Protégez vos arbres des castors

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Les castors sont en plus en plus problématiques sur les terrains, même en banlieue. Photo: uihere.com, netclipart.com & http://www.kindpng.com, montage: jardinierparesseux.com

Peu d’animaux endommagent un jardin aussi rapidement que les castors. Oui, les scarabées japonais et les cerfs font des dégâts considérables, mais ils ne fauchent pas des arbres entiers. Un jour, vous avez un joli jardin d’ombre; vingt-quatre heures plus tard, il est en plein soleil sans arbre en vue. Quel choc!

Autrefois, on associait surtout les dommages causés par les castors aux résidences estivales. Typiquement, on quitte le chalet à la fin de l’été, ce qui donne aux castors tout l’hiver pour raser le terrain. Mais, de nos jours, de plus en plus de gens élisent domicile «dans la nature» pour découvrir que «nature» n’est pas toujours synonyme de «paix». On découvre qu’il y a de petits ennemis à la campagne qu’on ne soupçonnait pas en ville.

Les castors: plus largement distribués que vous ne le pensiez

Distribution des castors. Ill.: http://www.naturalhistoryonthenet.com

Vous pourriez penser que la protection contre les castors ne serait un sujet d’intérêt qu’au Canada, où le castor du Canada (Castor canadensis) est non seulement l’animal national, mais particulièrement abondant de surcroît, mais non. Le castor est de plus en plus présent un peu partout!

Aux États-Unis, par exemple, où le castor fut autrefois presque mis en extinction par la chasse excessive, l’espèce a si bien récupéré qu’elle occupe de nouveau presque toute son ancienne aire de répartition et se manifeste même dans les grandes villes américaines, comme Chicago et New York. Et le castor du Canada a été introduit et s’est solidement établi au Chili et en Finlande.

Aussi, le castor d’Eurasie (Castor fiber), également presque poussé à l’extinction autrefois, reprend également ses anciens repaires, c’est-à-dire la plupart des régions tempérées d’Europe et d’Asie. On le trouve maintenant un peu partout en France, en Belgique et en Suisse, notamment, et pas seulement dans les réserves naturelles, mais le long des rivières à la campagne, même en banlieue. Ils sont même présents de nouveau en Île-de-France!

Rongeur à grandes dents

Le castor peut faire tomber un arbre de plusieurs années en seulement quelques minutes. Photo: http://www.inaturalist.org

Le castor est un rongeur, facilement reconnaissable par sa grande queue plate. C’est le deuxième plus grand rongeur au monde (seul le capybara est plus gros), pesant jusqu’à 27 kilogrammes. Il possède d’énormes dents qui poussent toute sa vie et il doit donc ronger du bois pour contrôler ses incisives. Un castor peut abattre un petit arbre en quelques minutes et même un gros en à peine une heure. Et peu d’animaux, même pas les termites, digèrent aussi bien le bois que les castors.

Semi-aquatique, le castor est dépendant de l’eau. Ainsi, il fréquente les étangs, les lacs, les rivières, les ruisseaux, les marais et les marécages. Là où l’eau n’est pas disponible, il en crée, installant des barrages sur les ruisseaux pour former des étangs. Et il creuse aussi des canaux remplis d’eau pour étendre son territoire. Le castor est toutefois maladroit sur terre et alors très vulnérable aux prédateurs. C’est pourquoi, lorsqu’il se nourrit, il s’éloigne rarement de plus de 30 m d’une source d’eau dans laquelle il peut s’échapper.

Un bouleau de moins sur votre terrain! Photo: Louise d’Entremont

Le castor est surtout connu pour son habitude de se nourrir d’arbres, mais en fait, les plantes ligneuses (arbres, arbrisseaux, arbustes, etc.) constituent surtout une nourriture hivernale. En été, il se nourrit principalement de plantes herbacées, en particulier de plantes aquatiques et semi-aquatiques — il aime particulièrement les rhizomes de quenouille et les tubercules de nymphéa! —, mais consomme aussi les graminées, les fougères, les vivaces, les fruits au sol, les champignons et plus encore, mais aussi des jeunes pousses de saule et de cornouiller. Il est strictement végétarien et ainsi, contrairement à une croyance populaire persistante datant de l’ère romaine, il ne mange pas de poissons.

