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Réponses à vos questions : peut-on entailler un érable stressé par la sécheresse?

Je demeure en Montérégie, dans une ancienne érablière, et mes arbres sont très grands et de gros diamètre (en moyenne environ 2 pieds). Depuis une quinzaine d’années, nous entaillons nos érables de façon traditionnelle, uniquement pour le plaisir.

Cela dit, je m’inquiète des conséquences des changements climatiques sur les érables à sucre. Déjà, avec l’arrivée de l’agrile du frêne, nos majestueux frênes sont morts. L’été dernier, probablement en raison de la sécheresse, un gros érable a progressivement perdu ses feuilles en cours d’été et son écorce s’est fendue à quelques endroits.

Découvrez aussi pourquoi les érables coulent. Photo: Getty Images

J’hésite donc à entailler mes érables le printemps prochain. Serait-il préférable de ne pas les entailler, ou d’en réduire l’entaillage, afin de les aider à mieux traverser les périodes de sécheresse?

J’ai cherché des références sur les impacts de l’entaillage sur la santé des érables, mais j’en trouve peu. Auriez-vous des liens à me suggérer?

Réponse

Les érables à sucre sont bel et bien affectés par les changements climatiques. Des étés plus chauds et plus secs, des épisodes météorologiques extrêmes et des hivers instables soumettent les érablières à un stress accru, surtout dans le sud de leur aire naturelle comme en Montérégie. L’été 2025 a d’ailleurs été particulièrement sec par endroits au Québec, avec des records de précipitations minimales atteints dans plusieurs régions. L’érable à sucre demeure une espèce bien adaptée à notre région, mais il se retrouve de plus en plus souvent à la limite de ses conditions idéales, ce qui réduit sa capacité à récupérer rapidement lorsqu’un autre facteur de stress s’ajoute.

Explication des symptômes

La perte progressive des feuilles en plein été et l’apparition de fissures dans l’écorce sont deux signes typiques de stress hydrique. En situation de sécheresse prolongée, l’érable peut réduire sa surface foliaire en laissant tomber une partie de ses feuilles afin de limiter les pertes d’eau par évapotranspiration. Cette défoliation estivale est un mécanisme de survie et non une maladie en soi. Les fissures observées sur l’écorce peuvent, quant à elles, être causées par des variations rapides de la teneur en eau du tronc : après une période de sécheresse, un épisode de pluie abondante peut relancer brusquement la circulation de la sève, créant des tensions internes qui mènent à la fissuration de l’écorce, surtout chez les arbres âgés.

Photo: Famartin.

Ces symptômes indiquent que l’arbre a subi un stress important, sans toutefois signifier qu’il est condamné. Ils suggèrent plutôt une capacité de récupération temporairement diminuée, ce qui justifie une approche prudente pour toute intervention additionnelle.

L’entaillage est-il nuisible?

La question est donc la suivante : dans ce contexte, est-ce que l’entaillage est nuisible, et peut-on entailler un érable déjà fragilisé sans lui nuire davantage ? Les études disponibles permettent d’éclairer certains aspects de cette question, sans toutefois offrir de réponse simple applicable à votre situation.

L’entaillage est une blessure localisée, volontaire et de très faible ampleur. L’érable à sucre est une espèce bien adaptée à cette pratique : il compartimente rapidement la zone entaillée, ce qui limite la propagation des microorganismes et permet au reste de l’arbre de continuer à fonctionner normalement (Shigo & Marx, 1977 ; Houston et al., 1990). Plusieurs études montrent qu’en conditions normales, l’entaillage n’a pas d’effet négatif significatif sur la croissance radiale ni sur la survie des érables en santé. Une étude récente menée dans l’est du Canada et le nord-est des États-Unis conclut que, chez des érables vigoureux, l’entaillage n’entraîne pas de réduction mesurable de la croissance du tronc à long terme (McNulty et al., 2023).

Photo: Getty Images

Entailler un arbre fragilisé

Autrement dit, l’entaillage n’est pas en soi une pratique dommageable. Il devient un enjeu surtout lorsque l’arbre est déjà soumis à d’autres stress importants comme la sécheresse ou le dépérissement du houppier. Les données sont plus limitées lorsqu’il s’agit d’érables soumis à un stress hydrique répété. Les études en physiologie forestière indiquent que la sécheresse réduit la photosynthèse et les réserves énergétiques de l’arbre, ce qui diminue sa capacité à compartimenter efficacement les blessures. Dans ce contexte, l’entaillage représente un stress additionnel qui s’ajoute à des facteurs déjà présents.

Les avis scientifiques ne recommandent pas l’arrêt systématique de l’entaillage, mais plutôt une approche sélective : éviter d’entailler les arbres visiblement affaiblis, ajuster le nombre d’entailles ou envisager une pause temporaire lorsque des signes clairs de stress sont observés. Si des signes de stress sont visibles — comme une défoliation estivale marquée ou des fissures récentes — il est tout à fait raisonnable de ne pas entailler l’arbre pour une saison. Cette approche vise simplement à offrir un répit à un arbre dont la capacité de récupération est réduite.

Photo: Isabel Poulin

L’observation demeure un excellent outil de décision : un débourrement uniforme et un feuillage dense sont de bons indicateurs de tolérance. Accepter de faire une pause temporaire s’inscrit dans une logique de gestion à long terme où la santé des arbres prime sur le rendement. Permettre à un arbre de se reposer n’est jamais une mauvaise décision lorsqu’on vise sa longévité.

Pour aller plus loin

Ouimet, R., Duchesne, L. et Moore, J.-D.

Effet de l’entaillage sur la croissance de l’érable à sucre dans les Appalaches.

Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec.

Messier, C., Lapa, G. et Bouchard, É.

Avis scientifique sur les recommandations d’entaillage souhaitable au Québec dans l’optique d’assurer la durabilité de la production acéricole.

Gouvernement du Québec.

McNulty, H. G., Silvestro, R., He, M., Gennaretti, F. et Rossi, S. (2023).

To flow or to grow? Impacts of tapping on sugar maple.

Houston, D. R., Allen, D. C. et Lachance, D. (1990).

Aménagement de l’érablière : guide de protection de la santé des arbres.

Forêt Canada.

North American Maple Syrup Producers.

North American Maple Syrup Producers Manual, 3e édition.

University of Vermont, en collaboration avec le North American Maple Syrup Council.

Ouranos.

Production de sirop d’érable face aux changements climatiques : perceptions des acériculteurs du Canada et des États-Unis.

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  1. Les biologistes Stephane Guay et sa conjointe Edith Bonneau, tous deux exploitant d’une érablière, ont publié trois capsules portant précisément sur cette question. Voici le lien vers l’une d’elles : https://www.erable-chalumeaux.ca/les-meilleures-mesures-preventives-a-prendre-pour-la-saison-de-recolte-de-seve-2026-dans-un-contexte-de-faible-croissance-des-erables/

  2. Très belle article. Merci

  3. Trop de prises de sang tu t’affaiblis , l’érable c’est pareil