Le paillis d’hier à aujourd’hui

Par défaut

Le premier paillis servait pour la culture des fraisiers. Photo: www.diynetwork.com

Le mot «paillis» dérive de paille, car le premier paillis utilisé était la paille.

À la fin du XVIIIe siècle, les maraîchers parisiens ont appris à l’appliquer dans leurs champs de fraisiers pour empêcher l’envahissement par les mauvaises herbes et pour réduire la pourriture des fruits, un problème fréquent quand ils touchaient directement le sol. Aussi, le paillis de paille faisait baisser les populations de limaces, d’escargots et d’insectes ravageurs.

Certains jardiniers ont adopté pour désigner le paillis le terme anglais «mulch». Il y a aussi le verbe «pailler», alors que l’action d’appliquer un paillis est le «paillage». 

Depuis ce début, il y a plus de 200 ans, le paillis a énormément évolué, au point où relativement peu de jardiniers utilisent la paille comme paillis dans leurs jardins, mais plutôt d’autres produits.

Paillis d’ornement ou paillis de jardinage?

On peut diviser les paillis grosso modo en deux groupes: les paillis d’ornement, utilisés surtout pour embellir les aménagements, et les paillis de jardinage, qui aident les jardiniers à mieux réussir la culture de leurs plantes.

Paillis d’ornement

Paillis de galets de rivière. Photo: http://www.chillicothegazette.com

Dans ce groupe, on trouve d’abord les paillis inertes, comme les galets de rivière, les éclats de quartz blanc, les galets d’ardoise, les pierres volcaniques et autres produits décoratifs comme la brique concassée, le verre concassé et le paillis de caoutchouc. 

Paillis de cèdre teints de différentes couleurs. Photo: http://www.localgardener.net

Aussi faut-il ajouter à ce groupe des paillis à base de bois qui ne sont que lentement décomposables comme le paillis de cèdre, de mélèze ou de cyprès, naturel ou teint, le paillis de résineux, y compris l’écorce de pin et les «pépites» de bois, et aussi les éclats de bois. Il existe même des paillis de bois minéralisé, traités essentiellement pour les convertir en une similipierre, ce qui les rend ignifuges et résistants à la décomposition.

Ces paillis s’emploient dans les endroits où l’on cherche un effet ornemental, mais où l’on ne veut pas jardiner de façon intenstive: dans les bandes de propreté à la fondation des maisons, autour des piscines, au pied des grands arbres, dans les aires de stationnement, dans les aires de jeu, dans les rivières sèches, etc. Habituellement, on applique d’abord un géotextile pour réduire l’envahissement des mauvaises herbes, puis on recouvre le géotextile d’environ cinq centimètres de paillis ornemental. 

Il faut noter que l’utilisation d’un paillis d’ornement autour des jeunes arbres (mais sans géotextile, sinon les racines risquent de mourir étouffées) a comme avantage de permettre d’éloigner la tondeuse et le coupe-bordure, ce qui limite les blessures au collet des arbres.

Aussi, dans les climats arides, la technique de «mulch lithique» (paillis de pierres) est utilisée dans le potager, car elle réduit l’évaporation d’eau, diminue le ruissellement des pluies et réduit les variations de température. Dans un climat plus humide, par contre, le paillis de pierre a un effet presque contraire, asséchant et réchauffant le sol.

Paillis de cèdre teint orange, très populaire au Québec. Photo: http://www.martialexcavation.com

Ce n’est généralement pas une bonne idée de mettre ces paillis d’ornement dans une plate-bande ou un potager, ou de les mettre en contact direct avec la terre, car ils finissent par se mélanger au sol et, comme ils ne se décomposent pas (pierres et produits artificiels) ou qu’ils se décomposent extrêmement lentement (résidus de résineux), ils deviennent des obstacles au jardinage et il faut alors les enlever manuellement, un morceau à la fois. 

À la longue, les paillis d’ornement finissent par se remplir de poussière apportée par le vent, ce qui crée une couche de sol par-dessus le géotextile, et alors les mauvaises herbes commencent à les envahir. On n’a alors d’autre choix que de les enlever, de les laver pour enlever la terre accumulée et de remplacer le géotextile avant de remettre le paillis en place.

Quant aux paillis d’écorce et paillis de cèdre, il importe de toujours les garder un peu humides en période de sécheresse, car ils sont inflammables lorsqu’ils sont secs.

