Renouée du Japon : choisir ses combats

Dans une rubrique récente sur ce blogue, je dénonçais huit mythes sur la renouée du Japon, une plante envahissante assurément redoutable, mais pour laquelle on a un peu tendance à exagérer les effets sur l’environnement et les infrastructures.
Exagérations ou pas, il est tout à fait légitime de combattre la renouée si elle se trouve sur son terrain, plantée volontairement ou introduite accidentellement. Si on lui laisse le champ libre, elle peut occuper tout l’espace disponible, ce qui n’est évidemment pas souhaitable si l’on désire maintenir un aménagement paysager diversifié.
Je vais dans une prochaine rubrique faire état des connaissances scientifiques sur la lutte contre la renouée, en départageant les méthodes «miracles» attrayantes, mais peu efficaces, de celles qui ont un certain succès. Mais avant, il me semble pertinent de placer la lutte dans sa juste perspective. Lutter contre la renouée, certes, mais en gardant à l’esprit que l’opération sera fastidieuse et de longue durée. Il est en conséquence important de choisir ses combats: certains valent la peine d’être menés, d’autre pas.
Les plantes envahissantes sont… des plantes
Voilà un énoncé qui vous semblera futile, puisque c’est une évidence. Et pourtant… J’amorce fréquemment mes conférences grand public sur les plantes envahissantes avec cette boutade. Je rappelle simplement à l’auditoire qu’aussi détestables soient-elles, les plantes envahissantes, comme la renouée du Japon, sont des végétaux, pas des barils de produits toxiques; on a tendance à l’oublier au regard de l’inflation médiatique qui entoure plusieurs envahisseurs. La lutte doit donc être proportionnelle aux désagréments que les plantes envahissantes causent ou aux préjudices à l’environnement dont elles sont responsables. Je suis, par exemple, beaucoup plus prompt à agir lorsqu’il s’agit de plantes très nuisibles à la santé, comme la berce du Caucase, que contre des plantes pour lesquelles les effets sur la biodiversité sont loin d’être démontrés.
Si la renouée ne porte pas atteinte à la santé, qu’en est-il de ses effets environnementaux? Est-il justifié de la combattre pour la sauvegarde de la biodiversité? Oui, mais surtout dans un contexte précis: celui des rivières.
Rives érodées
Les effets environnementaux de la renouée du Japon se font surtout sentir dans les bandes riveraines, son habitat de prédilection. Lorsque la plante s’installe, elle occupe toute la place et réduit à presque rien la diversité végétale. Cet appauvrissement de la biodiversité s’observe aussi ailleurs, mais la conséquence est plus lourde en bandes riveraines, car on perd ainsi des agents de filtration efficaces et des habitats fauniques de qualité.
Au Québec, l’impact de la renouée se fait particulièrement sentir en avril. Comme les tiges meurent l’automne venu, le sol est dénudé de végétation au retour du printemps. Les conséquences sont remarquables, car les glaces véhiculées lors de la crue raclent la surface du sol non protégé et amplifient ainsi l’érosion des bandes riveraines. Là où la renouée est installée, on perd chaque printemps 3 cm d’épaisseur de sol supplémentaires par rapport aux rives couvertes d’arbustes ou de plantes herbacées. Ce semble peu, mais au bout de dix ans, c’est 30 cm (un pied!) de terre perdue, ce qui est énorme. C’est autant de terre arable qui s’évanouit dans la nature et qui se dépose dans le lit des rivières, avec les fertilisants et les pesticides qu’elle contient.

Les bandes riveraines
Mais attention: si la renouée génère de l’érosion, c’est qu’on lui a grandement facilité la vie en éliminant les bandes riveraines arbustives pour des motifs agricoles ou pour obtenir une vue imprenable sur le cours d’eau. Si on avait conservé les arbustes, la renouée, aussi pugnace soit-elle, aurait eu beaucoup de difficultés à s’établir, puisque les aulnes, les cornouillers et les saules lui auraient fait une féroce compétition pour l’espace et la lumière.
