Une saison qui a mis nos jardins à l’épreuve
S’il y a une chose qui a marqué cette dernière année de jardinage, c’est bien les montagnes russes météorologiques qu’on a vécues au Québec.
Le printemps qui se fait attendre
Malgré une moyenne légèrement au-dessus des normales, le mois de mai a été trompeusement frais, surtout dans le sud de la province. Comme me l’a appris mon père, j’ai surveillé les prévisions météo avant de planter mes légumes de saison chaude – tomates, poivrons et concombres. Ma règle est simple: si les nuits ne descendent pas sous 13 °C pendant deux semaines, c’est le moment. Cette fois, j’ai attendu longtemps, presque jusqu’à la mi-juin, alors que je plante parfois dès la fin mai! À peine quelques semaines plus tard, alors que les jeunes plants commençaient à s’enraciner, une première canicule a frappé entre le 22 et le 24 juin.
Un été jamais vu
Le mois de juillet a poursuivi sur sa lancée avec deux autres canicules. Les températures ont dépassé ou frôlé de deux degrés les normales saisonnières et les contrastes régionaux ont été extrêmes. Officiellement, le Québec n’a reçu que 7 mm de pluie de moins que la normale, mais la réalité était tout autre. Pour certains, c’était la sécheresse, avec 30 à 72 mm de déficit dans le sud et l’est du Québec – notamment en Montérégie, Estrie, Bas-Saint-Laurent, Charlevoix et Gaspésie. Ailleurs, c’était le déluge: à Québec, on a reçu 269 mm de pluie, soit 148 mm de plus que la normale, battant ainsi un record absolu de précipitations pour un mois, toutes saisons confondues.
Le mois d’août a ensuite combiné chaleur record et manque criant de pluie. Du 7 au 13 août, le Québec a connu l’une des canicules les plus sévères jamais enregistrées, tandis que les précipitations atteignaient des niveaux historiquement bas. En moyenne, la province a reçu 24 mm de moins que la normale, mais certaines régions ont battu des records: en Estrie, la moitié du territoire a accusé un déficit de 100 à 115 mm.

Et ce n’était pas fini. Septembre 2025 a été le neuvième plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne 1,4 °C au-dessus de la normale, mais surtout un des plus secs. Plusieurs stations ont battu des records de précipitations minimales: Petit-Saguenay 16 mm (-80 mm), Ville-Marie 19 mm (-62 mm), Rimouski 21 mm (-68 mm) et La Tuque 28 mm (-75 mm). La chaleur et la sécheresse prolongées ont même mené à la première interdiction de feux à ciel ouvert en automne, dès le 4 octobre, dans la majorité du sud de la province – du jamais vu à cette période de l’année.
Des traces durables
Le printemps frais a retardé le départ de plusieurs plantes. Les légumes de saison chaude – tomates, poivrons, concombres, courges – absorbent moins d’eau et de nutriments lorsque le sol est froid: leur croissance ralentit dès le départ.
Lors des premières canicules, les plantes ont fermé leurs stomates pour limiter la perte d’eau. Mais en fermant ces pores, elles n’absorbent plus le CO2 nécessaire à la photosynthèse. La croissance s’est donc arrêtée brusquement. Plusieurs fleurs ont avorté avant de donner des fruits. Certaines vivaces ont dû puiser dans leurs réserves pour survivre, ce qui pourrait réduire leur floraison au printemps prochain.
La sécheresse prolongée de l’été et du début de l’automne a ensuite asséché les sols et ralenti la vie microbienne. Quand l’eau manque, moins de décomposition, moins de nutriments disponibles, moins de fertilité. Les arbustes plantés au printemps et les vivaces fraîchement installées n’avaient pas encore des racines assez profondes, ce qui les rend plus sensibles aux dommages hivernaux avec une reprise plus difficiles au printemps, même si elles ont été arrosées.
À l’inverse, dans les régions qui ont reçu des pluies exceptionnelles, le problème a été l’asphyxie: un sol saturé d’eau manque d’oxygène et les racines ne peuvent plus respirer. Paradoxalement, les plantes peuvent manquer d’eau dans un sol détrempé aussi bien que dans un sol sec, à cause de la pourriture des racines. On observe alors un feuillage réduit et brunissant, des branches qui sèchent et une croissance ralentie. Et parfois, les effets n’apparaîtront pas avant l’an prochain.
Et maintenant?
