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Bande riveraine: faucher ou ne pas faucher?

Avez-vous une bande riveraine sur votre terrain? Faut-il la tondre à l’automne? La couvrir? La faucher?

Bande riveraine sur le bord de l'eau
Photo: Alexey Komissarov

Que vous soyez cultivateur ou que votre chalet soit au bord d’un lac, votre bande riveraine vous rend d’énormes services, et vous, vous rendrez également service à l’environnement si vous en prenez soin. Si vous n’êtes pas trop certain de quoi faire à l’automne avec ce petit coin de nature, cet article est pour vous!

Les services que la bande riveraine vous rend en tant que propriétaire

Vous aimez profiter de la vue sur votre lac, de votre quai, du bruit de l’eau. Mais saviez-vous que laisser pousser trois mètres de large de végétation le long de votre rive, c’est la meilleure chose que vous pouvez faire pour sécuriser votre terrain? Déjà, si vous avez des ronces ou d’autres plantes à piquants, les méchants voleurs vont y penser à deux fois, et les inondations du printemps ainsi que les glissements de terrain pourront être énormément réduits avec une bonne végétation au bord de l’eau.

Comment fonctionne une bande riveraine?

Au printemps, les plantes qui se réveillent de leur dormance, ou encore les nouvelles pousses d’annuelles, sont assoiffées et absorbent une grande quantité d’eau. De plus, les racines robustes des arbres, arbustes et autres grandes vivaces agissent comme un grillage qui maintient la terre à sa place.

Imaginez le fond de votre évier: si vous y videz un verre d’eau, celle-ci s’écoule vers le drain, qui symbolise votre point d’eau. Les couches profondes du sol sont pareilles: l’eau y ruisselle et s’écoule vers la rivière ou le lac.

Mettez une couche de sable dans votre évier (mais pas pour vrai, hein! Faites-le imaginairement. Je ne veux pas recevoir vos factures de plombier!). Dès que vous ferez couler l’eau de votre verre, le sable s’écoulera vers le drain également. Ce sable représente votre sol… et les possibles glissements de terrain ou encore l’érosion de votre rive.

Maintenant, imaginez mettre plein de laine dans votre évier, du sable, puis l’eau. Et voilà, un sol qui ne s’écoule pas, qui absorbe beaucoup d’eau, et qui est une assise beaucoup plus solide pour votre demeure!

C’est une comparaison un peu étrange, je vous l’accorde, mais je pense que l’image est claire. Les glissements de terrain et les surplus d’eau peuvent être grandement atténués par la végétation mature de votre terrain.

Les services que la bande riveraine vous rend en tant que cultivateur

Si je continue mon histoire de fondation-racines, sachez que les plus petites racines des plantes de rivage jouent aussi un rôle dans la cohésion de la terre. Elles sont comme un filet qui retient le sol, ainsi que le bord de votre champ, ce qui est plus que nécessaire si vous cultivez près de l’eau.

L’érosion des berges est un grand problème lorsqu’on cultive: qui veut voir sa terre réduite, année après année, à cause de la terre qui est emportée par les pluies et le courant? D’ailleurs, les cultures annuelles comme le maïs ne sont pas les meilleures à faire près de l’eau si vous n’avez pas une belle rive végétale puisque le sol, sans aucun filet de racines, s’érodera encore plus rapidement au printemps! Une bonne bande riveraine peut cependant aider les champs à ne pas perdre leur terre, en plus d’éviter l’inondation des plants près de l’eau.

Photo: Tom Fisk

Un autre service que vous rend une bande riveraine en santé, c’est d’attirer la nature dans vos cultures. Pourquoi ça vous rend service? Avoir un écosystème équilibré, ça attire une panoplie d’animaux utiles: les insectes pollinisateurs, les recycleurs de sol et même les prédateurs comme les crapauds, couleuvres ou oiseaux. Pourquoi dépenser en pesticides si la nature peut trouver un équilibre et vous débarrasser naturellement des nuisibles?

Ce que votre bande riveraine donne à l’environnement

Vous ne voulez pas perdre 5 centimètres de votre terrain par année à cause de l’érosion? Eh bien, dites-vous que la nature non plus!

Les rives sont très importantes pour plusieurs espèces, et la terre qui «tombe» dans l’eau n’est pas nécessairement une bonne chose non plus. Lorsque le sol n’est pas retenu, le ruissellement de la pluie entraîne une bonne partie des nutriments et contaminants du sol… directement dans l’eau de la rivière. C’est une source importante de pollution qu’un simple filet de racines peut arrêter.