Au contraire, les plantes herbacées comme les graminées, qui composent souvent les bandes riveraines en milieu agricole, ne sont pas suffisamment robustes et compétitives pour lui barrer la route. Mon équipe a observé en bordure de la rivière Etchemin que chaque printemps, les glaces déposent par centaines sur les bandes herbacées des monceaux de sol avec des rhizomes de renouée en provenance de clones situés un peu plus en amont. Il est alors facile pour la renouée de prendre racine.


Invasion et lutte complexe
Malheureusement, comme on le verra dans la prochaine rubrique, la lutte contre la renouée en bande riveraine est celle qui est la plus complexe à réaliser, notamment pour des raisons réglementaires. Parfois, les clones sont si gigantesques (1 km de long!) qu’il est irréaliste de vouloir les supprimer.
Lorsque l’invasion est à un stade avancé, on doit sinon abandonner la partie, du moins se concentrer sur les tronçons du cours d’eau les moins envahis. Mieux encore, on restaure la bande riveraine en plantant des arbustes avant que la renouée n’ait eu le temps de s’établir. C’est ainsi que l’on choisit ses combats pour la préservation de la biodiversité.
La lutte à sa plus simple expression
Des citoyens me consultent régulièrement pour obtenir des conseils sur la lutte contre la renouée du Japon sur leur terrain résidentiel. Dans leur cas, l’enjeu n’est pas environnemental, mais d’occupation de l’espace. Parfois, les clones sont si étendus que je vérifie s’ils ont les moyens financiers d’entreprendre une lutte et s’ils veulent vraiment s’investir à ce point dans ce combat.
Il ne faut pas se méprendre: on peut éliminer un clone de renouée, aussi gigantesque soit-il, mais les moyens pour y parvenir, par exemple en recourant à l’excavation, sont si considérables que les bénéfices ne surpassent pas toujours les coûts.
Un exemple concert
Voici l’histoire d’un cimetière aux prises avec de gigantesques clones de renouée. La plante est un enjeu, car elle est sur le point d’empiéter sur les tombes du voisinage. Dans ce cas de figure, les options sont peu nombreuses. On ne peut évidemment pas excaver les rhizomes (les sépultures!), et les herbicides de synthèse, les seuls vraiment efficaces contre l’envahisseur, sont interdits dans la municipalité où se trouve ce cimetière. La seule avenue possible: laisser en place les clones, mais augmenter la fréquence des tontes de la pelouse environnante.

Aucune illusion à se faire: le clone de renouée ne sera guère affecté, dans son ensemble, par la tonte des pousses en périphérie, et les rhizomes resteront présents dans le sol, sous les pierres tombales. En revanche, la tonte fréquente gardera l’envahisseur à distance, en stratégie de survie dans la zone tondue. Au lieu de s’étendre à l’horizontale (rhizomes), ce qui amplifierait le problème du cimetière, la renouée investira plutôt son énergie à la verticale (tiges) pour contrecarrer les effets de la lutte. Cet «investissement» sera à son tour tondu, et ainsi de suite. Ce n’est pas la solution idéale, mais c’est le seul combat raisonnable (et perpétuel) que le cimetière pouvait entreprendre en cette circonstance.
Si une solution aussi simple ne vous satisfait pas et que vous voulez vous lancer dans une lutte plus substantielle, armez-vous encore d’un peu de patience, je l’aborderai dans la prochaine rubrique. En attendant, vos commentaires, questions et solutions sont les bienvenus.
Pour en savoir plus:
- 50 plantes envahissantes: protéger la nature et l’agriculture (Claude Lavoie, Publications du Québec, 2019).
- Sciences, eaux et territoires: renouées envahissantes – connaissances, gestion et perspectives (2019).

Bonjour et merci pour ces informations. Je ne suis pas aux prises avec la renouée du Japon mais plutôt avec la pétasite du Japon.Je la contrôle en coupant à mesure les tiges qui sortent en péripherie. Dans une prochaine rubrique, pourriez-vous en parler et nous suggérer des moyens de s’en débarrasser? Est-ce que les fleurs qui sortent au printemps favorisent la propagation ou si elle se fait uniquement par les rhizomes?
