Comment hiverner les plantes rustiques cultivées en pot

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Plantes en pots sous la neige; survivront-elles au froid? Source : Crisalex37, Wikimedia Commons

De plus en plus de jardiniers cultivent des plantes en contenants : pots, bacs, balconnières, etc. Cela permet notamment la culture de plantes aux endroits où il n’y a pas de possibilité de creuser un trou de plantation; comme sur une terrasse, un balcon ou un toit. Souvent, les plantes ainsi cultivées sont des annuelles ou des plantes traitées comme annuelles — tomates, poivrons, bégonias, pétunias, œillets d’Inde, etc. — et personne ne s’attend à ce qu’elles survivent à l’hiver à cet endroit. Soit qu’on les laisse geler et qu’on les remplace l’année suivante, soit qu’on les rentre (ou qu’on en rentre des boutures) dans la maison l’hiver pour les cultiver comme plantes d’intérieur.

Mais que faire des plantes rustiques qui sont cultivées en pot : les arbustes, vivaces, conifères, etc. qui sont « assez rustiques » pour survivre à l’hiver dans le climat local, mais qui sont plantées en bac? On ne peut pas les cultiver à l’intérieur : ce sont des plantes de climat froid et elles exigent un hiver froid pour bien réussir. Il faut alors trouver une façon de les cultiver à l’extérieur.

Les complications d’un hiver en pot*

Tristement, la vie en pot est plutôt stressante pour une plante, surtout l’hiver.

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L’hydrangée paniculée Fire Light peut hiverner en pot… si on prend certaines précautions. Source : Proven Winners

D’abord, les racines en pot gèlent davantage que celles qui croissent en pleine terre, atteignant la même température que l’air ambiant, alors qu’il y a toujours une « chaleur de fond » qui remonte aux plantations en pleine terre et qui les maintient plus chaudes, souvent de 10 °C et plus que la température de l’air.

Et les racines des plantes, même les plus rustiques, sont typiquement moins résistantes au froid que leurs parties aériennes. Par exemple, les branches, bourgeons et aiguilles de certaines épinettes (épicéas) peuvent tolérer -50 °C alors que leurs racines peuvent mourir à -20 °C. C’est un écart de 30 °C! Autrement dit, la partie aérienne est de zone de rusticité 1 alors que les racines sont de zone 6!

C’est un cas extrême, peut-être — essentiellement personne ne cultive des plantes en pot en zone 1! – mais néanmoins, il faut toujours calculer que les racines d’une plante rustique seront probablement d’une ou de deux zones moins rustiques que la partie aérienne.

Aussi, les racines d’une plante en pot subissent davantage de soubresauts de température que les racines qui poussent en pleine terre. Plusieurs facteurs, comme la grande masse de terre et sa qualité isolante, sans parler de la présence constante de chaleur de fond, font que la température du sol baisse assez lentement à l’automne, reste froide, mais assez stable l’hiver, et remonte graduellement au printemps. Les racines des plantes en pot, dont la masse de terre est très réduite et qui ne profitent pas d’une chaleur de fond, subissent au contraire des changements réguliers de température, incluant généralement des cycles répétés de gel et de dégel, ce qui n’est jamais bon pour une plante.

Quelques solutions

Il existe néanmoins plusieurs méthodes qui permettent d’hiverner les plantes rustiques en pot avec succès. En voici quelques-unes :

  1. Choisissez un grand pot. Plus le pot est grand, plus la masse de terre qu’il contient est grande et moins la plante qui y pousse subira des sauts de température.
  2. Isolez le pot avant de planter. À la plantation, probablement au printemps précédent, prévoyez l’hiver à venir et recouvrez l’intérieur du pot d’un isolant quelconque, un qui résiste à l’humidité, comme une mousse de polystyrène résistante à l’eau. Certains pots ont un isolant incorporé. Par contre, cette isolation ne protège pas tant contre le froid que contre les sauts de température.

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    Les conifères très rustiques, comme le pin mugo, zone 2, font d’excellents choix pour la culture en pot en plein air. Source : ashwoodnurseries.co

  3. Choisissez pour la culture en pot des plantes extrarustiques. Préférez pour la culture en pot des plantes d’une ou, de préférence, deux zones plus froides que la zone de rusticité de la région. Autrement dit, si vous vivez en zone 5, ne cultivez en pot que des plantes des zones 1, 2 et 3 ou, à la rigueur, 4. Ainsi, souvent aucune autre protection ne sera nécessaire et vous pourrez alors placer les pots de façon décorative pendant tout l’hiver. Les plantes alpines (acclimatées aux sols extrafroids dans leur milieu d’origine) et les conifères sont particulièrement résistants aux hivers durs quand on les cultive en pot, mais mieux vaut quand même en choisir qui soient adaptés à au moins une zone de rusticité plus froide que celle de la zone locale.
  4. Rentrez les plantes dans un garage ou un cabanon pour l’hiver. Si l’endroit est un peu chauffé, tant mieux, mais même sinon, les écarts de température seront néanmoins bien moindres qu’en plein air. Attention! Il faut quand même les arroser à l’occasion.

