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Laissez les racines à leur place: sous le sol

La fin de la saison de jardinage approche tranquillement. Bien qu’on ait encore droit à quelques journées chaudes – parfois même des canicules en septembre! –, les nuits peuvent déjà être assez fraîches pour enfiler un coton ouaté ou parfois même un manteau!

Quoi qu’il en soit, le jardin montre les signes de l’automne qui arrive. Sous l’effet du froid et du raccourcissement des jours, certaines plantes cessent leur croissance, d’autres commencent même à perdre leurs feuilles. La saison des couleurs s’installe, et avec elle revient le fameux «grand ménage d’automne»!

Vous n’avez pas besoin de faire un ménage de vos plates-bandes à l’automne. Photo: Getty Images

À bas le ménage d’automne!

Ceux qui me connaissent savent que je ne veux rien savoir du ménage automnal: couper les tiges de vivaces, retirer leur feuillage, ramasser toutes les feuilles tombées au sol… tout ça pour obtenir un sol nu et «propre». D’abord, parce que j’ai bien d’autres choses à faire – comme profiter des belles journées d’automne (et des dernières sorties de pêche!) –, mais surtout parce que ce n’est pas seulement inutile, c’est carrément nuisible pour le jardin!

Oui, oui, vous m’avez bien lu: nuisible! Ces tiges et ces feuilles qu’on enlève sont de la matière organique précieuse. Elles protègent et nourrissent le sol, le gardent bien structuré et vivant, et lui, à son tour, nourrit les plantes et leur donne un habitat sain.

Au potager et dans les contenants aussi!

Certains diront: «D’accord Mathieu, tu ne fais pas le ménage dans tes plates-bandes, mais au potager, dans tes pots et jardinières, tu le fais sûrement?» Eh bien non! J’y laisse aussi un maximum de matière organique. La seule exception, ce sont les plantes malades, qu’il vaut mieux retirer pour éviter de propager leurs maladies l’année suivante (et encore là, je fais le strict minimum).

Vous pouvez aussi laisser les plantes en place dans vos jardinières. Photo: Pexels

Le potager aussi a besoin de toute cette richesse! Même les tiges mortes dans mes pots peuvent servir d’abri à des insectes bénéfiques. Alors je laisse tout ça sur place et je n’y pense plus avant le printemps. À ce moment-là seulement, j’arrache quelques tiges et mottes de racines, et je les dépose au sol si elles m’empêchent de semer ou de planter.

Pas pour tous les goûts

Je comprends que nous n’ayons pas tous les mêmes goûts! Pour ma part, un jardin fouillis, avec ses tiges et fleurs séchées, ses feuilles mortes qui jonchent le sol et ses plantes qui se déplacent sans trop suivre le plan d’origine, me plaît bien plus qu’un jardin trop léché.

Pour ceux qui préfèrent faire un peu d’entretien, il est toujours possible de composter les résidus de jardin pour enrichir le sol, de déchiqueter les feuilles d’automne pour en faire un beau paillis «propre» ou encore de cacher les tiges mortes dans un recoin du jardin, à l’abri des regards. C’est un peu plus de travail, mais le résultat est presque le même.

Photo: Getty Images

Laissez les racines sous le sol

Mais, de grâce, laissez les racines des plantes annuelles là où elles sont: sous le sol!

Elles sont une source inestimable de matière organique qui nourrit le sol encore mieux que les résidus laissés en surface. Trop souvent, on arrache les racines en pensant «nettoyer» le jardin, alors qu’en réalité elles continuent, même mortes, à jouer plusieurs rôles essentiels: stocker du carbone, nourrir la vie microbienne, structurer le sol et limiter l’érosion. Les laisser en place permet aussi d’éviter de perturber inutilement le sol.

La bonne matière à la bonne place

Lorsqu’on laisse de la matière organique à la surface du sol – plantes mortes, feuilles d’arbres, tiges sèches –, elle agit comme un paillis. Celui-ci protège le sol contre les caprices de la météo, l’érosion du vent et de la pluie, ainsi que contre la germination des mauvaises herbes. Ce paillis organique se décompose grâce à la faune et à la flore microbiennes, aux insectes et aux petits animaux qui s’en nourrissent. Ils transforment ces résidus en nutriments assimilables par les plantes. C’est très bénéfique, mais le processus est assez rapide et une partie du carbone contenu dans cette matière organique est relâchée sous forme de CO2 dans l’atmosphère, plutôt que stockée durablement dans le sol.

