Les papillons monarques sont de retour!

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Le papillon monarque semble sauvé de l’extinction… pour l’instant!

Félicitations, jardiniers amateurs de papillons! De toute évidence vous faites un bon travail, car le papillon monarque (Danaus plexippus), dont la population a chuté de façon draconienne en 2013, est de nouveau à la hausse… et pas juste un peu. Le nombre a plus que quadruplé!

Rappelons la situation tragique de 2013-2014. Jamais si peu de papillons monarques n’avaient atteint la forêt de sapins du centre du Mexique où ils hivernent normalement. Seuls 0,67 hectares de forêt ont été couverts de monarques cet hiver, pour un total de quelque 33 millions de monarques, le plus petit nombre jamais enregistré. Cette nouvelle avait provoqué la peur que l’ère du monarque migrateur touchait à sa fin.

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Population de monarques qui hivernent au Mexique en hectares.

Mais leur nombre a remonté un peu en 2014-2015 et a fait un saut majeur en avant cet hiver (2015-2016), car environ 4,01 hectares de forêt mexicaine étaient couverts de monarques pour une population estimée à environ 140 millions de papillons. Bien que ce soit encore 30% en dessous de la moyenne de 6 hectares des années 1990, c’est néanmoins une amélioration importante et un retour à la «normale des années 2000».

Qu’est-il arrivé?

On sait maintenant que le crash de 2013 était surtout dû aux mauvaises conditions climatiques. Une sècheresse profonde, d’abord au Mexique, puis dans le Sud-ouest des États-Unis, a dévasté la population d’asclépiades (Asclepias spp.), seule hôte pour les larves de monarque. Par conséquence, la population des papillons a aussi chutée. Il faut se rappeler que les monarques ne montent pas directement du Mexique au Canada d’un seul trait. À la place, les monarques hivernants pondent des œufs au Mexique, puis leurs descendants volent plus vers le nord et pondent des œufs au Texas, etc. Ainsi, de génération en génération, mais dans une seule année calendaire, ils traversent les États-Unis. Seule la dernière génération se rend jusqu’au Canada, à l’extrême nord de leur aire. Mais comme les premières générations avaient peu à manger en 2014, très peu ont réussi à gagné le nord cette année. Je n’en ai vu aucun dans mon jardin alors que, habituellement, ils viennent toujours pondre sur mon terrain.

Ceux qui ont réussi a traverser la zone de sècheresse n’avaient pas la vie facile, non plus. Grâce à l’utilisation massive d’herbicides et à la tendance accrue de l’agriculture moderne d’utiliser le moindre centimètre carré de terre arable, les plantes indigènes sont de plus en plus chassées des zones agricoles. Et parmi les plantes éliminées par cette agriculture à perte de vue se trouvent les asclépiades. Donc, même quand les monarques parviennent à atteindre le centre des États-Unis, ils peuvent avoir de la difficulté à se reproduire, faute de plantes hôtes (c’est-à-dire d’asclépiades). Les naturalistes ont alors sonné l’alarme: si le nombre d’asclépiades continue de baisser en Amérique du Nord, la survie du monarque comme papillon migratoire est sérieusement menacée.

Au printemps/été dernier (2015), le temps était parfait pour les asclépiades. Partout sur la route des monarques (du moins, où il restait encore des asclépiades), la température était convenable et les pluies ont été suffisantes pour promouvoir une belle croissance. Ainsi, elles étaient particulièrement vigoureuses, exactement ce qu’il fallait pour nourrir des chenilles de monarque. Alors, lors de la migration vers le nord, chaque génération était plus importante que la précédente, menant à une abondance quand même raisonnable dans leur aire nordique. Et au retour au Mexique l’automne dernier (retour qui se fait en une seule génération), encore les conditions météorologiques étaient très favorables et un maximum des papillons a pu terminer le voyage.

La contribution des jardiniers

Un facteur qui a pu aider à «sauver» les monarques l’an dernier: la nouvelle que les monarques ont besoin d’asclépiades comme source alimentaire est devenue de plus en plus connue du grand public, grâce à des programmes comme Monarch Watch et Créez votre oasis pour les monarques, qui ont promu l’idée que chaque famille pouvait aider à sauver le monarque en plantant quelques asclépiades chez elle. Ainsi, des jardiniers à travers l’Amérique du Nord ont commencé à planter des asclépiades sur leur terrain, donnant aux monarques une source de nourriture plus fiable. À défaut d’asclépiades dans les champs des agriculteurs, on en trouve en plus en plus dans les platebandes des jardiniers.

Et les gouvernements embarquent aussi. Les États-Unis ont mis de côté plus de 100 000 hectares de champs où les asclépias peuvent se naturaliser et où plus aucun pesticide ne sera utilisé et ce, spécifiquement pour de sauver les monarques, à un coût de plus de 20 millions de dollars.

