Il faut plus que des asclépiades pour sauver les monarques!

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Papillon monarque (Danaus plexippus) visitant des fleurs d’aster. Source: LyWashu, Wikimedia Commons

En Amérique du Nord, le déclin du papillon monarque (Danaus plexippus), ce papillon migrateur orange aux nervures noires qui hiverne au Mexique et en Californie pour se rendre jusqu’au Canada l’été, est très médiatisé. Sa population décroît depuis au moins 50 ans et, à compter de 2008, la population a chuté de façon particulièrement draconienne, de 1 milliard de papillons à 93 millions.

Plusieurs autorités attribuent une bonne part de la responsabilité de ce déclin à l’agriculture moderne, car l’utilisation routinière d’herbicides sur une grande échelle crée de vastes superficies où il ne pousse rien d’autre que la culture en question (maïs, soya, etc.). C’est que les monarques ne peuvent vivre dans ces milieux qui n’offrent pas les végétaux dont ils ont besoin pour se nourrir.

De plus, plusieurs années de perturbations climatiques au Texas, État américain par lequel tous les papillons de l’Est de l’Amérique doivent passer, sont venues aggraver la situation. Sans parler de la coupe des forêts au Mexique où les monarques passent plusieurs mois en dormance chaque hiver et de l’utilisation sans discrimination d’insecticides un peu partout le long de leur parcours.

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D’après une étude récente faite par le Jardin botanique de Montréal, 67% des Québécois seraient prêts à faire une place aux papillons dans leur jardin si on leur expliquait comment faire. Source: Jardin botanique de Montréal.

Depuis quelques années, diverses associations qui font la promotion de la sauvegarde du monarque ont mis de l’avant l’idée de demander aux jardiniers amateurs de donner un coup de main à ces papillons en créant une oasis pour monarques sur leur terrain : une plate-bande chez eux où les papillons monarques seraient non seulement tolérés, mais où leur présence serait même encouragée. Si suffisamment de personnes créaient des plates-bandes de fleurs un peu partout sur la route que les papillons parcourent du Mexique jusqu’au sud du Canada, peut-être qu’on pourrait aider la population de monarques à récupérer!

Aussitôt dit, aussitôt fait!

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Chenille de monarque sur une asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa). Source: Marshal Hedin, Wikimedia Commons

Beaucoup de gens ont compris au moins un des éléments de cette stratégie : qu’il faut planter davantage d’asclépiades (Asclepias spp.). En effet, les larves (chenilles) de monarques ne peuvent se nourrir que d’asclépiades (et des plantes du genre africain apparenté Gomphocarpus) : ce sont leur unique source de nourriture. Elles meurent si on leur offre quoi que ce soit d’autre.

L’idée que la sauvegarde du papillon passe par la culture d’asclépiades est devenue tellement populaire que la vente d’asclépiades est montée en flèche au Canada et aux États-Unis : on dirait que tout le monde en plante… et c’est bien ainsi. Beaucoup d’associations semblent d’ailleurs s’arrêter à l’idée que la plantation d’asclépiades est la solution au problème, mais c’est un peu plus compliqué que cela.

En fait, tout aussi importants que la plantation d’asclépiades pour nourrir les larves sont la plantation et le maintien des plantes nectarifères pour les adultes, et surtout des plantes qui fleurissent à la fin de l’été et à l’automne. Les monarques adultes, en effet, ne sont pas du tout limités aux fleurs d’asclépiade, mais se nourrissent d’une vaste gamme de fleurs nectarifères, indigènes et importées. Il leur en faut pendant toute la belle saison.

Pénurie de fleurs automnales

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Une oasis pour papillons monarques doit contenir une bonne variété de plantes nectarifères, surtout des espèces qui fleurissent en fin de saison. Source: jesusbranch.wordpress.com

Là où le problème se trouve le plus accentué est à la fin de l’été et à l’automne. C’est que, si au printemps la migration des monarques se fait en plusieurs générations, c’est-à-dire que les papillons «arrêtent» en chemin pour pondre et produire de nouveaux papillons qui continueront la route vers le Nord, et donc que les asclépiades sont essentielles pour nourrir les chenilles de la génération montante, le retour du Nord au Sud se fait dans une seule génération. Le même papillon né au milieu de l’été sur une asclépiade au Lac-Saint-Jean au Québec, à l’extrême nord de l’aire du monarque, doit voler par la suite jusqu’au centre du Mexique, soit à une distance de 4800 kilomètres. Tout au long de cette route, il a besoin de fleurs nectarifères.

