux d’éviter de descendre en dessous de 10 °C.
Et en culture extérieure?
Alternanthera sp. est une plante fort simple, quand elle est dehors. Elle tolère sans broncher la chaleur et l’humidité. Au soleil direct, elle pousse rapidement, mais elle se porte également bien à la mi-ombre. Par contre, elle demande à être suffisamment arrosée, ce qui peut être difficile pour les plantes dans des jardinières (les jardinières suspendues tendent à avoir très peu de substrat relativement à l’abondance de plantes qui y poussent). S’il est plus facile d’arroser un sol de qualité, sachez que les alternanthères tolèrent cependant tous les types de sol, même les jardins de rocaille. Évidemment, elles ne tolèrent pas le gel.
Voici comment entretenir son jardin en contenant en toute saison, pour les alternanthères dans des pots.
Entretien
Pour garder un port dense et agréable à l’œil, il est nécessaire de pincer fréquemment l’alternanthère et de tailler les tiges trop longues ou dégarnies. La plante repoussera rapidement et n’en sera que plus belle.
J’ajoute que, même sous les meilleurs soins, c’est une plante qui perd ses feuilles à vue d’œil. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter quand elle les remplace tout aussi vite… mais une job de balai s’impose fréquemment!
Multiplication
Comme beaucoup de plantes à croissance rapide, il est facile de faire des boutures de tige dans l’eau ou dans la terre. Des racines devraient apparaître aussi vite que dans la deuxième semaine après la bouture!
On peut aussi faire du marcottage avec les tiges longues et prostrées.
Finalement, les plantes peuvent produire des graines viables, mais les semis ne seront pas nécessairement pareils à l’espèce mère.

Problèmes
- Feuilles pâles, couleur terne: sans doute un manque de lumière. Il faudrait augmenter graduellement l’exposition lumineuse, si possible.
- Chute des feuilles basales en nombre important: cela a principalement lieu en raison d’un défaut d’arrosage, mais peut aussi apparaître en situation de froid ou lorsque la plante est dans un courant d’air froid (exemple: celui d’un climatiseur). En général, les alternanthères sont assez dramatiques quand elles ont soif, donc il est facile de les repérer et de les arroser avant que ce ne soit trop tard.
- Taches sur le feuillage: alternanthera est affectée par quelques maladies fongiques. On peut supprimer le feuillage trop atteint et / ou le traiter avec un antifongique. Personnellement, je trouve que le plus simple est de rabattre les tiges atteintes: elles devraient repousser rapidement si la plante est suffisamment en santé.
Insectes
Les ravageurs habituels peuvent déranger nos chères plantes: cochenilles farineuses ou à carapace, thrips, tétranyques et pucerons.
Toxicité et autres anecdotes chimiques
En général, Alternanthera sp. n’est pas considérée comme toxique pour les humains et pour les animaux. Par contre, certaines sources suggèrent qu’elles peuvent être irritantes pour certains animaux herbivores… ou même enivrantes! C’est un phénomène mal documenté scientifiquement, mais il a été observé que certains animaux qui broutent un pâturage d’alternanthères devenaient plus léthargiques et le même effet a été vu pour la faune aquatique dans des endroits envahis d’A. philoxeroides.
En revanche, certaines espèces d’alternanthères sont toxiques pour les autres plantes. C’est étonnant, puisqu’il s’agit d’une grande classique des arrangements floraux – toutefois, les espèces cultivées pour leur feuillage ornemental ne semblent pas poser ce problème, mais d’autres alternanthères (comme A. philoxeroides) sont allopathiques. Cela veut dire que la plante sécrète des substances qui inhibent la croissance d’autres plantes environnantes. Cette caractéristique duplique évidemment son potentiel à envahir les milieux.

Conclusion
Maintenant que l’automne approche, n’attendez pas que les nuits descendent sous 10 °C et allez vérifier dans vos jardinières: s’il s’y trouve des alternanthères au feuillage pourpre, chartreuse ou panaché de rose, empotez-les et rentrez-les pour l’hiver. Ce seront des plantes d’intérieur délicates, mais fort ornementales, dont la croissance dense et débordante éclairera les coins même pendant les mois les plus sombres. Si les lis de la paix et les coléus n’ont plus de secret pour vous, pourquoi ne pas relever le défi?














Bravo Colin pour ton alternanthère débordant. Je lance ici une campagne de vigilance auprès des lecteurTRICEs pour trouver de nouveaux cultivars d’alternanthères pour Colin dans nos jardineries régionales : il serait dommage de ne pas en emplir sa maison pour qu’il profite de son climat humide ;o)
This version is a recreation of the original game with extra modes and settings, providing a fresh twist on wordle unlimited puzzles.