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Les semences préférées des semenciers, 1re partie

C’est le temps des fêtes! Non, pas les fêtes de Noël et du jour de l’An, mais plutôt le temps des fêtes des semences. À travers le Québec, le Canada et le monde, la saison des fêtes de semences commence en janvier et se poursuit jusqu’en mars, quand vient alors le temps des semis!

Sur ma terrasse urbaine, j’ai un espace limité pour essayer de nouvelles variétés de plantes potagères, je n’ai donc pas beaucoup de suggestions à vous faire. Mais je connais des gens qui s’y connaissent mieux que moi: les semencières et semenciers! Qui de mieux en effet pour nous conseiller?

Vous pouvez bien sûr aller à leur rencontre à votre fête des semences locale, mais aujourd’hui, je vous donne un avant-goût. J’ai demandé à des producteurs de semences du Québec de choisir leurs semences préférées, des nouveautés ou simplement quelque chose qu’ils ont envie de vous faire découvrir.

Allons voir ce qu’ils ont à nous suggérer!

Tomate Savignac

Yves Gagnon

Semences Du Portage

J’ai rencontré le frère Armand Savignac en 1984 alors qu’il était âgé de 85 ans. Il cultivait à l’époque 200 plants de tomate rose Dufresne dont il me vantait la succulence. J’ai cultivé cette tomate fort savoureuse dans les contreforts lanaudois avec moins de succès que le frère, car la saison sans gel y était beaucoup plus courte que dans la plaine à Joliette. Mais j’ai persévéré et par une sélection méticuleuse de plants mères et de fruits porteurs, j’ai réussi à rendre la lignée plus hâtive et plus rustique, tout en conservant son goût si séduisant. Au décès du frère Armand Savignac en 1994, en son honneur, j’ai décidé de baptiser la lignée nordique de la Dufresne, la tomate Savignac.

Rabiole Tokyo Market

Mélanie Chapleau

Jardins de la Gaillarde

Navet blanc (rabiole) délicat, tendre à saveur douce et sucrée. C’est un légume populaire chez les fermiers de famille.

Les enfants en raffolent en crudité.  On le mange comme un radis ou râpé dans les salades. Une découverte! À croissance rapide, on fait des semis successifs pour en manger toute la saison. C’est un légume qui aime le froid et qui résiste à un léger gel. À son meilleur à 5-7 cm de diamètre. Les feuilles peuvent être consommées comme une verdure.  

Il est préférable de le couvrir d’un filet anti-insecte pour éviter la mouche du chou. Semblable à la variété Hakurai (F1) la rabiole Tokyo Market est à pollinisation libre.

Piment Aji Delight

Stéphane Marier

Semences Solana

Une innovation dans la pimentosphère: un Capsicum baccatum sans aucune force! Donc, on profite de tout le croustillant et le fruité reconnu de l’espèce, mais sans aucun piquant. En d’autres mots, le Aji Delight est aux C. baccatum ce que le poivron doux est aux Capsicum annuum, et il ouvre de nouveaux horizons de saveurs et de recettes pour les gens qui apprécient les poivrons. Il porte d’ailleurs très bien son nom, car il est très savoureux, avec un goût bien fruité et même une note subtile rappelant la cannelle (quand il est très mûr). De plus, il est très croustillant en bouche. Et contrairement aux poivrons doux standards, il est déjà sucré alors qu’il est vert, avec une saveur moins amère ou astringente que celle du poivron vert.

Il peut aussi être séché pour en faire un paprika très sucré à saveur de bonbon/petits fruits rouges. Piments rouges à maturité, de 9 à 12 cm de longueur. Parois de 4 mm, fruits à 3 lobes. Bonne production, avec parfois 50+ piments/2 kilos par plant. Serait tout de même relativement hâtif pour un C. baccatum, à 85 jours. Gros plants de 1 m. avec plusieurs branches latérales qui pendent vers le sol. Commence lentement au début, mais termine en force en septembre.