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Les diverses routes de migration des monarques en Amérique du Nord et centrale. Source: Harald Süpfle, Wikimedia Commons

Pendant son vol vers le Sud, le papillon n’a plus spécifiquement besoin d’asclépiades, car la femelle ne pondra aucun œuf et il n’y aura aucune chenille qui doive se nourrir de feuilles d’asclépiade. D’autre part, ce ne sera qu’au mois de mars ou avril, soit 5 à 7 mois plus tard, quand les papillons monarques se réveilleront de leur dormance hivernale, que la recherche d’asclépiades recommencera.

D’ailleurs, certains scientifiques considèrent que, dans l’effort pour essayer de rétablir la population des monarques, la plantation de plantes nectarifères à floraison tardive est encore plus importante que la plantation d’asclépiades! (Consultez l’étude du Dr Anurag Agrawal de l’Université Cornell: Linking the continental migratory cycle of the monarch butterfly to understand its population decline.)

Créer une oasis pour les monarques chez vous

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Oasis de papillons monarques. Source: charismaticplanet.com

Si vous voulez créer une oasis pour les monarques chez vous, voici quelques considérations :

  1. Elle sera idéalement au plein soleil dans un endroit protégé du vent.
  2. Elle contiendra des asclépiades pour nourrir les chenilles et une bonne variété de fleurs nectarifères pour nourrir les adultes.
  3. Plus la plate-bande sera vaste, plus elle sera fréquentée (avez-vous vraiment besoin de cette mer de gazon qui entoure la plupart des maisons et qui est l’équivalent d’un désert pour les papillons?).
  4. Apprenez à accepter que certaines feuilles soient mâchouillées. (Il faut bien nourrir les chenilles!)
  5. Évitez de traiter votre oasis avec des produits toxiques pour les papillons, comme les insecticides, préférant des traitements doux s’il faut intervenir : jet d’eau, récolte manuelle, etc.

Plantes qui nourrissent les monarques

Pour nourrir les larves de monarque, il est clair qu’il faut absolument des asclépiades.

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Asclépiade tubéreuse (A. tuberosa), à gauche; asclépiade des marais (A. incarnata), à droite. Source: Derek Ramsey, WC & http://www.robsplants.com

L’asclépiade tubéreuse (A. tuberosa), zone 4, à fleurs orange ou jaunes, et l’asclépiade incarnate, aussi appelée asclépiade des marais (A. incarnata), zone 3, aux fleurs roses ou blanches, sont les plus faciles à trouver en pépinière. La première préfère les sols très bien drainés, voire secs, la deuxième, les sols riches et au moins un peu humides.

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Asclépiade commune (A. syriaca). Source:  Stefan.lefnaer, Wikimedia Commons

Dans l’est de l’Amérique du Nord, l’asclépiade commune (A. syriaca), aussi appelée petits cochons, est déjà fort répandue à l’état sauvage, mais peu disponible commercialement. De plus, elle peut être un peu envahissante pour une plate-bande.

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Asclépiade de Curaçao (A. curassavica). Source: Jeevan Jose, Wikimedia Commons

Les jardiniers limités à la culture sur balcon ou terrasse pourraient essayer l’asclépiade de Curaçao (A. curassavica), d’origine tropicale, qui peut se cultiver en pot comme plante annuelle.

Il existe quelque 140 autres espèces d’asclépiades, mais leur distribution commerciale est fort limitée.

Voilà qu’on nourrit les chenilles, mais…!

Fleurs nectarifères

Pour les adultes, il faut une bonne variété des plantes qui produisent du nectar en quantité. Non seulement des asclépiades, mais des fleurs de toutes sortes.

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Les fleurs nectarifères préférées des papillons monarques ont des fleurs regroupées, comme celles de ce sédum ‘Herbstfreude’ (Hylotelephium spectabile ‘Herbstfreude’, syn. Sedum spectabile ‘Herbstfreude’). Source:  Darkone, Wikimedia Commons

Habituellement, les plantes intéressantes pour les papillons produisent des inflorescences aux fleurs regroupées comme les Astéracées, les Apiacées et les Verbénacées. Les papillons laissent habituellement la pollinisation des fleurs individuelles aux abeilles. Les fleurs vivement colorées attirent beaucoup l’attention des monarques, mais ils sont relativement indifférents aux parfums (sauf pour la fragrance de l’asclépiade qu’ils peuvent détecter à bonne distance). Attention aux fleurs doubles : souvent, la multiplicité des pétioles rend le nectar inaccessible aux monarques.

