Avouez que le titre en jette, hein! Non, je ne parle pas d’un raton laveur ou de votre mari (!), mais bien d’un pollinisateur ultra-performant et très présent.
(Je sais que les «promeneux de pollen», sont les vedettes de la décennie côté écologie. Un papillon, une fourmi, un colibri: on finit toujours par mentionner que «en plus, c’est un super pollinisateur!». Mais ma vedette du jour est vraiment exceptionnelle, je le promets.)
Gisèle m’a écrit l’année dernière pour me demander un article sur cette vedette des plates-bandes et, mieux vaut tard que jamais, le voici. Il fait pas mal de bruit, il est partout, il fait un peu peur quand on ne le connaît pas, mais il est au fond doux et gentil comme un gros nounours. Je vous parle du bourdon!
Jaune et noir
Avant d’approfondir sur le sujet, je dois vous guider pour identifier l’insecte correctement. Il existe une grande confusion chez les insectes jaunes et noirs, alors laissez-moi remettre les pendules à l’heure.
Commençons avec une mouche sosie des guêpes et abeilles, j’ai nommé le syrphe. Vous avez postillonné en disant ce mot à voix haute? C’est normal!
Cette mouche est inoffensive: sa couleur sert à effrayer les potentiels prédateurs. Les animaux qui la prennent pour une piqueuse la laissent tranquille. Honnêtement, vous la chasseriez d’un revers de main, vous?
Évidemment, quand on y regarde de plus près, on reconnaît bien la mouche: ses antennes courtes, sa forme générale, ses gros yeux et son patron de vol saccadé, comportant du surplace, sont très caractéristiques.
Une guêpe a une taille fine. Elle peut piquer plusieurs fois, est généralement agressive et est une prédatrice. L’adulte se nourrit d’à peu près n’importe quoi: nectar, fruits, sève, miellat de puceron (C’est quoi, ça, du miellat? Globalement: du caca de puceron.) et d’insectes comme des cochenilles. Les larves, quant à elles, sont 100% carnivores. Ce sont les adultes qui chassent pour elles toutes sortes de petits insectes. Elles sont des alliées très importantes pour éliminer des nuisibles des cultures.
Les abeilles n’ont pas de taille et sont fréquemment poilues. Il existe environ 20 000 espèces et la majorité n’est PAS jaune et noir. Certaines abeilles sont magnifiques: bleues, vertes, métalliques, grosses, petites, il en existe de toutes les sortes.
Elles se nourrissent majoritairement de nectar et ce mode de vie les rend plutôt pacifiques, contrairement aux guêpes, qui sont prédatrices. De plus, ce ne sont pas toutes les abeilles qui piquent. Certaines peuvent mordre pour se défendre. Celles qui ont un dard peuvent parfois piquer plusieurs fois, et d’autres, comme l’abeille à miel, ne peuvent piquer qu’une fois, après quoi elle meurt. La raison de ce décès est qu’une fois le dard planté dans la peau, il ne ressort pas. Quand l’abeille repart, une partie de ses organes reste accrochée au dard, qui est lui-même coincé dans la peau de sa victime, entraînant la mort rapide de l’insecte.
Les abeilles ne produisent pas toutes du miel. En fait, on estime que 9 espèces sur 10 sont solitaires, mais comme l’abeille à miel est semi-domestiquée, leur nombre et leur proximité avec les hommes donnent l’impression qu’une abeille, c’est toujours une abeille à miel.
Nous arrivons à notre sujet du jour, le bourdon… qui n’est autre qu’un genre d’abeille! Vous m’avez vue venir? Allons, il y avait plein d’indices: pas de taille, pas agressif, poilu, se nourrit de nectar, c’est tout lui!
Le bourdon
Trapu, gros, rond et velu: tel est le bourdon. Il est généralement plus gros que ses sosies, bien qu’il existe plusieurs espèces dans le genre Bombus. Tout comme l’abeille à miel, les bourdons vivent en colonies composées d’une reine, d’ouvrières et de mâles et… ils font du miel! N’en cherchez pas à l’épicerie cependant, il ne se récolte pas sur de jolis rayons comme celui de sa cousine domestiquée.