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    Planter la motte de racines en pleine terre aidera énormément à protéger la plante contre le froid.

  5. Sortez la plante de son pot et plantez-la en pleine terre à l’automne. Ajoutez une bonne couche de paillis (toujours utile pour protéger les racines fraîchement dérangées contre les sauts de température) et vos plantes seront beaucoup plus capables de tolérer le froid hivernal. Au printemps, vous les rempoterez.
  6. Plantez la plante dans le sol avec son pot. Le résultat sera le même que le point 5, sauf que vous aurez à nettoyer le pot au printemps plutôt que de rempoter la plante.
  7. Enlevez la soucoupe. Si le pot repose dans une soucoupe l’été, enlevez-la l’hiver, sinon les racines risquent de tremper dans de la glace tout l’hiver, ce qui empêchera tout drainage (voir le point 8).

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    Surélevez les pots d’une surface plane pour assurer un meilleur drainage. Source : gardenartisans.com

  8. Surélevez le pot des surfaces dures. Il arrive qu’une mince couche de glace se forme sous les pots placés directement sur une surface dure comme le bois ou le béton, créant un bouchon qui ne permet aucun drainage. Le résultat est que la plante peut mourir, non pas du froid, mais de la pourriture quand le sol reste constamment détrempé. Il suffit de surélever le pot d’un petit centimètre, peut-être sur une latte de bois ou un pied de pot, pour rétablir un drainage correct.
  9. Placez le pot du côté nord ou est de la maison. Cela peut paraître contre-intuitif, car n’est-ce pas que ces expositions sont plus froides que les expositions sud ou ouest? D’accord, mais, à l’abri du soleil hivernal, la température y est plus stable, d’où moins de gel et de dégel. S’il y a de la neige (un bon isolant, en passant), elle y restera plus longtemps.
  10. Placez le pot contre un mur dégageant une certaine chaleur, le mur de la maison, par exemple. Cela sera encore plus efficace quand on le combine avec le point suivant (11).

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    Une simple cage de grillage remplie de feuilles mortes constitue une excellente protection.

  11. Isolez le pot contre les éléments. Ainsi, vous le protégerez contre les sauts de température et l’aiderez à retenir davantage de chaleur. Plusieurs méthodes sont possibles : une « cage » de grillage métallique remplie de feuilles mortes ou de paille sera extrêmement efficace, tout comme placer des ballots de paille autour de la plante ou encore, des sacs de plastique remplis de feuilles d’automne. On peut aussi recouvrir le pot de jute, d’un géotextile de type protection hivernale, de papier bulle, d’une vieille couverture, etc. et gagner une certaine protection. Laissez la neige s’accumuler autour du pot ou rajoutez-en : cela aidera aussi à l’isoler.
  12. Emballez aussi le feuillage en utilisant l’une des méthodes présentées dans le point 11. Cela réduira les dommages aux parties aériennes dus aux soubresauts de température, mais… rappelez-vous que la plante a quand même besoin de respirer. Évitez alors les couvertures étanches (papier bulle, feuille de plastique, etc.) pour ce type de protection.
  13. Regroupez plusieurs pots les uns contre les autres. Cela réduit la circulation d’air froid et facilite l’emballage (points 11 et 12), car alors on peut les recouvrir collectivement. Placez les plantes les plus rustiques en bordure et les moins rustiques au centre pour encore plus de protection.

Le bon pot

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Rentrez les pots de grand valeur à l’abri du gel pour l’hiver. Source : Daderot, Wikimedia Commons

Si vous voulez conserver des vivaces ou des arbustes en pot, il faut un contenant qui résistera au froid et notamment aux gels et aux dégels répétés. Les pots en céramique et en terre cuite, par exemple, tendent à fêler rapidement si on les laisse à l’extérieur tout l’hiver avec une masse de terre à l’intérieur, mais les contenants de bois, de béton, de métal, de fibre de verre, de résine ou de plastique sont généralement plus résistants.

Une suggestion : utilisez les pots de grande valeur comme cache-pot et rentrez-les à l’abri l’hiver, au cas où, puis cultivez la plante dans un simple pot de culture bon marché que vous insérerez dans le pot chic. Si jamais le pot de culture se fissure l’hiver, le remplacer ne coûtera pas cher !

