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5 bonnes raisons de perdre ses feuilles

À lire le titre de cet article, vous êtes certainement déjà en train de faire une liste dans votre tête: trop d’eau, pas assez d’eau, maladies, brûlures, indésirables…

Je vous arrête tout de suite: il sera ici question des raisons tout à fait NORMALES et NATURELLES qui poussent les plantes à se départir de leurs feuilles.

Vous recommencez votre liste? Une fois «l’automne» passé, vous ne savez plus trop pourquoi les feuilles tombent? Ouf! Tant mieux, j’ai eu peur de ne rien vous apprendre aujourd’hui!

Photo: Dalila Dalprat

1. Ma saison préférée

Eh bien oui, on va commencer par le plus évident! L’automne, quand les jours raccourcissent, la diminution de la lumière déclenche la fabrication de l’acide abscissique, hormone qui provoque la chute des feuilles. Ces arbres qui se dénudent en hiver sont dits caducs. Mais pourquoi est-ce nécessaire?

Sans trop rentrer dans les détails, les plantes respirent par les feuilles en faisant de la photosynthèse. Elles perdent alors de l’eau par les stomates, qui sont de minuscules trous. Sans ceux-ci, l’eau ne circulerait pas. Essayez de boucher le bout d’une paille avec le doigt et de la plonger dans l’eau, l’eau ne montera pas: il faut absolument une «sortie».

Voici un stomate ouvert, grossi 2 900 fois au microscope: ne les cherchez pas à l’œil nu! Photo: Wikipedia en aleman

L’humidité joue un rôle très important puisque c’est que qui permet à l’eau de monter dans la plante vers les feuilles: et un peu comme une éponge sèche qui absorbe plus d’eau, l’air sec facilite l’évaporation. Si l’humidité ambiante est de 100%, l’eau stagne et ne s’évapore pas (parce qu’à 100%, on est carrément dans l’eau!). Ça ralentit la photosynthèse, mais aussi l’absorption de l’eau par les racines. Ça explique pourquoi les journées humides, même s’il n’y a pas de pluie, on a moins besoin d’arroser nos plantes. C’est aussi la raison pour laquelle on peut les mettre dans un sac de plastique lors de nos longues absences.

En hiver, quand le sol est gelé, la plante ne peut plus boire, et elle aurait tôt fait de se déshydrater. Pour se protéger, elle perd ses feuilles quand la luminosité diminue, empêchant l’eau de s’échapper durant l’hiver, tout simplement.

Feuillus et conifères

C’est l’une des grandes différences entre les conifères et les feuillus: les feuilles des conifères restent sur l’arbre durant l’hiver. Pourquoi ne sèchent-elles pas, elles? Parce que ces feuilles, plus souvent appelées aiguilles, sont couvertes d’une cire protectrice, ont une surface beaucoup moins grande, et que les stomates se trouvent sous les feuilles, les protégeant du soleil et du vent. Bref, il y a énormément moins d’évaporation, et les aiguilles sont plus robustes que les feuilles, les protégeant par le fait même du gel et du poids de la neige.

2. Mais les conifères caducs alors?

Bien vu! Certains conifères perdent également leurs feuilles en hiver. C’est le cas du mélèze, mais aussi du cyprès chauve et du sapin d’eau, entre autres. Le ginkgo biloba est un proche parent des conifères et, bien qu’il soit dans une famille à part, il est aussi caduc.

Photo: Arseny Togulev

J’adore la nature et ses mystères et en voilà justement un qui n’a pas de réponse officielle! Il existe bien sûr des hypothèses à ce phénomène, mais aucune certitude qui explique pourquoi certains conifères ne gardent pas leurs aiguilles en hiver. Je vous présente donc les deux pistes, qui ne sont pas mutuellement exclusives, communément acceptées pour expliquer le phénomène des conifères caducs.

1. Ces conifères s’identifient comme des feuillus

Bienvenue en 2024, où même les arbres ont des identités variables! Bon, je blague, mais en même temps… pas tant que ça! L’Évolution avec un grand «É», n’en est pas à son premier cafouillage. Déjà, les protodonates (libellules de 3 mètres) et les longs cous (ce cher Petits Pieds le dinosaure!) ont disparu pour laisser place à des espèces franchement inutiles comme les moustiques et les aloès. Pas de danger qu’on ait des licornes, hein!

En plus, cette chère Évolution a une tendance au «good enough», c’est à dire, au «c’est suffisamment bon pour faire sa job, même si c’est loin d’être parfait». Les phoques ne peuvent pas respirer sous l’eau? Bof… on va leur mettre des trous de nez qui se ferment. Les papillons ne vivent que quelques semaines? Ouin, pis? L’important, c’est qu’ils pondent avant de mourir! Les humains ont mal au dos? Ben… ça ne les empêche pas de vivre non plus là, qu’ils mettent de la glace!

