Racines des orchidées, partie 1 – Le vélamen à géométrie variable
Pour réussir la culture des orchidées, il faut accorder une attention particulière à leurs racines. Leur structure et leur fonctionnement sont en effet très différents de ceux des plantes terrestres conventionnelles. Dans cette chronique, nous examinerons le fonctionnement surprenant du vélamen, qui permet à ces plantes épiphytes de vivre hors du sol sans manquer d’eau. Revoyons d’abord quelques notions déjà exposées dans des chroniques précédentes.
L’évolution des orchidées vers leur forme épiphyte
Au cours de leur longue existence, les orchidées ont subi plusieurs transformations climatiques majeures. L’une des adaptations les plus remarquables est le passage de la croissance terrestre (c’est-à-dire une plante enracinée dans le sol) à la croissance épiphyte (c’est-à-dire une plante accrochée aux arbres). Dans certains cas, les plantes sont devenues épiphytes pour bénéficier d’un meilleur ensoleillement, à une époque où la couverture végétale était si dense qu’elle empêchait la lumière d’atteindre le sol. On a également découvert que certaines orchidées étaient probablement devenues épiphytes pour échapper à un sol saturé d’eau, lors de périodes où leur habitat était submergé par des pluies torrentielles. Ainsi, certaines plantes ont été forcées de quitter le sol pour survivre en s’accrochant aux arbres ou aux rochers surélevés.
Ce changement radical de leur environnement de croissance a provoqué des modifications morphologiques majeures chez les épiphytes, notamment au niveau des racines. Accrochées aux arbres, elles n’ont plus accès aux réserves d’eau et de nutriments présentes dans le sol. La plante, perchée en hauteur, a donc dû développer une toute nouvelle structure de capture et de rétention d’eau:le «vélamen». Il s’agit d’une sorte de velours végétal qui entoure les racines et se gorge d’eau à la moindre averse. Le vélamen serait apparu à plusieurs endroits du globe et à différentes époques, lors de bouleversements climatiques. Pour plus de détails sur l’extraordinaire évolution des orchidées, voir la chronique publiée l’an dernier à ce sujet.
Le vélamen remplit les fonctions environnementales du sol
Cet enrobage spongieux, le vélamen, est constitué d’une accumulation de cellules végétales qui servent à la fois d’écran solaire pour la partie centrale et de structure absorbante pour capter l’eau de pluie. En fonction de l’exposition au soleil et de l’humidité environnante, l’épaisseur du vélamen peut varier de manière significative, mais sa structure reste globalement la même. Au centre, on trouve un ensemble de vaisseaux qui transportent la sève vers le feuillage, ainsi que quelques vaisseaux plus petits qui ramènent les sucres produits par la photosynthèse vers les racines. C’est en effet la racine à proprement parler qui ressemble beaucoup à son ancêtre, la racine terrestre.
Tout autour de ces vaisseaux se trouve le vélamen protecteur. Il s’agit du tissu verdâtre qui se cache sous l’enveloppe grisâtre extérieure, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous. La racine du haut est celle d’un phalaenopsis, bien joufflue, qui devrait offrir une excellente réserve d’eau à la plante. Celle du bas est une racine de cattleya dont une section centrale plus longue a été dénudée pour en démontrer la continuité longitudinale. D’une espèce botanique à une autre, les proportions des composantes de la racine à vélamen varient donc beaucoup; certaines sont plus charnues que d’autres, probablement pour répondre à des exigences accrues de l’espèce dans son habitat naturel.

Le vélamen s’adapte aux conditions environnantes lors de sa construction
Chez une même orchidée, on peut souvent observer d’importantes variations morphologiques des racines. Pour illustrer ce phénomène, j’ai mené une petite expérience: j’ai privé de lumière quelques racines en croissance, comme si elles se développaient dans un substrat opaque. J’ai donc recouvert trois racines d’un phalaenopsis vigoureux de ma collection avec une feutrine synthétique entourée d’un ruban adhésif réfléchissant. Une quatrième racine du même groupe est restée aérienne pour se développer à l’air libre, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, à gauche. Ce petit montage avait pour but de bloquer la lumière avant qu’elle n’atteigne le groupe de trois racines basses, afin d’observer l’effet sur leur développement. Il est resté en place pendant environ six mois, soit le temps nécessaire à l’émergence complète de ces quatre racines.
