Les mutations et le jardinier
(Notez que je traite ici le sujet de mutations en tant que jardinier: les scientifiques me pardonneront ma vulgarisation peut-être trop simpliste.)

Mutations au jardin

Parmi les mutations observées sur les plantes, il y a:
- Fleurs doubles ou semi-doubles: une augmentation du nombre de pétales. Parfois les anthères aussi se mutent en pétaloïdes, donnant une fleur extrêmement double.
- Fleurs d’une autre couleur: subitement une tige produit des fleurs d’une couleur différente des autres. Parfois c’est une réversion à une forme ancestrale, mais souvent c’est une couleur nouvelle.
- Panachure
: feuillage bicolore, une partie étant normale et chlorophyllienne (verte), l’autre sans chlorophylle ou albinos, ce qui laisse apparaître les couleurs sous jacentes du feuillage, habituellement blanc, crème ou jaune, mais parfois rose ou autres couleurs. Parfois des fleurs montrent aussi un effet bicolore similaire. Ces plantes sont généralement des «chimères» : elles possèdent deux types de cellules dans la même plante, poussant côte à côte.
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Ces cactus albinos ont été sauvé d’une morte certaine: on les a greffé sur un cactus vert qui fait de la photosynthèse à leur place.
Albinisme: absence totale de chlorophylle. Noté surtout chez de jeunes semis et normalement rapidement fatal. Le semis vit sur les réserves contenues dans la graine, mais aussitôt qu’elles sont consommées, il meurt faute de pouvoir faire de la photosynthèse.
- Feuillage coloré: vert est la couleur de base des végétaux, mais parfois des semis naissent avec un feuillage anormalement foncé, pourpré ou rougeâtre (on dit « bronze » en horticulture) ou vert lime à jaune chartreuse (on dit alors « doré).
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Fasciation: tige ou fleur anormalement aplatie, poussant en «crête de coq», donc en largeur plutôt que de façon normale. Parfois la fasciation est une mutation génétique et même transmissible par semences (la célosie crête de coq, par exemple), mais il peut aussi résulter d’une maladie transmise par un insecte et n’est donc pas une mutation.
- Polyploïdie: surtout visible à ceux qui connaissent bien la plante, car la différence est souvent subtile: tiges plus solides, feuilles ou pétales plus épais, durée de vie prolongée, etc. La plante peut passer de diploïde, avec 2 paires de chromosomes, soit l’état normale chez la plupart des végétaux, à triploïde (3 paires), tétraploïde (4 paires), etc. De telles mutations, qui donnent souvent des plantes extra robustes, sont très utilisées en hybridation.
Mutation transmissible ou cul-de-sac ?
La plupart des mutations ont lieu dans les cellules somatiques (cellules non reproductrices): elles ne sont reproductibles que si on peut multiplier la plante de façon asexuée: par bouturage ou greffage, par exemple. Ainsi, si votre œillet d’Inde (Tagetes), une plante annuelle qu’on peut reproduire uniquement par semences, produit subitement une branche à feuillage panaché, il est fort probable que la mutation s’éteindra avec la mort de la plante à la fin de la saison. Si un feuillage panaché paraît sur un arbuste, par contre, il pourrait être possible de le multiplier par bouturage ou par greffage.

Une mutation dans les cellules germinales (reproductrices), par contre, peut être transmise par croisement. C’est ainsi qu’on a développé tant d’hybrides à fleurs doubles chez les rosiers, par exemple. L’hybrideur découvre une mutation qu’il trouve jolie ou utile et utilise la plante qui la porte pour faire des croisements avec d’autres plantes apparentées et ainsi réussit à améliorer le trait ou le mettre davantage en valeur.

Mais certaines gênes de fleurs doubles ne se transmettent pas par pollinisation. Chez la tulipe (Tulipa), par exemple, les fleurs doubles sont toujours stériles, n’ayant aucun anthère ou stigmate fonctionnel (ceux-ci ont été convertis en pétaloïdes). L’hybridation ne peut donc pas servir pour obtenir d’autres tulipes doubles; il faut attendre l’apparition spontanée d’une plante à fleurs doubles à partir de semis ou, par mutation, dans une plantation de tulipes à fleurs simples. Une fois une tulipe double est découverte, et si elle est stable, on peut multiplier le bulbe par division (multiplication asexuée) et ainsi produire un nouveau cultivar.
Réversions
Aussi, plusieurs mutations, même véritables, ne sont pas stables. Elles ont tendance à retourner à leur forme ancestrale. D’ailleurs, on suggère aux hybrideurs de multiplier toute nouvelle plante qu’il désire lancer sur le marché pendant 3 générations (la maman doit donner naissance à un bébé identique qui doit à son tour donner une autre plante identique) pour s’assurer qu’elle est réellement fidèle au type avant de procéder.
Malgré cela, beaucoup de plantes sur le marché produisent à l’occasion des réversions (des retours à la forme ancestrale), du moins à l’occasion.
L’érable de Norvège arlequin (Acer platanoides ‘Drummondii’), par exemple, aux feuilles panachées, c’est-à-dire vertes ourlées de blanc crème, produit presque toujours, éventuellement, une branche à feuillage normal, entièrement vert. Il faut supprimer ces réversions, sinon elles tendent à dominer la plante, étant souvent plus vigoureuses que les parties mutées, parfois au point où le trait désiré (ici le feuillage panaché) s’efface peu à peu. D’ailleurs, les plantes à feuillage coloré (bronze, doré, panaché) sont particulièrement sujettes aux réversions.
Peut-on provoquer des mutations ?

Voilà! Une explication assez simple des mutations chez nos plantes. Gardez l’œil ouvert: vous risquez de trouver une mutation très originale et peut-être de grande valeur parmi les plantes de vos jardins.





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