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La teigne du poireau: le papillon qui s’attaque à l’ail et à l’oignon

Qui s’attaque sans merci à l’ail et à l’oignon? Qui les perce et les triture, compromettant nos récoltes d’Alliacées si délicieuses? Quel est donc cet insecte qui a si bon goût? C’est la teigne du poireau!

Teigne du poireau au stade du papillon. Photo: Patrick Clement

Remontons avant les années 2000 et remarquons que ce ravageur n’était pas présent sur notre territoire. Nos oignons et notre ail poussaient paisiblement, sans craindre les ravages d’un papillon nocturne qui s’apprêtait à envahir graduellement le Québec.

La teigne du poireau est originaire d’Europe. On l’a aperçue en Ontario en 1993, puis au Québec en 2001. Depuis, son aire de distribution ne cesse de prendre de l’ampleur.

Après son passage, la plante hôte est percée et grugée de l’intérieur, ce qui peut faire pourrir et flétrir la tige. Le bulbe peut pourrir lui aussi et les récoltes sont compromises. Elle peut également forcer à couper la fleur d’ail avant sa pleine maturité, réduisant les récoltes.

Dommages causés par la teigne du poireau. Photo: Rasbak

Pour la contrôler efficacement, découvrons d’abord comment elle passe sa vie…

Ce qui se passe dans la vie d’une teigne

L’hiver achève. La teigne a passé confortablement les derniers mois sous forme adulte ou de pupe (petit cocon), à dormir à l’abri du gel. Elle s’est cachée dans les débris environnants, sous des feuilles mortes.

Elle attend le signal de Dame Nature: à 9 °C, la teigne sort et se dégourdit les ailes.

Le papillon se met directement à la recherche de ce qu’il préfère: les Alliacées. Il est très habile pour s’orienter et découvre facilement l’ail d’automne qui perce la neige, grâce à son odeur caractéristique.

Reproduction

Après une à deux journées à folâtrer au soleil, les papillons sont prêts pour la reproduction. Les mâles et les femelles s’accouplent, mais celles-ci ne pondent pas tout de suite: il ne fait pas assez chaud.

Larve de teigne. Photo: Patrick Clement

Lorsque les nuits atteignent 12 °C, elles sont prêtes à déposer leurs œufs sur les plantes de la famille de l’oignon, qu’elles ont préalablement identifiées.

Les œufs sont pondus individuellement sur le dessous des feuilles ou à la base de la plante. En environ une semaine, ils sont prêts à éclore.

Naissance

Quand les petites larves naissent, elles cherchent rapidement à se cacher. Elles forent un trou dans la tige et commencent à se nourrir.

Larves de teigne.

Habituellement solitaires, elles mangent les jeunes feuilles et percent les tiges. Si elles se regroupent, c’est que plusieurs colonies convergent. Le stade larvaire dure environ 2 à 3 semaines et les insectes passent par 5 stades de transformation. Ce sont les larves qui causent les dommages.

Pupaison

Lorsqu’elles ont suffisamment mangé, elles sortent de la tige et se placent à l’extérieur. Elles font leur pupaison sur la plante hôte, mais peuvent aussi se retrouver au sol ou dans les débris environnants. Dans leur petit cocon à mailles larges, elles passent de chenilles à papillons.

Pupe. Photo: Getty Images

L’adulte émerge après environ 3 semaines, prêt à recommencer à cibler l’ail.

La première génération est peu dommageable, les individus étant en nombre réduit. Au fil de la saison, au Québec, la teigne peut avoir jusqu’à 3 générations par année. La reproduction est très rapide, exponentielle.

Nouveau cycle

Elles s’arrêtent à l’automne, lorsque le froid les confine à leurs abris. Sous forme adulte ou de pupes, elles passent l’hiver, prêtes à recommencer le cycle au printemps suivant.

Si vous avez eu affaire à elles une année, elles reviendront assurément l’année d’après.

Les solutions naturelles

En prévention

Comme on vient de le voir, la teigne passe sa vie autour des plantes qui l’intéressent.

Pour la prévenir, il faut intervenir au bon moment. Selon chaque stade, la méthode d’approche est différente.

Si vous avez un historique avec la teigne, commencez par une rotation des cultures. À son réveil, elle cherchera un hôte: tant mieux s’il n’est pas à proximité.