La croyance qu’il faut se limiter aux fleurs indigènes est erronée : des études plus récentes indiquent c’est un mélange de fleurs indigènes et importées qui attire et nourrit le plus de papillons.

Il faut bien finir la saison

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La verge d’or (ici Solidago canadensis, mais il y a beaucoup d’autres espèces) est une source importante de nectar pour les papillons monarques sur une bonne partie de leur route de retour vers le Sud. Il ne faut pas la détruire! Source: Harry Rose, Wikimedia Commons

À la fin de l’été, les monarques doivent boire beaucoup de nectar afin d’accumuler une bonne réserve de lipides, non seulement pour nourrir le long vol à venir, mais aussi pour assurer leur survie pendant les mois où ils seront en dormance, fixés sur les arbres au Mexique. Ainsi, ils fréquenteront encore plus les jardins à cette saison, non seulement en préparant leur envol, mais lors du trajet. C’est pourquoi il est doublement important de leur offrir une abondance de fleurs qui s’épanouissent à la fin de l’été et à l’automne, comme les suivantes :

  1. Agastache à feuilles de scrofulaire (Agastache scrophulariifolia) — zones 4-7
  2. Agérate (Ageratum spp.) — annuelle
  3. Alysse odorante (Lobularia × hybridum) — annuelle ou zones 9-11
  4. Asclépiade (Asclepias spp.) — zones 3-10
  5. Aster (Aster spp., Symphyotrichum spp. et plusieurs autres genres) — zones 2-9
  6. Bois bouton (Cephalanthus occidentalis) — zones 4-10
  7. Boltonie (Boltonia spp.) zones 3-8
  8. Buddléia ou arbre aux papillons (Buddleia spp.) — zones 6-9
  9. Callistemon (Callistemon spp.) — zones 9-11
  10. Caryoptère (Caryopteris spp.) – zones 5-9
  11. Célosie (Celosia spp.) – annuelle ou zones 10-11
  12. Ciboulette ail (Allium tuberosum) — zone 3-8
  13. Coroépsis (Coreopsis spp.) – zones 3-9
  14. Cosmos (Cosmos spp) — annuelle
  15. Dahlia (Dahlia  × hortensis) — annuelle  
  16. Duranta ou vanillier de Cayenne (Duranta spp.) — zones 9-11
  17. Échinacée (Echinacea spp) – zones 3 à 9
  18. Eupatoire (Eupatorium spp., Conoclinium spp. et Eutrochium spp.) — zones 3-9
  19. Gaillarde (Gaillardia spp.) — annuelle ou zones 3-10
  20. Gomphocarpus ou bijoux de famille (Gomphocarpus spp.) — annuelle ou zones 10-11
  21. Gomphréna (Gomphrena spp.) – annuelle
  22. Lantana (Lantana spp.) — annuelle ou zones 9-11
  23. Liatride (Liatris spp.) – zones 3-8
  24. Menthe des montagnes (Pycnanthemum spp.) — zones 4-8
  25. Mikanie scandente (Mikania scandens) – zones 6-9
  26. Monarde fistuleuse (Monarda fistulosa) – zones 3–9
  27. Népéta (Nepeta spp.) – zones 3–9
  28. Pentas (Pentas spp.) — annuelle ou zones 9-11
  29. Phlox des jardins (Phlox paniculata) – zones 3–8
  30. Rose (Rosa spp., variétés à fleurs simples) — zones 3–10
  31. Rudbeckie (Rudbeckia spp.) — zones 3-9
  32. Sauge (Salvia spp.) — annuelle ou zones 5-11
  33. Sauge russe (Perovskia spp.) — zones 4b-9
  34. Sédum (Sedum spp. et Hylotelephium spp.) — zones 3-9
  35. Séneçon orange (Pseudogynoxys chenopodioides, syn. Senecio confusus) — annuelle ou zones 10-11
  36. Silphium (Silphium spp.) — zones 4-8
  37. Soleil du Mexique (Tithonia rotundifolia) — annuelle
  38. Spirée (Spiraea spp.) — zones 3-8
  39. Tagète ou œillet d’Inde (Tagetes spp.) — annuelle
  40. Tournesol (Helianthus annua) — annuelle
  41. Verbésina (Verbesina spp.) – zones 4-8
  42. Verge d’or (Solidago spp.) – zones 3–9
  43. Vernonia (Vernonia spp.) – zones 4-9
  44. Véronicastre (Veronicastrum spp.) – zones 3-9
  45. Verveine bleue (Stachytarpheta jamaicensis) — annuelle ou zones 9-11
  46. Verveine bonne à rien (Verbena bonariensis) — annuelle ou zones 7-9
  47. Verveine du Canada (Glandularia canadensis) — annuelle ou zones 6-9
  48. Verveine hybride (Verbena hybrida) — annuelle ou zones 9-10
  49. Zinnia (Zinnia spp.) — annuelle

