L’éclairage artificiel des orchidées: première partie – les principes!
L’éclairage artificiel est probablement l’un des sujets les plus déroutants pour les amateurs d’orchidées. Dans nos prochaines chroniques, nous tenterons de démystifier ce domaine quelque peu technique en exposant d’abord les principes de base de l’éclairage (dans cette chronique), pour ensuite présenter les considérations pratiques de l’éclairage artificiel, avec quelques exemples d’installation. D’autres chroniques viendront s’ajouter à cette série pour répondre aux questions de nos lecteurs.
L’éclairage dans nos maisons est insuffisant, surtout en hiver!
Dans la nature, les orchidées tropicales sont exposées à de très fortes luminosités, surtout lorsqu’elles sont épiphytes, c’est-à-dire qu’elles poussent en hauteur, accrochées aux arbres. Évidemment, lorsqu’on tente de les faire pousser dans nos maisons, elles manquent cruellement de lumière. D’une part, les jours sont très courts en hiver, et d’autre part, les rayons lumineux sont fortement atténués lorsqu’ils traversent les vitres de nos fenêtres. C’est particulièrement vrai lorsque nos maisons sont équipées de fenêtres à haute efficacité énergétique. Ce type de vitrage est constitué de triple verre et il est souvent recouvert d’une «pellicule à basse émissivité» qui a pour but de réduire les pertes de chaleur par émission thermique. Cette pellicule est partiellement réfléchissante (en anglais: Low-e film) et nous prive de précieux photons dans plusieurs longueurs d’onde.
Non seulement il y a moins de lumière, mais le spectre lumineux qui traverse le vitrage est incomplet, surtout aux extrémités du spectre, comme les rayons ultraviolets et les rouges profonds, que le verre bloque presque entièrement. Comme notre œil ne perçoit pas bien ces longueurs d’onde extrêmes, on s’en rend peu compte. Mais nos plantes vont clairement percevoir ce déficit lumineux, tant en intensité qu’en qualité spectrale.
La photosynthèse ralentit donc, faute de lumière pour stimuler les réactions chimiques indispensables à la création de glucides. Certaines plantes peu exigeantes (par exemple, les plantes à feuillage tendre) ne s’en formaliseront pas trop, mais les plantes tropicales à fleurs (comme la plupart des orchidées) auront beaucoup de mal à achever leur cycle de croissance annuel à l’intérieur de nos domiciles.
En pratique, nous devons souvent avoir recours à un éclairage artificiel pour répondre aux besoins en luminosité de nos orchidées tropicales, surtout celles qui se sont adaptées à une lumière intense dans leur habitat naturel.
Les différentes longueurs d’onde de la lumière n’ont pas le même effet sur la plante
Nous savons tous que la lumière blanche est composée de plusieurs longueurs d’onde: ce sont les différentes couleurs du spectre. Peu de gens savent toutefois que ces différentes longueurs d’onde sont absorbées de façon très sélective par les plantes. En particulier, le rouge contient deux longueurs d’onde très stimulantes pour la croissance des plantes. Le bleu, quant à lui, contient deux autres longueurs d’onde qui renforcent le feuillage nouvellement créé en lui donnant plus de tonus.
On a longtemps cru que les autres longueurs d’onde, dites «non photo-synthétisantes», telles que le vert, le proche infrarouge, le bleu profond et l’ultraviolet, avaient très peu d’importance pour la croissance des plantes. Toutefois, les recherches des dernières décennies ont montré que toutes ces longueurs d’onde, complémentaires au spectre de la photosynthèse, sont tout de même très utiles. C’est le cas du proche infrarouge (rouge sombre), qui aurait des propriétés antifongiques et antibactériennes, tout comme le bleu profond et l’UVA (ultraviolet rapproché), qui contribuent directement à l’hygiène des cultures. Une étude sur les Phalaenopsis a montré que la cuticule (couche transparente à la surface du feuillage) était trois fois plus épaisse chez les plantes exposées à une lumière riche en bleu et en ultraviolet. Cette cuticule plus épaisse et plus coriace offre ainsi une protection bien meilleure aux cellules végétales tendres sous-jacentes.
Et les insectes?
Certains auteurs affirment que plusieurs insectes, notamment les cochenilles, fuient les zones de forte luminosité pour éviter d’être desséchés par le rayonnement thermique rouge ou aveuglés par les rayons bleus et ultraviolets. C’est certainement le cas des jeunes larves de cochenilles, qui y sont très sensibles et peuvent se déshydrater rapidement lorsqu’elles sont exposées à une lumière intense. Cela explique en partie pourquoi les larves de cochenilles se développent si profondément dans le substrat, à l’abri de la lumière.