Les plantes compagnes sont également un excellent ajout au jardin. La teigne se dirige grâce à l’odeur: si on peut interférer avec ses sens, on peut la déjouer. Le thym, la carotte et l’œillet d’Inde sont de bons choix à intercaler avec les cultures sensibles pour brouiller les pistes.

Les oeillets d’Inde sont une bonne solution pour brouiller les pistes. Photo: Getty Images

Si elle ne sent pas ce qu’elle recherche, elle cherchera ailleurs.

Une autre bonne méthode de prévention consiste à retourner légèrement le sol au printemps et à l’automne. Puisqu’elle hiverne dans les débris, cette action la dérange, l’expose au froid et aux prédateurs, et peut empêcher son cycle de se compléter.

On sait qu’elle sort à 9 °C: il est donc pertinent d’installer des filets anti-insectes sur un sol propre et dégagé, autour des plantations d’ail d’automne, avant qu’elle émerge. Il est très important de les installer avant la reproduction, pour ne pas emprisonner les ravageurs.

En mode attaque

Lorsque la prévention échoue (ou est impossible), il faut passer à l’attaque biologique. Deux options s’offrent à vous: cibler la chenille ou l’œuf.

Il est possible d’utiliser du BTK, une bactérie spécifique aux chenilles de papillons, pour éliminer les larves. Il est essentiel que le produit entre en contact avec la larve, qui se cache souvent dans le fût de la plante, la rendant difficile à atteindre.

BTK vendue dans les jardineries.

Pour freiner la teigne avant qu’elle se développe, particulièrement lors de la première génération, il est possible d’utiliser des trichogrammes. Ce sont de petites guêpes parasitoïdes qui ciblent directement les œufs de la teigne.

Dans le jardin, on les introduit sous forme de cartons contenant des pupes. Quelques jours après leur installation, elles émergent et partent à la recherche d’œufs de papillons à parasiter. Alors que la teigne est programmée pour trouver l’ail, les trichogrammes sont faits pour trouver ses œufs. Une fois repérés, ils pondent directement à l’intérieur. Au lieu d’un ravageur, c’est un allié qui en émerge.

Concrètement, un carton de trichogrammes couvre environ 50 m² et se conserve jusqu’à un mois au réfrigérateur. On en ajoute un par semaine, tout au long de la saison, jusqu’à la récolte. Ils peuvent être utilisés sous les filets anti-insectes.

La première génération est particulièrement importante à contrôler, puisqu’elle influence directement le nombre de teignes présentes durant l’été. Priorisez les actions en début de saison pour limiter les dégâts.

Conclusion

La teigne du poireau est un petit papillon nocturne capable de causer de gros dégâts et de décourager la culture de l’ail et de l’oignon.

L’utilisation de méthodes préventives adaptées à son cycle de vie permet de mieux la contrôler. Il est également possible d’intervenir avec du BTK ou des trichogrammes afin de limiter sa reproduction.

Photo: Getty Images

Elle poursuit actuellement sa progression en Amérique du Nord, certaines régions étant plus touchées que d’autres.

Vous avez déjà vécu une infestation? Dites-le-nous en commentaire, avec votre région pour suivre son évolution année après année!

Pour vous procurer des trichogrammes, visitez limoiland.com

Restez à l’affût pour le prochain article spécial insecte, sur le doryphore (la fameuse bibitte à patates).

À bientôt!

Séréna (la lutteuse bio)


  1. Gilbert Beaulieu

    Je demeure à Nominingue et j’ai le problème de la teigne du poireau depuis plusieurs années. Merci pour les judicieux conseils.

  2. Elle est bien présente dans le coin de Baie-Comeau. J’ai réussi à contrôler les dégâts l’an passé en faisant une rotation et mettant tout ce qui est ail, oignons et poireaux sous filet. Mais ça prend beaucoup de filet. Malheureusement, je n’ai rien pour la ciboulette et l’ail horticoles qui sont vivaces.

  3. Je demeure à Châteauguay (Montérégie) et il y a 2 ans j’ai eu une infestation de teignes qui a bousillé ma plantation d’ail. Je n’en ai pas replanté depuis.

    • J’habite à l’IPE et je fais un jardin depuis 4 ans. L’an dernier a été ma première où j’ai eu ce problème. Grâce à vos conseils je serai prête cette année, merci!