C’est surtout à partir de la fin de l’automne qu’il change de régime et s’attaque aux arbres. S’il les fait tomber, c’est surtout pour avoir accès à leurs branches, plus tendres et digestes que le tronc. Quand il peut, il fait tomber les arbres dans le plan d’eau le plus proche. De là, il peut ensuite se nourrir des bourgeons, des tiges et des rameaux sans être dérangé. S’il manque son coup et que l’arbre tombe au sol, il coupera les branches et les emportera jusqu’à l’eau. Il mange également l’écorce des troncs qui atterrissent dans l’eau ou à proximité de l’eau. À l’automne, du moins dans les régions où les plans d’eau seront recouverts de glace l’hiver, il prépare d’importantes caches de branches qu’il enfonce dans la boue au fond de l’eau. Ainsi, il peut les ronger à sa guise pendant l’hiver, car le castor n’hiberne pas et doit se nourrir toute l’année.

Éloigner les castors de votre terrain

Une mauvaise surprise matinale! Photo: bugspray.com

La règle numéro 1 pour éviter les conflits avec le castor est bien sûr de vous installer loin de l’eau. Ce terrain de rêve au bord du lac paraîtra beaucoup moins charmant quand une famille de castors aura fauché tous les arbres! Il est vrai que les castors construisent des barrages et peuvent ainsi inonder des terrains autrefois secs. Si oui, contactez les autorités locales pour savoir ce que vous pouvez faire, car le castor est encore protégé dans plusieurs régions et les règlements varient. 

Par contre, la plupart des municipalités voient l’inondation des routes et des terrains d’un très mauvais œil et agissent assez rapidement pour y mettre fin. Les méthodes qu’elles utilisent pour contrôler les castors nuisibles varient — piégeage, chasse, drainage des barrages, etc. Briser le barrage, par contre, ne donne rien: le castor, attiré irrésistiblement par le bruit de l’eau qui coule, colmatera l’ouverture en moins de 24 heures. Une méthode efficace pour vider un barrage mal placé (du point de vue d’un humain!) est d’installer dans une brèche un tuyau flexible qui rejette l’eau à une grande distance du barrage. Ainsi, le castor n’entendra pas le bruit d’écoulement et ne viendra alors pas le boucher. 

Laissons cependant la prévention des inondations et le drainage des barrages aux spécialistes. Ici, nous nous concentrerons sur la protection des arbres. 

La règle numéro 2 est… ne pas encourager les castors en plantant des essences qu’ils aiment. Et en effet, ils ont des préférences très nettes. Les peupliers (Populus spp.) et les saules (Salix spp.) sont de loin leurs arbres préférés et c’est à la recherche de ces arbres qu’ils se rendent le plus loin de l’eau. Sont aussi assez populaires les aulnes, les cornouillers et les bouleaux. Ils attaquent également les érables, les chênes, les pommiers, les cerisiers, les hêtres, les frênes, les charmes et d’autres feuillus, surtout les jeunes spécimens, mais généralement seulement s’ils sont facilement accessibles. Aussi, ils touchent moins aux spécimens matures de ces espèces. À moins d’être vraiment affamés, les castors évitent généralement les conifères (pins, épicéas/épinettes, sapins, thuyas, pruches, etc.) ainsi que l’érable rouge (Acer rubrum).

Finalement, une famille de castors s’installera dans un secteur quand il y a une abondance d’arbres qui les intéressent. Quand cette ressource est épuisée, et cela peut prendre 10 ans et plus, les castors iront ailleurs. Une fois qu’ils sont partis, vous pouvez vous détendre un moment. En effet, normalement, il faudra 10 à 15 ans avant qu’il y ait suffisamment de plantes ligneuses désirables pour que les castors retournent vivre dans le secteur. 

Comment protéger vos arbres

Si vous avez des raisons de soupçonner qu’il y ait des castors dans votre secteur et que vous vivez près d’un plan d’eau leur donnant accès à votre terrain, vous avez deux options: soit vous les laissez faire leur récolte et vous vivez avec les résultats, soit vous réagissez pour protéger vos arbres avant qu’il ne soit trop tard!