Melon brodé d’Oka

Gabrielle Rochon-Sabourin

Jardins de l’écoumène

Au cœur de notre passion pour la biodiversité et l’agriculture régénératrice aux Jardins de l’écoumène, le melon brodé d’Oka tient une place de choix. Celui-ci maintient son rang parmi nos variétés favorites depuis des années non seulement pour son goût exquis et son adaptation parfaite au climat rigoureux du Québec, mais également en raison de son précieux passé historique. Le melon brodé d’Oka est un vibrant témoignage de notre riche histoire agricole québécoise, souvent méconnue. L’histoire de cette variété remonte à 1893, lorsque quatre pères trappistes se sont établis à Oka, au Québec. Leur ingéniosité a donné naissance au melon ‘Oka’, fruit d’un croisement entre le renommé melon brodé de Montréal (Cucumis melo ‘Montréal’) et le vieux cultivar américain Banana (Cucumis melo ‘Banana’). Grâce au travail du père Athanase, ce melon hâtif s’est adapté pour prospérer dans la plupart des régions québécoises. Sa chair épaisse, d’une belle couleur orange, est reconnue pour sa saveur exceptionnelle.

Aux Jardins de l’écoumène, nous avons renoué avec l’histoire du melon brodé d’Oka lorsque Jean-François Lévêque est tombé sur cette variété dans un catalogue de Seed Savers Exchange, une organisation américaine dédiée à la préservation des semences. En 2014, nous avons même eu l’honneur de collaborer avec les moines d’Oka, désormais à Saint-Jean-de-Matha tout près de chez nous, afin de renouer avec la culture traditionnelle de ce melon historique. Préserver cette variété dans nos jardins et en distribuer les semences année après année auprès des jardiniers et jardinières du Québec symbolise bien pour nous non seulement notre engagement envers la biodiversité, mais également notre profond respect pour l’héritage agricole du Québec.

Ficoïde glaciale

Patrice Fortier

La société des plantes

À La société des plantes, on aime beaucoup la ficoïde glaciale! On la cultive en contenants, en smartpots, en jardinières… et, comme plusieurs plantes originaires de milieux arides, elle adore ça. 

C’est satisfaisant d’avoir une plante venant des côtes de l’Afrique du Sud qui se plaît dans la fraîcheur et le vent du Bas-du-Fleuve, et en plus, c’est une curiosité qui ne manque pas de capter l’attention des visiteurs. Ses tiges et la base de ses feuilles sont couvertes de petites papilles qui brillent comme du givre au soleil, comme une veste à paillettes. On dirait presque du verre. Puis, on la tâte pour en cueillir une feuille et la goûter, et c’est troublant au toucher… presque charnel! 

Dans la bouche, c’est une explosion de fraîcheur; c’est comme si une salade avait été injectée de sa vinaigrette! C’est un peu salé, un peu acidulé, et très rafraîchissant. On en mange comme si c’étaient des chips! Pas de ravageurs, pas de maladies connues: un charme à cultiver.

Vraies semences de pomme de terre (True Potato Seeds – TPS)

Roby Gobeil

Le jardin des vie-la-joie

On connaît tous la fameuse pomme de terre, celle qui constitue une place importante dans nos assiettes et qui fut jadis le centre même des victuailles du quotidien.

De manière générale, la pomme de terre se multiplie par clonage en plantant des tubercules, mais il est aussi possible de la multiplier par semis, à partir des semences qui résident dans les fruits aériens des plants.

Pourquoi démarrer ses pommes de terre par semis? Premièrement, les lignées multipliées à partir des semences ont une adaptabilité à leur environnement beaucoup plus grande que si elles sont multipliées par clonage. Ensuite, l’expression génétique de la pomme de terre sera très diversifiée; il est ainsi possible de créer de nouvelles variétés.

Il est bon de savoir que les tubercules obtenus à partir de la multiplication par semis ne donneront pas nécessairement les mêmes caractéristiques que les parents. Il est aussi possible de trouver des tubercules avec un goût plus amer (pas plus de 2 à 5% de la récolte).

Une approche que nous adoptons dans nos jardins est de sélectionner les tubercules sains, avec une bonne conservation et un goût agréable et de les multiplier par clonage dans les années suivantes.

L’objectif est la découverte et l’émerveillement devant toute la diversité que peut nous offrir la nature. C’est aussi un jeu amusant de sélectionner les individus les plus intéressants et de continuer à en apprendre toujours plus sur cette fameuse pomme de terre qui nous côtoie depuis plusieurs générations déjà!

La suite demain

La réponse des semenciers a été si positive que je n’ai pas pu tout faire rentrer dans un seul article. La suite demain!

