Quand peut-on semer et repiquer nos légumes sans craindre le froid?

Par défaut
20180522A marksvegplot.blogspot.ca.JPG

De beaux plants de tomate qui s’acclimatent aux conditions d’extérieur. Ne risquez pas de rater leur culture en les repiquant trop tôt! Source: marksvegplot.blogspot.ca

Les jardiniers amateurs passent par le même questionnement à chaque printemps: quand peuvent-ils semer ou planter leurs légumes en toute sécurité, sans craindre les nuits fraîches? Bien sûr, la plupart de ces plantes ne toléreront pas le gel, donc vérifiez toujours auprès d’un service météo pour connaître la prévision à moyen et même à long terme quand la saison de plantation approche. Cependant, si vous voyez qu’il ne semble plus y avoir de risque de gel, est-ce suffisant? Parfois, les nuits sont encore froides, mais les journées sont chaudes. Est-ce que cela peut convenir?

Voici quelques conseils.

Semis direct

20180522B Fr.jpg

Source: worldartsme.com

Semer des graines est un peu moins risqué pour le jardinier que de repiquer au jardin des légumes semés à l’intérieur. Dans la plupart des cas, si la température du sol est un peu fraîche, cela ne fera que retarder un peu la germination. Quand les graines finissent par germer, c’est que la température de sol est désormais assez chaude, et les semis pousseront normalement. Donc, si vous semez des graines un peu tôt, cela ne retarde pas nécessairement la récolte à venir.

On peut classer les légumes à semer en pleine terre en deux catégories : ceux de climat frais et ceux de climat chaud.

Les légumes de climat frais (betteraves, carottes, laitues, oignons, persil, panais, radis, etc.) germent à des températures assez basses et vous pouvez logiquement les semer quand la température du sol a atteint 7 °C. Les navets, les différents choux (brocoli, chou frisé, chou-fleur, etc.), la bette à carde (blette) et le maïs tout comme les tubercules de pommes de terre tolèrent un sol frais, mais un peu moins: un semis quand la température du sol a atteint 12 °C est plus sûr. Attendez toutefois que le sol atteigne 21 °C avant de semer des légumes de climat chaud comme les haricots, les concombres, les courges et les melons.

Vous pouvez trouver un thermomètre de jardin, conçu pour mesurer la température du sol, à peu de frais dans une jardinerie ou en ligne. Prenez la température à environ 10 cm de profondeur.

La lune a-t-elle une influence sur le gel?

20180522D Myriams-Fotos, pixabay.com & www.stickpng.com  .jpg

Non, la lune n’a aucune influence sur la température. Source: Myriams-Fotos, pixabay.com & http://www.stickpng.com

La croyance populaire veut que le risque de gel disparaisse après la pleine lune de… avril, mai, juin, etc., selon votre climat local (chaque région a sa variation). J’y croyais moi-même autrefois, jusqu’à ce que je perde presque tous mes semis au gel deux années d’affilée. À la suite de cet échec, je me suis assis pour comparer la véritable date du dernier gel avec la date de la pleine lune (des informations à ce sujet sont facilement disponibles sur Internet pour n’importe quelle localité) sur une période de 20 ans. Il n’y avait aucun — mais vraiment aucun— rapport. C’est juste un autre mythe horticole.

Tout comme la croyance qui veut qu’on puisse planter en toute sécurité quand les feuilles de chêne atteignent la taille d’une oreille de souris (une croyance chère à mon père). C’est vrai que les chênes produisent généralement leurs feuilles assez tardivement, après le dernier gel de la saison, mais même eux se font parfois prendre. Vous ne pouvez pas faire confiance à dame Nature quand il est question de gel!

Repiquage en pleine terre

20180522F www.veggiegardener.com.jpg

Qui veut risquer de perdre ses semis au gel par une plantation trop hâtive? Source: www.veggiegardener.com

Pour les semis faits à l’intérieur, la situation est plus sérieuse. Vous avez soigneusement semé les graines de nombreux légumes à l’intérieur pour leur donner une longueur d’avance sur la saison et vous en avez pris soin pendant des semaines. Vous ne voulez certainement pas risquer de les tuer ni nuire à leur progrès quand vous les plantez!

