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Tiques au jardin : quelques nuances, 2e partie

Outre le réchauffement climatique, qui est souvent pointé du doigt pour expliquer la propagation vers le Nord de la maladie de Lyme, la fragmentation des forêts pourrait être une autre cause importante de la présence importante de tiques et de la maladie de Lyme.

Photo: Erik Karits

Tiques et forêts

Tout d’abord, les tiques prolifèrent dans les lisières de forêt. Cet environnement, souvent composé d’herbes hautes et d’arbustes, fournit un habitat pour les animaux hôtes, mais il s’agit aussi d’un milieu qui reste humide et qui empêche les tiques de s’assécher et de mourir. Une forêt qui est découpée par des routes et des secteurs habités aura nécessairement plus de ces zones de transition.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on recommande de créer une zone tampon dans ces zones de transition composée de paillis de bois ou de gravier d’au moins 1 mètre de large. Puisque les tiques sont sensibles à la sécheresse, ces barrières les empêcheraient de migrer vers le reste de votre propriété.

Plus d’études sont nécessaires pour confirmer l’utilité de ce type de barrière. Le matériel utilisé pourrait avoir une influence sur la présence de tiques. Certaines essences de bois pourraient être plus efficaces que d’autres comme paillis. Il est aussi possible que ces barrières perdent de leur efficacité avec le temps.

La fragmentation des forêts cause une augmentation de la population des cervidés, sur lesquels les tiques se reproduisent, en réduisant la population de leurs prédateurs, mais aussi en créant des sources d’alimentation pour ceux-ci. Attention! Il semblerait que la réduction de la population de cervidés peut augmenter la population de tiques dans certains cas ou la diminuer dans d’autres. La chasse et l’installation de clôtures ne seraient donc pas nécessairement des solutions au problème.

Il ne faut pas oublier qu’en développant des zones boisées pour l’habitation humaine, nous nous sommes placés, involontairement, dans des zones où prolifèrent les tiques.

Barrière anti-tiques entre la forêt et le jardin. Ill.: John Hopkins Rheumatology

Hauteur de la pelouse

Le débat fait toujours rage entre les tenants de la pelouse parfaite et ceux de la pelouse écologique. Comme mentionné dans Tiques au jardin : quelques nuances, 1re partie, on recommande de garder notre pelouse courte pour se protéger contre les tiques, ce qui donne du grain à moudre aux amateurs de pelouse courte. Mais que veut dire «pelouse courte»? Il semblerait qu’il n’y ait pas de données à ce sujet. Seule une étude a comparé une pelouse gardée à trois niveaux de hauteur, la plus haute étant de 15 cm, sans y trouver de différence dans la population de tiques. Il ne serait donc pas nécessaire de tondre toutes les semaines!

Herbes hautes

On accuse souvent les herbes hautes d’être des habitats pour les tiques portant la maladie de Lyme. Ce qui a été signalé, c’est que les herbes hautes bordant des zones boisées seraient des repères pour les tiques et les souris porteuses de la maladie de Lyme. Mais, ce qu’on évite de dire, c’est que les jardins ornementaux de vivaces et d’arbustes, les pelouses, les couvre-sol ou autres types d’aménagements végétaux, lorsqu’en proximité de ces mêmes zones boisées, sont tous des endroits susceptibles de contenir des tiques. C’est pour cette raison qu’on recommande de créer une barrière entre la forêt et notre jardin ou nos espaces de vie extérieurs.

Photo: Kris Møklebust

Si on a un pré ou une prairie en fond de propriété, on peut installer une barrière, tel qu’un sentier, entre celle-ci et le reste de la propriété. Vous pouvez aussi tondre plus court autour de ce sentier pour éviter d’être en contact avec la végétation.

D’ailleurs, que veut-on dire par herbes hautes? À mon sens, ce sont des surfaces où l’on installe ou ensemence intentionnellement des graminées ou autres plantes, préférablement indigènes. Pour certains, il s’agit d’abandonner une pelouse et d’y laisser pousser n’importe quoi: un mélange de plantes indigènes, non indigènes, cultivées et parfois même des espèces envahissantes nuisibles. Les herbes hautes, les prés ou les prairies, comme tout jardin, nécessitent un minimum de supervision et de préparation. Voir La tonte différenciée: joindre l’esthétique au paresseux et Pelouse et bon voisinage pour plus d’information sur la pelouse et les herbes hautes.