Arbres bien protégés par un grillage métallique. Photo: http://www.beaversolutions.com

La méthode la plus efficace consiste à entourer les troncs de vos arbres à conserver d’un cylindre fait de grillage métallique. Le grillage doit mesurer au moins 1,2 m de haut, mais dans les régions où la couverture de neige est importante, il doit dépasser d’au moins 60 cm la hauteur maximale de la neige. Il faut couvrir le tronc jusqu’au sol: il est souvent nécessaire de couper et d’ajuster le grillage à la base du cylindre pour protéger les racines proéminentes contre le rongement ou pour adapter le cylindre à un sol en pente. Ne serrez pas le grillage sur l’écorce toutefois: si vous laissez un espace libre (environ 2,5 cm tout autour), cela permettra à l’arbre de continuer de prendre son expansion normale et alors, le cylindre pourrait rester en place sans ajustement pendant plusieurs années. Notez que la brillance argentée du métal galvanisé s’estompera rapidement et que ce dernier prendra un gris terne assez inoffensif au fil du temps. Cette méthode est vraiment la seule qui assure une protection complète contre les castors.

Une clôture anti-castors doit épouser les contours du sol à la base. Photo: backyard.cecilash

Vous pouvez également protéger un bosquet d’arbres ou même votre terrain au complet avec une clôture métallique solide. Cela nécessite une installation plus attentive, en particulier si le terrain est accidenté: si le castor voit même un soupçon d’espace ouvert entre la clôture et le sol, il peut facilement essayer de se creuser un passage. Il faut donc installer la clôture pour qu’elle touche le sol sur toute sa longueur. Et encore une fois, la clôture doit mesurer au moins 120 cm ou encore, 60 cm de plus que la couverture neigeuse potentielle.

Une clôture électrique placée à environ 4 po (10 cm) au-dessus du sol est une façon plus esthétique d’entourer un bosquet d’arbres: après tout, les castors ne sautent pas! Vous trouverez ce type de clôture dans les magasins de fournitures agricoles. Vous pouvez l’électrifier au moyen d’une batterie de voiture ou d’un panneau solaire. Toutefois, vérifiez régulièrement qu’elle fonctionne: une branche tombée dessus, par exemple, peut la court-circuiter.

Certaines personnes rapportent du succès à repousser les castors en peignant l’écorce d’huile minérale ou végétale imbibée de poivre de Cayenne ou en pulvérisant l’écorce avec un répulsif odoriférant comme l’urine de coyote. Par contre, ces méthodes ne sont pas fiables. D’abord, certains castors ne semblent pas réagir à ce traitement et même quand cette méthode semble fonctionner au début, le risque est que l’effet répulsif se dissipe à la longue, notamment dans un climat pluvieux.

Une peinture sablée découragera le rongement. Matthew Jonas, http://www.dailycamera.com

Vous aurez sûrement plus de succès en peinturant le tronc des arbres de peinture sablée, de préférence d’environ la même couleur que l’écorce. À cette fin, mélangez 140 g de sable dans un litre de peinture au latex (plus que cela et la peinture ne collera pas adéquatement) et invitez toute la famille à faire du pinceau. Il faut croire que les castors n’aiment pas la texture du sable, car ils éviteront les troncs ainsi peints! Cette peinture restera efficace pendant plusieurs années sur les arbres matures. Elle n’est pas aussi efficace sur les jeunes arbres.


Espérons que l’une de ces suggestions sera la bonne lorsqu’il s’agira de protéger votre propriété des castors!

4 réflexions sur “Protégez vos arbres des castors

  1. Suzanne

    Bonjour monsieur Hodgson

    L’automne passé une famille de castor a fait des grabuges sur mon terrain.
    Un matin je me suis rendue compte qu’un d’eux avait grugé une partie du tronc d’un tremble mature que je n’avais pas encore eu le temps de protéger avec un grillage. (environ le tiers du tronc)
    J’ai mis une protection par la suite.
    Est-ce que cet arbre peut vivre encore quelques années ou dois-je me résigner à le couper?

    Merci

    • Très souvent les arbres partiellement grugés peuvent vivre encore longtemps, mais… le tremble est plus porté à se multiplier par drageons au pied que de survivre aux assauts. Vous verrez, mais il est possible qu’il rende l’âme.

  2. dorisbruxelles

    Pour une jardinière bruxelloise comme moi, ceci est carrément exotique, presque abracadabrant. J’ai adoré cet article Larry, tellement dépaysant, surtout par ces temps de confinement. Merci !

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