Je serai à la Fête des semences et de l’agriculture urbaine de Québec les 2 et 3 mars pour y donner une conférence et j’y tiendrai un kiosque. Plusieurs des semenciers qui ont participé à ce texte y seront aussi.


commentaire sur "Les semences préférées des semenciers, 1re partie"

  1. Maryse dit :

    Oh mais comme ça donne envie ces semences ! Malheureusement je suis en France et donc pas de fête de semences pour moi ?
    Je n’ai pas encore suivi les “liens” vers les sites mais peut on commander ces semences pour la France ?

  2. LYNDA DUVAL dit :

    Merci pour cette rubrique, je travaille dans un centre jardin et nos clients adorent entendre l’histoire derrière les plants ancestrale ou du patrimoine.

  3. Jacinthe dit :

    Merci pour ces informations! Vraiment intéressant! Très important de s’informer et d’encourager nos semenciers d’ici…. Pour toutes les raisons du monde!

  4. Gagné Danielle dit :

    Merci de m’informer!

  5. André Pouliot dit :

    Bonjour, j’adore toute l’information les trucs et les nouveautés que vous nous apporté dans ces articles, une question? ou peut-on ce procurer ces semences. Merci

    • Valérie Paré dit :

      Vous pouvez taper le nom des semenciers dans un moteur de recherche comme Google, aller sur leur site internet, et faire une commande postale.

  6. Luc R dit :

    Quel article motivant ce matin, j’ai déjà hâte à la suite. Merci Mathieu.

  7. Richard Cameron dit :

    Pourquoi utiliser le mot “Smart pot”. C’est ridicule et ça fait penser au complexe d’infériorité des français. Même les chinois sur les sites de vente utilisent le terme Sac de Culture.
    S’il vous plaît !!!

    • Claire Picard dit :

      Merci pour votre commentaire ! C’est juste de dire que les Français semblent avoir un complexe d’infériorité devant la langue anglaise ! Tous ces mots anglais qu’ils utilisent sans raison, comme “cranberry” au lieu de “canneberge”!

  8. Thérèse dit :

    Je demeure trop loin de Québec mais j’adore commencer mes semences dans mon sous sol. Veux tu me donner les courriels ou je pourrais acheter les semences dont tu parles?
    Merci
    Thérèse
    Haileybury, On

  9. Sylvie F. dit :

    Vraiment intéressant! Ça donne le goût!. Merci.Mathieu vous êtes aussi agréable à lire que votre père.

  10. Marie-Claude dit :

    Bonjour, étant une petite nouvelle du jardinier paresseux, je crains de poser une question qui s’avérera bien évidente pour habitués. Mais ces magnifiques semences proposées, comment se les procurer? Est-ce commandable via internet? Ou faut-il aller à des évènements? Une chose me semble sûre, je ne trouverais pas ça dans des centres de jardinage, si?

  11. Anonyme dit :

    Cet article m’a rappelé le souvenir d’une visite au Jardin de Yves Gagnon, il y a plusieurs années. Ce matin, j’ai commandé des semences de cet excellent semencier. Merci

  12. Mario StNic dit :

    Pour ma part, c’est devenue une tradition que semer 2 ou 3 légumes inédits, juste pour le «fun», et ce, même si je pense que cela peut être voué à l’échec. Pour 2024, j’ai une grosse tomate orange vif, un haricot grimpant rouge et très long censé garder sa couleur à la cuisson, ainsi qu’un petit concombre jaune qui ressemble à un citron. On verra bien ce que ça donne! Bonne chance à toutes et tous avec vos semis!

  13. Claire Picard dit :

    Bonjour Mathieu, Je suis tellement contente que vous ayez un kiosque à notre fête de semence de Québec ! Cette année, je suis libre à la fête des semences, je pourrai donc vous y rencontrer…

  14. Dumontier dit :

    Merci beaucoup pour ces belles suggestions, toutes plus intéressantes les unes que les autres! Est-ce que qqn parmis vous connait la ciboule? Pas celle vendu un peu partout présentement qui est comme une échalote, mais la ciboule vendu par l’ancien W.H. Perron (d’il y a 40 ans!) et qui donne un vrai oignon multiplicateur (environ 2 pouces de diamètre)?

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