Les plantes les plus résilientes vont survivre, les autres peut-être pas. C’est un deuil à faire, oui, mais aussi une étape naturelle dans l’évolution du jardin. Chaque saison difficile laisse derrière elle un paysage différent, souvent plus fort et mieux adapté. Ce qui reste, ce sont les espèces capables d’endurer la sécheresse, la chaleur ou les excès d’eau – des plantes qui forment, au fil du temps, un écosystème plus autonome et mieux préparé aux aléas du climat. C’est aussi une occasion de repenser nos choix: privilégier des vivaces et des arbustes moins exigeants en eau et en nutriments, qui tolèrent mieux les variations de température et de pluie et qui, une fois bien installés, demandent peu de soins.
Évoluer avec notre jardin
Mais au-delà des plantes, c’est aussi notre manière de jardiner qui doit évoluer. Si ce n’est pas déjà le cas, adoptez le paillis: c’est l’un des gestes les plus simples et les plus efficaces pour aider vos plantes à traverser les chaleurs et les sécheresses. Une simple couche de 3 à 5 cm de bois raméal fragmenté, de feuilles déchiquetées ou de paille agit comme une couverture protectrice sur le sol. Il conserve l’humidité en réduisant l’évaporation, limite les écarts de température entre le jour et la nuit, et empêche les racines de surchauffer pendant les canicules. En se décomposant lentement, il enrichit le sol en matière organique et nourrit la vie microbienne, rendant la terre plus fertile et résistante aux variations climatiques.
Pourquoi ne pas aller plus loin et adopter un paillis vivant? Il s’agit tout simplement de planter des plantes couvre-sol basses qui forment un tapis végétal renouvelable sous les autres végétaux. Ces plantes protègent le sol en permanence: elles gardent l’humidité, limitent l’érosion et les écarts de température, et font concurrence aux mauvaises herbes. Leurs racines maintiennent la structure du sol, favorisent la vie souterraine et, en se décomposant partiellement au fil du temps, enrichissent la terre tout autant qu’un paillis organique.
Et surtout, évitez de trop «faire le ménage» au jardin: les feuilles mortes, les tiges et les débris végétaux laissés au sol se décomposent tranquillement, améliorant à la fois le drainage et la rétention d’eau.
Avec le temps, en laissant les débris en place en fin de saison et en adoptant un paillis vivant, il n’y a même plus besoin de rajouter du paillis: la nature fabrique son propre paillis, comme dans un écosystème sain.
La paresse face à un avenir incertain
Peut-être que la paresse au jardin est finalement la meilleure réponse à un avenir incertain. Avec un peu d’observation et de patience, on construit non seulement un jardin plus résilient, mais aussi une manière de jardiner plus douce, plus durable et profondément en harmonie avec le monde qui change autour de nous.

La paresse au jardin, ce n’est pas un manque d’effort. C’est choisir d’observer, avant d’agir, de collaborer avec la nature plutôt que de la contrôler. C’est accepter que tout ne soit pas parfait, que certaines plantes disparaissent pendant que d’autres prennent leur place, et que la beauté d’un jardin vient de son équilibre, pas de sa symétrie.
Dans un monde en bouleversement, le jardin nous rappelle que la résilience naît du respect des rythmes de la nature: ceux des sols, de la faune et de la flore, des saisons – mais aussi des humains. En ralentissant, on redécouvre la cadence du vivant. On apprend à ménager nos forces, à accueillir le changement et à reconnaître que le vrai progrès n’est peut-être pas de faire toujours plus grand et plus vite, mais de faire mieux, en harmonie avec le monde qui nous entoure.






je suis en parfait accord avec toi Mathieu!
Tellement en accord avec cette manière de penser. BRAVO!
Merci Mathieu, tu as su mettre les mots sur une nouvelle réalité à laquelle nous devrons tous l’accepter. Mais n’oublions jamais que la nature (notre terre) était présente bien avant nous, respectons-la et prenons-en bien soin, elle est magnifique.
Merci de ce regard sur l’impact des conditions météo sur notre jardin et la nature. Prenons soin de ce bien précieux qu’est notre terre.
La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Très beau texte, empreint de sagesse. En parfaite continuité avec le travail de ton père. Merci et bravo.
Très beau texte, qui porte à réflexion…merci!
Merci beaucoup pour cette invitation à cultiver en respectant les besoins et rythmes de la nature. Je suis certaine qu’elle n’en sera que plus généreuse car elle sera bien.
En septembre, quelle ne fut pas ma surprise en voyant que le tronc de l’érable qui avait été planté par la ville sur mon terrain il y a 3 ans, était fendu sur toute sa longueur. L’horticulteur de la ville est venu l’inspecter et m’a dit qu’il avait eu une insolation et comme il était jeune la plaie se refermerait. J’ai hâte au printemps prochain pour voir s’il guérit.