Bonne chance avec votre propre oasis de papillons monarques!20180328A LyWashu, WC

 

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La vie sexuelle olé olé des orchidées

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Les orchidées utiliseraient n’importe quel subterfuge — mais vraiment n’importe quel! — pour séduire un pollinisateur! Source: thecliparts.com, Clipart Library & pngimg.com

Beaucoup de végétaux produisent du pollen en quantités copieuses, pollen qui est libéré massivement dans l’air et transporté au loin par le vent, dans l’espérance qu’une seule graine trouve par hasard une fleur réceptive de la bonne espèce. Cela fonctionne (sinon, les espèces en question auraient disparu), mais quel gaspillage d’une ressource précieuse! Parfois, le paysage au complet est couvert d’une mince couche de pollen qui ne servira jamais.

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Typiquement, les fleurs pollinisées par des insectes doivent offrir beaucoup de nectar pour contenter leurs transporteurs de pollen… mais les orchidées ne sont pas aussi généreuses! Source: www.sarahplusbees.com

D’autres végétaux utilisent un agent de transport de pollen plus fiable que le vent, habituellement un insecte, parfois un oiseau (un colibri, par exemple) ou un mammifère (certaines chauves-souris). Habituellement, ils offrent une quantité abondante de nectar à tout passant. Pensez à la marguerite commune [Leucanthemum vulgare] qui peut être pollinisée indifféremment par une abeille, une mouche, un papillon ou une guêpe. De plus, elle produit plus de pollen que strictement nécessaire pour les pollinisateurs qui aiment en manger un peu. Elle peut se permettre d’être généreuse, car elle calcule que l’un de ses nombreux invités, chargé de pollen après sa visite, atterrira éventuellement sur une autre plante de la même espèce et y laissera choir un peu de son pollen, ce qui assurera la fécondation. Si cela vous paraît risqué, sachez que ce l’est beaucoup moins que de lancer le pollen en l’air en espérant qu’il tombe au bon endroit!

Or, les orchidées ne sont pas aussi généreuses. Bien qu’elles soient presque toujours pollinisées par des insectes (plus rarement par des mammifères ou des oiseaux) et que leur pollen lourd ne puisse pas être transporté par le vent, elles sont très chiches dans leur production de pollen. Elles ne produisent pas des «quantités» de pollen, mais seulement deux pollinies (masses de pollen) par fleur. Évidemment, il est alors très important pour la fleur que l’insecte qui prend ses pollinies si rares les dépose sur une autre orchidée de la bonne espèce. Ainsi, les orchidées font tout pour plaire à leur pollinisateur préféré, utilisant des combinaisons savantes de couleurs, de parfums, de formes, de goûts et de textures pour mieux le séduire.

L’orchidée abeille

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La fleur de l’orchidée abeille (Ophrys apifera) imite parfaitement une abeille femelle, même jusqu’aux ailes. Source: BerndH, Wikimedia Commons

L’orchidée abeille (Ophrys apifera), une orchidée terrestre européenne appelée aussi (et je ne l’ai pas inventé!) orchidée prostituée, en est un exemple. Cette orchidée produit une fleur qui est physiquement presque identique à la femelle de ses abeilles solitaires pollinisatrices (genres Tetralonia et Eucera). Elle est de la même couleur, de la même taille et offre même une texture hirsute similaire. Mais le coup de grâce est le parfum: la fleur dégage une phéromone (hormone sexuelle) très similaire à celle de la femelle de l’abeille, mais juste assez différente pour être spécialement aguichante. Ainsi, si elle a à choisir entre la fleur et une femelle, l’abeille mâle préférera souvent la fleur!