  4. J’en ai eu dans mon ail à Longueuil, Montérégie. Difficile de faire une rotation des cultures, mon jardin est petit. Merci pour ces bons conseils.

  5. Je suis à Drummondville et j’ai ce problème de teigne depuis 3 ans. J’ai mis des filets l’an passé et fait une rotation de mes cultures mais il y a eu quand même des dégâts et une récolte médiocre.
    Merci pour les conseils.

  6. Nous habitons Gatineau et plantons de l’ail depuis plusieurs années. Heureusement, les teignes ne sont pas dans le décor, mais l’ail est sous une couche de feuilles mortes. Devrions nous enlever les feuilles et les remplacer par de la paille ou rien du tout?
    Merci!

    • Séréna (la lutteuse Bio)

      Bonjour !

      Quelle chance que la teigne ne soit pas encore dans votre secteur, c’est un précieux répit !

      Pour ce qui est de votre paillis, je vous dirais surtout de ne pas enlever vos feuilles. Elles protègent le sol, conservent l’humidité et nourrissent la vie du sol. Les remplacer par de la paille n’apporterait pas d’avantage particulier contre la teigne.

      Ce que vous pouvez faire, par contre, c’est simplement retourner ou tasser un peu les feuilles au printemps pour laisser l’ail sortir librement et vous assurer que le sol ne reste pas trop détrempé si le printemps est très pluvieux. Mais sinon, gardez-les ! Pourquoi se donner du trouble à enlever une protection naturelle qui fonctionne bien ?

      Bonne saison d’ail !

      Séréna – Limoiland

  7. Nous en avons «en masse» dans Chaudière-Appalaches. Pour ma par, l’utilisation d’un filet fonctionne bien. A l’exception de l’an passé où cela m’a joué un vilain tour. J’ai eu la visite de chenilles, mais le filet a protégé ces dernières des oiseaux… Bref, je crois que je vais laisser faire un peu la nature, suivre ça de près, et peut être bien un peu de BTK.

  8. Nous habitons Saint-Octave-de-Métis et la teigne est apparu il y a quatre en ans. Perdu notre ail et la ciboulette. Nous avons essayé du purin de rhubarbe sans résultat concluant…

  9. Dégats dans l’ail depuis deux ans, La Malbaie. Pas du tout dans les oignons.

  10. Bonjour,
    J’en ai eu plusieurs fois à Montréal, Je surveille les plantes et dès que je vois le dommage sur un plant je le sort de terre, et récupère le bulbe immature si pas trop endommagé. Pour l’instant ça a fonctionné, avec la rotation minimale que je peux faire. Le BTK est difficile à appliquer au bon endroit dans la plante.
    Mais je voudrais savoir si les trichogrammes ne visent pas aussi les larves d’insectes bénéfiques? J’ai beaucoup de plantes à fleurs, dont des asclépiades, pas très loin de mon potager. Je ne voudrais pas les détruire aussi.
    Merci de répondre.
    Maggy

  11. Je demeure à Longueuil. J’ai une parcelle de jardin au Jardin Communautaire du Parc Michel-Chartrand depuis 6 ans maintenant. Jamais eu de problème entre la teigne et mon ail. Simple chance? Je fais toujours la rotation des cultures et j’aime bien mettres des oeillets d’Inde un peu partout dans mon jardin. Suite à la lecture de cet article, je vais me procurer des petits sachets de trichogrammes, Histoire d’avoir l’esprit bien en paix et une belle récolte à la carte! Merci pour les infos!

  12. Francine Tousignant

    J’ai un jardin à St-Mathieu-du-Parc, et depuis quelques années, la teigne du poireau fait des ravages. Ail, ciboulette, oignons de Ste-Anne et oignon qui marche. Je me suis découragée et je ne sème plus d’ail. Très déçue.

  13. Dégât depuis deux ans, et je crois que bientôt, il y en aura encore. Je fais la rotation, et les œillets d’inde n’empêche pas de se produire. Foutu mon ail, foutus oignons, bien détestable… St-Jean-sur-Richelieu.