Puisque les légumes déjà en croissance sont immédiatement exposés à la température nocturne de l’air en plus d’être exposés à la température du sol (les semis ne subissent que cette dernière au début), vous devez en tenir compte. Et, passé un certain point au printemps, le sol, qui a absorbé la chaleur du soleil pendant toute la journée, est souvent nettement plus chaud que l’air la plupart des nuits. Aussi, rappelez-vous que même lorsque les températures nocturnes se réchauffent, vous devez toujours tenir compte de la possibilité d’une gelée tardive (encore, fiez-vous davantage aux prévisions météorologiques qui sont relativement fiables qu’aux croyances populaires).

Acclimatation

20180522c WorldVegetableCenter

Il faut acclimater les semis avant de les planter en pleine terre. Source: WorldVegetableCenter

Notez que vous devez acclimater les semis aux conditions d’extérieur avant de les repiquer en pleine terre, et cela, en leur donnant quelques jours à l’ombre suivis de quelques jours à la mi-ombre avant de les exposer au plein soleil. Vous pouvez facilement commencer à le faire jusqu’à 10 jours avant le moment auquel vous pensez les transplanter au potager, même si les températures nocturnes sont encore assez frisquettes, tant que les températures de jour sont assez chaudes. Mais rentrez-les la nuit si la température est censée baisser à moins de 15 °C (21 °C pour les plus frileux).

Il y a bien quelques légumes de climat frais qu’on sème souvent à l’intérieur, comme les laitues, les oignons, les poireaux et, encore une fois, les différents choux. Vous pouvez les planter au jardin assez tôt, lorsque les températures nocturnes restent au-dessus de 7 ° C (et que, bien sûr, il n’y a plus de risque de gel!).

La plupart des légumes de climat chaud peuvent tolérer des températures fraîches (mais pas froides) la nuit, mais cela ralentit leur croissance et retarde la récolte. Si vous plantez un plant de tomate, par exemple, trop tôt et qu’il subit des nuits froides, il entrera dans un état de choc et prendra parfois jusqu’à deux semaines avant de s’en remettre. Ne serait-il pas mieux alors d’attendre des conditions vraiment propices pour sa culture afin qu’il puisse se mettre à pousser vigoureusement tout de suite?

Calculez que la température nocturne minimale que peut subir un plant de tomates sans séquelles est de 12 °C. Si la température risque de baisser plus que cela, vous feriez mieux de le couvrir la nuit.

Les autres légumes de climat chaud sont encore moins heureux avec les nuits fraîches que les tomates. Je suggère 18 °C pour les concombres et les poivrons et 21 °C pour les aubergines, les melons, le gombo et les courges (y compris les citrouilles et les courgettes).

J’espère que les informations ci-dessus vous aideront à décider quoi planter et quand!20180522A marksvegplot.blogspot.ca

Publicités

Moins d’engrais moins souvent pour une belle pelouse

Par défaut
20180521A dir.indiamart.jpg

Avec un engrais 1-étape pour la pelouse , une application annuelle suffit. Source: dir.indiamart.com, montage: jardinierparesseux.com

Il n’est pas nécessaire d’appliquer autant d’engrais sur la pelouse qu’il est recommandé par les vendeurs de fertilisants, ni aussi fréquemment. Les traitements appliqués trois ou quatre fois par été habituellement recommandés coûtent cher et nécessitent beaucoup d’efforts de votre part. Une seule application d’engrais à dégagement lent (souvent étiqueté «engrais 1-étape»), de préférence biologique, au printemps ou à l’automne, fertilisera amplement la pelouse pendant tout l’été.

20180521B www.mrcdrummond.qc.ca.jpg

Fertilisez aussi votre gazon avec ses propres rognures. Source: http://www.mrcdrummond.qc.ca

D’ailleurs, si vous laissez les rognures de gazon se décomposer sur place après chaque tonte (on appelle cela l’herbicyclage), vous donnez déjà au gazon au moins la moitié des minéraux dont il a besoin. Ainsi, quand vous appliquez votre engrais à dégagement lent, vous pouvez diminuer le taux d’application de moitié : encore plus d’argent dans vos poches!