Feuilles mortes

Même son de cloche pour les feuilles mortes, qui sont elles aussi accusées d’héberger les tiques ayant besoin d’un taux d’humidité élevé pour survivre. Encore une fois, laisser les feuilles au sol, en proximité de boisés, c’est créer un environnement favorable aux tiques. On suggère d’éviter de mettre les feuilles mortes en bordure de forêt pour éviter ce problème. Il est mieux de, soit les mettre plus loin dans les bois, soit les entreposer ou les composter proprement dans un endroit éloigné de la forêt. En dernier recours, mettez-les en sacs pour la collecte des résidus verts de votre municipalité. Le déchiquetage ou la tonte entraînera une décomposition rapide des feuilles, réglant le problème. Il est mieux pour la santé de votre pelouse de retirer les résidus organiques accumulés sur celle-ci avant l’arrivée de l’hiver.

Photo: Marta Dzedyshko

Vidanges et murs de pierre

Une étude faite en 2019 a vérifié l’efficacité de plusieurs méthodes de gestion de l’aménagement, dont la tonte régulière, les barrières et les clôtures, sur la présence de larves de tiques. Il semblerait qu’aucune de ces méthodes n’ait une influence importante. Mais il y a deux éléments qui semblaient accroître la prévalence de tiques sur une propriété: les vidanges et les murs de pierre. Pourquoi? Puisqu’ils peuvent servir d’habitats pour de petits rongeurs, comme la souris à patte blanche, qui se cacheraient sous les rebuts et dans les interstices entre les pierres d’un mur. Sceller ces espaces dans les murs avec du mortier et garder sa propriété bien rangée seraient donc des solutions à envisager.

La maladie de Lyme dans votre région

Je recommande de vérifier auprès de votre municipalité ou province quelle est la situation dans votre secteur, car il y a beaucoup de variabilité dans la présence de la maladie de Lyme, même entre villages voisins.

Carte de risque d’acquisition de la maladie de Lyme au Québec

Zone à risque de la maladie de Lyme 2022 de l’Agence de la santé publique du Canada.

Cartes des tiques du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (anglais seulement)

Lyme Disease Map du Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis

Beaucoup d’études restent à faire dans ce domaine et il est peu probable qu’il y ait une solution simple au problème de la transmission de la maladie de Lyme ni un remède à court terme. Pour réduire l’exposition des humains à cette maladie, la communauté scientifique et les différents paliers de gouvernement devront travailler ensemble avec la population, pour établir des plans de gestion intégrée des espaces verts, de déparasitage des rongeurs, en plus de projets de restauration d’écosystèmes.

Quelques mesures de prévention

Pour l’instant, la meilleure façon de se prémunir contre les tiques et la maladie de Lyme est de pratiquer ces quelques mesures de prévention :

– Appliquez un insectifuge comme le DEET, la perméthrine ou la picaridine sur la peau lorsque vous jardinez.

– Portez des vêtements de protection: manches longues, pantalons longs, chaussures et chaussettes, peut-être même un filet moustiquaire pour la tête et le cou si la situation est vraiment sévère dans votre secteur.

– Vaporisez aussi de la perméthrine sur vos vêtements. Elle a la curieuse caractéristique de se fixer au tissu, même après plusieurs lavages, et alors l’effet peut durer deux ou trois mois.

– Portez des couleurs claires (pour que vous puissiez voir les tiques avant qu’elles ne mordent).

– Insérez le bas du pantalon dans vos chaussettes.

– Utilisez des gants de jardinage à manches longues lors de la taille. 

– Lavez vos vêtements immédiatement une fois dans la maison. Elles survivront à une machine à laver, mais pas à une sécheuse à température élevée.

– Surveillez aussi la présence de tiques sur vos animaux de compagnies.

Étiquettes + Ixodes ricinus, Prévenir tiques, Ixodes scapularis, ixodes pacificus


commentaire sur "Tiques au jardin : quelques nuances, 2e partie"

  1. Pierre Jutras dit :

    Merci Mathieu!

  2. Diane dit :

    Merci pour ces informations, Mathieu, et en particulier pour les liens aux zones à risque.
    Bon dimanche!

  3. Anonyme dit :

    sujet inspirant et très intéressant
    Merci

  4. Jonas dit :

    S’habiller en cosmonaute au lieu de tondre sa pelouse correctement ne me semble ni agréable ni “paresseux”.
    Tout est une question de mesure. Couper régulièrement sa pelouse à 10 cm et planter des plantes diversifiées et mellifères préserve la biodiversité et évite la prolifération des bêtes nuisibles à l’homme.

  5. Merci de nous tenir à jour sur le sujet de la tique et la maladie causée par celle-ci. Toujours aussi inspirant et instructif de vous lire

  6. Nathalie dit :

    Merci mais qu’est-ce qu’on attends pour remettre à l’ordre des priorités un vaccin? Faute de subventions et de demandes deux d’entre eux, commercialisés et efficaces semblait il, ont été abandonnés… Nos animaux ont bien de la chance d’avoir accès à des vaccins. Je crois que le sujet en est un de santé publique.

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