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Abeille mâle (Eucera sp.) avec des pollinies d’orchidée collées sur la tête. Source: pinterest

En essayant de copuler avec elle, le mâle se place justement au bon endroit pour ramasser les pollinies de la fleur qui lui restent alors collées sur la tête. Frustré, il s’en va et évite les prochaines fleurs d’orchidée abeille qu’il voit, se souvenant de son insuccès. Mais plus il s’en éloigne, plus l’envie lui reprend et alors il s’essaie de nouveau avec une plante située à une certaine distance. Cela assure une pollinisation croisée, ce qui convient à l’orchidée, car cette autre plante sera génétiquement assez éloignée de la fleur d’origine, évitant ainsi toute consanguinité.

Lorsque ce mâle se pose  sur la nouvelle fleur, les pollinies collées sur sa tête se trouvent coincées par une structure de la fleur et sont carrément arrachées… et d’autres se collent à lui avant qu’il ne reparte.

On peut souhaiter qu’il finisse par trouver une dulcinée de son espèce avant de mourir d’épuisement!

Beaucoup d’orchidées imitent la senteur des insectes femelles et incitent la pseudocopulation des mâles, mais peu imitent aussi bien l’apparence de la femelle que l’orchidée abeille.

Des fleurs trompeuses

Une situation semblable n’est pas rare parmi les orchidées. Beaucoup d’orchidées sont mimétiques: elles imitent d’une façon ou d’une autre (par l’odeur, l’apparence, la texture, etc.) un insecte ou autre objet qui peut attirer les insectes et ce, bien sûr, dans le but d’affrioler un pollinisateur.

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Beaucoup d’orchidées sont des trompeuses: elles n’offrent rien à leurs pollinisateurs. Source: scarletblack.ca & moziru.com

Une estimation suggère que, sur les 20 000 espèces d’orchidées, environ 8 000 sont ce qu’on appelle des «fleurs trompeuses»: elles prétendent offrir quelque chose d’intéressant à un pollinisateur, mais ne livrent pas la marchandise. Parfois, comme dans le cas de l’orchidée abeille, c’est le sexe. D’autres fois, c’est un parfum qui suggère une abondance de nectar.. mais quand l’insecte visite la fleur, il n’y a rien à siroter. Et parfois, le leurre est beaucoup plus imaginatif!

Un essaim d’abeilles

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La floraison de plusieurs oncidiums, dont O. sphacelatum, rappelle un essaim d’abeilles. Source: sitecgdw.com

Par exemple, certains Oncidium d’Amérique du Sud et centrale ont des fleurs qui imitent subtilement l’apparence des abeilles du genre Centris, mais ce n’est pas dans le but de les attirer sexuellement. Les petites fleurs sont regroupées en masse sur des tiges arquées qui bougent sous la moindre brise, au point même d’avoir l’air de frémir. Quand l’abeille Centris, de nature très territoriale, voit ce qui semble être un essaim de ses congénères envahir son espace, elle passe à l’attaque… et, ce faisant, ramasse des pollinies par accident. Fatiguée de l’affrontement, elle se retire, mais voyant un autre affront à son territoire ailleurs, elle attaque aussi le 2e essaim de fleurs et y dépose les pollinies, assurant ainsi la fécondation. Puis, elle repart avec les pollinies de la deuxième plante… et ainsi de suite.

Le sabot de la vierge

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La «sabot» du sabot de la vierge (ici Cypripedium pubescens) est un piège à insectes. Le prix pour en ressortir est de ramasser les pollinies de la fleur! Source: D. Gordon E. Robertson, Wikimedia Commons

Il ne faut pas croire que les orchidées trompeuses sont strictement originaires des tropiques. Le joli sabot de la vierge (Cypripedium spp.), une orchidée des forêts des régions tempérées de l’hémisphère nord, n’est pas en reste. Malgré un nom qui semble promettre une pureté immaculée, elle est tout aussi aguicheuse que les orchidées tropicales… et comme tant d’autres, ses promesses sont fausses.