Avantages bande riveraine pour l'environnement
Photo: Radoslaw Sikorski

Les plantes riveraines éliminent beaucoup de la pollution de l’eau, en plus d’être d’importants capteurs de CO2. Vous savez, les méchants gaz responsables des changements climatiques qui nuisent aux récoltes? Ouais, l’écologie, c’est comme ça: tout est lié.

Si la bande riveraine est un habitat pour plusieurs animaux terrestres et amphibiens, elle est également indispensable pour plusieurs espèces aquatiques: les poissons ont parfois besoin de ces milieux herbeux pour se cacher, pondre ou se nourrir. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’aime les sushis, alors prenez soin des poissons et ne mettez pas trop de polluant dans l’eau, OK? Je vous fais mes yeux suspicieux, là!

Avec tous ces arguments, je pense que ça vaut la peine de prendre soin de votre rive, non? Surélevez un peu votre terrasse pour avoir une belle vue, acceptez d’offrir quelques mètres de votre terrain à l’environnement, et vous pourrez profiter du chant des grenouilles le soir venu, tout en vous vantant d’être super écolo.

Photo: Vojta Kova?ík

Comment entretenir sa rive pour en tirer le maximum pour nous et la nature

Dans un monde idéal, les milieux humides, qui sont si importants pour l’équilibre de la nature, resteraient intouchés. Ces milieux sont parfaitement autonomes et vous n’avez aucunement besoin de les «aider».

Il arrive quand même qu’une taille soit nécessaire dans certains cas: par exemple, si vous avez un quai, vous pouvez, armés de cisailles, tailler de chaque côté pour empêcher d’être envahi par la végétation.

Pour les cultivateurs, ça peut être un peu plus complexe. Certaines cultures, par exemple, peuvent être extrêmement sensibles à la présence de plantes sauvages plus envahissantes. À ce moment, une fauche de la bande riveraine avant que ces «mauvaises herbes» ne montent en graines peut être suffisante pour limiter les dégâts. Celle-ci s’effectue idéalement à partir de la deuxième moitié de juillet: on laisse ainsi aux oiseaux champêtres, qui font leurs nids souvent au sol, la chance de finir leur couvée. Il est d’ailleurs recommandé de laisser une trentaine de centimètres de haut à votre bande riveraine lors de cette fauche.

Hirondelle rustique (menacée au Canada). Photo: smuller
Hibou des marais (susceptible d’être désigné menacé au Québec et menacé au Canada). Photo: jadenbarney1234
Goglu des prés (vulnérable au Québec et menacé au Canada). Photo: j-j

Si vous désirez attirer les pollinisateurs, c’est à la fin août que vous devrez faucher, mais pas avant.

Sinon, ne touchez à RIEN!

En AUCUN CAS, on ne tond une bande riveraine! En AUCUN CAS, on ne retire des roches ou des bouts de bois mort de celle-ci. Et surtout, SURTOUT, EN AUCUN CAS, on ne jette de déchets dans l’eau, et ça inclut les rognures de votre tonte. Laissez plutôt celles-ci dans votre champ ou votre pelouse et elles se décomposeront en apportant de l’engrais à votre sol.

La pelouse étant riche en azote, elle contribue à la prolifération des algues causant l’eutrophisation. La quoi? La mort des lacs trop pleins d’algues. L’oxygène et la lumière viennent à manquer à cause du trop grand nombre d’algues et tout finit par mourir à cause de ce déséquilibre… Alors, gardez vos rognures sur terre, mes chers jardiniers paresseux!

Bref, tout ça pour dire qu’à l’automne, qu’est-ce qu’on fait? RIEN! Un bonus pour le jardinier paresseux!

Vous m’excuserez, je suis peut-être moins drôle qu’à l’habitude, mais on ne rigole pas avec les bandes riveraines! Le Québec est tellement riche de beaux milieux humides, l’eau douce est une ressource si importante et facile d’accès, qu’on a tendance à tenir tout ça pour acquis.

Bref, à plouf! Heu… à plus!

Étiquettes + bande riveraine


commentaire sur "Bande riveraine: faucher ou ne pas faucher?"

  1. Irene dit :

    Oui vous avez tant raison.
    On a besoin de se le faire rappeler constamment.
    C’est si loin des pelouses tondues jusqu’au bord bord.
    On se doit de penser autrement pour le futur de notre planète.

