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Ajoutez des arbustes indigènes à vos jardins

La semaine dernière, je vous entretenais des petits arbres urbains et je faisais l’éloge d’un arbre indigène, le cornouiller à feuilles alternes (Cornus alternifolia). Cette plante magnifique n’est pas la seule à être beaucoup plus belle dans un jardin ornemental que dans son propre milieu naturel. En effet, dans une forêt de feuillus ou une forêt mixte d’origine, ce cornouiller passe pratiquement inaperçu: une tige grêle qui s’étire vers la lumière, affublée de quelques feuilles et d’une ou deux grappes de fleurs (j’exagère à peine).

Et elles sont nombreuses, ces belles plantes qui poussent naturellement dans nos forêts et nos champs du nord de l’Amérique du Nord. Elles ont toutes les qualités requises pour garnir les plates-bandes de nos jardins. Voici donc quatre arbustes issus du milieu naturel qui ont de quoi flirter avec les plantes ornementales du jardin.

Les précautions qui s’imposent

On ne peut pas traiter du sujet des plantes indigènes sans préalablement aborder la délicatesse du sujet. Dans bien des contrées urbanisées, les milieux naturels se font rares et ils sont fragiles. Il ne serait ni sage ni envisageable d’y faire des prélèvements abusifs. En fait, tout prélèvement devrait y être interdit. Mon meilleur conseil est de suivre les développements de quartiers domiciliaires et de passer «sauver» quelques plantes avant l’arrivée de la pelle mécanique! Aussi, quelques producteurs consciencieux produisent des plantes indigènes ou des semences en vue de la commercialisation et les jardineries disposent parfois d’une section consacrée aux plantes indigènes.

Il faut donc agir avec grande précaution, d’abord dans le choix de l’emplacement et ensuite dans le plus grand souci de protéger les colonies et la survie des espèces. Cela va de soi, on se tiendra loin des espaces protégés (réserves naturelles, parc de la nature, parcs nationaux, etc.) et on laissera là toute plante qui semble être la seule de sa gang (peut-être la dernière survivante). D’ailleurs, comme mentionné précédemment, ce sont des plantes assez faciles à trouver sur le marché.

Le grand avantage des plantes indigènes dans les plates-bandes

Une fois toutes les précautions respectées, on peut savourer les bénéfices nets que procure l’introduction des plantes sauvages dans les plates-bandes. Le premier est le bon coup de pouce que l’on offre à la biodiversité. De façon générale, les plantes indigènes sont très appréciées des insectes pollinisateurs et elles favorisent le développement et la survie de nombreuses espèces animales. L’ajout de ces plantes est aussi une jolie façon de contribuer à la création de corridors de végétation naturelle et d’offrir aux plantes indigènes des micro-habitats supplémentaires.

Ce sont aussi des plantes beaucoup moins sensibles aux insectes nuisibles et aux maladies. La sélection naturelle a déjà fait son œuvre. Les hybrides ou les cultivars sont souvent développés dans le but d’améliorer la floraison ou de créer des plants plus compacts. Dans ces cas-là, on ne tient pas compte de la qualité et de la résistance de la plante.

Incognito, mais bien dans sa peau

Ce premier arbuste est très tendance! Il est de plus en plus utilisé dans les aménagements paysagers, car il est à la fois tolérant aux inondations temporaires et à la sécheresse. C’est pourquoi il est une des grandes vedettes des noues végétalisées et des bassins de biorétention qui sont à la mode dans les municipalités. Même s’il dispose de peu d’attraits décoratifs, le dièreville chèvrefeuille (Diervilla lonicera) est une plante fabuleuse. C’est un arbuste bas, d’au plus 75 cm de hauteur. Il se pare de petites fleurs jaunes en début d’été. Elles ont effectivement l’apparence des fleurs de chèvrefeuilles. Le reste de l’été, c’est un arbuste vert, tout ce qu’il y a de plus classique. Puis à l’automne, les feuilles se teintent de bourgogne et de rouge. Il est parfait pour créer de petits massifs ou agir comme couvre-sol à la base d’un gros arbre. Préférant davantage la mi-ombre, il tolère à la fois le plein soleil et l’ombre un peu plus dense.

Le dièreville chèvrefeuille est un arbuste d’apparence bien simple, mais il possède mille qualités. Photo: Julie Boudreau

Qu’est-ce qu’elle a ma gueule?

Dans un emplacement plus ensoleillé, le dièreville chèvrefeuille pourrait aisément cohabiter avec l’aronie à fruits noirs (Aronia melanocarpa). Affectueusement appelée «gueule noire», car les fruits, qui sont comestibles, tachent les dents. L’aronie est un grand arbuste qui peut dépasser deux mètres de haut, même s’il se taille facilement. Sa floraison blanche en été donne naissance à ces baies, grosses comme des bleuets, qui deviennent noires à maturité. Les fruits sont également appréciés des oiseaux. L’aronie à fruits noirs prend, à l’automne, une belle coloration rouge vif. C’est un bon arbuste pour le plein soleil ou la mi-ombre. Il est intéressant en plante d’arrière-plan et on peut l’appuyer contre une clôture, les murs de la maison ou un côté de la cabane de jardin.