De plus, comme ces engrais à dégagement lent libèrent leurs minéraux peu à peu au cours de la saison, les graminées les absorbent à mesure de leur dégagement et alors vous pouvez les appliquer sans craindre de polluer la nappe phréatique et les cours d’eau.

Moins d’engrais moins souvent pour une aussi belle pelouse et de façon écoresponsable… pourquoi pas?20180521A dir.indiamart.jpg

La règle des 15 pas

Par défaut
20180520A www2.scouts.ca, thenounproject.com & worldartsme.com .jpg

Dans le jardin, les petites infestations ne nécessitent pas nécessairement de traitement. Source: www2.scouts.ca, thenounproject.com & worldartsme.com, montage: http://www.jardinierparesseux.com

Oui, la perfection existe… dans certaines œuvres d’art, mais pas dans le jardin. Il y a presque toujours quelque chose qui cloche: un insecte qui perce des trous dans une feuille, des feuilles inférieures d’une vivace saupoudrées de blanc, etc.

Il est aussi excessif qu’inutile de courir chercher le pesticide le plus puissant au premier signe d’un problème. Souvent, l’insecte ayant causé les trous est déjà parti… et le blanc est généralement l’étape finale d’une maladie commencée il y a plusieurs semaines. Sa propagation étant déjà arrêtée, à quoi bon appliquer un traitement? De plus, souvent des insectes bénéfiques sont déjà à l’œuvre et régleront le problème… si vous ne les empoisonnez pas!

Quand la maladie, l’insecte ou le «problème» est mineur et sans conséquence à long terme, il n’est probablement pas nécessaire de traiter. De toute façon, quelques feuilles percées, mâchouillées, boursouflées, etc. ne déparent l’aménagement que si vous regardez de près.

C’est pour cette raison que je vous suggère d’appliquer la «règle des 15 pas». Elle est si facile! Avant de traiter, reculez de 15 pas: si le problème n’est pas évident à cette distance, ce n’est probablement pas un problème qu’il vaille la peine de traiter!

Parmi les problèmes «sans gravité» qu’il est rarement nécessaire de traiter, il y a les mineuses, le blanc en fin de saison, les galles, le jaunissement des feuilles inférieures, etc.

La curieuse influence de la longueur du jour sur l’oignon

Par défaut
20180519A clipartix.com & www.abc-color.com.jpg

La longueur du jour a beaucoup d’influence sur la formation du bulbe chez l’oignon. Il faut choisir la bonne sorte selon vos conditions de jardinage. Source: clipartix.com & http://www.abc-color.com, montage: jardinierparesseux.com

Quand vous plantez des oignons (Allium cepa), vous vous attendez à ce qu’ils poussent pendant tout l’été et, à la fin de la saison, à récolter de beaux gros bulbes. Et tant que vous achetez vos semences localement, c’est ce qui arrivera. Mais saviez-vous que la bulbaison de l’oignon dépend de la longueur du jour? Et que si vous cultivez le mauvais type d’oignon, le bulbe ne se formera pas?

Voici une explication.

Trois catégories

Il y a en fait trois catégories d’oignons. Les oignons de jour long, de jour court et intermédiaires (de jour neutre).

20180519C imgur.com.jpg

Voici les 35parallèles nord (rouge) et sud (vert). Ils aident à déterminer quels oignons on peut planter. Source: imgur.com

Les oignons de jour long se cultivent dans le Nord*, au-dessus du 35parallèle, donc partout au Canada et dans le nord de la France et au nord d’une ligne allant de San Francisco à la frontière nord de la Caroline du Nord aux États-Unis. Il leur faut 14 à 16 heures de soleil par jour, sinon, aucun bulbe ne se forme. On les plante tôt au printemps pour une récolte à la fin de l’été. Les catalogues de semences des régions nordiques n’offrent habituellement que ces variétés. Ce sont des oignons au goût fort et qui s’entreposent bien.

*Dans l’hémisphère Sud, évidemment, la situation est inversée.

