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Le castor: ami ou ennemi?

Mignon en dessins animés, rarement observé en nature et éveillant les passions ou déclenchant les furies, notre cher castor est un architecte du paysage de renom. C’est une des rares espèces, à modifier autant la nature: il peut transformer une forêt en milieu humide, voire carrément en lac, en quelques semaines seulement… Ce qui lui attire parfois les foudres du propriétaire…!

La seule autre espèce qui modifie autant la nature… C’est nous, les êtres humains.

Photo: Te lensFix

Mise au point

Avant de vous expliquer en quoi le castor est un animal absolument nécessaire à notre environnement, je dois vous dire trois choses:

Si une famille de castors s’est installée chez vous et vous cause des problèmes

Par pitié, n’écrivez pas en commentaires qu’ils méritent tous de mourir ou d’autres opinions agressives et négatives du genre. Oui, vous avez eu une mauvaise expérience, je comprends… mais moi, je veux passer une belle journée et les castors morts, ça me rend triste!

Il y a des solutions autres que de chasser illégalement nos gros rongeurs, et je vous les présenterai à la fin de cet article. Si vous êtes tombés sur cette page à la recherche de solutions et que l’animal, l’équilibre qu’il crée et les gâteaux ne vous intéressent pas, je vous invite à sauter immédiatement à la fin de l’article à la section «Déloger les trublions».

Photo: Andrew Patrick

Si vous êtes Parisien ou de toute autre grande ville européenne

Je sais que le Québec est perçu comme un endroit sauvage où nous chevauchons des caribous avec un chapeau de fourrure et un ami raton sur l’épaule, mais… la vérité est qu’il est très loin le temps de Pocahontas. On a du wifi et des McDo depuis quelques années, je sais, c’est incroyable!

Bon, je me moque un peu, mais je me suis fait demander si j’avais un castor de compagnie lors de mon dernier passage à Paris…

La réalité, c’est que la plupart des Québécois n’ont jamais vu de castors puisque ces derniers vivent dans les milieux naturels, et non dans les villes comme le font parfois les moufettes ou les écureuils. Et même s’il ne fait pas les poubelles, il est malheureusement souvent perçu comme un animal nuisible par les Québécois (et sans doute les Canadiens). C’est assez ironique, étant l’emblème du Canada depuis 1975!

Si vous êtes un Québécois fier de VOTRE castor

Je vais peut-être doucher votre patriotisme… L’espèce Castor canadensis est présente sur une bonne partie du territoire nord-américain, et ce, jusqu’au nord du Mexique! Il a même été introduit en Europe, où il est en concurrence avec Castor fiber, une autre espèce de castor originaire d’Eurasie. Bien que cet article soit sur canadensis, les deux espèces sont très semblables.

Le castor en quelques points

Je ne veux pas vous assommer avec des faits sans rapport avec le jardinage, mais c’est vraiment un animal fascinant et, avant d’aborder le «sujet qui fâche» (je parle des inondations), laissez-moi vous initier à notre ami le castor…

  • C’est le deuxième plus gros rongeur du monde, après le capybara qu’on retrouve en Amérique du Sud.
Photo: Noe De Angelis
  • Il se nourrit principalement d’écorces, mais aussi d’un peu de branches et de feuillages.
  • Il coupe un tronc d’une vingtaine de centimètres de diamètre en trois ou quatre heures. Pour un jeune arbre de deux mètres de haut, on parle plutôt de… 5 minutes! Il traîne ensuite l’arbre jusqu’à son barrage pour le solidifier et se nourrira des jeunes branches.
Photo: Derek Otway

Hutte ou barage?

  • On confond souvent le barrage et la hutte: le castor n’habite pas le barrage. Sa maison, la hutte, est construite comme le barrage, avec de la boue et du bois, et est en amont de celui-ci, là où l’eau sera plus profonde. Une deuxième et plus petite hutte, ou un simple tas sous l’eau, lui sert de garde-manger.
La hutte. Photo: srall
  • Il est important que les entrées de sa hutte soient immergées pour le protéger des prédateurs et des intempéries: c’est pourquoi il fait parfois un barrage pour augmenter le niveau de l’eau et, ainsi, bien cacher les entrées de sa maison. L’eau, c’est en quelque sorte… la porte! C’est aussi la raison pour laquelle on ne le voit pas l’hiver: même s’il n’hiberne pas, il passe sous la glace pour aller puiser dans ses réserves, et retourne dans la hutte se nourrir bien au sec.
Photo: Schmiebel

