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Racines des orchidées, partie 2 – La première mise en pot d’une orchidée importée à racines nues

Si vous visitez une exposition d’orchidées dans votre région, vous serez probablement tenté d’acheter quelques spécimens récemment importés d’Asie ou d’Amérique du Sud. Dans la partie commerciale de ces expositions, vous trouverez généralement quelques fournisseurs étrangers qui proposent un choix impressionnant d’orchidées à des prix très raisonnables. Cependant, ces plantes sont généralement importées à racines nues et nécessitent quelques soins particuliers lors de leur première mise en pot.

Les orchidées sont importées à racines nues afin de simplifier l’examen sanitaire aux frontières

L’inspection sanitaire des plantes importées est indispensable pour protéger notre patrimoine botanique national. L’histoire récente (et moins récente) regorge de négligences sanitaires ayant eu un impact majeur sur nos végétaux, comme l’agrile du frêne (depuis les années 1990) et la maladie hollandaise de l’orme (depuis les années 1940). Les agents des douanes sont donc formés pour évaluer l’état de santé des plantes au moment de leur importation et ainsi détecter toute plante suspecte.

L’inspection des plantes est possible, car les maladies végétales se manifestent clairement sur le feuillage ou les racines. Toutefois, plusieurs maladies ou infections se cachent dans le sol (ou le substrat) sous forme de bactéries microscopiques, de spores de champignons ou d’œufs d’insectes. Par conséquent, tout «sol vivant» ne peut être certifié «exempt de maladies ou d’insectes» et devra être intercepté par les agents douaniers lors de l’inspection sanitaire. Lorsque les plantes importées sont à racines nues (c’est-à-dire propres et sans sol ou substrat de culture), les douaniers peuvent se concentrer sur les symptômes apparents sur les plantes (feuillage et racines), et autoriser leur passage en toute sécurité.

Le processus d’importation est extrêmement stressant pour les orchidées

Même lorsqu’il est effectué par des importateurs compétents et prévoyants, le processus d’importation est extrêmement exigeant pour les orchidées. Il commence plusieurs jours avant la transaction d’achat, dans le pays d’origine, où les racines sont dépouillées de leur substrat, taillées et nettoyées soigneusement. Elles sont ensuite placées dans un petit emballage de transport, souvent en papier humide ou dans une pellicule plastique, puis empilées dans des caisses de transport. Le temps de déplacement varie beaucoup en fonction du pays d’origine, mais il peut s’étendre sur plusieurs jours, avec des périodes d’entreposage et d’attente des services douaniers aux frontières.

Il n’est pas rare qu’une orchidée passe 5 à 8 jours avec un système racinaire réduit et dénudé, sans lumière, sans cycle d’hydratation normal, sans aucune aération naturelle, et ce, en subissant des écarts de température très importants, voire excessifs. En résumé, l’orchidée est privée de tous ses besoins fondamentaux, ce qui la force à minimiser son activité naturelle et à puiser dans ses réserves pour survivre.

Étonnamment, la plupart des orchidées traversent ces épreuves avec succès. Cependant, il est possible d’aider ce petit miracle d’adaptation botanique en prenant quelques précautions lors de la réception des plantes et de leur première mise en pot. Voici quelques suggestions que vous pourrez intégrer à vos pratiques horticoles si elles vous semblent appropriées.

Étape 1: Trempez les racines pour rétablir l’hydratation perdue

Cette première étape peut sembler évidente, mais elle est souvent négligée ou mal exécutée. Il faut utiliser de l’eau très propre et à température ambiante. Le trempage devra durer au minimum 20 minutes, mais les racines très asséchées apprécieront un trempage beaucoup plus long.

Engrais d’enracinement?

Certains fabricants de fertilisants vous proposeront d’ajouter un engrais d’enracinement à l’eau de trempage, mais cette pratique est généralement fortement déconseillée, car l’activité chimique très faible de la plante ne lui permet pas d’utiliser cet amendement beaucoup trop stimulant. Le vélamen «déshydraté» risque en effet d’absorber une dose trop importante d’engrais, ce qui l’intoxiquera au moment précis où il tentera de reprendre ses fonctions normales de capture de l’eau.

