La vraie histoire du Lucky Bamboo

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20150210Avec la Saint-Valentin à nos portes, vous remarquerez sans soute d’intrigantes plantes en forme de cœur dans plusieurs magasins : des « lucky bambous ». Mais cette plante n’a rien d’un bambou et… est-elle vraiment «lucky» (porte-elle bonne chance)? C’est loin d’être certain. Même, comme vous verrez, la plante est plutôt dans une très mauvaise situation.

La plante en question est Dracaena braunii (jusqu’à récemment, on l’appelait D. sanderiana), un arbuste de 2 à 3 m de hauteur qui pousse dans les jungles d’Afrique à l’état sauvage. Elle est cependant cultivée comme plante d’intérieur, et notamment comme plante de terrarium, depuis fort longtemps, notamment la forme à feuilles et à tiges striées de blanc (et, à un moindre degré, de jaune), la forme originale étant, comme pour presque toutes les plantes sauvages, à feuillage vert.

Mais, avec ses longues tiges aux nœuds très en évidence, surtout quand on arrache presque toutes ses feuilles, cette plante ressemble à un bambou (une graminée arbustive) et d’entreprenants Chinois y ont flairé l’or. Voyez-vous, depuis des siècles, en Chine le bambou est associé avec la bonne fortune, la fortitude et la résilience, mais peu de véritables bambous peuvent pousser facilement à l’intérieur (je dirais même aucun). Ainsi, peu de Chinois citadins peuvent cultiver des bambous chez eux. Si on vendait des plants de dracéna en les faisant passer pour des bambous, il y aura de l’argent à faire. Donc, des fermes de production de D. braunii ont commencé à pousser partout en Chine et, plus tard, ailleurs en Orient, afin de satisfaire aux superstitions des Chinois; notamment leur croyance en feng shui, l’art d’harmoniser l’énergie environnementale par l’aménagement des maisons.

Quand le concept de feng shui a commencé à circuler en Occident aussi, surtout à partir des années 2000, le marché de ce «bambou chanceux» est devenu mondial. De quoi rendre les producteurs de ces plantes très, très riches!

Production à grande échelle

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Ferme de bambou

Aujourd’hui, on produit littéralement des millions de tiges de D. braunii annuellement dans des fermes de production situées dans les régions tropicales de l’Orient. On y plante des boutures de dracéna très serrées les unes sur les autres pour provoquer l’étiolement et ainsi une croissance en hauteur plus rapide. Les plantes sont cultivées en pleine terre, le plus souvent sous ombrière.

Dans la forme la plus simple de la production, quand les tiges sont assez hautes, on les effeuille, les coupe en sections de longueur variable, et les placent dans des seaux d’eau pour l’enracinement. Une fois enracinées, elles sont expédiées à travers le monde et vendues à nue ou dans des récipients d’eau ou d’eau et de pierres.

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Tour de dracénas

Mais les Orientaux aiment bien des valeurs ajoutées. Ainsi, fixer les tiges ensemble avec des rubans rouges ou or (deux couleurs considérées de bon augure par les Chinois) augmente leur valeur, car elles portent alors plus de chance, et donc la valeur de revente s’accroît. Les vendeurs ont appris que des tours de tiges, les plus grandes entourées de tiges moyennes, entourées à leur tour de tiges courtes, se vendaient encore plus cher. Et on a même découvert qu’on pouvait manipuler la croissance des tiges pour obtenir des effets spéciaux : tiges spiralées, tressées, en forme de cœur, etc. Pourtant, la tige est trop rigide pour permettre des manipulations. Mais comment y arriver? Prenons la forme spiralée pour expliquer.

20150210DLe dracéna pousse toujours vers la lumière, donc vers le haut. Ainsi, dans les champs, quand les tiges arrivent à une hauteur appropriée, les travailleurs les plient et les fixent au sol. La tige étant maintenant horizontale, son extrémité va donc, en poussant, se diriger vers le haut, soit à un angle de presque 90˚ par rapport à la tige originale. Mais après quelques semaines, on change le placement des tiges, les fixant au sol plus à droite. La plante change alors de cap, essayant de se redresser… ce qui donne une tige courbée. Puis on change encore le placement de sa tige principale quelques semaines plus tard. Ainsi, en faisant le tour de l’horloge avec la tige principale, la nouvelle pousse finit par pousser en spirale. Il faut deux ou trois tours pour obtenir un beau spirale. C’est beaucoup de travail et il faut bien calculer la durée de chaque placement, mais les fermiers sont devenus des maîtres dans l’art de forcer la tige de former une spirale.

20150210EPour les tiges tressées, on fait la même chose, mais moins longtemps, ce qui donne une qui pousse plutôt en zigzag  qui, correctement insérée à travers d’autres tiges, rappelle une tresse.

20150210Pour les tiges en forme de cœur, on plie toujours la tige principale, mais cette fois-ci la plante pousse sur une pente et on peut fixer la tige à un point plus bas que les racines, l’ajustant peu à peu, de façon à ce que la croissance forme un crochet. Deux crochets fixés face à face forment un cœur : il suffisait d’y penser!