Après les dernières récoltes, laissez vos plants de légumes en place. Photo: Getty Images

Lorsque vos plantes annuelles – fleurs et légumes – meurent en fin de saison, même si vous retirez leurs feuilles et leurs tiges, vous pouvez tout de même laisser leurs racines en place. Le carbone et les nutriments qu’elles renferment se trouvent directement dans la rhizosphère, la zone du sol où se trouvent les racines vivantes et les microbes. C’est là que les décomposeurs travaillent, mais aussi que les racines encore actives puisent leurs ressources. En laissant les racines sur place, les nutriments sont libérés là où les plantes en ont besoin, ce qui limite les pertes par lessivage ou volatilisation. 

Source de carbone stable

Le carbone est la colonne vertébrale de la matière organique du sol. Il agit comme une éponge, retenant l’eau et les nutriments – comme l’azote, le phosphore et le soufre – jusqu’à ce que les plantes en aient besoin. C’est aussi la colle qui permet aux particules du sol de s’assembler en agrégats, donnant ainsi une bonne structure au sol, facilitant la circulation de l’air et de l’eau jusqu’aux racines et permettant à celles-ci de mieux se développer.

Laisser les plantes en place avant l’hiver aide votre sol – même les graminées. Photo: Getty Images

Le carbone provenant des racines persiste plus longtemps dans le sol que celui issu des parties aériennes des plantes. Des études démontrent que le carbone d’origine racinaire est de 3 à 5 fois plus efficace pour se fixer au sol. En étant directement intégré sous terre, il a plus de chances de se lier aux minéraux environnants. Bien stabilisé de cette façon, il se libère lentement avec le temps, nourrissant le sol de façon durable.

Armature souterraine

Outre leur apport en carbone qui contribue à structurer le sol, les racines mortes jouent le rôle d’une armature souterraine qui maintient la terre en bloc avant même de se décomposer. On le remarque facilement: en tirant sur une motte de racines mortes, c’est toute une portion de sol qui vient avec. Elles offrent donc une protection naturelle contre l’érosion.

Puis, une fois décomposées, elles laissent derrière elles un réseau de petits conduits qui améliorent l’aération et l’infiltration de l’eau, tout en servant de passages aux futures racines et aux insectes du sol.

Moins de perturbation du sol

Nous avons vu comment les racines mortes sont à la fois une armature qui maintient le sol, des conduits qui améliorent l’aération et l’infiltration de l’eau, et une source de carbone liant qui aide les particules du sol à s’agréger.

Pas de ménage du jardin = plus de temps pour vous. Photo: Getty Images

En plus de ces rôles physiques et chimiques, laisser les racines en place permet aussi de préserver les réseaux mycorhiziens. Ces champignons souterrains forment de vastes filaments qui s’attachent aux racines des plantes et échangent avec elles eau et nutriments, au bénéfice de chacun. En arrachant les racines, on brise ces réseaux et on ralentit leur développement. En les laissant, on leur donne plutôt le temps de se reformer et de se recycler naturellement.

C’est sans compter que, lorsqu’on perturbe inutilement le sol, on dérange les vers de terre, les collemboles et les insectes fouisseurs, tous ces organismes qui créent des galeries et recyclent la matière organique.

Une autre tâche à retirer de la liste

Je vous dispense donc d’une autre tâche inutile! Comme souvent au jardin, moins, c’est plus. Alors plutôt que de vous casser le dos à arracher des racines, enfilez votre plus beau coton ouaté de loup et partez en forêt admirer le paysage qui s’illumine par les couleurs automnales.


  1. Mathieu, j’adore ta façon de penser! Tout à fait d’accord avec toi… tellement d’autres choses à faire pour profiter de ces belles journées qui oscillent entre été et automne. 🙂
    En plus, je comprends mieux maintenant tous les bénéfices d’être paresseuse, au jardin en tout cas. 😉
    Bonne journée!