Son labelle, un pétale muté en forme de sabot, dégage une odeur mielleuse qui promet un abondant nectar. L’insecte (une mouche, un bourdon ou une abeille solitaire, selon l’espèce de sabot de la vierge en question) atterrit sur le labelle et cherche le nectar. Il avance un peu… pour se retrouver sur la surface lisse de l’intérieur du labelle. Ainsi, il glisse jusqu’au fond du labelle, certain d’avoir touché le gros lot, mais non, il n’y a pas de nectar du tout. Pire, quand il essaie de s’en aller, des poils inclinés vers le bas l’empêchent de remonter par le même chemin: il est donc prisonnier. Éventuellement, il découvre une ouverture au fond de la fleur. Il s’y rend, mais doit se tortiller pour passer… déposant les pollinies, s’il en portait, et, en sortant du trou, s’en faisant coller de nouvelles.

Des odeurs moins agréables 

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Peu de fleurs d’orchidées sont aussi répugnantes que celles de Bulbophyllum phalaenopsis. Puantes, elles semblent grouiller d’asticots. Source: C T Johansson

La gigantesque orchidée Bulbophyllum phalaenopsis ne gagnera sûrement pas de concours de beauté. Ses pétales rouge pourpré ressemblent à de la viande pourrie et grouillent d’excroissances rappelant des asticots. De plus, elle dégage une odeur nauséabonde… le tout, pour attirer son pollinisateur préféré, la mouche à charogne.

Elle n’est pas seule, d’ailleurs. Plusieurs orchidées, dont les Dracula, attirent les mouches pollinisatrices avec une odeur qui paraît désagréable à nos narines, mais qui est considérée comme le parfum le plus séduisant au monde par les mouches.

Des fleurs qui imitent d’autres fleurs

Quand une plante abondante et attrayante a trouvé la clé de succès avec les pollinisateurs, il n’est pas rare qu’une orchidée du secteur apprenne à l’imiter pour profiter de ses pollinisateurs.

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Les deux premières fleurs nourrissent leurs visiteurs, mais la dernière est une fleur trompeuse et n’offre rien. Source: Guérin Nicolas, Mercewiki et Dick Culbert, Wikimedia Commons

En Amérique du Sud et centrale, par exemple, il y a une asclépiade (Asclepias curassavica) et un lantana (Lantana camara) dont les fleurs partagent la même coloration (orange avec un centre jaune) et aussi les mêmes pollinisateurs — notamment des guêpes et des papillons — et qui produisent tous deux beaucoup de nectar pour assurer leur fréquentation assidue par leurs transporteurs de pollen préférés. Alors, certaines espèces d’Epidendrum — dont E. radicans — se sont mises à les imiter en produisant des fleurs avec exactement les mêmes couleurs… mais avec la différence que ces orchidées n’offrent rien en récompense. Trompeuses, elles profitent de l’intérêt des insectes pour les fleurs des deux autres espèces pour assurer leur fécondation, mais ne produisent aucun nectar.

Plus encore

Évidemment, il y a beaucoup d’autres déviances dans la vie sexuelle tordue des orchidées dont j’aurais pu vous parler:

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On appelle le Catasetum fimbriatum l’orchidée arbalète tellement il lance son pollen avec force! Source: catasetum-ian.blogspot.ca

• Les Catasetum lancent leurs pollinies sur la tête de leur pollinisateur avec une telle force qu’il est parfois sonné ou même tué par l’expérience;

• L’orchidée de Darwin (Angraecum sesquipedale) tient tant à préserver son nectar des voleurs qu’elle l’emmagasine au fond d’un éperon de 30 cm de longueur. Ainsi, seul son pollinisateur exclusif, un papillon nocturne nommé Xanthopan morgani praedicta, dont la trompe est juste assez longue, peut aller le chercher;

• Le Holcoglossum amesianum, si son pollinisateur ne se présente pas, s’autopollinise d’une façon très physique que je n’oserais pas décrire dans un blogue qui pourrait être lu par des enfants;

• Etc.


Décidément, les orchidées sont des aguicheuses… et elles séduisent les humains aussi, puisque nous les récompensons pour leur tendance à s’offrir de façon si éhontée en les cultivant dans nos maisons et nos jardins!

Les papillons monarques sont de retour!

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Le papillon monarque semble sauvé de l’extinction… pour l’instant!