Merci beaucoup.
Pas évident… On peut penser que les méthodes «efficaces» contre la renouée fonctionneront contre les pétasites géants (il y a 2 espèces), mais il y a très peu de travaux sur le sujet et il me sera difficile de vous conseiller. En déterrant les rhizomes, peut-être ? Cela risque d’être fastidieux. Localement, la plante se propage par ses rhizomes, et d’un site à l’autre probablement par ses semences.
Au fond de ma cour j’ai un étang. Sur un des côté il y a une grande étendue de renouée du Japon. Celle-ci est contenue naturellement par un chemin d’un côté et par une haie d’hydrangée qui poussent à l’ombre de grands pins. Il y a aussi des aulnes et autre végétation non identifiée. J’étais surprise de ne pas voir la renouée avancer sur mon terrain. J’avais constaté à ma grande surprise que les hydrangées compétionnaient avec la renouée. Votre article était bien intéressant.
Le confinement végétal est une stratégie, mais encore peu éprouvée à ce jour. Votre exemple est encourageant.
A ne pas confondre avec la persicaire polymorphe qui est beaucoup plus disciplinée
J’ai réussi a éliminer la renouée japonaise près de la maison et sur le bord de l’eau avec des bâches épaisses. Pour la renoué installée près de la maison, 3 ans de bâchage a suffit. Toutefois, pour le bord de l’eau, j’ai du laisser les bâches plus de 7 ans. Chaque année, je vérifiais s’il n’y avait pas de plant qui ressortaient entre les bâches et au-delà des bâches.
Chaque semaine je vais au marché.
Si ce n’est pas drôle pour mes petites choses de nature.
Être en agriculture, je ne peux imaginer ce que cela doit être.
Il y avait de la renouée sur mon terrain quand je l’ai acquis en 1992. Lors de la construction de ma maison, elle s’est étendue et a proliféré jusqu’à faire une très haute haie.
J’ai entrepris un arrachage systématique, au début de très grosses « bottes » de racines puis les tiges. Je la contrôle bien maintenant et la biodiversité revient. Je dois passer régulièrement et arracher toutes les pousses. Je crois vraiment que cela affaiblit la plante à la longue. Les racines ont forcément besoin de feuillage un moment donné. Je ne leur donne pas de chance, et ça fonctionne!
C’est. à quelques nuances près, une méthode que je préconise – je montrerai des exemples patents. Mais il faut être patient (très) et acharné…
Nous avons acheté un terrain sur lequel la renouée est installée depuis quelques années. La tâche de renouée fait environ 350 m2 et il y a un enrochement d 1m50 de haut qui nous empêche d avoir recours aux bâches.
Nous avons essayé de l éradiquer en binant et evacuant soigneusement chaque morceau de ryzomes ( 350kg sur 80 m2 de potager ) mais le rhytme de pousse est vite décourageant et l activité commençait à nous occuper tous les week-end… il y a 3 mois nous avons adopté 2 chevres naines pour nous épauler et pour le moment, elles maîtrisent à merveille l invasion. Elles s occupent notamment de la partie enrochement très compliquée à gérer pour nous et ne laissent que les tiges.
Elles raffolent des feuilles qu elles preferent maintenant aux autres plantes de leur parc.
Ça n eradiquera certainement pas la » bête » mais ça devrait au moins la contenir. Je compte également les attaquer au désherbant juste avant l hiver pour fatiguer un peu plus la plante avant le printemps.
Les 2 biquettes ne demandent que très peu d entretien et s averent être très sympa lorsqu on prend le temps d essayer de les domestiquer.