Les jolies fleurs blanches de l’aronie à fruits noirs deviendront des baies, presque noires. Photo: Julie Boudreau

Voir la vie en rose

Proche cousine des framboisiers, la ronce odorante (Rubus odoratus) n’a pas leur caractère envahissant. Elle forme un beau massif bien docile, qui grandit sagement d’année en année. Le plus épatant chez cet arbuste, c’est sa floraison: de grosses fleurs rose bonbon. La découvrir en bordure de la forêt est toujours une surprise. La floraison s’étend sur une longue période estivale. Chaque fleur correctement pollinisée donnera naissance à une belle grosse framboise aplatie. Oui, elle est comestible, mais on a assurément goûté des framboises plus savoureuses! Les belles grandes feuilles en forme de feuilles d’érable sont aussi très jolies et elles offrent un beau contraste de texture. Même si elle devrait être une plante de plein soleil, elle est quand même très intéressante à la mi-ombre et dans un jardin de sous-bois. Selon la richesse du sol, la plante atteindra entre 1,2 et 2,0 mètres de hauteur et un peu plus en largeur.

On dirait de petites roses sauvages, mais il s’agit bien des fleurs de la ronce odorante. Photo: Julie Boudreau

Déroulez le tapis rouge

Et enfin, un petit couvre-sol à feuillage persistant qui n’a peut-être plus besoin de présentation. Le raisin d’ours (Arctostaphylos uva-ursi) est abondamment commercialisé et facile à trouver. C’est une plante qui dépasse à peine 15 cm de hauteur. Les tiges rampent au sol, formant un beau tapis de verdure qui peut couvrir un ou deux mètres de surface. C’est un arbuste qui poussera bien dans un sol frais (ou couvert d’une bonne épaisseur de paillis), dans un emplacement mi-ensoleillé. On la plantera aussi à l’abri des grands vents: les feuillages persistants ont tendance à dessécher dans ces conditions.

À la fin du printemps, on profitera d’une belle floraison blanche suivie de fruits tout rouges. Apparentés aux canneberges, ces fruits ont sûrement quelque chose de bon à nous offrir, petit détail qu’il me reste à découvrir de cette plante (et avoir encore des choses à découvrir… c’est génial!). Le feuillage devient rouge à l’automne. Bien sûr, le raisin d’ours est une bonne plante de bordure, en particulier quand on peut la faire retomber sur des pierres ou le long d’un muret. D’ailleurs, dans son milieu naturel, c’est une plante de montagne et, parfois, on la trouve au-delà de la limite des arbres, en haute altitude. Cela dit tout de sa bonne rusticité.

Le raisin d’ours forme un joli tapis de feuillage persistant. Photo: Julie Boudreau

Il y a tant et tant d’autres plantes intéressantes, aussi bien les plantes de sous-bois que les herbes des champs fleuris, que c’est difficile de choisir lesquelles méritent plus d’attention que les autres. Les plantes indigènes offrent tant de possibilités et il en reste beaucoup, beaucoup à vous faire découvrir.


Étiquettes + Arbustes pour jardins d'ombre


commentaire sur "Ajoutez des arbustes indigènes à vos jardins"

  1. Merci pour cette chronique. Pourriez vous nous suggérer quelque site ou on peut se procurer ses arbres qui sorte de l’ordinaire.
    merci et bonne continuité.

    • Bonjour,
      Je me permet de vous répondre ? On a plusieurs pépinières spécialisés en plantes indigènes au Qc. La plus connue est Aiglon Indigo qui ont été les premiers à en produire, depuis les années 90. Il y a également Pépinière Rustique, Les jardins Michel Corbeil, Fougères Boréales, Akène Culture Forestière (vente de semences uniquement)

    • Bonjour,
      Je me permet de vous répondre ? On a plusieurs pépinières spécialisés en plantes indigènes au Qc. La plus connue est Aiglon Indigo qui ont été les premiers à en produire, depuis les années 90. Il y a également Pépinière Rustique, Les jardins Michel Corbeil, Fougères Boréales, Akène Culture Forestière (vente de semences uniquement)

    • Marie-Claude Levasseur

      Bonjour, je vous recommande la Pépinière North Hill, une nouvelle venue qui se spécialise dans la production de végétaux indigènes.

  2. Bonjour,
    Dites-moi, le cornouiller à feuilles alternes est-il facile à trouver en pépinière ? Estil possible de la planter dans le sud du Québec ?

    Merci pour vos formidables conseils !

    Bonne journée !

    • Bonjour,
      pour ma part, j’ai constaté que certains sites spécialisés offraient d’autres types de cornouilliers tout aussi intéressants, mais pour ce qui est du cornouillier à feuille alterne, il y en a actuellement sur le site de WH Perron.