J’exagère? Peut-être, mais juste un peu!

Revenons à notre hypothèse sur les conifères caducs, vous voulez bien? Les conifères ont existé bien avant les feuillus. Le fait de perdre ses feuilles est donc apparu au cours de l’évolution. Certains conifères auraient donc «continué leur évolution» sur la trace des feuillus et auraient commencé à perdre leurs aiguilles. Juste comme ça. Le gène était dans l’ADN, il s’est activé et BOUM! Mue saisonnière sans vraiment de raison… Un mélèze qui s’identifie comme un érable!

Photo: Louise Pilgaard

2. L’avantage évolutif

Il est aussi possible que ces arbres se soient mis à perdre leurs aiguilles en réponse à un stress environnemental. Le mélèze aime les sols humides: est-ce que l’évaporation était nuisible pour lui en hiver, comme pour les feuillus? Est-ce que le tapis d’aiguilles mortes agit comme un paillage? Ses aiguilles sont un peu plus délicates que d’autres conifères: sensibilité accrue au gel et au poids de la neige?

C’est difficile à dire avec l’évolution: est-ce qu’une espèce a développé quelque chose spontanément qui s’est avéré avantageux? Ou est-ce qu’un réel problème a été réglé grâce à une nouveauté? Est-ce que les aiguilles étaient plus délicates, puis le mélèze s’est mis à les perdre en hiver, ou bien est-ce que le fait de perdre ses feuilles lui a permis d’en fabriquer des plus fines et moins coûteuses en énergie? Mystère! Bref, pourquoi certains conifères perdent leurs feuilles l’hiver? On l’sait pas! Peut-être juste parce que ça fait joli quelques mélèzes dorés au travers des autres conifères à l’automne!

Photo: Luca Bravo

3. L’hiver à l’intérieur

Même dans nos maisons, l’hiver est difficile pour nos précieuses. Moins de lumière, donc moins de photosynthèse, donc moins d’évaporation… mais aussi un air très sec qui tend à assécher les feuilles. Sauf que sans lumière, elles ne peuvent pas boire autant qu’elles en auraient besoin: vos plantes ne sont pas des tuyaux qui font monter magiquement l’eau vers les feuilles non plus!

Vous devez donc trouver l’équilibre entre arroser vos plantes assez pour qu’elles boivent, mais pas trop, sans quoi la terre reste humide et les racines pourrissent, incapables d’absorber autant sans énergie solaire. Vos plantes vivent une sorte d’hiver doux, une période de faible croissance, voire de dormance. Elles se protègent de la dessiccation en perdant quelques feuilles superflues. Donc, on revient en fait au point 1 de cet article, mais dans une mesure moindre.

À noter que certaines plantes, comme la rose du désert, peuvent perdre toutes leurs feuilles, même en intérieur. C’est normal, c’est une plante qui a besoin de beaucoup, beaucoup de lumière. Si ça arrive, sachez que les réserves dans son tronc sont suffisantes pour sa survie hivernale. L’arroser ne ferait que la faire pourrir puisqu’elle n’a plus aucun moyen d’évacuer l’eau!

Photo: Claudia Martins

4. Les vieilles feuilles

Aucune plante ne garde ses feuilles toute sa vie (sauf peut-être une espèce qui fera l’objet d’un article prochain. Dites-moi en commentaire si vous pensez la connaître!).

Pensez à ce tradescantia que vous bouturez et rempotez inlassablement chaque année parce que le bas des tiges se dégarnit. Ou à ce dracena qui a un tronc infini et une touffe verte au bout.

En moyenne, j’ai lu que les feuilles vivent 6 ans. Mais si on considère les arbres caducs, et qu’on dit que les aiguilles de certains conifères qui peuvent vivre 45 ans, c’est une estimation qui me semble sortie de nulle part. Disons donc que certaines feuilles vivent plusieurs années, tout simplement.

Une fois un certain âge atteint cependant, la plante s’en départit. Pourquoi? Encore et toujours une question d’évaporation, mais à cela s’ajoutent également quelques contraintes environnementales.

Imaginez un palmier qui garderait toutes ses feuilles: il serait très sensible au vent et risquerait de se déraciner à la moindre tempête; les feuilles plus vieilles pourraient être abîmées, voire malades et inutiles; le niveau d’humidité serait très élevé au niveau du tronc et risquerait d’entraîner de la moisissure; le système vasculaire interne devrait être beaucoup plus complexe pour se connecter à chaque feuille et ça pourrait affecter l’efficacité de celui-ci, voire affaiblir le tronc.