Entretien hivernal

Continuez d’arroser vos plantes en pot pendant l’hiver. Leurs besoins en arrosage seront moin20171018I.jpgdres, mais il ne faut pas qu’elles s’assèchent complètement. Les conifères et les arbustes à feuillage persistant, surtout, perdent de l’eau par évapotranspiration et il faut remplacer cette eau perdue. Arrosez les journées où la température sera au-dessus de 0°C, de préférence le matin pour que l’eau puisse pénétrer avant que les températures sous le point de congélation reviennent la nuit.

Notez aussi qu’un sol humide est mieux isolé contre le froid qu’un sol sec, car, quand le sol est humide, les espaces d’air dans le sol sont remplis d’eau et le froid pénètre l’eau plus lentement que l’air.

Ce que je fais

Voilà toute une panoplie de suggestions pour protéger vos plantes en pot du froid, mais personnellement, il y en a seulement deux que j’applique chez moi dans la très froide région où je réside (zone 4), notamment pendant les années où mon seul espace de jardin était un balcon. Je ne cultive comme plantes permanentes en pot que les plantes bien rustiques (une et, de préférence, deux zones plus froides que la mienne, donc des zones 1 et 2, parfois 3) et je surélève les pots du sol.

Quant à l’arrosage, il se trouve que, dans ma région, tout se recouvre de neige pendant tout l’hiver et je compte sur la neige qui fond pour s’occuper de l’arrosage. Merci, dame Nature!20171017A Crisalex37

*Le problème de l’hivernage en pot s’applique surtout aux régions aux hivers froids (zones 1 à 7). Dans les zones 8 et plus — du moins, là où les périodes de froid sont peu durables — il y a peu de différence de température entre la température du terreau dans un pot et celle dans le sol et alors aucune précaution spéciale pour affronter l’hiver n’est nécessaire.
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13 réflexions sur “Comment hiverner les plantes rustiques cultivées en pot

  1. Grand merci pour ces conseils car j’utilise la culture en pot en raison de la présence de beaucoup d’arbres sur mon terrain et surtout d’un problème de dos. L’an dernier, j’ai fait l’essai de garder des plants de framboisiers et de bleuetiers dans des grands «smart pot» et ça a réussi! Instinctivement, j’ai fait quelques uns de vos trucs et maintenant je comprends mieux ce qui se passe. On continue…

  2. Louise Sirard

    Je rentre les plantes en pot dans ma cave en terre. Il y a peu de lumières et je les arroses à l’occasion durant l’hiver. Je me demande à quel moment je dois les rentrer ? Avant ou après le gel, à la première neige…

  3. Nathalie

    WoW quel article complet!
    Ce qui m’amène à une autre question.
    Je voudrais savoir si il serait possible d’après vous, de planter des bulbes de tulipes dans de gros smart pot. Idéalement je les laisserais à l’extérieur, collé sur la maison. Pensez-vous que ça fonctionnerait?

    • Les bulbes ont de la difficulté à pousser en pot. C’est qu’ils poussent l’hiver, sous la neige. Alors, si le sol gèle complètement (souvent le temps), ils ne peuvent pas réussir. Essayez comme vous le dites, profitant d’un mur chauffant, mais c’est moins facile que la culture d’autres végétaux rustiques en pot. Je pense traiter ce sujet plus longuement bientôt.

  4. Yen

    Mes plantes d’ail n’ont pas survécu même dans un pot de 70cm.
    une hydrangée à feuilles larges enfouie dans le bac de composte survivra-t-elle? Mon bac mesure environ un mètre cube.
    Merci beaucoup.

    • Les bulbes, dont l’ail, constituent un « cas à part ». D’ailleurs, je vais en traiter dans mon blogue de dimanche (22 octobre 2017). Quant à l’hydrangée à grandes feuilles, l’enfouir dans un bac à compost (couvert, j’assume, de compost) semble assez prometteur, mais tout dépend de votre climat, car cette plante est peu rustique (zone 6b environ). Je ne sais pas où vous résidez, mais une plante difficile à cultiver en pleine terre au Québec, notamment, et encore plus fragile en pot.

  5. Fred

    J’ai une vigne de boston, dans un pot isolé, sur mon balcon au troisième étage à Montréal. Elle revient depuis trois hiver, sans protection supplémentaire, malgré quelle soit plutôt serrée dans le pot. Je dirais que le plus stressant pour elle sont les épisodes de sécheresse durant les chaud mois d’été.

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