Une solution plus appréciée

Le peroxyde d’hydrogène dilué à environ 0,5 % est beaucoup plus apprécié. Il suffit d’ajouter une partie de H?O? à cinq parties d’eau pour obtenir une solution de trempage à la fois désinfectante et stimulante pour vos racines. L’effervescence du peroxyde aide également à nettoyer le vélamen de certaines impuretés, favorisant ainsi la reprise.

Certains orchidophiles expérimentés recommandent également d’ajouter du sucre blanc (5 ml par litre d’eau) ou du sirop d’érable (5 ml par litre d’eau) afin de redonner de la vigueur à la plante. Il semblerait que cette solution sucrée agisse un peu comme une transfusion sanguine administrée à un patient gravement accidenté lors de son arrivée à l’hôpital. J’ai essayé cette pratique à quelques reprises, mais sans résultat concluant.

J’ai également essayé le trempage dans de l’eau d’érable (gardée au congélateur depuis le printemps précédent), sans observer de grande différence après quelques semaines de culture. Je mentionne ces pratiques, mais je ne les recommande pas formellement, faute de résultats vérifiables. Si vous avez expérimenté ces techniques de trempage, je vous invite à partager vos observations dans la section «commentaires».

Le trempage des racines est indispensable pour réhydrater les orchidées après plusieurs jours passés dans les emballages de transport. Un mélange composé d’une part de peroxyde d’hydrogène pour cinq parts d’eau à température ambiante donne d’excellents résultats. Sur la photo ci-dessus, une douzaine d’orchidées prennent un bain avant d’être installées dans un pot adapté à leur taille (en avant-plan). Photo: Robert Charpentier

Étape 2: Inspectez soigneusement toute la plante 

Avant la mise en pot, il est important d’éliminer toutes les racines malades, mortes ou endommagées. Cette opération est généralement facile à réaliser à l’aide de ciseaux à longs becs, préalablement nettoyés et désinfectés à l’alcool à friction (70 % ou plus). Il est également très utile de traiter les blessures et autres foyers d’infection avec de la cannelle en poudre, puis de laisser sécher les racines traitées quelques minutes. Selon la réglementation locale en vigueur dans votre région, certains fongicides/bactéricides peuvent être disponibles, mais ils devront être utilisés avec la plus grande parcimonie, car la plante est très vulnérable à ce stade de sa vie. Tout abus risquerait fort de lui être fatal! 

Pour un petit rappel sur l’inspection des orchidées, voir la chronique sur le sujet.

Étape 3: Mettez en pot avec le substrat approprié à l’espèce 

De nos jours, la plupart des orchidées sont cultivées dans un substrat d’écorce, mais certaines préfèrent être montées sur une plaque (par exemple les brassavolas ou les leptotes) ou ne pas avoir de substrat du tout (par exemple les vandas). Si vous ne connaissez pas les besoins spécifiques de votre nouvelle acquisition, consultez des références fiables. Votre fournisseur pourra également vous suggérer une méthode de culture adaptée. Personnellement, j’essaie de choisir un substrat que je connais déjà, si la nouvelle plante peut s’y adapter bien sûr. Ainsi, il y a moins d’imprévus et de risques. Ultimement, l’orchidée produira de nouvelles racines qui s’adapteront à votre milieu de culture.

À la sortie du bain de réhydratation, le travail de mise en pot peut commencer. Sur la photo de gauche, on voit le substrat d’écorce, la grosse perlite et le pot sélectionné. Sur la photo de droite, on peut observer le système racinaire résiduel après les stressantes étapes du processus d’importation. Photo: Robert Charpentier

La première mise en pot est assez similaire à un rempotage d’orchidée classique. Il faudra toutefois veiller à introduire du substrat entre les racines pour éviter qu’elles ne se touchent une fois le plant contraint dans le pot. En effet, cela entraînerait une dégradation importante du système racinaire à court terme, car la circulation d’air serait insuffisante et la réserve d’eau très limitée. L’opération est assez facile à réaliser en inversant la plante. Avec les racines vers le haut, il est facile d’insérer de petites quantités de substrat entre les racines pour former une motte assez naturelle qui alternera racines et milieu de croissance. Si vous n’avez pas l’habitude de rempoter des orchidées, je vous suggère de lire l’excellent article de Larry Hodgson de 2020.