Paillis de jardinage

Paillis de feuilles déchiquetées. Photo: fresh-basil-com

Ces paillis sont faits de matières facilement décomposables, alors si jamais ils se mélangent au sol, cela ne dérange pas l’écosystème que le jardinier essaie de créer. Plusieurs de ces paillis sont vendus commercialement, mais d’autres sont de fabrication maison. 

Parmi les paillis de jardinage, on trouve, bien sûr, la paille, mais aussi le paillis de coco, le paillis d’écales de cacao, le paillis forestier (faits de résidus de bois partiellement décomposés), les aiguilles de pin, les rognures de gazon*, la tourbe, le papier de déchiqueteuse, les feuilles d’automne déchiquetées et le bois raméal fragmenté (BRF). Dans ce dernier cas, il s’agit de jeunes rameaux de bois dur déchiquetés avec leurs feuilles, ce qui donne un paillis exceptionnellement riche. Enfin, tout compost, fait maison ou acheté, peut aussi servir de paillis. 

*Mieux vaut sécher les rognures de gazon avant de les utiliser comme paillis, sinon elles ont tendance à se compacter et à former une croûte presque imperméable.

Bien que ces paillis soient ornementaux aussi, leur rôle principal est de faciliter le jardinage. 

  • Ils empêchent la germination des mauvaises herbes.
  • Ils réduisent l’évaporation et ainsi gardent le sol plus également humide et préviennent la sécheresse.
  • Ils modèrent la température du sol et évitent les chocs thermiques.
  • Ils préviennent l’érosion.
  • Ils réduisent les infestations d’insectes, de maladies, de limaces et d’escargots.
  • Ils maintiennent le sol plus meuble.
  • Ils enrichissent le sol en se décomposant.
  • Ils éliminent le besoin de sarcler et de biner, diminuant donc la charge de travail du jardinier.
  • Ils augmentent la présence dans le sol de microorganismes bénéfiques et aussi d’autres animaux utiles comme les lombrics et les carabes.
Le bâchage est une bonne façon de désherber un secteur avant d’appliquer le paillis. Ill.: Claire Tourigny, tirée du livre Les 1500 trucs du jardinier paresseux

Avant de poser un paillis de jardinage, il faut toujours désherber complètement le secteur, éliminant toutes les mauvaises herbes, car si ces paillis empêchent les mauvaises herbes de germer, ils n’empêchent pas celles qui sont déjà sur place de pousser. En peu de temps, elles perceront la couche de paillis et voleront la place aux plantes désirables. Pour éliminer les plantes envahissantes avant de les appliquer, on peut couvrir le sol de 7 à 10 feuilles de papier journal, de carton ou de papier kraft humide ou encore, placer une bâche noire sur le sol pendant un an avant de commencer, ce qui éliminera tout ce qui pousse. Pour d’autres idées sur l’élimination des mauvaises herbes, lisez Se débarrasser à jamais d’une plante envahissante.

Après ce désherbage, procédez à la plantation, puis recouvrez généreusement le sol de paillis de jardinage jusqu’à une hauteur de 7 à 10 centimètres. 

Les feuilles d’automne déchiquetées par la tondeuse font un excellent paillis gratis. Photo: http://www.growingreen.com

On peut appliquer un tel paillis en toute saison. Beaucoup de jardiniers, par exemple, appliquent leur paillis à l’automne, quand les feuilles mortes — un excellent paillis! — s’accumulent sur le sol et sont donc facilement disponibles. On peut les passer sous la tondeuse pour les déchiqueter (ce qui les empêche de partir au vent tout en leur donnant une apparence plus égale), assurant au jardinier un paillis gratuit et très riche. Et soulignons que oui, on peut utiliser des feuilles souffrant d’une maladie foliaire quelconque dans un paillis.

Les paillis de jardinage sont de courte vie: deux ou trois ans, rarement quatre. Seulement un an dans le cas du paillis de feuilles déchiquetées. Mais c’est un mal pour un bien, car ils se décomposent en enrichissant le sol (éliminant en bonne partie le besoin d’appliquer des engrais). Ainsi faut-il les renouveler assez fréquemment (annuellement dans le cas des feuilles déchiquetées). Nul besoin d’enlever l’ancienne couche, bien sûr: il suffit de recouvrir l’ancien paillis avec un paillis frais.