Fourrure, queue et cousin

  • Sa fourrure est composée de deux sortes de poils: un très dense et chaud nommé poil de bourre, ainsi que des poils plus longs, dits de couverture, qui sont rendus imperméables grâce à une huile qu’il produit et étend sur son corps.
  • Sa queue plate a plusieurs utilités: aplatir la boue pour le barrage, le diriger lors de sa nage et, surtout, avertir d’un danger. Pour ce faire, il frappe un coup sec sur la surface de l’eau avec sa queue, ce qui produit un très fort bruit et prévient toute la famille.
  • Le ragondin est une espèce d’Amérique du Sud qui ressemble énormément au castor. Ils ne sont pourtant pas vraiment proches: le castor est le cousin des souris kangourous et des gaufres (je ne connais même pas ces animaux!), alors que le ragondin se rapproche plus des cochons d’Inde, chinchillas et porcs-épics. Le ragondin est une espèce invasive qui s’est répandue un peu partout: en Amérique du Nord, en Europe (où il est une espèce invasive problématique), en Asie, et en Afrique de l’Est. Il n’y en a pas dans les régions froides puisque le gel lui est fatal et il vit dans des terriers plutôt que des barrages. Outre le fait que sa queue ne soit pas plate, la ressemblance physique avec le castor est néanmoins assez surprenante!
Ragondin. Photo: Gzen92

Un architecte qui crée la vie

«Ben là, Audrey, t’en mets pas un peu trop? C’est pas Dieu, non plus!»

En fait, on n’en est pas loin! Le castor, en créant un barrage, crée un tout nouveau milieu. Là où il y avait autrefois un petit ruisseau avec quelques grenouilles, un étang, un lac ou même une tourbière peut se créer à la suite de l’installation de monsieur le rongeur. Arrivent alors d’autres espèces qui profiteront de ce nouveau milieu: des poissons, des oiseaux, des tortues, des invertébrés, etc.

Ça peut paraître anodin, mais si le milieu devient propice à une nouvelle proie, comme les escargots ou les écrevisses, l’endroit devient très intéressant pour une variété d’autres espèces. Là où il y avait autrefois que des grenouilles vertes, on a maintenant des martins-pêcheurs, des saumons rouges, des tortues mouchetées, des rats musqués… Tout ça parce qu’un castor y a emménagé!

La présence de la tortue mouchetée est fortement associée aux barrages de castors. C’est une espèce menacée et le démantèlement non autorisé des barrages peut causer la mort des tortues, surtout l’hiver, où elles n’ont plus suffisamment d’eau pour hiberner. Ce n’est qu’un seul exemple sur des dizaines!

Un peu de castor dans vos crêpes?

Bien que peu pratiquée de nos jours, la chasse au castor existe encore. Il faut une formation et un permis pour en faire le piégeage. Près de 8 000 personnes au Québec s’adonnent à cette activité chaque année. Le piégeage légal s’effectue sans cruauté pour l’animal et est nécessaire pour l’équilibre des écosystèmes. Vous avez bien lu: nécessaire! Avec l’arrivée des humains, plusieurs prédateurs naturels ont déserté les milieux et sans la chasse ni la trappe, plusieurs espèces se retrouvent en surnombre et débalancent l’équilibre fragile de l’environnement. En chassant, l’humain joue le rôle du prédateur.

Bref, que faire avec un castor? Sans rentrer dans les détails des utilisations traditionnelles par les Premières Nations, les trois usages principaux sont la fourrure, la viande, ainsi que les glandes près de l’anus qui produisent la fameuse huile qui imperméabilise leur fourrure.

Cette huile, le castoréum, est très importante pour nous! Mais on ne s’en sert pas pour imperméabiliser les choses, non… nous, on met ça dans nos crêpes. Hein? Oui, oui, cette huile de castor est un des ingrédients qui constituent la saveur artificielle de vanille. Bien qu’il ne soit plus vraiment utilisé à grande échelle à cause de son coût, il fut très utilisé dans les années 1900 pour parfumer les gâteaux et les cigarettes. Je me demande s’il y a déjà du castoréum dans les queues de castors?

Le castoréum est encore utilisé en parfumerie et en médecine traditionnelle. Plusieurs vertus de cette huile sont reconnues, et ce, depuis l’Antiquité. Des études ont d’ailleurs démontré son efficacité pour traiter certains maux grâce à l’acide salicylique qu’il contient, un composé proche de l’aspirine.

Déloger les trublions

Rebonjour à nos lecteurs découragés des castors! Que faire si une famille a élu domicile chez vous?

Photo: y_y

Déjà, ne faites pas comme mon cousin (un cousin par alliance!) qui a décidé d’incendier le barrage sur son terrain avec de l’essence. Premièrement, c’est illégal, et deuxièmement, c’est très dangereux. Heureusement pour lui, ses sourcils ont repoussé…

Ne faites pas non plus comme les chasseurs qui utilisent leurs armes à feu pour tuer les castors. C’est toujours illégal et dangereux, mais en plus, c’est inutile: le barrage sera toujours en place et il y a des chances pour qu’une autre famille s’installe.

Détruire le barrage, alors? Vous êtes mignons, mais les castors le reconstruiront, et sans doute plus rapidement que le temps qu’il vous en a fallu pour le détruire. Ils sont très, très difficiles à faire déménager: quand ils aiment un coin, ils y restent.

Alors que faire?

L’unique bonne réponse est: appelez des professionnels!

Il existe des dispositifs permanents qui permettront à l’eau de circuler librement de part et d’autre du barrage. Au pire, les castors partiront d’eux-mêmes en voyant l’inutilité de leurs efforts, et au mieux (selon moi, hein!) ils peuvent choisir de rester en s’accommodant de l’endroit. Vous aurez alors des animaux tout à fait formidables chez vous, sans inondation.