  2. Cela ne s’aplique pas chez moi, le sol étant très argileux à la fonte des neilge marcher sur le terrain ou aller jouer dans les plate bandes signifient s’enfoncer de 6 pouces dans le sol , Donc je dois attendre que cela sèche avant de travailler au jardin. Parfois cela va même fin mai s’il pleut beaucoup. Donc je coupe les vivaces à l’automne. Par contre gros avantage, par temps de sécheresse pas besoin d’arroser

    • Si vous voulez être plus paresseuse, sachez que vous n’êtes pas obligé de faire le ménage au printemps non plus! Beaucoup d’insectes utiles passent l’hiver dans les tiges mortes et les débris, et ne ressortent qu’à la fin mai ou au début juin. Rendu là, il ne reste presque plus rien à ramasser!

  3. Je suis contente de comprendre scientifiquement pourquoi ne pas faire le ménage en automne, comme je l’ai toujours fait…
    Cependant, mon problème c’est qu’au printemps, j’ai l’impression que je ne connais pas le bon moment pour « nettoyer » les platebandes, et que la nature prend le dessus sur moi!
    Quand le premier bougeon apparait, quand la première tige pousse, à mon sens, il est trop tard pour couper les plantes que j’aurais coupées en automne… Je me trompe?
    QUAND on peut commencer à nettoyer notre jardin au printemps? Souvent, les nouvelles pousses apparaissent sous la neige, mince couche qui reste au printemps… Je ne veux pas couper ces pousses de « l’année ».
    QUE ME CONSEILLEZ-VOUS?

    • Depuis quelques années, je fais un entretien partiel à l’automne. Je taille mes mes vivaces, mais je laisse tous les résidus à l’endroit de la coupe en faisant un petit monticule de ce que j’ai coupé de la plante. Ainsi il reste un paillis des retailles de ma vivace qui protégera du gel et qui se décomposera durant l’hiver. Au printemps il sera aussi plus facile de ramasser les restants. Puisque tout est déjà coupé, il y a moins de danger d’abimer les nouvelles pousses.

    • Dans les faits, vous n’êtes pas obligé de faire le ménage — ni à l’automne, ni même au printemps! Si vous tenez à un ménage printanier, attendez que le sol soit bien sec, soit environ deux semaines après la fonte des neiges. Mais si vous ne le faites pas, pas de panique : les tiges et feuilles de l’an dernier finiront par tomber et seront vite camouflées par les nouvelles pousses. Bref, le ménage au jardin est surtout une question d’esthétique, rarement de santé des plantes.

  4. Pour moi il n’y a rien de plus beau qu’un jardin d’automne! À travers les différents arbustes dont les couleurs vont du jaune pâle, de l’oranger, au rouge flamme ou au bourgogne, se glissent ça et là les boules noires des rudbeckies, des échinacées, les tiges veloutées des ligulaires, en plus des asters d’automne, des sédum , et du doux parfum du cimicifuga rosette. Tout ce qui fane ou va faner témoigne de l’endormissement de la nature tout emmagasinant les promesses du printemps! j’aime les jardins d’automne et je les laisse entiers!

  5. J’ai des bacs déposés sur une toile, donc pas d’accès direct au sol… Est-ce que je peux faire ça quand même?

    • C’est exactement ce que je fais moi-même! À l’automne, je dépose une mince couche de feuilles déchiquetées à la surface du terreau de mes contenants et de mes sacs de culture. Au printemps, quand vient le temps de planter, je retire seulement les mottes qui me gênent. Si elles ne dérangent pas, je les laisse en place.

      En même temps, j’enlève quelques tiges ou feuilles de l’année précédente qui n’ont pas encore disparu… mais j’en laisse aussi en surface, quand c’est possible. Bref, j’en fais le moins possible et je garde le maximum de matière organique sur le terreau.

      Attention seulement à ne pas dépasser 5–7 cm d’épaisseur de ce “paillis”, sinon ça peut nuire à l’aération du sol.

  6. En automne, jardin tout ramassé , j’ai comme « règle » de passer le rotoculteur, tout brasser avant l’hiver. Puis je couvre cet espace de feuilles mortes, est-ce nécessaire, de faire le rotoculteur?

    • Pas nécessaire du tout! Au contraire, passer le rotoculteur chaque automne dérange la vie du sol (vers de terre, champignons, microbes utiles) et casse sa belle structure. Le sol se débrouille très bien sans ça.

      Laisser simplement les résidus au sol et les recouvrir de feuilles mortes, c’est encore mieux : la nature fera le travail pour vous tout l’hiver. Les feuilles vont se décomposer tranquillement, protéger votre sol du gel et du lessivage, et nourrir la vie souterraine.