S occuper d elles est vraiment plus satisfaisant que s occuper de la renouée…
Oui j en ai aussi sur mon tous les jours j enlève les pousses un terrain à côté de chez moi en ai envahi
Les chèvres sont couramment mises à contribution. C’est l’équivalent d’une fauche, un peu extrême, mais une fauche quand même. Or, la fauche ne fonctionne pas avec la plupart des plantes à rhizomes – la minute où la pression de broutement se relâche, la plante reprend de la vigueur. Mais si l’objectif est d’empêcher un clone de renouée de prendre de l’expansion, c’est tout à fait acceptable. Attention avec les herbicides : ce n’est pas si simple et pas toujours légal – j’y reviendrai.
Je sais que ce n’est pas votre sujet, mais à votre connaissance, est-ce le même principe pour l’herbe aux goûteux ?
La lutte est plus facile avec l’égopode podagraire (le nom véritable), parce que les rhizomes sont moins profonds et beaucoup moins robustes, donc plus faciles à arracher. En théorie… parce qu’en pratique, c’est une plante remarquable par la vitesse avec laquelle elle se propage. Les conséquences sur la biodiversité et les méthodes de lutte efficaces sont très peu étudiées chez cette espèce.
La maudite renouée! J’ai acquis une propriété en juin dernier dans la ville de Québec (ma première maison!) et j’ai su dernièrement que mon voisin avait de la Renouée du Japon dans sa cour, et elle déborde un peu de mon côté le long de la clôture. Après avoir discuté avec quelques personnes oeuvrant en environnement, j’ai entrepris de creuser et enlever le plus de racines que je pouvais dans une zone délimitée.
Pendant l’arrachage, j’ai constaté qu’il avait des racines plus ardues que j’aurais cru, mais je crois avoir fait une bonne première séance d’arrachage. Jai commencé par une zone délimitée car je ne voulais pas tout arraché mon terrain. Il y a des racines actuellement qui ressortent du terrain mais j’ai pas osé les arracher au complet toute suite car certaines semblaient sortir pas mal de la zone. Je les ai laissées sorties de la terre pour pouvoir facilement les repérer. Pour la prochaine étape, je compte poursuivre le creusage le long de la clôture pour constater l’ampleur et arracher d’autres rhizomes s’il y en a. Je pensais probablement arracher aussi les quelques racines qui semblent aller plus loin sur mon terrain, bien que ça va être un peu un chantier… Est-ce nécessaire? Pensez-vous que c’est un bon plan d’action? Avez-vous d’autres conseils pour moi? Je suis un peu découragée…
Je souhaite également poursuivre le dialogue avec mon voisin qui ne s’occupe pas de la problématique. Je vais sûrement lui proposer mon aide pour arracher l’énorme colonie de son côté, ou du moins la section près de mon terrain.
Merci!
Dans votre cas de figure, le défi n’est pas tant la lutte en tant que telle, mais le fait que votre action est partielle. Si on ne s’attaque pas à un clone dans son ensemble, ce sera un perpétuel recommencement. Je ne connais pas assez le contexte de votre propriété pour me prononcer, mais faire de l’arrachage seulement d’un côté de la clôture est un investissement dont le rapport coût / bénéfice me semble peu avantageux. Comme je le montre dans l’exemple du cimetière, la simple tonte du gazon de votre côté rapportera à court – moyen terme un résultat équivalent. Le dialogue avec votre voisin doit donc se poursuivre.
La renouée ne présente pas que des inconvénients. Elle peut être consommée . Les feuilles jeunes se préparent en salade, et les pousses peuvent se manger de la même façon que le bambou comestible. J’en ai cultivé en bacs, pour éviter l’extension du rhizome : elle pousse vite, jusqu’à une hauteur de 2 à 3 m, et peut servir d’écran, si l’on veut aménager un coin ombragé. Ce qui est pratique, c’est que cette haie ne nécessite pas d’être taillé, puisque la plante disparaît à la mauvaise saison. Il faut tirer parti de cette invasive, étant donné qu’on peut difficilement s’en débarrasser.
j’abonde dans le même sens que XAVIER FLECK
les jeunes pousses se consomment comme des asperges, cuites à la vapeur et c’est délicieux.
au lieu de me battre avec elle, je la consomme et l’apprécie