Categories

Recherche

Réponses à vos questions : févier endommagé

Nous avons dans la cour un févier ‘Harlequin’ qui a été planté par nos parents en 1979. Il est encore magnifique pour un arbre de 46 ans.

En juillet, alors que nous désherbions la rocaille située juste à côté du févier, nous avons découvert un jeune févier qui poussait là, d’environ 3 pieds de hauteur. Avec la belle météo de l’été, il a beaucoup grandi (atteignant environ 5 pieds), a commencé à former des branches et a produit de nombreuses feuilles. Nous avions d’ailleurs l’intention d’installer un tuteur pour le protéger durant l’hiver.

Malheureusement, la tête et environ la moitié du tronc ont été cassées sous le poids de la neige lors de la tempête du 11 novembre dernier.

Est-ce que notre petit févier pourra être sauvé?

Févier d’Amérique mature (Gleditsia triacanthos). Photo: Bostonian13

Réponse

Je n’ai pas trouvé de mention d’un févier nommé «Harlequin» dans la littérature horticole. Il est donc probable qu’il s’agisse d’un nom commercial ancien, régional ou aujourd’hui abandonné, utilisé pour désigner un cultivar ornemental du févier d’Amérique (Gleditsia triacanthos).

Les dommages causés par la neige ne sont pas particulièrement inquiétants dans le cas du févier. Cette espèce cicatrise très bien après une cassure et est tout à fait capable de reformer un tronc principal à partir d’une pousse vigoureuse. Avec le temps, de simples tailles correctives permettront d’orienter la structure de l’arbre et de corriger sa forme. Ce type de dommage est rarement fatal, surtout chez un jeune sujet en bonne santé.

Des épines avec ça?

Cependant, il y a une autre considération, encore plus importante.

Épines

Le févier d’Amérique existe sous deux formes principales. La forme typique, Gleditsia triacanthos, est la forme sauvage de l’espèce. Elle porte généralement de longues épines très dures, souvent ramifiées à trois pointes, directement sur le tronc et les branches principales, et produit fréquemment de longues gousses abondantes. Son feuillage est aussi plus dense, créant une ombre marquée. Bien qu’il s’agisse d’un arbre extrêmement robuste et écologiquement important, ces caractéristiques le rendent peu attrayant en aménagement paysager résidentiel, notamment pour des raisons de sécurité et d’entretien.

De longues épines très dures sur le tronc du Gleditsia triacanthos. Photo: Saxo

Sans épines

À l’inverse, Gleditsia triacanthos var. inermis (le terme inermis signifiant «sans épines») est une variation naturelle de l’espèce, dépourvue d’épines ou presque. C’est cette forme qui a servi de base à la majorité des cultivars ornementaux utilisés en aménagement paysager. Ces cultivars ont été sélectionnés pour être sans épines, produire peu ou pas de gousses et offrir un feuillage plus fin et filtrant, ce qui permet aux plantes de mieux pousser sous leur couvert.

Tronc du Gleditsia triacanthos sans épines. Photo: Dimìtar Nàydenov

Sur le plan horticole, les cultivars sans épines de févier d’Amérique sont presque toujours greffés. Le greffon (la partie supérieure de l’arbre) provient d’un cultivar sélectionné de Gleditsia triacanthos var. inermis, tandis que le porte-greffe est généralement un févier d’Amérique sauvage épineux (Gleditsia triacanthos). Cette pratique permet d’assurer une fidélité génétique parfaite au cultivar, tout en profitant de la vigueur exceptionnelle du porte-greffe, très bien adapté aux conditions urbaines difficiles comme la sécheresse, le sel et les sols compactés.

Les cultivars de févier d’Amérique sans épines font ainsi d’excellents arbres urbains: ils peuvent vivre 100 ans et plus, sont très rustiques, tolèrent bien la chaleur, la pollution urbaine et les sols pauvres ou compactés. Votre févier, planté en 1979, a donc probablement encore de nombreuses années devant lui.

Semis ou rejet

Les féviers peuvent se reproduire par semis ou par rejet, ce dernier apparaissant à partir des racines ou de la base du tronc. Les féviers sans épines utilisés en aménagement paysager sont normalement multipliés par greffage, ce qui signifie qu’ils sont génétiquement identiques à l’arbre sélectionné à l’origine.

Si votre jeune févier est issu d’un semis, il sera différent du parent et pourra exprimer diverses caractéristiques de la forme sauvage: variabilité accrue de la taille et du port, présence possible d’épines et production de gousses.

S’il s’agit plutôt d’un rejet, il y a de fortes chances qu’il provienne du porte-greffe, donc d’un févier d’Amérique sauvage. Dans ce cas, tout porte à croire qu’il développera des épines et produira des gousses en abondance.

Les gousses du févier d’Amérique. Photo: Tournasol7

Dans tous les cas, même si votre févier récupère bien des dommages subis lors de la tempête, il est peu probable que ce jeune févier soit identique à l’arbre parent que vous appréciez tant. Vous pouvez le laisser pousser quelque temps afin d’observer ses caractéristiques, mais il vaut mieux ne pas attendre trop longtemps avant de prendre une décision: dans plusieurs municipalités, un permis est requis pour l’abattage d’un arbre dont le tronc dépasse 10 cm de diamètre.

Une réponse à votre question?

Vous avez, vous aussi, une question de jardinage? Écrivez-nous à questions@jardinierparesseux.com.

Nous recevons un très grand nombre de messages, et il nous est impossible de répondre à toutes les questions. Mais qui sait? La vôtre pourrait devenir le sujet d’un prochain article!


  1. Merci pour vos articles quotidiens qui accompagnent si bien mon premier café ! Je vous ai fait parvenir un don modeste mais bien senti. J’espère que votre levée de fonds sera fructueuse. Vous le méritez tellement ! Mon seul « regret » : depuis la présence quotidienne du web dans nos vies, j’ouvre rarement tous les beaux livres de Larry Hodgson qui se sont enracinés dans ma bibliothèque. Ce qui ne m’empêche pas de chérir sa mémoire !