Félicitations, jardiniers amateurs de papillons! De toute évidence vous faites un bon travail, car le papillon monarque (Danaus plexippus), dont la population a chuté de façon draconienne en 2013, est de nouveau à la hausse… et pas juste un peu. Le nombre a plus que quadruplé!

Rappelons la situation tragique de 2013-2014. Jamais si peu de papillons monarques n’avaient atteint la forêt de sapins du centre du Mexique où ils hivernent normalement. Seuls 0,67 hectares de forêt ont été couverts de monarques cet hiver, pour un total de quelque 33 millions de monarques, le plus petit nombre jamais enregistré. Cette nouvelle avait provoqué la peur que l’ère du monarque migrateur touchait à sa fin.

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Population de monarques qui hivernent au Mexique en hectares.

Mais leur nombre a remonté un peu en 2014-2015 et a fait un saut majeur en avant cet hiver (2015-2016), car environ 4,01 hectares de forêt mexicaine étaient couverts de monarques pour une population estimée à environ 140 millions de papillons. Bien que ce soit encore 30% en dessous de la moyenne de 6 hectares des années 1990, c’est néanmoins une amélioration importante et un retour à la «normale des années 2000».

Qu’est-il arrivé?

On sait maintenant que le crash de 2013 était surtout dû aux mauvaises conditions climatiques. Une sècheresse profonde, d’abord au Mexique, puis dans le Sud-ouest des États-Unis, a dévasté la population d’asclépiades (Asclepias spp.), seule hôte pour les larves de monarque. Par conséquence, la population des papillons a aussi chutée. Il faut se rappeler que les monarques ne montent pas directement du Mexique au Canada d’un seul trait. À la place, les monarques hivernants pondent des œufs au Mexique, puis leurs descendants volent plus vers le nord et pondent des œufs au Texas, etc. Ainsi, de génération en génération, mais dans une seule année calendaire, ils traversent les États-Unis. Seule la dernière génération se rend jusqu’au Canada, à l’extrême nord de leur aire. Mais comme les premières générations avaient peu à manger en 2014, très peu ont réussi à gagné le nord cette année. Je n’en ai vu aucun dans mon jardin alors que, habituellement, ils viennent toujours pondre sur mon terrain.

Ceux qui ont réussi a traverser la zone de sècheresse n’avaient pas la vie facile, non plus. Grâce à l’utilisation massive d’herbicides et à la tendance accrue de l’agriculture moderne d’utiliser le moindre centimètre carré de terre arable, les plantes indigènes sont de plus en plus chassées des zones agricoles. Et parmi les plantes éliminées par cette agriculture à perte de vue se trouvent les asclépiades. Donc, même quand les monarques parviennent à atteindre le centre des États-Unis, ils peuvent avoir de la difficulté à se reproduire, faute de plantes hôtes (c’est-à-dire d’asclépiades). Les naturalistes ont alors sonné l’alarme: si le nombre d’asclépiades continue de baisser en Amérique du Nord, la survie du monarque comme papillon migratoire est sérieusement menacée.

Au printemps/été dernier (2015), le temps était parfait pour les asclépiades. Partout sur la route des monarques (du moins, où il restait encore des asclépiades), la température était convenable et les pluies ont été suffisantes pour promouvoir une belle croissance. Ainsi, elles étaient particulièrement vigoureuses, exactement ce qu’il fallait pour nourrir des chenilles de monarque. Alors, lors de la migration vers le nord, chaque génération était plus importante que la précédente, menant à une abondance quand même raisonnable dans leur aire nordique. Et au retour au Mexique l’automne dernier (retour qui se fait en une seule génération), encore les conditions météorologiques étaient très favorables et un maximum des papillons a pu terminer le voyage.

La contribution des jardiniers

Un facteur qui a pu aider à «sauver» les monarques l’an dernier: la nouvelle que les monarques ont besoin d’asclépiades comme source alimentaire est devenue de plus en plus connue du grand public, grâce à des programmes comme Monarch Watch et Créez votre oasis pour les monarques, qui ont promu l’idée que chaque famille pouvait aider à sauver le monarque en plantant quelques asclépiades chez elle. Ainsi, des jardiniers à travers l’Amérique du Nord ont commencé à planter des asclépiades sur leur terrain, donnant aux monarques une source de nourriture plus fiable. À défaut d’asclépiades dans les champs des agriculteurs, on en trouve en plus en plus dans les platebandes des jardiniers.