Bref, toutes les longueurs d’onde produites par le soleil semblent trouver quelque utilité soit pour la croissance de la plante (c’est-à-dire la photosynthèse), soit pour son hygiène ou soit pour lui offrir une certaine protection contre les infections.
À l’intérieur des maisons, plusieurs longueurs d’onde «bénéfiques» sont absentes. Le vitrage ne laisse passer que la lumière visible, ce qui entraîne une carence chromatique qui fragilise nos collections. Il n’est donc pas étonnant de voir proliférer les insectes et les maladies dans nos intérieurs, où certains mécanismes de purification sont déficients, voire absents (absence d’UV, de bleu et de rouge extrême).
En résumé, si l’on souhaite cultiver des orchidées à l’intérieur, il faut non seulement augmenter l’apport lumineux, mais aussi tenter de fournir un spectre lumineux complet afin d’éviter les carences chromatiques, tant pour la photosynthèse que pour l’hygiène des collections.
L’intensité lumineuse doit être adaptée à l’espèce en culture.
Certaines plantes vivent en plein soleil, d’autres sont partiellement exposées et d’autres encore poussent à l’ombre. C’est également le cas des orchidées, dont les besoins en lumière varient beaucoup, mais qui sont moins bien connues que les plantes traditionnellement cultivées à l’intérieur. Il nous faudra donc consulter des références fiables rédigées par des spécialistes compétents. Cette étape est vraiment importante, car elle permet d’éviter d’investir dans des plantes coûteuses qui ne trouveraient pas de conditions de croissance favorables dans votre domicile.
Pour vous donner un premier aperçu des différentes luminosités recommandées, je vous propose quelques photos d’orchidées typiques associées à différents niveaux d’éclairage (en ordre croissant).




Les plantes sont de véritables panneaux solaires vivants!
En résumé, la lumière est la source d’énergie vitale de toutes les plantes, y compris des orchidées. N’oubliez pas qu’il est impossible de compenser un manque de lumière par d’autres moyens, comme la fertilisation, la chaleur ou l’arrosage. Avant de cultiver des orchidées à l’intérieur, il faut donc évaluer de manière réaliste et critique les conditions de culture pour éviter de faire des investissements importants qui ne mèneraient qu’à la déception. Dans notre prochaine chronique, nous tenterons de mettre ces principes en pratique.
Note de l’éditeur
Les chroniques de M. Charpentier sur les orchidées sont publiées sur le site du Jardinier paresseux dans un modèle légal libre de droits. Les sociétés horticoles qui le souhaitent peuvent republier ses chroniques dans leur journal technique. Veuillez toutefois inclure la mention suivante:
Cet article a initialement été publié en français sur le site internet du JardinierParesseux.com et en version anglaise sur le blogue LaidBackGardener.blog.

Merci pour cet article éclairant! Les infos présentées permettent de bien comprendre pourquoi les plantes reprennent tant de vigueur lorsqu’elles séjournent au balcon ou à la terrasse. Mes Phalaenopsis fleurissent merveilleusement bien année après année sans beaucoup d’interventions de ma part: elles se plaisent sur un rebord de fenêtre très éclairé et un peu frais.
Je me demandais si le Paphiopedilum est facile à faire fleurir. Déjà qu’il requiert peu de lumière naturelle est un point en sa faveur.
« La connaissance s’accroît quand on la partage. » Merci.
Bonjour Juliette, j’ai peu d’expérience avec les Paphiopedilum. Il y aurait 3 ou 4 sous-genres de Paphio et ils ont tous des exigences particulières, surtout en terme d’arrosage et d’humidité ambiante. Les substrats de croissance sont eux aussi assez différents des orchidées épiphytes. Certains seraient assez faciles mais on doit s’assurer de les gérer selon leurs exigences spécifiques. Les hybrides sont réputés être plus faciles. Au moment de l’achat, on doit souvent poser beaucoup de questions au fournisseur pour clarifier tous ces détails de culture…
Par contre pour l’oncidium. Je possède la sherry baby fenêtre a l’ouest. Elle pousse comme de la mauvaise herbes sans lumières artificielles et fleurit ou prépare une floraison constamment. Et ce, depuis plusieurs années. J’arrive aussi a faire fleurir le brassavola nodosa 2 fois par ans avec ce même éclairage. Et j’ai des fenêtres de triple verre.