Quand les tiges changent de couleur

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À gauche, les tiges rouges de la réversion; à droite, les tiges jaunes du cornouiller d’origine, ‘Bud’s Yellow’. Source: jardinierparesseux.com & www.creeksideboulder.com

J’ai fait une découverte surprenante à la fonte des neiges : le drageon (rejet) d’un de mes cornouillers n’était pas de la même couleur que sa maman!

La plante en question, le cornouiller stolonifère ‘Bud’s Yellow’ (Cornus sericea ‘Bud’s Yellow’, que certaines autorités placent dans l’espèce sosie C. alba) est cultivé pour ses jolies tiges jaunes, surtout visibles l’hiver. L’espèce à l’origine de ce cultivar, toutefois, a des tiges qui rougissent l’hiver. Le drageon anormal chez moi avait justement repris la coloration rouge de son ancêtre.

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Une autre réversion: les feuilles normalement bicolores du lierre terrestre panaché (Glechoma hederacea ‘Variegata’) ont repris leur coloration verte normale… et cette partie de la plante menace de dominer et d’éliminer la partie panachée. Source: jardinierparesseux.com

On appelle cela une réversion : la plante retourne à sa forme normale. On voit souvent des réversions chez les plantes à feuillage panaché ou à fleurs bicolores. Une partie de la plante se met alors à produire des fleurs ou des feuilles «ordinaires». C’est la première fois, toutefois, que j’entends parler d’une réversion dans la couleur de l’écorce.

Normalement, on supprime les réversions afin de conserver les attraits de la plante qu’on avait choisi de cultiver, car souvent les réversions sont plus vigoureuses que le cultivar. Par contre, je pense que je vais garder la mienne. Il me semble que ce sera très joli, un mélange de tiges rouges et de tiges jaunes.

La nature : toujours pleine de surprises!20180516A HC

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Les mutations et le jardinier

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(Notez que je traite ici le sujet de mutations en tant que jardinier: les scientifiques me pardonneront ma vulgarisation peut-être trop simpliste.)

20150618ALe mot «mutation» fait ressortir des images de créatures maléfiques et gluantes sorties d’un étang d’eau contaminé dans un film de science fiction ou d’horreur des années 1950, mais en fait, la plupart des mutations sont des changements mineurs dans la structure génétique d’un être vivant et n’ont aucune conséquence visible sur son apparence ou sa santé. Tristement, certains mutations sont nuisibles (la plupart des cancers sont des mutations). D’autres peuvent être bénéfiques: on peut voir l’évolution comme une suite de mutations heureuses ayant donné naissance à tous les êtres vivants de la planète.

Mutations au jardin

20150618BLes jardinier observateur risque de découvrir occasionnellement des mutations visibles dans les plantes qu’il cultive: une fleur double sur une plante jusqu’ici à fleurs simples, un feuillage panaché, etc.

Parmi les mutations observées sur les plantes, il y a:

  • Fleurs doubles ou semi-doubles: une augmentation du nombre de pétales. Parfois les anthères aussi se mutent en pétaloïdes, donnant une fleur extrêmement double.
  • Fleurs d’une autre couleur: subitement une tige produit des fleurs d’une couleur différente des autres. Parfois c’est une réversion à une forme ancestrale, mais souvent c’est une couleur nouvelle.
  • Panachure20150618C: feuillage bicolore, une partie étant normale et chlorophyllienne (verte), l’autre sans chlorophylle ou albinos, ce qui laisse apparaître les couleurs sous jacentes du feuillage, habituellement blanc, crème ou jaune, mais parfois rose ou autres couleurs. Parfois des fleurs montrent aussi un effet bicolore similaire. Ces plantes sont généralement des «chimères» : elles possèdent deux types de cellules dans la même plante, poussant côte à côte.
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    Ces cactus albinos ont été sauvé d’une morte certaine: on les a greffé sur un cactus vert qui fait de la photosynthèse à leur place.

    Albinisme: absence totale de chlorophylle. Noté surtout chez de jeunes semis et normalement rapidement fatal. Le semis vit sur les réserves contenues dans la graine, mais aussitôt qu’elles sont consommées, il meurt faute de pouvoir faire de la photosynthèse.

  • Feuillage coloré: vert est la couleur de base des végétaux, mais parfois des semis naissent avec un feuillage anormalement foncé, pourpré ou rougeâtre (on dit « bronze » en horticulture) ou vert lime à jaune chartreuse (on dit alors « doré).
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    Célosie crête-de-coq (Celosia argentea cristata)

    Fasciation: tige ou fleur anormalement aplatie, poussant en «crête de coq», donc en largeur plutôt que de façon normale. Parfois la fasciation est une mutation génétique et même transmissible par semences (la célosie crête de coq, par exemple), mais il peut aussi résulter d’une maladie transmise par un insecte et n’est donc pas une mutation.

  • Polyploïdie: surtout visible à ceux qui connaissent bien la plante, car la différence est souvent subtile: tiges plus solides, feuilles ou pétales plus épais, durée de vie prolongée, etc. La plante peut passer de diploïde, avec 2 paires de chromosomes, soit l’état normale chez la plupart des végétaux, à triploïde (3 paires), tétraploïde (4 paires), etc. De telles mutations, qui donnent souvent des plantes extra robustes, sont très utilisées en hybridation.