Et tout ça, ce ne sont que les problèmes que j’ai pu imaginer en quelques secondes. Il y a fort à parier que si une plante gardait toutes ses feuilles et vivait assez longtemps pour qu’on l’étudie, on trouverait d’autres problèmes!

Photo: Jean Frenna

5. Les feuilles mal placées

Si certaines plantes ont des feuilles ou même des fleurs directement sur leur tronc, comme certaines lianes ou encore le cacaoyer, ce n’est pas très répandu.

Fleur de cacaoyer. Photo: voyageurs_lyonnais

Une crassule ou un pommier, dans votre salon ou votre cours, finira par perdre les feuilles au centre de l’arbre. Je viens de vous parler de l’espérance de vie d’une feuille, n’est-ce pas la même chose? Oui et non.

Une feuille qui se trouve sur le tronc a déjà été au bout de la branche quand la plante était plus jeune, mais maintenant, elle se trouve à un mauvais endroit. Cachée par ses semblables, est-ce qu’elle fait autant de photosynthèse? Est-ce que l’arbre doit avoir un canal spécial en plein milieu de son réseau interne juste pour «madame la feuille solitaire»? Je pourrais renommer toutes les raisons plus haut pour justifier ce point. Elle n’est pas nécessairement vieille, elle est juste… inutile.

Vous savez, ces arbres qui ont poussé en angle, espérant atteindre plus de lumière et se faire une place? Eh bien, c’est la même chose. Une plante va fabriquer plus de feuilles et de branches du côté le plus nutritif (le plus ensoleillé) et va finir par pencher de ce côté, laissant les autres feuilles et branches «mal placées» mourir, ou du moins, ne pas se développer.

C’est normal: si vous avez faim, vous allez au marché, pas à la quincaillerie. L’arbre fait pareil: il prend la direction la plus logique et laisse tomber les options moins nutritives.

Photo: Landon Parenteau

Conclusion

Ce qu’il faut retenir de cet article, c’est que oui, les feuilles des plantes peuvent tomber sans raison apparente. Comme vos cheveux ou votre peau morte! Si votre plante a l’air en santé, mais que les quelques feuilles du bas sèchent, il se peut que ce soit tout simplement parce qu’elle vit sa vie de plante. En nature, les feuilles au sol ont un rôle tout aussi important à jouer dans l’équilibre des écosystèmes et la perte de feuilles est donc tout à fait normale et nécessaire.

Après tout, si toutes les feuilles restaient toujours sur les plantes, alors les forêts, en particulier là où il n’y a pas d’hiver, seraient si denses que ce serait pire que se promener dans un bol de salade!

Oui, j’ai poussé ma blague jusqu’à créer une image avec l’intelligence artificielle. De rien pour les cauchemars!

commentaire sur "5 bonnes raisons de perdre ses feuilles"

  1. Anne Bordeleau dit :

    Merci Audrey pour cet article et l’humour! Je t’assure que j’en ai appris beaucoup. Une question demeure, qu’en est-il des plantes qui conservent leurs feuilles tout l’hiver tel que mon rhododendron?

    • Audrey Martel dit :

      Ce sont des plantes qui sont moins sensible a la baisse de luminosité, donc elles ne sont pas vraiment concernées par le premier point. Toutes les plantes perdent leurs feuilles mais pas pour les mêmes raisons.

  2. Nicolette dit :

    Pouvez-vous parler des agrumes? Arrosage, feuilles qui tournent vers le bas ou pas. Beaucoup de choses à dire sur les agrumes.

  3. Bee Bee dit :

    ?

  4. Papillon dit :

    J’aime votre style. Il se rapproche fortement de ce que pes lecteurs étaient habitués. Nous vous lisons comme si nous étions dans un échange personnalisé.

    C’est une excellente approche pédagogique. Vous amenez votre sujet de façon très progressive. La motivation nait et le lecteur poursuit.

    Votre compétence disciplinaire ne fait aucun doute, Par ailleurs, vous savez aller à l’essentiel. Vous répondez alors directement aux besoins de vos lecteurs.

    Vous terminez par une courte synthèse, en ne manquant pas d’ouvrir sur le sujet.

    En bref, bravo pour votre compétence pédagogique.

  5. Céline Duhamel dit :

    Merci beaucoup apprendre avec vos connaissances , vos textes et votre humour, dédramatise la réalité et met les pendules à l’ heure.
    J’ai hâte au prochain article.

  6. Sylvie dit :

    J’aime énormément les mélèzes et je trouve aussi qu’à l’automne, ils ajoutent beaucoup de beautés et de chaleur à nos forêts de conifères. Sujet intéressant. Merci.

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