Fun fact: les dents orange sont un signe de bonne santé chez beaucoup de rongeurs! Photo: Denitsa Kireva

Contactez les responsables de l’environnement de votre ville, de votre MRC, ou encore un organisme de protection de la nature. Plusieurs façons existent de «réparer» le cours d’eau bloqué par les castors: le cube de Morency, le triangle Leclerc, et d’autres encore.

Soyez bien conscients que même si vous payez des taxes à la ville, le territoire appartient d’abord à la nature. Et rien ne sert de vous fâcher avec elle! Vous risquez de perdre de toute façon. Comprendre la nature et agir en son sens est le secret pour une bonne cohabitation.

Bonne chance avec vos voisins et colocataires de toutes sortes!


commentaire sur "Le castor: ami ou ennemi?"

  1. moissey dit :

    “On ne commande à la nature qu’en lui obéissant ” , Francis Bacon (le philosophe, pas le peintre)

  2. Sylvie L. dit :

    Merci pour cet article fort intéressant! On apprend toujours en vous lisant, chère Audrey. Vous ensoleillez mes matins!

  3. Claudette Gilbert dit :

    J’ai adoré l’article ! Merci de prendre le temps de nous renseigner d’une aussi belle façon

  4. Mariette dit :

    Vos articles commencent merveilleusement bien ma journée. Un gros merci !

  5. Diane dit :

    Wow! Très instructif et intéressant d’en apprendre un peu plus sur nos amis, les castors, qui cohabitent avec nous mais que nous ne connaissons malheureusement pas assez…maintenant, un peu mieux, grâce à toi Audrey. Merci! 🙂

  6. Anonyme dit :

    Merci beaucoup pour votre article très intéressant.

  7. Annie dit :

    Chez nous les castors, font leur hutte un peu plus loin mais ils coupent tous les nouveaux bouleaux de notre terrain. Pour y remedier, nous mettons de la cage à poule autour des arbres que nous voulons garder (avec une bonne distance autour de l’arbre sinon ils grugent pareil). Et nous les regardons voyager les autres arbres sur le lac en prenant un drink autour du feu.

  8. Anne dit :

    Bon matin
    Excellent article.
    Merci de nous permettre de mieux les connaître & découvrir leurs cousins !

  9. Francis dit :

    Chère Audrey, tu es ma préférée des nouveaux auteurs de ce blogue. Tu maîtrises l’art d’écrire des articles informatifs qui soient pleins d’un humour savoureux. Bien qu’il me semble que le castor risque peu de fréquenter nos jardins, je suis heureux que tu prennes la peine de défendre ce mystérieux voisin. Maintenant, un commentaire qui concerne le blogue en général : J’ai voulu verser une contribution mais, au moment de payer, on ne m’offrait pas la possibilité de le faire avec l’une de mes cartes, il fallait passer par Paypal. Mais je n’arrive pas à créer de compte Paypal. Donc, impossible pour moi de vous encourager autrement qu’avec des mots…

  10. Joan Ross dit :

    Dans une émission The Nature of Things sur CBC consacré à notre emblème national, on apprenait qu’un biologiste travaillant dans le parc de la Gatineau a découvert que les castors construisent leurs barrages là où ils entendent couler l’eau. Comme le son est amplifié sous les ponceaux, ils sont spécialement attirés par ces endroits. Dans l’ouest canadien, où ces bêtes étaient considérées comme des nuisances, on a plutôt compris qu’elles aidaient à créer des zones humides très appréciées en temps de sécheresse.
    Merci pour votre travail éducatif et très nécessaire !

  11. barbeblanmche dit :

    https://jardinierparesseux.com/2024/03/28/le-castor-ami-ou-ennemi/
    Pour ceux qui serait intéressés à suivre monsieur castor en action de dissuasion.
    Il est vaillant, juste en pas pour rire….

  12. Laurent Bélanger dit :

    Bonjour Madame Martel,
    1- Voir l’article 67 de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, C-61.1;
    2- Il n’y a pas de saumons rouges dans les étangs de castors au Québec.

  13. Francine Trudeau dit :

    Quel bon article intéressant! J’ ai appris beaucoup sur le castor. De notre maison (située en face du lac St-Louis) nous pouvons voir une hutte de castors. J’ aime beaucoup votre humour! Bravo!

  14. Jenny dit :

    Très, très intéressant. En plus, vous écrivez très bien et vous êtes bien drôle et sympa!

  15. Lisette St-Pierre dit :

    Quel beau texte informatif et humoristique ! Merci beaucoup Audrey pour cette mine de renseignements sur le castor, notre emblème national , pourtant si méconnu..!

  16. dufresne camille dit :

    Le castor est unique pour renaturaliser un milieu perturbé aussi. Avec son barrage et la création d’un marais il fait «pousser» toute une faune et une flore qui n’existaient pas avant. Il suffit de prendre le temps de s’asseoir en bordure d’un barrage et de remarquer la vie qui bat dans ce milieu renaturalisé. Il a toute mon admiration et on l’homme devrait s’inspirer de son travail

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