Mutation transmissible ou cul-de-sac ?

La plupart des mutations ont lieu dans les cellules somatiques (cellules non reproductrices): elles ne sont reproductibles que si on peut multiplier la plante de façon asexuée: par bouturage ou greffage, par exemple. Ainsi, si votre œillet d’Inde (Tagetes), une plante annuelle qu’on peut reproduire uniquement par semences, produit subitement une branche à feuillage panaché, il est fort probable que la mutation s’éteindra avec la mort de la plante à la fin de la saison. Si un feuillage panaché paraît sur un arbuste, par contre, il pourrait être possible de le multiplier par bouturage ou par greffage.

20150618FPar exemple, Lise Ouellet m’a envoyé la photo d’un pavot d’Orient (Papaver orientale) à fleurs rose magenta alors que les plante produit normalement des fleurs rose pêche. L’année suivante, toutes les leurs étaient rose pêche. La mutation a dû avoir lieu sur une seule tige (ou une partie d’une seule tige) de la plante. Comme les tiges des pavots sont des organes annuels, la mutation a été perdue quand la tige est morte après la floraison. Il aurait peut-être été possible, en laboratoire, de prendre une section de tige mutée de ce pavot et de le multiplier in vitro pour préserver la mutation… ou peut-être pas.

Une mutation dans les cellules germinales (reproductrices), par contre, peut être transmise par croisement. C’est ainsi qu’on a développé tant d’hybrides à fleurs doubles chez les rosiers, par exemple. L’hybrideur découvre une mutation qu’il trouve jolie ou utile et utilise la plante qui la porte pour faire des croisements avec d’autres plantes apparentées et ainsi réussit à améliorer le trait ou le mettre davantage en valeur.

20150618GLe gène «fleur double», par exemple, peut se transmettre par pollinisation croisée chez plusieurs végétaux, comme le rosier (Rosa) et l’ancolie (Aquilegia). Si vous transférez du pollen d’une fleur double (il faut qu’elle ait des étamines fonctionnelles: plusieurs fleurs doubles n’ont en pas) sur une plante à fleur simple, une partie des semis donneront des fleurs doubles ou semi-doubles, sinon dans la première génération, du moins dans la deuxième.

Mais certaines gênes de fleurs doubles ne se transmettent pas par pollinisation. Chez la tulipe (Tulipa), par exemple, les fleurs doubles sont toujours stériles, n’ayant aucun anthère ou stigmate fonctionnel (ceux-ci ont été convertis en pétaloïdes). L’hybridation ne peut donc pas servir pour obtenir d’autres tulipes doubles; il faut attendre l’apparition spontanée d’une plante à fleurs doubles à partir de semis ou, par mutation, dans une plantation de tulipes à fleurs simples. Une fois une tulipe double est découverte, et si elle est stable, on peut multiplier le bulbe par division (multiplication asexuée) et ainsi produire un nouveau cultivar.

Réversions

Aussi, plusieurs mutations, même véritables, ne sont pas stables. Elles ont tendance à retourner à leur forme ancestrale. D’ailleurs, on suggère aux hybrideurs de multiplier toute nouvelle plante qu’il désire lancer sur le marché pendant 3 générations (la maman doit donner naissance à un bébé identique qui doit à son tour donner une autre plante identique) pour s’assurer qu’elle est réellement fidèle au type avant de procéder.

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Réversion sur Acer plantanoides ‘Drummondii’. Photo: Lee Valley Tools

Malgré cela, beaucoup de plantes sur le marché produisent à l’occasion des réversions (des retours à la forme ancestrale), du moins à l’occasion.

L’érable de Norvège arlequin (Acer platanoides ‘Drummondii’), par exemple, aux feuilles panachées, c’est-à-dire vertes ourlées de blanc crème, produit presque toujours, éventuellement, une branche à feuillage normal, entièrement vert. Il faut supprimer ces réversions, sinon elles tendent à dominer la plante, étant souvent plus vigoureuses que les parties mutées, parfois au point où le trait désiré (ici le feuillage panaché) s’efface peu à peu. D’ailleurs, les plantes à feuillage coloré (bronze, doré, panaché) sont particulièrement sujettes aux réversions.

Peut-on provoquer des mutations ?

20150618ILa plupart des mutations sont spontanées: elles surviennent tout à fait par hasard, mais l’être humain a longtemps essayé de les provoquer. On sait notamment que les dommages causés par les rayons X peuvent provoquer des mutations, généralement nuisibles, mais parfois utiles. Ainsi, maintes plantes ont été bombardées de ces rayons. Certains produits chimiques ont des effets similaires. La colchicine (dérivée du colchique, Colchicum, une jolie plante à bulbe) est connue pour stimuler le dédoublement des chromosomes (la polyploïdie), entre autres. Reste que cela relève plutôt de l’expérimentation scientifique. Le jardinier amateur joue rarement avec de tels outils!

Voilà! Une explication assez simple des mutations chez nos plantes. Gardez l’œil ouvert: vous risquez de trouver une mutation très originale et peut-être de grande valeur parmi les plantes de vos jardins.