Évolution des racines
Sur la photo de droite, on peut observer en gros plan la différence importante de diamètre entre les trois racines qui se sont développées dans l’emballage protecteur. En moyenne, le diamètre des racines protégées de la lumière est la moitié de celui des racines de référence restées aériennes! En ce qui concerne le volume de vélamen, la racine aérienne est donc quatre fois plus volumineuse par unité de longueur que les sections situées sous l’emballage protecteur. L’une d’elles a réussi à sortir de l’emballage et a repris un développement plus vigoureux, stimulée à nouveau par la lumière. La différence de diamètre entre la partie «obscure» et la partie éclairée est frappante. Pour faciliter l’observation des changements morphologiques, les racines de cette petite expérience ont été coupées et alignées sur un fond noir, comme on peut le voir sur la photo suivante.


Une fois construites, les racines aériennes et celles de substrat ne sont plus interchangeables
Les racines à vélamen sont donc à géométrie variable, car elles s’adaptent à leur milieu environnant au moment de leur formation. Les racines aériennes sont typiquement joufflues et très absorbantes, mais peuvent sécher assez rapidement sans souffrir d’asphyxie, car elles sont à l’air libre. Celles qui sont dissimulées dans le pot seront plus minces et moins absorbantes, mais elles pourront puiser de l’humidité dans leur environnement immédiat pour compenser la réserve limitée du vélamen. Dans ce cas, les espaces libres entre les particules de substrat permettent des échanges gazeux suffisants pour éviter le pourrissement des racines.
Mais attention, cet équilibre entre humidité et échanges gazeux est délicat. Les racines aériennes et leurs cousines dissimulées dans le substrat ne sont notamment pas interchangeables. En effet, une racine qui s’est développée dans le substrat (et qui est donc moins absorbante) aura beaucoup de mal à survivre à l’air libre, à moins d’être très fréquemment arrosée afin de refaire régulièrement ses réserves d’eau. Inversement, une racine aérienne (joufflue et plus absorbante) finira par pourrir si elle est forcée dans le pot, car l’humidité constante autour d’elle réduira sa capacité à respirer normalement.
Pour plus de détails sur les racines des orchidées, consultez ma chronique sur ce sujet.
Conséquences sur la culture des orchidées épiphytes
Pour cultiver les orchidées avec succès, il faudra donc apprendre à maîtriser cet équilibre délicat entre hydratation et respiration des racines. En général, il faudra laisser sécher le substrat entre les arrosages pour permettre les échanges gazeux. Évidemment, le cycle d’hydratation/respiration sera très différent selon qu’il s’agit d’une racine aérienne (qui sèche en 24 à 48 heures) ou d’une racine de substrat (qui nécessite plusieurs jours, souvent 7 à 10 jours, dans des conditions de culture courantes).
Pour les orchidées dont les racines sont surtout aériennes (comme les vandas), l’arrosage se doit d’être fréquent, car il s’agit de réhydrater des racines aériennes. Lorsque l’orchidée possède un bon réseau racinaire dans le substrat, il faut arroser très abondamment pour bien humecter les racines et le substrat. Cela permettra de constituer une réserve d’eau pour une plus longue période.
Toutefois, dans tous les cas, il est important de laisser sécher entre chaque arrosage afin de permettre les échanges gazeux nécessaires à la chimie interne des racines. Les périodes sèches permettent également de réduire les risques d’infections bactériennes et fongiques. Pour vérifier que le substrat est suffisamment sec avant d’arroser, il suffit de soulever le pot: il sera beaucoup plus léger lorsque le substrat sera sec. Dans le doute, on peut également utiliser de petits bâtonnets de bambou qu’il suffit de piquer dans le substrat pour savoir s’il reste un peu d’humidité.
D’autres conseils
Plusieurs orchidophiles expérimentés redirigeront délicatement les racines aériennes émergentes vers le substrat afin d’encourager leur développement dans le substrat plutôt qu’à l’air libre. Les racines suivront ainsi un cycle d’hydratation/respiration de 7 à 10 jours, au lieu du cycle de 1 à 2 jours exigé par les racines aériennes. Cette opération n’est toutefois pas toujours possible, ni même souhaitable. Certains genres botaniques ne s’y prêtent pas. Mais lorsque c’est possible, l’entretien de la collection peut être grandement simplifié.