  7. Moi aussi, tout comme Lyne, j’ai des bacs et des pots en géotextile sans contact avec le sol. J’ai l’habitude de tout enlever en fin de saison. Dois-je continuer comme tel?

    • Le smart pot (géotextile) est conçu de façon à laisser vos plants pour l’hiver, par contre j’ajoute une bonne couche
      de feuilles sur le dessus pour protéger et ça fonctionne vraiment bien (Montérégie)
      Pour mes pots de plastique avec vivaces, je les mets en terre dans mon potager, près à sortir au printemps et ajouter dans un deuxième pot plus décoratif. Donc je les sors du pot initial seulement quand les racines sont trop serrées après quelques années.

  8. Je repousse le ménage du jardin aussi tard que possible, jusqu’en novembre s’il ne neige pas, pour jouir de sa beauté automnale. Je m’amuse beaucoup à créer des arrangements pour la maison avec les fleurs séchées, des graines encore sur leur tige mélangées avec quelques rudbeckie toujours flamboyantes et ce qui reste de fleurs ou de feuilles autour de la maison.

    J’ai essayé quelques fois de laisser le jardin s’endormir tranquille en automne et en hiver, en suivant vos précieux conseils. Oh la la. Comme j’ai trouvé le réveil printanier et le gros gros ménage à faire avant les plantations nouvelles fastidieux, pour ne pas dire décourageant. ! Mais voilà que vous nous offrez une solution mitoyenne que je ne connaissais pas : laisser les racines dans le sol ! Génial. C’est ce que je ferai cette année… en faisant mon ménage. Merci beaucoup !

  9. Comme j’aimerais que le CA du jardin communautaire où j’ai ma parcelle de jardin vous lise!!! Tous ceux qui ont le malheur d’applique des mesures « paresseuses » comme celle-ci reçoivent un avertissement… Il faut que tout soit beau en tout temps, au détriment de la santé du jardin parfois.

  10. I love this perspective. It makes so much sense to let nature do the work instead of stripping Retro Bowl College everything away. It’s a good reminder that leaving stems and leaves can actually help the soil and wildlife over winter.

  11. Est-ce que le principe de laisser les racines peut s’appliquer pour les arbres?
    J’ai un arbre mourant que je vais devoir couper pour en planter un autre sensiblement au même endroit.
    Est-ce que les racines du premier vont nuire ou favoriser le nouvel arbre?

  12. Quand on coupe un arbre, ses racines mortes ne sont pas perdues! Elles vont se décomposer lentement, libérant de la matière organique et laissant derrière elles un réseau de galeries qui améliorent l’aération et l’infiltration de l’eau. Bref, elles continuent à rendre service au sol pendant plusieurs années.

    Par contre, replanter un arbre exactement dans le même trou n’est pas l’idéal. Le sol est souvent très dense en vieilles racines, ce qui rend la plantation plus difficile. De plus, si l’arbre précédent était malade, les pathogènes peuvent rester dans le sol et nuire à un nouvel arbre de la même espèce.

    La meilleure solution est de décaler un peu l’emplacement de plantation, d’un mètre ou deux, pour offrir plus d’espace aux nouvelles racines. Les vieilles racines resteront en place et enrichiront le sol, tandis que le nouvel arbre profitera d’un bon départ.

  13. Laisser aussi les mauvaises herbes du potager en place?

  14. Merci pour vos articles toujours passionnants! Désirant planter des oignons de tulipes dans les pots de tomates, puis-je y laisser les racines de ces dernières? Un grand merci d‘avance !

  15. J’aime la question de Brenda. Est’il préférable de laisser les mauvaises herbes en place dans le potager? Chiendent, Chardons (Cirsiumarvense), pissenlits, bardanes, mullein (verbascum thapsus), silène latifolia, orge sétaire? Où est ce qu’on les déracines?
    Je suis en Alberta, mais plusieurs ressemble tellement à ce que j’ai vue aux jardins de mes parents en Outaouais.

    Merci

  16. Avant j’arrachais mes plantes au potager avec leurs racines à l’automne. C’était laborieux car les racines d’un plant de concombre ou d’un plant de tomate indéterminé sont profondes et très étendues. Mais comme par magie … au printemps elles ont pratiquement disparu et donc très faciles à déterrer. Depuis, à l’automne je ne fais que couper le plant et laisser les racines dans le sol. Si j’avais su avant !