  2. Anonyme dit :

    Chère Audrey, tu me fais bien rire et sourire. Tu es dans la continuité de la connaissance par l’humour et le gros bon sens de notre Larry! J’ai la chance de vivre près d’un lac et j’apprecie toute la vie qui s’y trouve, il y a même un micro climat. !!Jamais on reviendrait à la pelouse qui se jette dans le lac.

  3. Pascal Vigot dit :

    Bonjour, tout à fait d’accord avec vous, par contre je mettrais comme titre :
    “Bande riveraine, pourquoi il ne faut pas faucher !”
    Car l’alternative fait croire qu’on a le choix ou que les 2 sont possibles.

    • Audrey Martel dit :

      Je comprends votre point, mais pour les cultivateurs, il est parfois quand même utile, voir nécessaire de faucher, d’où la nuance! 🙂

  4. Jeanne dit :

    Excellent article, merci! J’adore votre façon de dire les choses! Les règles de non-tonte dans la bande riveraine sont maintenant à 10 m par contre, et même 15 m en présence de talus!

  5. Oui les bandes riveraines sont essentielles ,trois mètres n’est pas trop ,pour retenir la terre lors des pluies torrentielles et le printemps aussi lors des épandages dans les champs
    Je suis près d’une petite rivière qui passe dans un boisé et qui passe dans des terres agricoles ,je vois les changements de l’eau lors des grosses pluies et printemps ,automne lors d’épandage

  6. Pierre Jutras dit :

    Ça fait longtemps que je suis au courant de cette importance mais je sais qu’il ne faut pas arrêter d’en parler car il y a encore trop de bandes riveraines manquantes au Québec. Merci Audrey!

  7. Jacinthe dit :

    Merci d’en parler… encore et encore svp!!!
    Et je suis d’accord pour le nouveau titre proposé… car IL FAUT LAISSER UNE BANDE RIVERAINE!!! C’EST INDISCUTABLE!

  8. Claire dit :

    Malheureusement, la règlementation sur les bandes riveraines qui vise à protéger les lacs et rivières est confiée à deux instances qui n’ont pas une grande volonté de la faire respecter: le ministère de l’Environnement et les municipalités. Fermer les yeux coûte moins cher qu’intervenir ou poursuivre. Et entre vous et moi, une bande de 3m en milieu agricole c’est l’équivalent d’un string comme sous-vêtement: ça ne protège pas grand chose ! La protection de l’eau n’est pas prise au sérieux au Québec. Sauf par les associations de riverains et certains clubs agro-environnementaux mais ceux-là n’ont pas de pouvoir. Et beaucoup de citoyens refusent d’évoluer. Ya qu’à voir la révolte engendrée au lac St-Charles, source d’eau potable de la ville de Québec, quand la Ville a annoncé qu’elle imposerait des bandes riveraines végétalisées plus larges. Un tollé incroyable de protestations par des propriétaires fortunés qui tenaient mordicus à leur pelouse de golf rasée jusqu’au lac. Décourageant ! Merci de faire votre part pour éduquer.

  9. Rachel Lamontagne dit :

    Bien beau tout ça, mais quand on ne peut pas changer son mur de soutènement qui s’écroule parce qu’il est en bande riveraine…quand on ne peut pas ajouter une marche à son escalier parce qu’il est en bande riveraine, quand on a l’impression que les règlements municipaux font fi de toute logique.
    Et hop! tout à coup une grosse monster house qui se construit tout près de leau.$$$$ pour la municipalité et on oublie les règlements que les petits propriétaires doivent eux respecter!

  10. Gilles dit :

    Merci de parler de biodiversité.
    Non seulement, elle est vitale pour la vie (animale… mais aussi la nôtre) sur terre. Mais c’est une condition d’équilibre pour nos cultures.

  11. Bonjour, Il y a un élément important à considérer, c’est le pattern d’écoulement de l’eau de surface. Les données scientifiques qui démontrent que les bandes riveraines sont efficaces sur la rétention des éléments nutritifs ont été faites sur des champs expérimentaux avec de faibles pentes. L’écoulement était donc en nappe. Dans la réalité nous retrouvons peu de terrains riverains lacustres ayant de telles pentes, des sorte que les écoulements sont de type rigole, et dans ce cas l’eau passe en travers la bande riveraine très rapidement, et la rétention des éléments nutrifis est quasi nulle. Ce qui n’enlève pas le fait que la bande riveraine joue un rôle biologique. Donc dans la mesure du possible il est important de mettre en place de petits aménagements qui favorisent des écoulements diffus.

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