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Réponse à votre question: légumes vivaces et rotation des cultures

Je tente de privilégier au jardin des légumes vivaces, comme les asperges, les oignons égyptiens, les échalotes de Sainte-Anne et les poireaux. Ils resteront donc au même endroit, mais, d’un autre côté, on nous dit de faire la rotation des cultures. Devrais-je les changer d’endroit au potager? Ça va un peu contre la mentalité du jardinier paresseux que j’ai adoptée avec grand plaisir.

Doit-on déplacer la culture des légumes vivaces, comme les asperges? Photo: Getty Images

Réponse

Les légumes vivaces sont probablement ce qui se rapproche le plus du jardinage paresseux au potager. Une fois établis, ils reviennent d’année en année avec très peu d’entretien. Cependant, avant de répondre à votre question, il faut d’abord comprendre pourquoi on recommande la rotation des cultures.

La rotation des cultures

Les légumes annuels, tels que les tomates, les haricots, le maïs et la majorité des plantes du potager, sont très productifs. C’est la nature même des plantes annuelles: elles germent, poussent, fleurissent, produisent des fruits et des graines, puis meurent en une seule saison. Cette croissance rapide s’accompagne de besoins importants en éléments nutritifs. Comme ces besoins sont concentrés dans le temps, la rotation des cultures prend tout son sens.

La culture des légumes, comme les courgettes, sont très exigeantes et c’est une bonne idée de faire une rotation des cultures. Photo: www.kaboompics.com

La rotation des cultures repose en partie sur les besoins variables des plantes. Certaines, notamment les légumes-fruits comme les tomates, les courges, les concombres, les poivrons et les aubergines, sont très exigeantes. Elles doivent produire à la fois un système racinaire, un feuillage abondant, des fleurs, puis une récolte souvent généreuse, ce qui demande beaucoup d’énergie et de nutriments. C’est pourquoi on leur réserve généralement un sol fraîchement enrichi de compost, de fumier ou d’engrais.

Les années suivantes, plusieurs jardiniers choisissent d’y cultiver des légumes aux besoins un peu plus modestes, comme les laitues, les épinards, les bettes ou certaines fines herbes. Viennent ensuite les légumes racines, comme les carottes, les betteraves, les radis, les navets, les oignons et l’ail, qui réussissent généralement bien dans un sol moins riche. D’ailleurs, un excès d’azote favorise parfois le développement du feuillage au détriment des racines.

Enfin, plusieurs systèmes de rotation se terminent par les légumineuses, comme les pois et les haricots. Grâce à leur association avec des bactéries présentes dans leurs racines, ces plantes peuvent fixer une partie de l’azote de l’air. Lorsque leurs racines et leurs résidus de culture sont laissés au sol après la récolte, une partie de cet azote profite aux cultures suivantes.

Et on revient aux légumes-fruits!

Briser le cycle des maladies et des ravageurs

L’autre objectif de la rotation est de briser le cycle des maladies et des ravageurs. Plusieurs champignons, bactéries, virus, insectes et nématodes peuvent survivre dans le sol ou dans les résidus de culture pendant un ou plusieurs hivers. En évitant de cultiver, année après année, des plantes d’une même famille au même endroit, on réduit les risques qu’ils retrouvent rapidement leur plante hôte. Il se trouve d’ailleurs que les plantes d’une même famille botanique partagent souvent les mêmes maladies et les mêmes ravageurs. Ainsi, les tomates, les poivrons, les aubergines et les pommes de terre, qui appartiennent tous à la famille des Solanacées, devraient idéalement être déplacés ensemble dans la rotation.

Le doryphore de la pomme de terre peut être évité avec la rotation des cultures. Photo: Getty Images

Les cultures vivaces

Les cultures vivaces, comme vous l’avez mentionné, investissent une grande partie de leur énergie dans la formation d’organes de réserve, comme les couronnes, les bulbes ou les rhizomes. C’est pourquoi elles mettent souvent plusieurs années avant d’atteindre leur pleine production. Une fois établies, elles prélèvent les éléments nutritifs à un rythme plus modéré et plus étalé dans le temps. Bref, elles jouent selon des règles biologiques différentes de celles des légumes annuels.

Pourquoi les vivaces n’épuisent-elles pas le sol?

La raison principale pour laquelle les légumes vivaces tolèrent si bien une culture permanente est qu’ils exportent beaucoup moins de matière végétale hors du jardin. Un plant d’asperges, par exemple, ne fournit que quelques centaines de grammes de turions chaque année. À l’inverse, un seul plant de tomate peut produire de 5 à 10 kg de fruits, une courge, plusieurs kilogrammes, tandis que le maïs produit une biomasse végétale considérable.

Les exportations annuelles de nutriments sont donc beaucoup plus faibles chez les légumes vivaces. De plus, la majeure partie de leur feuillage est laissée sur place à l’automne – pensons aux tiges des asperges ou aux feuilles des oignons vivaces – où elle se décompose et restitue au sol une bonne partie des éléments nutritifs qu’elle renferme.

Photo: Getty Images

Les cultures permanentes présentent un autre avantage. Les travaux du sol qui accompagnent souvent les rotations – labour, bêchage, etc. – perturbent le réseau de champignons mycorhiziens. Dans une plate-bande de vivaces peu travaillée, ce réseau peut au contraire se maintenir et se développer pendant de nombreuses années. Grâce aux substances qu’ils produisent, ces champignons contribuent à stabiliser les agrégats du sol, améliorant ainsi sa structure et sa capacité à retenir l’eau et les éléments nutritifs.