Les oignons de jour court se cultivent aux environs du 35e parallèle et jusqu’à l’Équateur, car ils ne produisent pas de bulbe sous les jours longs du Nord. Ils forment des bulbes quand les jours atteignent de 10 à 12 heures. On les plante habituellement à l’automne pour une récolte au printemps dans ces régions au climat doux. Évidemment, en Afrique et ailleurs sous les tropiques, ce sont les oignons à cultiver. Leur goût est plus doux que celui des oignons de jour long et ils ne se conservent pas bien.

20180519B gardenerd.com.jpg

Les oignons de jour long ne produisent de bulbe que sous l’influence de jours de plus de 14 heures. Source: gardenerd.com

Les oignons intermédiaires (de jour neutre) produisent des bulbes sous l’effet des jours de 12 à 14 heures. On les plante au printemps dans le Nord pour une récolte à la fin de l’été et à l’automne dans le Sud pour une récolte au printemps. Ils donnent habituellement leur meilleur rendement dans les environs du 35eparallèle, donc dans le midi de la France et dans le sud des États-Unis. Ils sont aussi intermédiaires en goût et en durée de conservation.

Si vous cultivez un oignon dans la mauvaise région, il poussera, mais aucun véritable bulbe ne se formera. On pourra toutefois l’utiliser comme oignon vert.

L’utilité de cette information?

Tant que vous cultivez des oignons à partir de semences ou d’oignonets produits localement, cette information ne vous sera pas très utile. Mais si vous commandez des semences par la poste, il est important de prendre en considération leur provenance.20180519A clipartix.com & www.abc-color.com

Une barrière anti-insectes

Par défaut
20180518A rhinowindows.info.jpg

La couverture flottante laisse entrer l’air, l’eau et le soleil, mais pas les insectes indésirables. Source: rhinowindows.info

Un des «pesticides» les plus curieux qui soit est la couverture flottante, aussi appelée voile anti-insectes, filet d’exclusion ou toile flottante («floating row cover» ou «frost cover» en anglais). Il s’agit d’une étoffe translucide et très légère qui laisse passer l’eau de pluie, l’air et, bien sûr, la lumière du soleil.

À l’origine, ce produit fut conçu pour offrir aux légumes semés tôt au printemps quelques degrés de protection contre le gel… mais je pense que la plupart des jardiniers qui s’en servent aujourd’hui l’utilisent davantage pour protéger leurs cultures contre les insectes nuisibles.

Voici comment elle fonctionne.

20180518B www.amazon.com.jpg

Des doryphores (bibittes à patate en bon québécois) bien frustrés! Ils peuvent voir et sentir leur plante-hôte, la pomme de terre, mais ne peuvent pas l’atteindre. Source: www.amazon.com

Il s’agit de recouvrir lâchement le rang ou le carré du légume susceptible d’être attaqué par un insecte nuisible volant de la toile flottante et de retenir cette dernière sur les bords avec des piquets, des briques, de la terre ou des pierres, afin qu’elle ne parte pas au vent. La marge doit être pressée contre le sol ou même enterrée pour empêcher les prédateurs de pénétrer le secteur à partir du sol.

Quand les plants lèvent, l’insecte trouve vite sa proie préférée grâce à l’odeur qu’elle dégage et se pose sur la couverture, prêt à la bouffer. Mais horreur! Il ne peut pas pénétrer la barrière. Il fait les cent pas, tourne en rond, mais il n’y a rien à faire. Affamé, il finit par s’en aller ou encore, il meurt tout simplement, faute de pouvoir se nourrir.

La couverture flottante est très utile contre une vaste gamme d’insectes: 

  • altises
  • chenilles
  • cicadelles
  • coléoptères
  • doryphores de la pomme de terre
  • mineuses
  • mouches de la carotte, du chou et de l’oignon
  • pucerons
  • sauterelles
  • scarabées
  • teignes du poireau
  • thrips
  • vers gris (espèces migratoires)
  • et beaucoup d’autres

Essentiellement, si l’insecte vole ou saute pendant que la toile est en place, elle peut l’empêcher d’atteindre la plante. Elle peut même exclure les limaces et les escargots… du moins, s’il n’y en avait pas qui hivernaient dans le sol du secteur recouvert.