  3. Merci beaucoup de nous informer sur les plantes indigènes.. Chez moi, des ronces odorantes sont apparues il y a quelques années… Magnifiques feuilles et fleurs qui ne demandent aucun soin. Les fruits dont délicieux aussi. A voir les pollinisateurs qui les visitent, je crois qu’ils les apprécient autant que moi!

  4. Merci pour vos articles , toujours intéressants, pertinents et bien écrits.

  5. Bonjour…Y’a-y-il des couvres sols qui poussent à l’ombre?

  6. Mille mercis pour toutes les informations mme Julie
    Je vous adore??

  7. Chez moi, les cerfs sont rois. Ces plantes feront-elles l’objet de leur convoitise ? Triste de faire tout le travail pour voir les cerfs dévorer boutons, fleurs et feuillage.

  8. Bonjour, un grand merci pour cet article sur les arbustes indigènes. Après de nombreuses années de jardinage, je redécouvre notre valeureuse flore indigène, à tel point que j’ai transformé graduellement mon grand jardin de plantes importées en jardin complètement boréal peuplés de plantes indigènes ! Un énorme plaisir pour l’œil et aussi pour le jardinier paresseux en moi qui n’a plus à combattre inutilement pour sauvegarder des plants qui ne sont pas faits pour nos contrées magnifiquement nordiques !! L’art de jardiner en respectant la nature d’ici, c’est une redécouverte infinie de notre belle flore laurentienne et de notre faune qui s’en nourrit tout en la respectant !! Merci pour vos articles !!

  9. En France aussi, on se met, avec l’évolution du climat, aux plantes “indigènes”. De plus en plus , je vois planter à la place des anciennes variétés habituelles des arbres locaux et résistants à la sécheresse, comme l’érable champêtre (Acer campestre) et de Montpellier (Acer monspesulanum) un très bel arbre au feuillage trilobé et au bois précieux (lutherie), dont la limite climatique qui dépassait à peine il y a quelques années le 45°paralléle, est remontée bien plus au nord.
    Le chêne vert ou yeuse, (Quercus ilex Lin.) spontané dans les lieux très arides est planté de plus en plus souvent avec succès et résiste sans arrosage aux étés caniculaires comme celui de cette année,
    C’est avec plaisir que je vois utiliser ces variétés locales, ce qui n’empêche que j’admire aussi des variétés exotiques comme le copalme, le ginkgo, fossile vivant, ou le majestueux cèdre de l’Atlas.

  10. Des arbustes indigènes c’est bien, comestibles c’est mieux. Dans le Bas-du-Fleuve, le rosier rugueux (rosa rugosa) est un incontournable: j’en fais du sirop et de la liqueur avec ses pétales à l’été, et ses cynorrhodons (baies) à l’automne. Les pétales peuvent être incorporées à plusieurs recettes, en plus de parfumer à peu près tous les plats.
    Des incontournables pour l’identification:
    – Cueillir la forêt, de Gérald Le Gal et Ariane Paré-Le Gal (éd. Cardinal)
    – Plantes sauvages de la forêt boréale (2e édition), de Roger Larivière (éd. Naturat)

  11. Très intéressant tout comme le 1er article mais ce serait utile et peut-être paresseux (!) si la Zone ainsi que la résistance aux chevreuils étaient indiquées.
    D’expérience et pour répondre à Nicole, les chevreuils aiment les Ronces! J’ai tout arraché après quelques années puisque malgré les traitements au Bobbex et autres recettes aussi inefficaces les unes que les autres, mes 3 plants étaient systématiquement dévorés.

    • Rolmat@ “les chevreuils aiment les Ronces!”
      Les rosiers aussi. Une année une chevrette et son petit m’ont boulotté toutes les jeunes et tendres pousses de printemps et les boutons de mes rosiers.

  12. Pour les grands terrains avec exposition au soleil je recommande les amelanchiers. Des fleurs au printemps, des fruits à l’été que vous partagez avec les oiseaux et un beau feuillage brun roux à l’automne.
    Gilles bergeron, Saguenay

  13. Pour ma part, je me suis fait deux haies d’églantiers, l’une rose et l’autre blanche. Elles sont en fleurs une grande partie de l’été et leurs senteurs sont sublimes. À l’automne elles sont magnifiques avec les églantines rouges orangées qui sont délicieuses à manger. Par contre elles doivent être coupées de moitié en hauteur au 4 à 5 ans car elles finissent par s’étioler et comme il y a beaucoup d’épines ce n’est pas vraiment agréable à faire. Malgré tout, dans mon cas, ça en vaut la peine.
    J’ai également diverses sortes d’amélanches qui sont également magnifiques en floraison et leurs petits fruits sont très appréciés par les oiseaux et moi-même.

    • Bonjour, d’abord merci pour cet excellent article. Je demeure à Bromont (zone 5A) et je suis à retirer quelques plants, vivaces et jeune arbre pcqu’ils étaient atteints par les scarabées japonais. Je suis intéressée à cultiver la ronce odorante et l’aronie à fruits noirs, mais une petite inquiétude persiste, est-ce qu’il y a des risques que les scarabées japonais les adorent…?