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Mes tropiques à moi

Avez-vous déjà remarqué que chaque fois qu’on a découvert un remède à un mal qui fut un fléau pour l’humanité, une nouvelle maladie s’est ajoutée à la liste? On a éliminé la variole? Eh bien, maintenant il y a la fibromyalgie. La varicelle est en voie de disparition? Que diriez-vous de la fatigue chronique! Et quand on ne réussit pas à trouver une vraie solution à une maladie, alors on change son nom pour une dénomination beaucoup plus sérieuse. La fièvre des foins, par exemple, est devenue la rhinite saisonnière, ce qui fait que maintenant j’ai l’impression de souffrir… de deux maladies au lieu d’une seule!

Photo : Char

La dépression hivernale

L’une de ces nouvelles maladies, c’est la «dépression hivernale». Il paraît que les gens souffrent davantage de dépression l’hiver que l’été. Pour certains, cela est très sérieux, car ça peut même les conduire au suicide. C’est vraiment une maladie des plus tragiques. Heureusement, on lui a vite trouvé un remède. Au cours de l’hiver, il suffit de s’exposer plus longtemps à la lumière, soit l’équivalent des longues journées d’été, et la dépression disparaît comme par magie.

Il me semble que la solution évidente serait de déménager en Australie, où les jours sont longs alors que les nôtres sont courts. Évidemment, il faudrait que les Australiens déménagent ici durant leur hiver pour profiter de nos longues journées estivales, ce qui risque de bouleverser quelque peu les statistiques sur la population. Par contre, les Australiens aiment s’amuser et boire de la bière, ce qui veut dire qu’ils s’entendraient merveilleusement avec les Québécois! Ils aiment aussi les plages, et nous en avons de magnifiques… mais ils risquent de trouver l’eau un peu froide à Sept-Îles!

Malheureusement, il paraît que nos gouvernements sont trop chiches pour rembourser les frais de voyages en Australie, même pour des raisons médicales. Heureusement, on a trouvé une autre solution: il suffit que les personnes souffrant de dépression hivernale s’exposent à la lumière artificielle… et, plus spécifiquement, aux rayons émis par les lampes horticoles!

La lumière artificielle, mon remède

Je ne veux pas décevoir les chercheurs, sans doute de respectables médecins, mais les chats savent très bien que la lumière artificielle est bonne pour la santé, et ce, depuis bien plus longtemps que le monde médical! Quand j’ai commencé à utiliser des lampes fluorescentes pour cultiver des plantes d’intérieur dans les années 1980, mon chat de l’époque, Nounouche, m’a vite fait comprendre qu’il avait droit, comme les plantes, à sa place au soleil. Il s’est donc choisi un petit coin dans mes plateaux de culture.

Si j’osais remplir son emplacement de végétaux, il les poussait tout simplement. Si cela les faisait tomber par terre, tant pis: c’était sa place, un point c’est tout. C’était parfait pour chasser les blues félins, hivernaux ou non, car je réglais automatiquement la durée du jour à 14-16 heures pour justement chasser les blues hivernaux de mes plantes. Ma chatte suivante, Geisha, a fait la même chose.

Et les jardiniers?

Il y a une question qu’on doit se poser: les jardiniers souffrent-ils autant de dépression hivernale que les autres? Certains, peut-être. J’en connais qui ferment leur jardin en octobre, qui déclarent la saison de jardinage terminée et qui ne font strictement rien d’horticole avant le mois de mai. C’est un peu l’équivalent des gens qui prennent leur retraite et qui ne font plus rien. Il paraît que c’est très dangereux pour la santé, mentale et physique.

Ce n’est pas mon style, vous l’aurez deviné. D’ailleurs, je pense que ce serait un cas de… dépression! Je remplace tout simplement mon jardin extérieur par un jardin intérieur. Des centaines de plantes d’intérieur peuplent ma demeure: certaines devant les fenêtres dans diverses pièces, d’autres dans la «serre» (en fait, un solarium puisque connexe à la maison et «habitable», mais entièrement rempli de végétaux l’hiver et donc difficilement «habitable» à moins d’y rester debout), et une bonne quantité sous des dizaines de lampes fluorescentes dans le sous-sol.

Qui a le temps d’être déprimé?