Identifier votre orchidée

À cette étape, n’oubliez surtout pas d’ajouter une étiquette d’identification de l’orchidée dans le pot (ou sur le montage), en y indiquant la date de la mise en pot. Si la plante n’est pas identifiée, je vous recommande de créer une étiquette avec le nom du genre, la couleur des fleurs, la date de mise en pot et le nom du fournisseur. Ces informations vous seront utiles à l’avenir.

En inversant la plante, on peut y insérer des particules de perlite qui éviteront l’écrasement des fragiles racines restantes lors de la mise en pot (voir la photo de gauche). L’orchidée peut ensuite être stabilisée dans son pot à l’aide de substrat d’écorce et un surfaçage de mousse de sphaigne (photo de droite). L’identification se fait traditionnellement en insérant une étiquette en plastique dans le pot. Ces étiquettes sont toutefois faciles à égarer et se dégradent avec le temps. Une étiquette collée à l’extérieur du pot sera plus facile à lire et à annoter au fur et à mesure que l’on découvrira le cycle spécifique de la nouvelle orchidée. Photo: Robert Charpentier

Étape 4: Traitez le feuillage avec un savon insecticide à base de Neem

Un traitement au savon insecticide est facultatif, mais fortement recommandé. Il s’agit d’un traitement préventif visant à réduire les risques d’infestation ultérieurs, qui pourraient avoir des conséquences tragiques sur une orchidée déjà affaiblie. Il existe une multitude de produits commerciaux disponibles dans les jardineries. 

Ma recette personnelle a déjà été publiée auparavant, mais la revoilà au cas où vous l’auriez manquée. Dans un vaporisateur d’un litre, mélangez 10 ml de savon Murphy, 15 ml d’huile de margousier, 300 ml de peroxyde d’hydrogène à 3 % et 600 ml d’eau. Bien brassez, puis vaporisez sur le feuillage (en évitant d’asperger les racines) et laissez sécher. Le nettoyant concentré pour le bois «Murphy» est un savon à base d’huile de noix de coco et de citronnelle. Il est efficace pour le contrôle des insectes et non toxique pour les enfants et les animaux domestiques. Il est également très économique par rapport aux produits spécialisés vendus en jardinerie.

L’huile de margousier (ou Neem Oil en anglais) est disponible en pharmacie, dans le rayon des produits de beauté pour le visage et les cheveux. C’est également un produit de très faible toxicité; il s’agit après tout d’un produit de beauté. Cette huile végétale adhère à la surface des feuilles et repousse les insectes pendant plusieurs semaines. Elle contiendrait également des enzymes (ou des hormones) qui empoisonnent les insectes tentant de manger le feuillage des plantes. Vous pouvez mélanger ces deux huiles dans le même vaporisateur afin de bénéficier d’une efficacité immédiate grâce au savon Murphy et d’une efficacité à plus long terme grâce à l’huile de margousier.

Voici quelques-uns de mes pesticides préventifs à usage courant. Photo: Robert Charpentier

Étape 5: Installez les plantes dans un espace de croissance peu stimulant et isolé de votre collection

L’orchidée nouvellement importée peut maintenant entamer sa lente convalescence, qui lui permettra de récupérer des dommages subis lors de la préparation à l’exportation et durant le transport vers son pays d’adoption.

