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Réponses à vos questions : un cornouiller à feuilles alternes à tronc unique

Question

J’ai planté, le printemps dernier, un cornouiller à feuilles alternes encore tout petit, vendu comme arbuste à plusieurs troncs. En réalité, j’aurais préféré la même plante, mais formée en arbre à tronc unique; toutefois, je n’ai pas réussi à en trouver. Si, d’année en année, je taille les pousses secondaires pour ne conserver qu’un seul tronc principal, est-ce que cela finira par donner un arbre intéressant?

Cornouiller à feuilles alternes (Cornus alternifolia). Photo: Getty Images

Réponse

Il y a un cornouiller à feuilles alternes (Cornus alternifolia) dans le jardin de mon père, et il en est, à mon avis, l’un de ses grands attraits. Il ne s’agit pas de l’espèce type, mais bien d’un cultivar à feuillage panaché doré, ce qui explique ses couleurs particulièrement lumineuses. Ayant poussé à la mi-ombre, l’arbre est relativement mince et peu ramifié à la base, mais son port naturellement étagé, formé de branches disposées en paliers, lui donne une allure élégante et très distinctive, un véritable point focal. À l’automne, le feuillage prend en plus de subtiles teintes rosées, ce qui accentue encore son intérêt visuel.

Le cornouiller à feuilles alternes est une espèce indigène de l’est de l’Amérique du Nord, bien adaptée à nos climats. Il préfère une situation de mi-ombre, bien qu’il tolère le soleil si le sol demeure frais, ainsi qu’un sol riche en matière organique, frais et bien drainé. C’est un excellent choix pour les petits jardins: il occupe peu d’espace au sol, développe une silhouette architecturale et conserve un intérêt en toute saison, même en hiver lorsque sa structure est mise en valeur. Ses fruits bleu-noir, produits en fin d’été, sont très appréciés des oiseaux, ce qui en fait aussi un arbre précieux pour la biodiversité locale.

Baies du cornouiller à feuilles alternes. Photo: Steven Katovich

Peut-on le former en arbre à tronc unique?

Il est possible de former un cornouiller à feuilles alternes en arbre à tronc unique, mais il faut comprendre que ce n’est pas sa forme naturelle. L’espèce est programmée pour développer plusieurs tiges et une silhouette étalée; même bien conduite, elle ne formera donc pas un long tronc droit comme un arbre forestier. Le tronc restera généralement court, et la ramification apparaîtra assez près du sol.

Jeune arbre. Photo: David J. Stang

Cette façon de pousser est directement liée à son mode de croissance. Le cornouiller à feuilles alternes est un arbuste arborescent, adapté aux conditions de lisière et de sous-bois clair. Plutôt que de concentrer toute son énergie dans une seule tige dominante, il répartit sa croissance sur plusieurs axes, ce qui lui permet de s’élargir et de capter efficacement la lumière. C’est cette stratégie, plus horizontale que verticale, qui explique à la fois sa tendance à produire plusieurs tiges à la base et son port naturellement étagé, si caractéristique.

Comment les producteurs réussissent-ils à obtenir un tronc unique?

Pour réussir à produire des cornouillers à tronc unique, les producteurs interviennent très tôt dans la vie de la plante. Dès le jeune âge, ils choisissent la tige la plus droite et la plus vigoureuse, appelée la «flèche», et éliminent toutes les autres tiges concurrentes.

Par la suite, les rejets à la base et les pousses indésirables sur le tronc sont supprimés régulièrement. Cette taille répétée force la plante à concentrer sa croissance sur un seul axe, ce qui permet au tronc de se renforcer et de s’épaissir progressivement.

Dans certains cas, surtout pour les cultivars ornementaux, on a recours au greffage: le cultivar désiré est greffé sur un porte-greffe issu de l’espèce type, plus vigoureux et plus stable. Cette technique facilite l’obtention d’un tronc droit et bien structuré dès le départ.

L’ensemble de ce travail demande plusieurs années d’interventions manuelles, ce qui explique pourquoi les cornouillers à feuilles alternes formés en arbre à tronc unique sont rares et souvent plus coûteux sur le marché.

Comment former un cornouiller à tronc unique

Commencez par choisir une tige principale, la plus droite et la plus vigoureuse, qui deviendra votre futur tronc. Comme le bois du cornouiller est relativement souple, l’installation d’un tuteur est fortement recommandée durant les premières années afin de maintenir une bonne verticalité pendant que le tronc se renforce et s’épaissit.

Les rejets basaux peuvent être supprimés complètement dès le départ, sans attendre, puisqu’ils nuisent directement à la formation du tronc unique en détournant l’énergie de la plante. Il faudra rester vigilant et continuer de les éliminer dès leur apparition, surtout au cours des premières années.

Inflorescences. Photo: Rob Routledge

Les branches latérales, en revanche, doivent être retirées graduellement. Ces ramifications, par leurs feuilles, jouent un rôle important dans la photosynthèse et contribuent à l’épaississement du tronc. On enlèvera donc les branches du bas sur plusieurs années, en prenant soin de ne jamais retirer plus de 25 % de la masse foliaire en une seule saison.

Période de taille, santé et suivi

La taille de formation se pratique idéalement à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps, avant l’ouverture des bourgeons. À ce moment, la structure de l’arbre est bien visible, ce qui facilite les décisions de taille et limite le stress pour la plante.

Le cornouiller à feuilles alternes peut être sensible au chancre doré (Cryptodiaporthe corni), particulièrement en situation de stress. Il est donc recommandé de désinfecter les outils de taille (avec de l’alcool à friction, par exemple) entre les coupes afin de réduire les risques de propagation de maladies.

Soyez prudents et désinfecter les outils de taille entre les coupes. Photo: Getty Images

Avec le temps, lorsque le tronc sera bien établi, que l’écorce aura durci et que la base de l’arbre sera davantage ombragée par sa propre cime, la production de rejets diminuera généralement. Il faudra néanmoins continuer de les surveiller et de les éliminer au besoin.

Vous obtiendrez ainsi un petit arbre élégant, au port étagé caractéristique, qui conservera tout le charme naturel du cornouiller à feuilles alternes.

Avouons-le toutefois: former un cornouiller à tronc unique exige une constance et une discipline qui cadrent assez mal avec le jardinier paresseux, pour qui la meilleure taille est souvent celle qu’on ne fait pas.

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  1. Votre texte m’a beaucoup intéressé. J’ai transplanté un cornouiller de notre maison à notre chalet (au Saguenay) sans savoir de quoi il s’agissait. En éléminant les pousses au sol, j’ai obtenu en 7 ou 8 ans un très beau petit arbre d’une douzaine de pieds. Sa tenue, ses fleurs et ses fruits le rendent différent de toute la micro-forêt que j’entretiens et diversifie. Ce n’est que récemment que j’ai su qui il est et votre chronique m’a appris plusieurs choses à son sujet tout en confirmant mes impressions.

  2. Merci beaucoup, Mathieu! Je ne pensais plus recevoir de réponse à ma question, mais je suis vraiment content d’avoir enfin ces renseignements. Je saurai quoi faire à la fin de l’hiver, quitte à être un peu moins paresseux qu’il le faudrait…