Avec autant de plantes, qui a le temps d’être déprimé? D’abord, il faut les arroser, les fertiliser, les nettoyer… et simplement toucher à des plantes ou même les regarder est, pour moi du moins, une si bonne thérapie que je n’ai pas besoin de jours longs pour éviter la dépression hivernale. Après tout, de mon salon, je n’ai qu’à lever les yeux et que vois-je devant moi? Une forêt tropicale avec des palmiers, des bougainvilliers, des oiseaux de paradis, etc. Il y en a tellement qu’il faut que je tasse des végétaux si je veux savoir si, oui ou non, il neige dehors. Je ne ressens même pas le besoin, comme tant d’autres de mes compatriotes, de fuir vers le Sud en plein hiver. Mes tropiques à moi, elles sont dans la maison!

De toute façon, si jamais la dépression hivernale devait me gagner, je n’aurais qu’à faire comme mon chat: pousser les plantes sous mes lampes artificielles, y mettre un énorme et douillet coussin, et m’y étendre de façon à recevoir le plus de rayons bénéfiques possible, avec un bon livre sur le jardinage entre les mains. Quelques heures de cette «thérapie par la lumière», et je suis certain que toute pensée morose s’envolerait comme par magie!


Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Fleurs, plantes et jardin en février 2002.


  1. J’ai bien ris à la lecture de ce texte, c’était conne un rayon de soleil. Merci jardinier paresseux.

  2. on peut aussi aller dehors le jour rester à l’intérieur et déprimer. Il y a quand même de la lumière dehors… et parfois même du soleil!

  3. zut, j’ai tapé ENVOYER trop vite. on peut aller dehors AU LIEU DE rester à l’intérieur…. soupir!

  4. Dépression hivernale, pas pour moi. Au contraire, je recommence à respirer lorsque les froids arrivent. Je me remplit les poumons de cette fraicheur, tant attendue. La dépression, l’été! Oui ça me guette. Je n’aime pas l’été, la chaleur…. Pour y remédier je travaille dans un centre jardin, c’est un remède très efficace qui me permet de passer ces 3 mois entouré de clients souriant à la vue de toutes les couleurs et senteurs. Ça procure beaucoup de plaisir. BOnne journée

  5. Moi, quand je ferme l’extérieur à l’automne, l’intérieur s’active. Je n’ai que de plantes qui fleurissent. Le bal commence avec ma clivia, suivi de mes cactus d’actions de grâce. Ensuite c’est la valse des orchidées. Petit projet cette année…j’essaie de faire survivre mes trois cactus de Pâques…à maîtriser….

    • Comment faites-vous pour faire refleurir vos orchidées? Merci

      • @Huguette : les orchidées, c’est un monde très vaste et plein de besoins différents selon l’espèce pour fleurir.
        Je ne pratique que les phalaenopsis, l’espèce la plus facile à vivre et à refleurir.

      • oups… message envoyé trop tôt
        Pour la refloraison de mes phalaenopsis, voilà comment je m’y prends : beaucoup de lumière tout le temps (pour celles qui sont dans des coins sombres, j’ai acheté des lampes de croissances programmables), un peu de stress hydrique (il suffit de sauter quelques arrosages) et en général quelques semaines plus tard des tiges florales pointent leur nez.
        Bonne chance !

      • PS : quand je dis « lumière tout le temps », je veux dire toute l’année mais pas 24/24h…
        Je programme une durée d’éclairage de 12h par jour.
        Et je leur donne un tout petit peu d’engrais spécial floraison phalaenopsis lorsqu’une tige florale commence à pointer.

        On est d’accord, hein… ? Ce n’est pas l’engrais qui le fait fleurir s’il n’en a pas envie, c’est juste un soutien pour compenser l’effort qu’il produit lorsqu’il commence une tige florale.

  6. J’aime le jardin hiver comme été. Je m’y ressource avec tant de bonheur. Aujourd’hui mon amoureux m’a offert un mini rosier en pot. Je ne sais pas comment le planter dans mon jardin. C’est ma fleur préférée et je viens de perdre deux rosiers très anciens. J’ai planté un mini rosier et il végète sans fleurir. Merci pour vos conseils.

  7. Quel homme merveilleux, toujours réjouissant, philosophe, bienveillant.

  8. Encore présent dans nos vies car il a assuré une continuité