Objectif: 250 millions de monarques

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J’ai pu voir des branches de sapin ployer sous le poids des monarques à Angangueo, Mexique lors d’un voyage horticole. Quel effet extraordinaire!

La population du monarque a toujours été instable. Elle augmente et diminue selon toutes sortes de facteurs. Cependant, alors que nous nous félicitons de voir environ 140 millions de monarques cette année, ce chiffre aurait paru bien décevant il y a 20 ans, quand 250 millions de monarques étaient considérés comme la moyenne. De nombreuses associations du Mexique au Canada ont choisi ce chiffre comme objectif pour 2020: elles veulent voir de nouveau une population moyenne de 250 millions de monarques hivernants.

Il reste encore beaucoup à faire… et tout n’est pas à la portée des jardiniers amateurs. L’exploitation forestière illégale dans les aires d’hivernage du monarque au Mexique reste une menace pour laquelle nous pouvons peu faire, par exemple. Mais tout le monde peut au moins planter des asclépiades.

Quelques asclépiades à cultiver

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Asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa)

L’asclépiade tubéreuse (A. tuberosa) est l’asclépiade la plus courante de pépinière. C’est une très belle plante aux fleurs orange ou jaune vif. Elle aime le plein soleil et un sol bien drainé ou même sec, poussant bien jusqu’en zone 4. C’est le meilleur choix pour le jardin xérophile.

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Asclépiade incarnate (Asclepias incarnata)

L’asclépiade incarnate ou asclépiade des marais (A. incarnata), aux fleurs roses ou blanches, est plus rustique (zone 3) et, malgré son surnom «asclépiade des marais», n’a pas besoin d’un sol détrempé pour bien pousser. Elle convient davantage aux sols riches et relativement humides des platebandes classiques.

Notez qu’aucune de ces deux plantes n’est envahissante. Elles poussent tout deux en touffe dense et restent là où vous les avez plantées. Elles sont chacune, à leur manière, des plantes idéales pour les jardiniers paresseux.

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Asclépiade commune (Asclepias syriaca)

L’asclépiade commune (A. syriaca), aussi appelée petits cochons, était autrefois fort répandue dans les prés et le long des routes au Canada où elle fut longtemps l’hôte principale du monarque, mais elle disparaît de plus en plus suite aux traitements herbicides. Sans être une bonne plante de platebande (elle est trop envahissante pour cela et puis, elle dépérit de façon peu esthétique avant la fin de l’été), on pourrait au moins apprendre à tolérer sa présence dans les secteurs en friche plutôt que de vouloir l’éliminer à tout coût. Ou encore, pourquoi ne pas en planter sur les terrains vagues des villes pour attirer les monarques dans les centres urbains?

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Asclépiade de Curaçao (Asclepias curassavica)

Vous ne disposez pas d’un jardin? Eh bien, peut-être avez-vous un balcon. Si oui, vous pourriez cultiver l’asclépiade de Curaçao (A. curassavica). Cette plante, qui se cultive comme une annuelle dans le Nord, est en fait une vivace en Amérique centrale et est la principale source de nourriture du monarque dans son pays d’origine, le Mexique. Elle a des fleurs de couleur orange vif à cœur jaune. Elle est facile à cultiver en pot à partir de semences, fleurissant dès la première année. Si vous ne pouvez pas trouver des plants d’asclépiade de Curaçao localement, on offre les semences chez William Dam Seeds (sous le nom Silky Formula Mix) et chez Richters Herbs (sous le nom Bloodflower).

Feuilles trouées? Féliciations!

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Chenille de monarque

Si vous trouvez des feuilles mâchouillées sur les asclépiades de votre jardin, vous saurez que vous aurez réussi. Recherchez alors une chenille bizarrement bariolée: c’est un futur papillon monarque. Féliciations! Vous avez fait votre part pour sauver cette fascinante créature!

Mais la bataille n’est pas encore gagnée. Encouragez aussi votre famille et vos amis à planter des asclépiades cet été, car qu’est quand chacun fait sa part que nous pourrons réellement dire que nous avons aidé à sauver le papillon monarque.

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5 réflexions sur “Les papillons monarques sont de retour!

  1. Martine Dukude

    Je ne sais pas quoi faire avec mes asclépias tuberosa qui n’ont jamais fleuri autant que je l’espérais! J’en ai planté chez une amie et ils sont merveilleux, pas comme chez moi! En faisant des recherches pour savoir quelle est leur tolérance à la transplantation, je suis tombée sur l’article (ci-dessous) de 2010 de Pierre Gingras dans La Presse. J’ai donc pleins de questions: devrais-je les garder, les transplanter ou les jeter?…. Sont-ils si toxiques?

    http://www.lapresse.ca/maison/cour-et-jardin/jardiner/201010/18/01-4333636-asclepiade-toxique.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_cbp

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