L’arbre à monnaie: bonne fortune, mais pas nécessairement belle apparence

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Arbre à monnaie tressé, tel que vu dans une jardinerie.

Vous avez certainement vu l’arbre à monnaie ou pachirier. Avec ses feuilles palmées rappelant un schefflera et ses tiges généralement tressées, cette plante d’intérieur se démarque vraiment de la foule.

Le nom «arbre à monnaie» vient de l’anglais «money tree» qui vient à son tour du chinois «arbre de l’argent» (发财树). Pourquoi? C’est que les feuilles ont habituellement cinq folioles et, dans la tradition chinoise, le chiffre cinq est associé à la richesse. Donc, apporter une plante à cinq feuilles dans la maison assurera la prospérité financière. Il faut dire que les feuilles de l’arbre à monnaie portent parfois 6 ou même 7 folioles, mais c’est très bien quand même, car ce sont aussi des chiffres chanceux.

Pour que l’arbre à monnaie apporte encore plus de chance, il est surtout vendu tressé, avec cinq tiges entrelacées. Jamais quatre tiges cependant (le chiffre quatre est désastreux aux yeux des Chinois superstitieux, car il signifie mort). Si jamais une tige meurt, les propriétaires feront rapidement disparaître la plante en question.

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Serre de production de plantes à monnaie à Taïwan.

Depuis les années 1980, des millions d’arbres tressés ont été exportés de Taïwan, où leur production demeure une industrie majeure.

Son véritable nom

Ce qui complique encore plus l’histoire de cette plante est qu’il y a en fait deux espèces différentes vendues sous le nom d’arbre à monnaie. Pachira aquatica est le nom habituellement écrit sur l’étiquette (on pourrait l’appeler pachirier aquatique), mais en fait, la plupart des arbres à monnaie relèvent plutôt de l’espèce P. glabra (pachirier lisse), les deux appartenant à la famille des Malvacées (anciennement, les Bombacées). Les deux sont très semblables et les différencier est difficile, surtout quand ils sont jeunes, mais le tronc de P. glabra a une base nettement plus gonflée.

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Pachirier aquatique (Pachira aquatica) au Costa Rica. Remarquez les étamines rouges qui le distinguent du pachirier glabre (P. glabra) aux étamines blanches.

La distinction est plus facile quand la plante fleurit. Les deux produisent de grosses fleurs nocturnes parfumées aux longues étamines, mais les étamines de P. glabra sont uniformément blanches alors que l’extrémité de celles de P. aquatica est rouge. Aussi le gros fruit de P. glabra est vert et sans poil (le sens de «glabra») alors que celui de P. aquatica est brun acajou et velouté. Les deux contiennent des noix comestibles, menant à toute une série d’autres noms communs: châtaignier de Malabar, châtaignier de la Guyane, noisetier de la Guyane et plus encore.

Les deux espèces viennent d’Amérique du Sud et centrale, P. aquatica le long des cours d’eau ; P. glabra plus à l’intérieur des terres.

Ni l’un ni l’autre des pachiriers n’est porté à fleurir à l’intérieur, mais ils fleurissent assez facilement lorsqu’ils sont plantés à l’extérieur dans les climats tropicaux. Leurs fleurs sont très grandes (20 cm de diamètre) et belles, mais ne durent qu’une seule nuit.

Le comportement de l’arbre à monnaie

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Mon propre pachirier glabre d’environ 20 ans est typique de son espèce: en pot, il porte peu de ramifications et souffre d’une apparence dégarnie.

Les deux sont de grands arbres forestiers dans la nature. D’ailleurs, cela se voit dans leur comportement. Les jeunes pachiriers poussent tout droit vers le haut et ne se ramifient pas avant d’avoir atteint plusieurs mètres de hauteur. Même si vous leur coupez la tête, ils produiront habituellement seulement une nouvelle tige pour remplacer celle qui été perdue, rarement deux. En conséquence, les pachiriers d’intérieur prennent un aspect de plus en plus dégarni à mesure qu’ils grandissent, perdant leurs feuilles inférieures pour les remplacer uniquement par des feuilles au sommet. Au moins des arbres tressés, chacun avec 4 ou 5 feuilles, paraissent plus fournis pendant plus longtemps qu’un pachirier à tronc unique.

Pour éviter une apparence de girafe végétale, il est donc préférable de les tailler annuellement à la fin de l’hiver en supprimant leur tête. D’ailleurs, si vous en achetez un, habituellement vous verrez la trace des tailles précédentes. Ne vous inquiétez pas, une autre tête, avec de nouvelles feuilles, repoussera rapidement. Si vous voulez que la plante reste compacte, rabattez juste au-delà la fin des tiges tressées.

Avec le temps, les plantes finissent par accumuler beaucoup cicatrices d’élagage. Autrement dit, la pachirier, du moins quand on le cultive à l’intérieur, n’est pas un arbre qui vieillit gracieusement.

