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De la semence à la communauté

Chaque année, au cœur de l’hiver, lorsque le froid et la neige frappent nos contrées tandis que les tempêtes soufflent encore, bousculant souvent nos vies si bien organisées, les jardiniers bravent la météo inhospitalière pour se regrouper et célébrer le printemps avec les gens de leur région.

Ce rituel revêt une importance unique pour moi, car mon père participait chaque année à la Fête des semences et de l’agriculture urbaine de Québec, ma ville natale et où j’ai grandi, depuis les débuts de l’événement, et je prends maintenant sa place chaque hiver.

Selon l’endroit, il peut s’agir d’un simple échange de semences dans une bibliothèque ou d’une grande fête des semences avec des dizaines de semenciers, d’artisans, d’organismes communautaires et de conférenciers locaux. Mais l’essence demeure la même: tisser des liens dans nos communautés, mais aussi avec notre territoire.

La force des réseaux invisibles

Dans les dernières décennies, l’agriculture a commencé à mieux reconnaître le rôle essentiel des communautés vivantes dans la vie des plantes. On sait maintenant que les arbres et les plantes ne vivent pas isolés, ils sont reliés entre eux par des réseaux souterrains de champignons mycorhiziens. Ces réseaux permettent le transfert de nutriments comme le carbone, l’azote et le phosphore, mais aussi l’envoi de signaux chimiques pouvant avertir les plantes voisines d’une attaque de ravageurs.

Sous nos pieds, un autre univers s’active, la rhizosphère, cette mince zone autour des racines où interagissent bactéries, champignons et micro-organismes. Les plantes y exsudent des sucres pour nourrir ces organismes, qui en retour solubilisent et rendent biodisponibles les minéraux du sol, permettant ainsi aux plantes de les absorber. À cela s’ajoute la contribution essentielle des auxiliaires de culture, syrphes et coccinelles qui dévorent les pucerons, oiseaux insectivores qui régulent les populations de chenilles, et toute une faune discrète qui participe à l’équilibre du jardin. Chaque année, la recherche approfondit notre compréhension de ces communautés vivantes.

Une coopération millénaire

Les communautés humaines sont tout aussi complexes et interdépendantes. L’humanité repose elle aussi sur la coopération. Les premiers humains ont survécu grâce à leur capacité à communiquer et à travailler ensemble, chasser, cultiver, partager les récoltes, élever les enfants en groupe et transmettre les savoirs de génération en génération.

Notre cerveau se serait développé en grande partie pour gérer la complexité des relations humaines et permettre l’émergence du langage, capable de transmettre des idées abstraites et d’organiser la collaboration. Au fil du temps, ces échanges ont permis une transmission cumulative des connaissances, chaque génération hérite des savoirs de la précédente et y ajoute ses propres innovations.

Gardiens de semences, gardiens d’histoire

Au cœur de ces réseaux se trouvent les artisans semenciers. Année après année, ils cultivent, observent et sélectionnent des variétés adaptées à leur territoire, à leur climat et à leurs sols. Leur travail ne consiste pas seulement à produire des semences pour la prochaine saison, ils conservent aussi des variétés patrimoniales, façonnées par les générations qui nous ont précédés, et les transmettent aux jardiniers d’aujourd’hui. En choisissant leurs semences, on soutient une économie locale bien vivante et on encourage des entreprises ancrées dans nos régions plutôt que de grandes multinationales. On cultive aussi quelque chose de plus intangible, des saveurs, des histoires et un véritable goût du territoire.

Les fêtes des semences ne parlent pas seulement de ce que nous allons semer, elles racontent aussi ce que nous mangeons. Les semences sont le point de départ de toute la chaîne alimentaire, et sur place, cette chaîne prend vie grâce à la présence de producteurs et de transformateurs locaux. Miel, champignons, produits de soins personnels et pour la santé, ainsi qu’une foule de produits artisanaux permettent de découvrir, et souvent de goûter, le territoire sous une autre forme. En parcourant les kiosques, on ne prépare pas seulement la prochaine saison de jardinage, on entre en contact direct avec les saveurs locales qui en sont issues.

Cultiver le savoir

Ces événements sont aussi des lieux de transmission vivante des savoirs où des conférences et des rencontres permettent d’entendre des communicateurs et des spécialistes qui connaissent réellement notre climat, nos sols et nos défis de culture. On peut y poser des questions, échanger avec des organismes horticoles impliqués dans leur communauté, et repartir avec des conseils concrets, adaptés à notre réalité. Ce partage d’expérience et de connaissances fait partie intégrante de l’événement, au-delà des semences, on y cultive surtout le savoir.

Photo: Greta Hoffman

Pour moi, les fêtes des semences sont bien plus qu’un simple événement de jardinage. Elles offrent l’occasion de participer à quelque chose de plus grand que nous, une communauté du vivant qui relie les plantes, les humains et le territoire. En y prenant part, on perpétue une histoire profondément enracinée dans chaque région, faite d’échanges, de transmission et de collaboration. On réalise alors que semer n’est jamais un geste isolé, c’est une manière de s’inscrire dans une continuité, de contribuer à une culture vivante et de nourrir, à notre échelle, ce grand réseau qui nous relie tous.

Les 28 février et 1er mars, la Fête des semences et de l’agriculture urbaine de Québec revient pour sa 17e édition au pavillon Alphonse-Desjardins de l’Université Laval. Un grand rendez-vous gratuit qui rassemble semenciers, jardiniers, producteurs et passionnés d’alimentation durable, avec Allison Van Rassel comme porte-parole.

Au programme:

  • 80 exposants locaux
  • 13 conférences sur place + conférences en ligne
  • 5 salles thématiques: Semences • Agriculture urbaine • Bien-être • Conférences • Espace famille Vitalo
  • Activités familiales et partage de semences

Vous pourrez notamment croiser des acteurs incontournables du milieu comme L’Académie Potagère (invité d’honneur), Les Urbainculteurs, Jardins de l’écoumène, Semences du Portage, Ferme coopérative Tourne-Sol, La Main Verte, tisanji, Terram Vermiculture, Fermes Lufa… ainsi que Serge Fortier et Lili Michaud, collaborateurs du Jardinier paresseux, et Mathieu Hodgson, éditeur du Jardinier paresseux, qui seront aussi sur place.

C’est l’endroit idéal pour:

  • découvrir des semences adaptées à notre climat
  • goûter les produits locaux (miel, champignons, safran, chocolats et plus)
  • apprendre de spécialistes qui connaissent notre territoire

Entrée gratuite pour la zone exposants.

Billets requis pour les conférences (places limitées).


  1. Oh! J’adore ton texte, ça me touche droit au coeur car La fête des semences me parle encore plus que le Temps des Fêtes. J’apporte des semences à donner à la table d’échange, j’apporte des semences choisies par des amis, j’en achète aussi…J’en profite pour rencontrer les semenciers et leur poser plein de questions, ainsi que plusieurs exposants. À chaque année, il me manque de temps pour faire le tour, car il y a beaucoup de gens à chaque kiosque. Pour moi, les semenciers, les exposants et conférenciers sont des « vedettes », je les admire beaucoup!
    Merci Mathieu d’en faire partie! ???