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Une brève leçon en taxonomie

Les jardiniers expérimentés parlent allégrement de noms botaniques, de noms de cultivar et de noms commerciaux comme si ces distinctions étaient les plus évidentes au monde. Le pauvre néophyte, cependant, n’y voit que de la bouillie pour les chats. Prenons une chronique pour discuter de ce sujet un peu obscur. Une fois que vous aurez compris les différences, vous aussi serez capable de converser sur les plantes avec un air de confiance!

La taxonomie en bref

Tout cela relève de la taxonomie, la science de classement des êtres vivants. D’ailleurs, tout ce qui suit s’applique également aux animaux et autres êtres vivants, mais nous limiterons notre discussion aux végétaux.

Sedum hybrid.

Les taxonomistes ont divisé le monde végétal en grandes familles. Les Cactées, par exemple, constituent une famille; les Orchidacées en constituent une autre. À l’intérieur de ces familles, les taxonomistes ont ensuite regroupé les plantes très apparentées en «genres». Par exemple, Hosta ou Begonia. Dans un genre, on retrouve des plantes similaires, mais distinctes. On les appelle «espèces». Par exemple, le hosta à feuilles de plantain et le hosta des montagnes sont des Hosta, mais sont assez différents l’un de l’autre pour se mériter un nom botanique. Ainsi, le premier s’appelle Hosta plantaginea et le second Hosta montana. Chacun est une espèce.

Le nom d’espèce comprend donc deux parties: le nom du genre (ici Hosta) et l’épithète spécifique (ici plantaginea dans un cas et montana dans un autre). Les deux noms sont toujours latinisés et écrits en italique. Donc, chaque plante sauvage porte normalement deux noms.

Parfois, il existe même un troisième nom botanique. Par exemple, on trouve au Japon une population unique, mais stable de Hosta montana portant de très grandes feuilles. Pour la distinguer de l’espèce type, on l’a nommée Hosta montana macrophylla.

Ce troisième rang peut correspondre à une sous-espèce (subsp.), une variété (var.) ou une forme (f.), trois niveaux distincts utilisés selon le degré de différenciation reconnu par les botanistes. Le nom latin complet est toujours écrit en italique, tandis que les abréviations de rang, elles, ne le sont pas.

Maintenant, les cultivars

Primevère ‘CrescendoTM Bright Red’.

Voilà pour l’identification des plantes sauvages. En culture, soit en pépinière ou dans un jardin, les humains ont l’habitude de choisir, parmi les plantes d’une espèce, une plante particulièrement belle ou originale ou performante et à le partager avec d’autres. Pour la distinguer des autres plantes de l’espèce, on lui donne un nom de «cultivar» (de «variété cultivée»). Les hybrides entre deux espèces aussi ont des noms de cultivar. Le nom de cultivar doit paraître entre apostrophes simples et être écrit en caractère romain. Par exemple, Hosta plantaginea ‘Aphrodite’ est une sélection de H. plantaginea aux fleurs doubles (le vrai H. plantaginea porte des fleurs simples). Il existe d’innombrables noms de cultivar et grâce à ces noms, on peut distinguer entre les milliers de plantes cultivées dans nos pépinières.

Et les noms commerciaux

Ici, l’Hydrangea Kimono®

Récemment, on a commencé à voir apparaître des végétaux portant, en plus de leur nom d’espèce et de cultivar, un nom commercial. C’est l’équivalent d’une marque de commerce. Le rosier anglais Rosa ‘AUSmas’, par exemple, est vendu sous le nom Graham Thomas®, un nom appartenant à la compagnie David Austin Roses. L’avantage pour le commerçant est que ce nom lui appartient alors qu’un nom de cultivar appartient à tout le monde. Ainsi, aucun autre commerçant ne peut vendre ce rosier sous le nom Graham Thomas sans lui payer un pourcentage. Donc, chaque fois qu’un rosier Graham Thomas se vend, n’importe où au monde, David Austin Roses en reçoit une part.

Et voilà! On a expliqué espèce, cultivar et nom commercial en quelques paragraphes. J’espère que la leçon n’a pas été trop pénible!


Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans le journal Le Soleil le 16 janvier 2010.


  1. C’est super intéressant on aurait aimé que l’article soit plus long !

  2. Petite précision : Depuis les années cinquante (sauf erreur), les noms de cultivars ne doivent pas être latinisés. Il y a cependant d’anciens noms de cultivars qui le sont.

  3. Pas pénible du tout. Plutôt utile en me (sous-espèce ‘éternelle débutante’ dans mon cas) aidant à être mieux équipée pour faire des choix en prévision de la prochaine belle saison.

  4. Merci beaucoup d’avoir re-publié cet article ! C’est clair et intéressant !