Pas besoin de support

20180518C www.gardening-guy.com.jpg

Les jardiniers forcenés aiment bien installer des tuteurs ou des cerceaux pour soulever la toile, mais cela va à l’encontre de la nature même du produit. Si on appelle ce produit « toile flottante», c’est qu’elle lève avec les plantes et n’a pas donc besoin d’autre support. Source: www.gardening-guy.com

La toile est tellement légère qu’elle lève avec les plantes à mesure de leur croissance (c’est pour cela qu’on la dit «flottante»), donc, elle n’a pas besoin d’une structure pour la surélever. Autrement dit, ce n’est ni un tunnel ni une mini-serre.

Par contre, beaucoup de jardiniers plus zélés que moi aiment bien installer des piquets ou des cerceaux et l’utilisent comme si c’était une tente. Après tout, ils semblent se dire, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Un bémol

La couverture flottante n’est pas sans défauts, toutefois.

20180518D rurification.blogspot.ca.jpg

Il faut enlever la toile quand les légumes-fruits commencent à fleurir afin de donner accès aux abeilles et aux autres pollinisateurs. Source: rurification.blogspot.ca

D’abord, elle exclut tous les insectes, même les insectes pollinisateurs. Pour les légumes nécessitant une pollinisation, comme les courges, les concombres, les poivrons et les autres légumes-fruits, il faut ouvrir ou enlever la toile dès que les premières fleurs s’épanouissent.

Aussi, elle peut tenir les plantes trop au chaud pendant les périodes de canicule. Quand la température sous la toile dépasse 30 °C, il peut être sage de l’enlever.

Évidemment, une fois la couverture enlevée, vos plants seront alors de nouveau exposés aux insectes nuisibles, mais normalement, ce sera après le premier cycle de leur ennemi. Et habituellement, la population de l’ennemi, privé de sa source principale de nourriture au début de la saison, est désormais tellement réduite qu’il ne cause plus de dégâts dignes de mention. De plus, vos plants seront alors mieux développés et donc plus en mesure de résister si une deuxième génération de l’insecte devait se présenter.

Rotation obligatoire

Pour que cette technique soit efficace, il faut toujours faire une rotation des cultures, sinon, quand l’insecte sortira du sol au printemps, car il se terrait là où se trouvait sa plante-hôte l’année précédente, il se trouvera à l’intérieur de votre barrière anti-insectes et pourra alors s’en donner à cœur joie. Pas trop efficace, n’est-ce pas?

Durée de vie

20180518E www.westcoastseeds.com.jpg

Normalement, une toile flottante devrait durer au moins 4 ans. Source: www.westcoastseeds.com

Sous des conditions d’utilisation normales, on peut estimer qu’une toile flottante aurait une vie utile d’environ 4 ans.

Pas d’insecticides

Évidemment, l’utilisation d’une toile flottante permet de produire d’excellentes récoltes sans devoir utiliser des insecticides potentiellement nuisibles pour l’environnement.


Meilleurs résultats, moins d’efforts? La couverture flottante est parfaite pour le jardinier paresseux!20180518A rhinowindows.info

La rhubarbe: pour les jardiniers patients

Par défaut
20180516A blog.pennlive.com

Rhubarbe (Rheum x hybridum). Source: blog.pennlive.com

Curieuse plante que la rhubarbe. Étant donné qu’elle est cultivée pour son feuillage comestible (en fait, le pétiole de la feuille), les jardiniers la considèrent comme un légume. Mais, en cuisine, son goût sucré acidulé fait qu’on l’emploie dans les desserts… donc plusieurs cuisiniers la classent parmi les fruits! Aux fins de cet article, nous la considérerons comme un légume. Après tout, si vous lisez ce texte, vous êtes sans doute un jardinier!

Cependant, la rhubarbe n’est pas un légume typique non plus. Presque tous nos légumes sont cultivés comme des annuelles, semés au printemps pour une récolte le même été. Toutefois, la rhubarbe est une vivace de longue vie qui ne donnera pas de récolte avant la deuxième ou même la troisième année.