Avec la température du printemps j ai failli perdre mon hibiscus que J avais pris soin méticuleusement tout l hiver à l intérieur de peine et misère tranquillement il a repris du poil de la bête il est devenu tellement beau et gros j ai du le donner à mon amie à la condition d avoir le droit de visite à l occasion.Merci de vos bons conseils
C’est très bien dit, il n’y a rien à ajouter!
Merci!
Beau texte inspirant ce matin avec la belle neige fraîche.
J’ai déjà hâte au printemps. Merci!
Premier potager, nouvelles plates-bandes de vivaces, nouveaux arbustes fruitiers. L’été et l’automne ont été exigeants en Mauricie, mais j’ai l’impression d’avoir beaucoup appris! Merci pour ce beau texte!
J’ai grandement apprécié ce texte et tout particulièrement le dernier paragraphe. Nous faisons partie de l’écosystème!
Merci Mathieu de partager cette philosophie.
Bonjour Mathieu, merci beaucoup d’avoir pris la relève de ton père, c’est très apprécié |
Pourrais-tu donner quelques exemples de paillis vivant en zone 3 et comment se fait l’apport de compost lorsque ce paillis est en place. Merci à l’avance.
Mes préférées sont l’aspérule odorante, l’asaret du Canada et la tiarelle cordifoliée. Elles sont toutes les trois rustiques en zone 3, tolèrent bien l’ombre et ne sont pas trop compétitives avec les autres végétaux. Pour ce qui est du paillis vivant, à mon sens, si on choisit des plantes adaptées aux conditions de notre jardin, l’ajout de compost n’est généralement pas nécessaire. Il peut toutefois se faire à la plantation. Cela présume qu’on laisse en place les feuilles des arbres, des arbustes et des vivaces : elles se décomposent et nourrissent le sol, remplaçant ainsi le compost. On peut tout de même en répandre une petite quantité en surface au besoin. Ce sera plus facile à l’automne ou tôt au printemps, quand le feuillage n’est pas encore en place.
La vérité pure et empirique.
Non mais c’est tellement ça ! Je vais essayer d’appliquer ces belles mais incontournables façons de vivre à tout ce qui m’entoure et davantage à tous ceux qui m’entoure. Et tu prétends encore ne paf avoir une belle plume !
Vous parlez d’installer un couvre-sol sur les plates-bandes.
J’en ai toujours rêvé, mais n’est-ce pas dommageable pour les vivaces qui sont déjà là?
Même si les couvre-sols utilisent un peu d’eau et de nutriments, ils rendent beaucoup plus qu’ils ne prennent. En gardant le sol humide plus longtemps, en limitant l’évaporation et en nourrissant la vie microbienne, ils augmentent au final la disponibilité des ressources pour tout le monde. Les vivaces bien enracinées puisent leur énergie plus en profondeur, tandis que les couvre-sols occupent simplement la surface du sol. Ils agissent comme une petite couette protectrice : ils gardent l’humidité, réduisent le stress causé par la chaleur et empêchent les mauvaises herbes de s’installer.
Votre dernier paragraphe est tout simplement génial, très philosophique. J’ai beaucoup apprécié ce texte. Merci Mathieu!
Merci!
Oui,un peu plus d’infos sur le paillis vivant dans un potager par exemple pourquoi pas…
D’accord, je m’y mets!
Merci Mathieu pour les trois suggestions de plantes vivaces, C’est pour mettre au pied de mes arbres et arbustes fruitiers. Y a t-il des conseils particuliers dans ce cas-ci ?
c’est tellement vrai et j’y adhère tellement MAIS vraiment pas facile de transposer cette idée à ma clientèle…..merci pour ce beau texte, je vais leur transmettre…à suivre
Bonjour cher Mathieu, et Merci pour toutes ces bonnes informations. Je me demande si comme paillis vivant , il est bon que je laisse les plants des petites fraises des champs. Du coup, cela me fait une belle récolte à la fin de juin ! Qu’en pensez-vous?
Merci pour vos conseils!
Michelle
Très beau texte qui nous donne matière à réflexion
Merci
Merci pour ce texte inspirant et instructif!
Oui vous êtes bien branché au présent et cela demande beaucoup d’observations et souvent de nouvelles façons de faire. Merci de nous ouvrir les yeux.
Merci d’avoir répondu à ma question sur la coexistence pacifique entre couvre-sol et vivaces. Ça me sera très utile.