Si vous avez une colonie chez vous, le mieux à faire est de ne pas s’en occuper puisque son cycle de vie est annuel: une femelle fécondée (la reine) trouve une cavité au printemps, comme un trou de souris ou une cabane d’oiseaux, où elle pondra ses premiers œufs et commencera une colonie. L’été, elle reste dans la bourdonnière et se fait nourrir par les ouvrières. À l’automne, les mâles et femelles fertiles quittent le nid pour se reproduire. Ces femelles, nouvelles reines, trouvent séparément des cachettes pour l’hiver et le reste de la colonie… meurt. La reine est la seule à survivre jusqu’à la prochaine saison et elle ne reviendra pas s’installer au même endroit.
Notons au passage que cette illustre dame couronnée mesure jusqu’à 32 millimètres chez certaines espèces. C’est plus qu’un pouce, ça!
Les pissenlits, c’est pour lui!
Une adaptation tout à fait fascinante du bourdon est son endothermie. Son quoi? Sa capacité à fabriquer de la chaleur dans son corps, tout comme nous, les autres mammifères, les oiseaux, etc. Cependant, il tolère un plus grand écart de température interne que les humains, ce qui en fait un endotherme poïkilotherme. À l’opposé, nous sommes des endothermes homéothermes, dont la température corporelle est stable. Je sais, je sais, vous aimez ça, le jargon!
N’empêche, le bourdon est un des plus petits animaux à être à «sang chaud». (Je mets des guillemets, car c’est un terme assez large: les pointilleux, restez tranquilles!) C’est rare chez les insectes. Le battement de leurs ailes, leur bourdonnière souvent enterrée, les lignes noires qui captent la chaleur, ainsi que la fourrure sont tous des moyens de garder leur chaleur. Cette capacité à se réchauffer de manière autonome permet aux bourdons d’être parmi les premiers insectes actifs au printemps (tondez-vous en mai?), et les derniers à se retirer à l’automne.
Bruyant et vibrant
Vous l’avez déjà entendu bourdonner, non? Le bourdon a la particularité de faire beaucoup de bruit avec ses ailes, ainsi qu’avec la vibration de son thorax. C’est ainsi qu’il communique avec ses congénères et qu’il a la capacité de faire de la pollinisation vibratile.
Je voulais faire une blague de vibrateur, mais Larry l’a déjà faite dans cet article qui explique très bien l’effet de la vibration lors de la pollinisation. S’il a pallié le manque de bourdons avec une brosse à dents électrique pour avoir des tomates, sachez que plusieurs fleurs ont évolué pour être pollinisées par un type d’insecte en particulier. Ce n’est pas un hasard ou une erreur évolutive si ces fleurs ont besoin d’une vibration pour être fécondées.
Une fleur doit recevoir le pollen d’une autre fleur de la même espèce. On ne pollinise généralement pas les roses avec des tulipes, n’est-ce pas? Pour éviter que les pollinisateurs ne visitent n’importe quelle fleur et n’amènent pas le bon pollen à la bonne place, des plantes ont développé des mécanismes qui permettent à certains types de pollinisateurs bien précis d’avoir leur nectar. Ainsi, le colibri, qui peut fouiller les fleurs profondes, aura plus de chance d’y trouver du nectar si les abeilles n’y sont pas déjà passées. Il sera donc attiré par ces fleurs.
D’autres fleurs ont évolué pour des pollinisateurs qui peuvent les rudoyer légèrement par vibration. C’est le cas d’une de nos plantes printanières: l’uvulaire à grandes fleurs. Celle-ci a de longs pétales mous et pendants que seuls les insectes vibrants arrivent à pénétrer. Les insectes du genre Bombus, actifs tôt au printemps, ont pratiquement l’exclusivité de sa pollinisation.
Mais ça pique?
En cas de menace, la femelle pique. Elle ne perd pas son dard, ce qui lui permet de piquer plusieurs fois. Cependant, tout comme sa cousine l’abeille à miel, le bourdon est peu agressif. À moins de menacer le nid ou de l’écraser, c’est un insecte qui est sans danger.
Observez-le butiner dans votre pelouse et vos plates-bandes, il est tout à fait extraordinaire de le voir sortir la langue pour aspirer le nectar. Il arrive même qu’il se pose sur nous et qu’il nous lèche. Apprenez à canaliser votre côté zen si vous voulez en arriver là, moi, je les préfère quand même dans les fleurs!
Attention. Il est à noter que les composés du venin du bourdon sont les mêmes que chez l’abeille domestique. Les réactions varient beaucoup d’une personne à l’autre en fonction de votre sensibilité. En cas d’allergie aux abeilles, vous êtes probablement aussi allergique aux bourdons. C’est bien d’être zen, mais restez prudents: tenter de vous faire lécher par un bourdon n’est peut-être pas une activité pour vous.