L’entretien du pachirier

Les deux espèces de pachirier font des plantes d’intérieur étonnamment faciles à cultiver.

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Pachirier glabre (Pachira glabra) tressé.

Bien que dans la nature les arbres adultes poussent avec leurs branches supérieures exposées au plein soleil tropical, les jeunes arbres germent dans l’ombre profonde de la jungle et conservent cette tolérance lorsqu’ils sont cultivés à l’intérieur. Et s’ils croissent souvent le long des cours d’eau avec leurs racines qui trempent dans l’eau, comme le nom P. aquatica suggère, ils sont néanmoins très tolérants à la sécheresse. Ils ne semblent pas non plus être dérangés par le fait que leurs racines soient terriblement serrées dans un petit pot, comme quand on les cultive en bonsaï.

En conséquence, vous pouvez mettre votre pachirier au plein soleil ou en arrière-plan, loin de la fenêtre, l’arroser régulièrement et abondamment ou laisser son sol sécher complètement à l’occasion, et soit le négliger ou le dorloter et il survivra longtemps.

Les températures intérieures normales de nos maisons lui conviennent parfaitement. Si vous le placez à l’extérieur l’été, toutefois, il est important de le rentrer quand les températures nocturnes deviennent frisquettes.

Autre surprise: même si cette plante pousse dans la jungle humide, il tolère relativement bien l’air sec de nos demeures. Reste qu’il sera plus verdoyant si vous lui fournissez une atmosphère humide (humidité de 50% ou plus). À cette fin, cultivez-la sur un plateau humidifiant, allumez un humidificateur ou placez-la ans une pièce naturellement très humide. Vaporisez de l’eau sur son feuillage, par contre, est une perte de temps, même si on voit souvent cette suggestion sur l’Internet: cela n’augmente pas l’humidité assez pour améliorer le moindrement sa situation.

Peu de plantes réagissent moins à la fertilisation qu’un pachirier: que vous en appliquiez ou pas, il suit son propre rythme de croissance. Logiquement toutefois, vous donneriez un peu d’engrais pendant sa courte période de croissance annuelle, soit au printemps.

S’il vous est possible de le faire, placez votre pachirier en plein air pendant l’été, d’ailleurs, au plein soleil si possible. Seulement alors pourrait-il, peut-être, fleurir un jour. Il faut toutefois l’y acclimater progressivement, car ses feuilles brûleront si elles sont soudainement exposées au soleil intense.

Ne paniquez pas lorsque certaines vieilles feuilles jaunissent et tombent l’hiver ou au début du printemps. Cela fait partie de son cycle de croissance naturel et de nouvelles feuilles apparaîtront bientôt pour les remplacer.

Procédez à tout rempotage au début du printemps. Les jeunes pachiriers profiteront d’un rempotage annuel dans un pot un peu plus gros chaque fois. Chez les spécimens matures, on peut retarder ce rempotage pendant 4 ou 5 ans si nécessaire. Vous voulez conserver votre pachirier dans un petit pot de bonsaï. Il serait alors sage de le dépoter et réduire la longueur de ses racines d’un quart à tous les ans.

Si vous voulez continuer à tresser les tiges, faites-le alors qu’ils sont encore jeunes et souples, en utilisant des liens torsadés pour fixer les tresses le temps qu’elles se fixent dans cette position. Les Taïwanais utilisent à cette fin des liens torsadés dorés, rouges ou jaunes, les jugeant plus porteurs de chance que les liens verts habituels.

Les producteurs taïwanais produisent tous leurs pachiriers par semences fraîches, facilement disponibles dans leur pays. Elles sont toutefois rarement offertes en sachet ailleurs, car leur longévité est faible. Vous pouvez toutefois multiplier votre pachirier en bouturant une tige coupée si vous le désirez.

Pas beau, mais bien résistant

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Le tronc à la base de mon pachirier glabre est gonflé comme un cantaloup.

J’ai un pachirier glabre (P. glabra) de 2 mètres de hauteur avec un tronc unique, gonflé à la base comme un cantaloup, que je cultive à l’intérieur pendant près de 20 ans. Il n’est pas très joli (on voit toutes les cicatrices de mes diverses tentatives généralement vaines de taille au cours des années), mais maintenant il est au moins un peu ramifié, quelque chose qui vient avec la maturité. Il ne gagnerait certainement jamais un concours de beauté et si je continue de le maintenir, c’est sans doute parce qu’il s’accroche si obstinément à la vie. C’est une qualité, d’après moi, qui mérite d’être récompensée.20170327E, DC WC

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Une réflexion sur “L’arbre à monnaie: bonne fortune, mais pas nécessairement belle apparence

  1. de Villers France

    Je vous comprends de le garder même s’il n’est pas très joli…je suis aussi attachée à me s ‘vieilles’ plantes que je cultive depuis plusieurs années et qui m’ont suivies dans mes nombreux déménagements…

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