Comme la plate-bande demeure en place pendant de nombreuses années, il suffit de nourrir le sol par le haut, en imitant le fonctionnement d’une litière forestière: une couche de compost recouverte d’un paillis de feuilles déchiquetées ou d’autres matières organiques. Les vers de terre et les autres organismes du sol se chargent ensuite d’intégrer progressivement cette matière organique, sans qu’il soit nécessaire de perturber le sol.

Si l’on appliquait systématiquement la rotation des cultures aux légumes vivaces, il faudrait les déterrer régulièrement. Ils seraient alors forcés de reconstruire leurs couronnes, leurs bulbes ou leurs rhizomes, perdant ainsi plusieurs années de croissance avant de retrouver leur pleine productivité. C’est précisément ce que l’on cherche à éviter.

Quelques nuances selon vos légumes

Bien que la stabilité soit la règle d’or dans cette section du potager, vos légumes n’ont pas tous exactement le même comportement souterrain:

  • L’asperge: L’asperge est probablement le légume vivace qui apprécie le moins d’être déplacé. Ses racines peuvent descendre à plus de 1,5 mètre, parfois davantage dans les sols très profonds, ce qui lui permet d’explorer un volume de sol inaccessible à la plupart des légumes annuels. On ne la déplace pratiquement jamais sous peine de compromettre sa productivité pendant plusieurs années.
  • L’oignon égyptien et l’échalote de Sainte-Anne: Ces deux légumes se renouvellent naturellement sur place. L’oignon égyptien «marche» en laissant tomber ses bulbilles aériennes, qui s’enracinent un peu plus loin si elles sont laissées en place, tandis que l’échalote de Sainte-Anne est déterrée pour la récolte en juillet avant que l’on replante aussitôt ses petits caïeux. La perturbation du sol demeure donc très localisée et superficielle.
  • Le cas du poireau: Attention toutefois à la distinction. S’il s’agit du véritable poireau perpétuel (Allium ampeloprasum), on le récolte en coupant simplement la tige au ras du sol pour le laisser repousser à partir de ses caïeux souterrains; il a pleinement sa place dans la zone fixe.

Comment intégrer les cultures vivaces aux cultures annuelles?

C’est simple: ne le faites pas!

L’idéal est de réserver une partie de vos planches de culture aux légumes annuels et une autre aux légumes vivaces. Vous pouvez ainsi aménager une section permanente de votre potager qui ne sera jamais déplacée.

Photo: Jan Wright

Une autre possibilité consiste à intégrer les légumes vivaces dans une plate-bande ornementale. D’ailleurs, les asperges, les oignons égyptiens et plusieurs autres légumes vivaces possèdent un réel intérêt ornemental. Il suffit de leur offrir les conditions de culture qui leur conviennent, tout comme on le fait pour n’importe quelle plante vivace.

Cette approche peut également contribuer à limiter certains problèmes de maladies et de ravageurs. Les légumes vivaces, dispersés parmi des plantes ornementales, sont souvent plus difficiles à repérer pour les insectes spécialisés qui recherchent une plante hôte précise.

Un paillis organique, comme des feuilles déchiquetées, réduit les éclaboussures de sol lors des pluies ou de l’arrosage, ce qui limite la propagation de plusieurs maladies foliaires.

Enfin, une plus grande diversité végétale favorise généralement une faune plus variée, incluant plusieurs prédateurs naturels des ravageurs (carabes, araignées, etc.) qui contribuent à limiter plusieurs populations d’insectes, sans toutefois les éliminer complètement.

Le carabe est un ami insoupçonné au jardin.

Si jamais la pression de la teigne ou de la mouche de l’oignon devient malgré tout importante dans votre zone d’Alliums fixes, ne déménagez rien: l’usage temporaire d’un filet anti-insectes au printemps viendra compléter le travail de vos alliés naturels, en toute paresse!

Légumes potagers vivaces

  • Ail tubéreux (Allium tuberosum) – zone 3
  • Asperge (Asparagus officinalis) – zone 2
  • Ciboulette (Allium schoenoprasum) – zone 2
  • Chervis (Sium sisarum) – zone 4
  • Chou marin (Crambe maritima) – zone 4
  • Crosne du Japon (Stachys affinis) – zone 5
  • Échalote de Sainte-Anne (Allium cepa Groupe Aggregatum) – zone 3
  • Livèche (Levisticum officinale) – zone 3
  • Oignon égyptien (Allium × proliferum) – zone 3
  • Oseille commune (Rumex acetosa) – zone 3
  • Oseille-épinard (Rumex patientia) – zone 3
  • Poireau perpétuel (Allium ampeloprasum) – zone 3
  • Raifort (Armoracia rusticana) – zone 2 (plante très envahissante)
  • Rhubarbe (Rheum × hybridum) – zone 2
  • Topinambour (Helianthus tuberosus) – zone 3 (plante très envahissante)

Fines herbes vivaces

  • Agastache fenouil (Agastache foeniculum) – zone 3
  • Estragon français (Artemisia dracunculus var. sativa) – zone 4
  • Hysope (Hyssopus officinalis) – zone 3
  • Mélisse officinale (Melissa officinalis) – zone 4 (plante envahissante)
  • Menthe (Mentha spp.) – zone 3 (plante très envahissante)
  • Monarde (Monarda didyma) – zone 3
  • Origan (Origanum vulgare) – zone 4
  • Sarriette des montagnes (Satureja montana) – zone 5
  • Sauge officinale (Salvia officinalis) – zone 5
  • Thym (Thymus vulgaris) – zone 5

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