  14. Mireille Crépeau

    Je suis à Percé … j’ai eu une première infestation il y a 2 ans (2024). Je fais méticuleusement une rotation des cultures – l’an passé j’ai arrosé plusieurs fois avec un mélange de savon safer et de savon noir dilué (ail, poireaux et oignons) – est-ce efficace selon vous ? , et passé souvent pour enlever les feuilles attaquées (pas au compost mais jetées). Les dégâts furent moins sévères l’an passé (2025). Merci pour les conseils – on mettra un filet sur l’ail et les poireaux avant le fatidique 9 C …

  15. J’habite dans Chaudière-Appalaches, secteur Montmagny, depuis 20 ans et j’ai de la teigne dans mes poireaux depuis 8 ans et dans l’ail qui a été contaminé il y a cinq ans. Il y en a même dans les oignons. J’ai tout essayé, les rotations dans un jardin de 40×40 pieds ne sont pas efficaces, Je cultive sous forme de planches de 3×10 pieds, quant aux plantes répulsives, il faudrait qu’il y en ait autant que les plantes à protéger! J’ai donc abandonné les oignons et les poireaux pour ne conserver que l’ail, celui-ci, étant récolté au début du mois d’août, les dégâts sont beaucoup moins importants.
    J’adore jardiner, mais ma tolérance, a des limites? et comme le disait votre père, si ça ne réussit pas dans mon jardin, inutile de s’acharner ça n’y mérite une place. De plus, il y a plusieurs petites entreprises qui produisent de très bons légumes bio dans ma région.
    Merci pour votre apport à la communauté des jardiniers, j’apprends encore et encore
    Danielle in

  16. Oui j’ai eu affaire à ces teignes l’an passé, elle étaient en train de détruire ma récolte, il a fallu que j’utilise du BTK.
    Je les ai semés ailleur mais là il commence à faire chaud sur la rive nord de Montréal et je suis au Mexique, mais j’arrive bientôt.
    il va falloir que j’examine toutes le feuilles avant d’installer de filets

  17. J’en ai depuis 10 ans Je perds 20% de mon ail

    Kingston Ontario

  18. J’habite Saint-Eustache, dans les basses-laurentides et j’ai un problème de teigne depuis plusieurs années. Elles attaquent les oignons verts, la ciboulette, les poireaux et l’ail. Je couvre les plants depuis 2 ans en effectuant une rotation de culture, ce qui aide sans complètement éliminer le problème. Je crois que j’installe les voiles trop tard ou que l’insecte est déjà présent dans les débris sous le voile. Cette année, je pensais essayer le BTK. Après lecture de l’article, je vais finalement opter pour les trichogrammes introduits sous le voile.

  19. Je fais un carré d’ail d’un mètre carré chez une amie à St-Félix-de-Kingsey. Problème de puis 2 ans, que se passe-t-il, je lis d’autres depuis 2 ans aussi… Le temps chaud prévu par ici cette semaine il est grand temps que j’installe un filet, Merci pour les trucs!|
    Je me demande si beaucoup de pluie ou du temps très sec influence la vie de cette bestiole?

  20. Sherbrooke J’en ai eu, ça fait 2 ou 3 saisons. J’ai utilisé du BTK l’an passé, mais j’ai aussi enlevé .les plantes atteintes. J’ai acheté un filet pour cette année.

  21. Dominique Simard

    Bonjour, j’habite à Notre-Dame-du-Mont-Carmel et malgré une rotation des cultures et l’utilisation de filets, l’infestation demeure présente et très dérangeante. Merci beaucoup pour votre article. Je vais m’y prendre plus tôt en saison.

  22. jacques poitras

    Oui il y en a à St-Joseph de Beauce. J’utilise les filets et c’est merveilleux …

  23. Saguenay n’est pas épargné
    Première fois pour moi l’an dernier à ma quatrième saison de culture d’ail…..J’ai dû couper les fleurs d’ail et arroser au jet d’eau fort les œufs mais j’ai sauvé les bulbes .Je change mon ail de place à chaque année …..avec vos conseils je vais renforcer ma technique de contrôle avec un filet
    Merci beaucoup

  24. J’en ai depuis 2 ou 3 ans. Saint-Basile-le-Grand

  25. Je suis à Magog. Elle y est une vrai teigne depuis environ 4 ans. La plupart des méthodes suggérées me semblent peu adaptées à la jardinière paresseuse que je suis. La rotation des cultures est jusqu’alors inefficace dans mon tout petit potager. Je tenterai de multiplier les plantes compagnes, et à l’automne, je planterai l’ail dans un coin de platebande loin du potager. Bonne journée!

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