Et les gouvernements embarquent aussi. Les États-Unis ont mis de côté plus de 100 000 hectares de champs où les asclépias peuvent se naturaliser et où plus aucun pesticide ne sera utilisé et ce, spécifiquement pour de sauver les monarques, à un coût de plus de 20 millions de dollars.

Objectif: 250 millions de monarques

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J’ai pu voir des branches de sapin ployer sous le poids des monarques à Angangueo, Mexique lors d’un voyage horticole. Quel effet extraordinaire!

La population du monarque a toujours été instable. Elle augmente et diminue selon toutes sortes de facteurs. Cependant, alors que nous nous félicitons de voir environ 140 millions de monarques cette année, ce chiffre aurait paru bien décevant il y a 20 ans, quand 250 millions de monarques étaient considérés comme la moyenne. De nombreuses associations du Mexique au Canada ont choisi ce chiffre comme objectif pour 2020: elles veulent voir de nouveau une population moyenne de 250 millions de monarques hivernants.

Il reste encore beaucoup à faire… et tout n’est pas à la portée des jardiniers amateurs. L’exploitation forestière illégale dans les aires d’hivernage du monarque au Mexique reste une menace pour laquelle nous pouvons peu faire, par exemple. Mais tout le monde peut au moins planter des asclépiades.

Quelques asclépiades à cultiver

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Asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa)

L’asclépiade tubéreuse (A. tuberosa) est l’asclépiade la plus courante de pépinière. C’est une très belle plante aux fleurs orange ou jaune vif. Elle aime le plein soleil et un sol bien drainé ou même sec, poussant bien jusqu’en zone 4. C’est le meilleur choix pour le jardin xérophile.

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Asclépiade incarnate (Asclepias incarnata)

L’asclépiade incarnate ou asclépiade des marais (A. incarnata), aux fleurs roses ou blanches, est plus rustique (zone 3) et, malgré son surnom «asclépiade des marais», n’a pas besoin d’un sol détrempé pour bien pousser. Elle convient davantage aux sols riches et relativement humides des platebandes classiques.

Notez qu’aucune de ces deux plantes n’est envahissante. Elles poussent tout deux en touffe dense et restent là où vous les avez plantées. Elles sont chacune, à leur manière, des plantes idéales pour les jardiniers paresseux.

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Asclépiade commune (Asclepias syriaca)

L’asclépiade commune (A. syriaca), aussi appelée petits cochons, était autrefois fort répandue dans les prés et le long des routes au Canada où elle fut longtemps l’hôte principale du monarque, mais elle disparaît de plus en plus suite aux traitements herbicides. Sans être une bonne plante de platebande (elle est trop envahissante pour cela et puis, elle dépérit de façon peu esthétique avant la fin de l’été), on pourrait au moins apprendre à tolérer sa présence dans les secteurs en friche plutôt que de vouloir l’éliminer à tout coût. Ou encore, pourquoi ne pas en planter sur les terrains vagues des villes pour attirer les monarques dans les centres urbains?

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Asclépiade de Curaçao (Asclepias curassavica)

Vous ne disposez pas d’un jardin? Eh bien, peut-être avez-vous un balcon. Si oui, vous pourriez cultiver l’asclépiade de Curaçao (A. curassavica). Cette plante, qui se cultive comme une annuelle dans le Nord, est en fait une vivace en Amérique centrale et est la principale source de nourriture du monarque dans son pays d’origine, le Mexique. Elle a des fleurs de couleur orange vif à cœur jaune. Elle est facile à cultiver en pot à partir de semences, fleurissant dès la première année. Si vous ne pouvez pas trouver des plants d’asclépiade de Curaçao localement, on offre les semences chez William Dam Seeds (sous le nom Silky Formula Mix) et chez Richters Herbs (sous le nom Bloodflower).

Feuilles trouées? Féliciations!

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Chenille de monarque

Si vous trouvez des feuilles mâchouillées sur les asclépiades de votre jardin, vous saurez que vous aurez réussi. Recherchez alors une chenille bizarrement bariolée: c’est un futur papillon monarque. Féliciations! Vous avez fait votre part pour sauver cette fascinante créature!

Mais la bataille n’est pas encore gagnée. Encouragez aussi votre famille et vos amis à planter des asclépiades cet été, car qu’est quand chacun fait sa part que nous pourrons réellement dire que nous avons aidé à sauver le papillon monarque.