Pourquoi les dracéans lucky bamboo meurent

Les dracénas lucky bamboo qui nous sont vendus ne sont pas faits pour vivre très longtemps : 6 mois, 9 mois, parfois un peu plus. Et il y a plusieurs raisons pour cet échec.

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Choisissez toujours un plant avec quelques racines blanches.

D’abord, les Lucky bambous qui nous arrivent de l’Orient sont déjà en très mauvais état. Ils sont expédiés à sec (c’est moins cher ainsi) et donc leurs racines sont souvent sérieusement asséchées voir mortes au moment de l’achat. Truc : si vous voulez un dracéna lucky bamboo tant soit peu en santé, recherchez un plant dont des blanches (vivantes) sortent à travers les racines brunes asséchées qu’on voit habituellement. Ou encore, coupez le dernier segment de votre plant et faites-la s’enraciner de nouveau.

Aussi, on les cultive dans de l’eau (ou alors dans l’eau avec des pierres décoratives) alors que ce ne sont pas des plantes aquatiques. Même si on les fertilise, ils finissent pas s’affaiblir, car l’eau devient stagnante et l’oxygène, nécessaire à la croissance des racines, disparaît. De plus, le dracéna est parmi ces plantes qui ne tolèrent pas le chlore et l’eau de robinet lui est donc toxique (voir https://jardinierparesseux.com/2015/01/10/pas-besoin-de-laisser-leau-se-reposer-avant-darroser/). Il aurait fallu l’arroser avec l’eau de pluie, de l’eau distillée ou, du moins, avec l’eau filtrée d’une façon quelconque (style filtre Britt). Mais habituellement ni le vendeur ni l’acheteur le fait.

Même si vous replantez votre faux bambou dans du terreau, il finit souvent par mourir : ses racines, formées sous l’eau, ne sont pas habituées à un milieu terrestre et pourrissent. Il est donc souvent plus facile de les rebouturer.

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Dracéanas souffrant de pourriture.

Aussi, la plante est souvent infestée de maladies (disons que les conditions de culture en Chine ne sont pas des plus salubres!), notamment plusieurs bactéries provoquant la pourriture. Et ça, c’est moins facile à traiter. Les dracénas importés de Taïwan ont la réputation d’être beaucoup mieux cultivés et d’être expédiés d’une façon plus convenable, mais coûtent alors plus chers : il n’est pas certain que votre revendeur local a accepté de payer pour cher pour en obtenir. De plus, non seulement il est difficile de connaître la provenance des dracénas lucky bamboo qu’on voit sur le marché en Occident, mais, pour compliquer encore plus l’histoire, des exportateurs chinois ont commencé à faire passer leur production par le Taïwan avec de faux papiers de façon à profiter de la réputation supérieure des plantes taïwanaises. Une façon de réduire les risques d’acheter un plant malade est d’éviter l’achat de plantes à tiges ou à feuilles jaunes. Même si votre plante paraît saine, si d’autres plantes de la même livraison sont de toute évidence malades, il est fort possible que votre plante soit contaminée aussi.

Comment les cultiver

Présumons que vous avez put obtenir un dracéna lucky bamboo en bon état, avec racines blanches et vigoureuse et des feuilles et des tiges saines. Il faut savoir comment l’entretenir adéquatement si vous voulez qu’il vive longtemps. Ça, du moins, n’est pas si difficile.

D’abord, il leur faut des températures relativement chaudes à l’année : jamais inférieures à 15˚C et, de préférence, plus chaud encore. Il leur faut également un éclairage modéré l’été, avec quelques heures de soleil direct le matin, donc probablement en retrait d’une fenêtre sud ou ouest. En hiver, donnez-leur un maximum de lumière.

Si vous les cultivez dans l’eau, changez l’eau hebdomadairement, utilisant de l’eau distillée, filtrée ou l’eau de pluie. L’eau fraîche assure que les racines sont adéquatement oxygénées. Aussi, une fois par mois, ajoutez un peu d’engrais soluble à l’eau, du moins au printemps et en été. Normalement cela aurait pu stimuler la croissance d’algues, mais comme vous changerez l’eau hebdomadairement, les algues n’auront pas le temps de développer.

Si vous cultivez dans du terreau, cela aide à plante à mieux résister aux méfaits dus à l’eau du robinet. Malgré tout, mieux vaut l’arroser avec de l’eau distillée, filtrée ou l’eau de pluie. Arrosez la plante de façon normale, soit quand le terreau est sec au toucher. Et fertilisez occasionnellement avec l’engrais de votre choix.

20150210IUn dracéna lucky bamboo sain va continuer de pousser vers le haut, la nouvelle partie se couvrant de feuilles… ce qui viendrait détruire l’effet original. Si vous tenez à maintenir une apparence de bambou, il faut rabattre occasionnellement la nouvelle croissance, ce qui forcera la plante à émettre de nouvelles pousses. Ou encore, vous pouvez laisser la plante pousser à sa guise, dans lequel cas il formera une haute tige feuillue. Personnellement, je préfère l’allure naturelle d’un dracéna poussant à sa guise!

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