Pour l’aider dans ce processus de réadaptation, on recommande de réduire l’intensité lumineuse d’au moins 50 % pendant les trois premiers mois et d’isoler vos nouvelles acquisitions du reste de votre collection. Ce délai peut varier si vos conditions de culture sont assez similaires à celles du pays d’origine, mais c’est rarement le cas pour les plantes importées d’Asie ou d’Amérique centrale. Cette période moins stimulante permettra à l’orchidée de reprendre des forces progressivement. Avec le temps, les cycles d’hydratation/respiration devraient se rétablir et reprendre un rythme régulier, indiquant une reprise végétative normale. Une ventilation douce et régulière est particulièrement importante à cette étape.

Étant donné la fragilité des orchidées durant cette période, il est préférable d’éviter toute fertilisation que la plante ne peut réellement utiliser dans son état actuel. L’autre erreur fréquemment commise consiste à arroser trop souvent, ce qui maintient le milieu de culture constamment humide et favorise le développement de champignons et de bactéries. On laissera donc sécher le substrat entre les arrosages, comme on le fait généralement pour une orchidée en bonne santé. Si vous craignez une déshydratation de la plante, il peut être judicieux d’augmenter l’humidité ambiante plutôt que d’augmenter la fréquence des arrosages.

Les nouvelles acquisitions, une fois mises en pot, sont maintenant prêtes à être installées «en convalescence» dans un espace de culture isolé et modérément stimulant. Ici, plusieurs feuilles trop lourdes ont été tuteurées afin de stabiliser la plante dans son pot. Photo: Robert Charpentier

Étape 6: Faites preuve de patience

Les orchidées réagissent lentement à tous ces changements. N’oubliez pas que les plantes vivent en synchronisme avec leur environnement de culture et qu’elles perdent tous leurs repères environnementaux lors d’une importation. Il se peut que vos nouvelles acquisitions mettent jusqu’à un an pour se «re-synchroniser» avec les conditions de culture de votre environnement. Cela peut sembler long, mais c’est plutôt normal pour les orchidées, surtout si vos conditions de culture sont très différentes de celles du pays d’origine. 

Si vous importez des orchidées de l’hémisphère Sud, il faut souvent compter entre 2 et 3 ans pour qu’elles s’adaptent, car les cycles environnementaux de l’hémisphère Sud sont décalés de 6 mois par rapport à ceux de l’hémisphère Nord. Les orchidées ont beaucoup de mal à «reprogrammer leur cycle de croissance et de floraison» puisqu’il leur manque deux saisons complètes dans leur nouvel environnement, ce qui les perturbe profondément. Souvent, elles s’en remettent, mais il faudra faire preuve de patience et avoir des attentes réalistes (voire minimales) pour les premières années de croissance, qui sont typiquement sans aucune floraison.

Étape 7: Réinspectez fréquemment vos orchidées en isolement

Mon discours peut sembler alarmiste, mais les orchidées sont étonnamment résilientes et reprennent généralement de la vigueur si les soins sont bons et adaptés. Assez rapidement, les cycles d’hydratation s’établiront à un rythme plus régulier et le feuillage retrouvera sa rigidité naturelle, signe que la photosynthèse a repris un rythme plus normal. On pourra alors augmenter le niveau d’éclairage en deux ou trois étapes pour atteindre le niveau normalement offert à une plante adulte et en bonne santé (pour cette espèce). À ce moment, il est également possible de restaurer le programme de fertilisation, mais à dose réduite et en tenant compte du niveau d’activité modéré de la photosynthèse.

L’inspection régulière et attentive de votre collection sera votre meilleur guide dans cette aventure.


  1. Pour Robert Charpentier :
    Depuis plus d’un an, je fais l’expérience d’une mise en pot aérienne pour mon orchidée, et cela fonctionne à merveille.

  2. Merci M. Charpentier pour toutes ces informations.
    J’apprécie beaucoup votre partage des techniques que vous avez expérimentées et votre compte-rendu sur celles qui ont fonctionné ou non pour vous.
    Le bain de peroxyde d’hydrogène dilué pourrait-il s’appliquer aussi lors d’un rempotage habituel lorsque le substrat doit être changé pour les orchidées en pot et écorces de pin ?
    Bonne continuation !