Deux paillis qui ne sont pas vraiment des paillis

Paillis de plastique noir. Photo: http://www.ebay.com

On voit parfois un produit appelé paillis de plastique noir. Il s’agit d’un plastique biodégradable qu’on applique au sol d’un potager pour éliminer les mauvaises herbes tout en réchauffant le sol. Ainsi, il faut arroser plus souvent. On s’en sert pour les légumes qui aiment la chaleur, comme les poivrons, les melons, les aubergines et les tomates. Mais c’est plus une «toile de réchauffement» qu’un paillis.

Pachysandre du Japon (Pachysandra terminalis) utilisé comme paillis vivant. Photo: steemit.com

Enfin, il y a le «paillis vivant», terme souvent employé pour décrire les plantes couvre-sol. Et c’est vrai qu’une fois qu’ils sont bien installés, les couvre-sols accomplissent à peu près tout ce qu’un paillis de jardinage réel peut faire… et de plus, se renouvellent tous seuls!


Voilà un petit portrait des paillis. Si vous n’en avez jamais utilisé, attention: ils pourraient radicalement simplifier la façon dont vous jardinez! 

24 réflexions sur “Le paillis d’hier à aujourd’hui

  1. Willig

    Bonjour, et merci d’exister !!! Personnellement je paille avec de la laine de mouton !! Duré 300 ans on ferme la lumière !! Qu’en pensez vous vous !!! Cordialement Laurent Willig.

  2. Stéphanie

    Je me suis procuré de la paille chez un fermier pres de chez nous pour le jardin et mes fraises.je me suis retrouvé avec énormément de brin davoine! Je suis decu jai plus de désherbage a faire que sans paille. L’année prochaine j’essaierai le brf je crois.

    • Laurent

      Pourquoi pas ,mais je serais vous je ferais tremper mon BRF dans l’eau pendant au moins 3 semaine avant de l’utiliser ,sur une bonne épaisseur de 10 à 20 cm!!Très cordialement.

  3. Sylvain

    Je paille a la sciure de pin malgré ce qui est conseillé, et en un an tout est parti (environ 10 cm de paillage). Je ne sais pas si ça s’est décomposé ou si ça a été mélangé à la terre par les vers de terre mais le fait est que je dois en racheter!

    • Laurent

      Normal la sciure s’est vite mélangée à la terre!! attention si vous rachetez le même vous allez vite acidifier votre terre!!! changez d’ « arbre »!!!

      • Sylvain

        Mon problème est que je ne trouve rien d’autres (Portugal). J’ai demandé sur un groupe d’agriculture local des conseils pour trouver du paillis et on m’a conseillé les scieries. Je pense que c’est ce quoi je vais m’orienter la prochaine fois en essayent d’éviter le pin mais ici les jardineries ne vendent pas de BRF

  4. Phil

    Bonjour.
    Je viens de tailler une haie de troènes (ligustrum).
    J’ai passé les ‘déchets’ taille au broyeur.
    Puis-je utiliser ce broyat (essentiellement ‘vert’) pour pailler mes plants de tomate dans la serre.
    Merci d’avance…

      • Phil

        Merci. Mais pour quelle raison ?
        D’autant que j’aimerais pouvoir pailler tout de suite avec la vague de chaleur qu’on nous annonce …

      • Laurent

        Pour commencer à se décomposer le BRF que vous avez fait a besoin d’azote ,qu’il va trouver dans son environnement immédiat!! donc vos tomate ,d’où ce qu’on appelle la « faim d’azote »!!! si c’es pour faire un paillis provisoire pour vos tomates vous pouvez l’utiliser et l’enlever après la récolte. en même-temps il sera bon d’arroser avec un purin de consoude!!! bon été à vous!! Laurent.

      • Phil

        Merci pour les explications.
        Moi ce serait pour pailler +/- pour les 2-3 mois à venir.
        C’est donc à éviter alors ?

      • Laurent

        vous pouvez pailler si vous avez le courage de l’enlever après la récolte pour le mettre dans l’eau et vous en servir après!!

      • Phil

        Alors, je vais faire cela:
        – je paille jusqu’à la fin de la récolte (octobre ?)
        – et puis , je retirerai pour mettre dans l’eau…

        Merci Laurent

  5. Lucie Hébert

    Bonjour, vous mentionnez dans votre chronique, du papier déchiqueté comme paillis possible, est-ce bon pour les papiers autres que le papier journal (par ex., les pamphlets publicitaires ou les documents imprimés « maison »? Est-ce qu’il pourrait y avoir des problèmes avec les types d’encre?
    Merci

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.