Pour faciliter la redirection des racines aériennes vers le substrat, il est possible d’utiliser un surfaçage de sphaigne. Après avoir soulevé une pincée de mousse de sphaigne, on inclinera la racine préalablement humidifiée vers le substrat. On la recouvrira ensuite de sphaigne humide afin de la maintenir en place. La jeune racine pourra ainsi poursuivre sa croissance en optimisant sa morphologie.


Merci de nous éclairer sur le système complexe de survie des orchidées.
Au rempotage de mes phalaenopsis, j’avais l’habitude d’essayer d’intégrer leurs racines aériennes (souvent très longues et un peu encombrantes, et donc sujettes à être abimées par les pots voisins) dans leur nouveau pot.
Je pensais bien qu’elles avaient une nature légèrement différente de leur consœurs empotées mais pas à ce point.
Je vais tester la sphaigne humide pour essayer de leur faire prendre plus précocement le chemin du substrat.
Merci encore et au plaisir de vous lire !
Merci pour vos chroniques » orchidée » j’adore ces plantes mais elles finissent toujours par pourrir je fais des arrosage aux 10 jours parfois 2 semaines je la laisse égoutter 15 min à 1 heure mais je trouve des racines terestre qui noircissent et pourrissent. Y’a t’il autre chose à surveiller ? Les racines aériennes sont belles et les feuilles continuent de poussées …
Bonsoir Annie, merci pour ton commentaire. Il faut se méfier des cache-pots qui étouffent les racines des orchidées. Les orchidées sont souvent vendues avec un cache-pot en plastique que l’on peut tolérer pendant quelques jours, mais il faut ensuite en sortir la plante pour éviter l’asphyxie des racines à moyen terme. On peut également utiliser un cache-pot beaucoup plus grand et/ou perforé pour laisser l’air circuler librement.
Dans la dernière photo de votre article, les racines me semblent très denses et occuper tout l’espace, j’aurais tendance à remporter dans un pot plus grand. Est-ce que je me trompe?
Oui, Céline, il est préférable d’utiliser des pots assez justes, dans lesquels les racines occuperont tout l’espace disponible. Cela permet d’obtenir une déshydratation uniforme du substrat, sans zone humide en permanence.
Il faudra rempoter quand le substrat sera dégradé ou quand il y aura un début de pourriture des racines. Pour l’instant, le substrat est beau et la plante se porte bien. Pas touche !
Bonjour
J’étais très heureuse d’avoir enfin trouvé une place qui rendait mon orchidée heureuse. Elle avait fait 2 boutons. Malheureusement, ceux-ci ont séché. Avez-vous des conseils, j’en voit un troisième qui pousse et je ne voudrais pas qu’il se passe la même chose. J’arrose mon orchidée une fois par semaine en faisant tremper le pot une quinzaine de minutes et je vaporise une fois par mois de l’engrais pr orchidée sur les feuilles et les branches.
Un gros merci d’avance
C’est assez souvent le cas en hiver – lorsque l’humidité de l’air ambiant baisse sous les 50%. Voir les suggestions publiées dans une chronique précédente pour augmenter l’humidité ambiante.
https://jardinierparesseux.com/2025/11/25/adapter-les-pratiques-horticoles-eclairage-artificiel-orchidees/
Je ne recommande pas l’application d’engrais sur le feuillage. C’est très peu efficace et risqué pour la plante.
Bonne chance
Attention aux courants d’air si la plante se trouve à proximité d’une porte extérieure. L’air froid d’hiver peut « figer » un bouton à fleurs à un point où le bouton ne peut pas récupérer…
Bonjour, D’abord merci pour ces chroniques. Elles sont riches d’informations et nous permettent de mieux comprendre ces magnifiques espèces. J’aimerais comprendre pourquoi dans les jardinneries, les orchidées ont rarement des racines aériennes.
C’est une bonne observation. Je me pose souvent la question. En culture domestique (intérieure), les racines aériennes sont peu utiles. Elles nuisent souvent à l’esthétique de la plante. Je vais me renseigner pour en savoir un peu plus.
Merci pour vos conseils,que penser vous de ceux qui font pousser en hydro leurs horchidées avec à peine le bout des racines dans l’eau ?
L’hydroponie est assez rarement utilisée avec les orchidées. Certains utilisent des billes d’argile comme substrat (pour leur très longue durée) mais le surplus d’eau est généralement drainé hors du pot entre les arrosages ce qui permet aux racines de respirer comme elles le feraient dans un substrat d’écorce traditionnel.
Excellentes explications,
Merci.