Son histoire

20180417L www.herbalshop.com

Racine de rhubarbe séchée. Source: www.herbalshop.com

La rhubarbe comestible (Rheum spp.) vient de l’Asie, notamment de la Sibérie, mais est cultivée par les Chinois depuis plus de 3000 ans. Elle fut introduite en Europe dès la Grèce ancienne pour sa racine médicinale. D’ailleurs, le nom témoigne de cette introduction, car le mot rhubarbe viendrait du grec rhabarbarum, qui veut dire «rhubarbe barbare». Ici, il faut prendre barbare dans le sens de «étrangère», une indication qu’elle était vue comme une nouveauté venant d’un pays lointain.

20180516B ameliasorganics.comjpg.jpg

On consomme le pétiole sucré et acidulé de la rhubarbe. Source: ameliasorganics.com

Curieusement, bien que la rhubarbe fut cultivée comme plante médicinale pendant des siècles, ce n’est que depuis la fin du XVIIIe siècle qu’on la consomme comme un légume… ou comme un fruit, si vous préférez. Auparavant, on la considérait comme toxique.

Le nom botanique de la rhubarbe de nos jardins vient de changer, car, à la suite d’études sur son ADN, on s’est rendus compte qu’elle est d’origine hybride. Donc, le nom encore couramment utilisé, R. rhabarbarum, ne vaut plus : il faudrait désormais l’appeler R. x hybridum.

Il s’agit d’une plante assez imposante (120-150 cm de hauteur sur 90-120 cm de diamètre) aux grandes feuilles cordiformes vert moyen un peu gaufrées et fortement nervurées et aux pétioles très épais verts ou rouges. Elle produit à la fin du printemps de hautes tiges florales de fleurs blanches ou blanc verdâtre qui sont très attrayantes.

Où la cultiver?

20180517C www.self-reliance.com.jpg

La rhubarbe occupe beaucoup d’espace dans le potager. Elle serait sans doute plus à l’aise dans la plate-bande! Source: www.self-reliance.com

Si la rhubarbe est un légume, logiquement il faut la cultiver au potager, n’est-ce pas? Peut-être pas! Sa pérennité pose un problème dans un potager classique que l’on vide, nettoie et replante tous les ans. Que faire alors avec cette grosse plante permanente qui nous empêche de passer avec le motoculteur (si tel est votre habitude) et qui, de plus, jette de l’ombre sur nos petits légumes avides de soleil? Je suggère de la cultiver plutôt dans la plate-bande, à travers ces autres végétaux pérennes que sont les vivaces. D’ailleurs, avec ses grosses feuilles ondulées, ses pétioles souvent rouges et ses plumeaux blancs, la rhubarbe est une plante fort attrayante.

20180517D www.seedforsecurity.com.JPG

Pourquoi supprimer les fleurs de la rhubarbe dans un élan calviniste? Profitez plutôt de leur beauté! Source: www.seedforsecurity.com

Et non, vous n’avez pas à supprimer les fleurs avant qu’elles ne s’épanouissent, malgré la croyance populaire. Profitez alors pleinement de la beauté de ses fleurs, ne supprimant la tige florale qu’après la floraison pour prévenir la montée en graines et des semis indésirables. Car c’est la montée (production de semences) qui peut — un peu! — affaiblir la plante.

Plantation et entretien

Plantez la rhubarbe au soleil ou, à la rigueur, à la mi-ombre, dans un sol riche, profond et relativement humide, mais quand même bien drainé.

20180517E www.quickcrop.co.uk.jpg

Plantez l’éclat en couvrant les bourgeons de 5 à 10 cm de terre. Source: www.quickcrop.co.uk

Habituellement, on plante des éclats («racines») offerts sur le marché au printemps, bien que l’automne aussi soit une bonne saison pour les mettre en terre. Creusez un trou assez large et profond pour recevoir l’éclat, espaçant les trous d’environ 1,2 à 1,5 m. Ameublissez le sol prélevé en y incorporant beaucoup de compost ou de fumier vieilli. Plantez les éclats de façon à ce que les yeux (bourgeons) soient à 5 à 10 cm de profondeur. Comblez de terre, tassez assez fermement et arrosez bien.

Une application annuelle de compost suffira comme source de matière organique, mais appliquez aussi un engrais biologique tout usage, selon les indications sur l’étiquette, tôt au printemps, car la rhubarbe est une plante fort avide de minéraux.

Vous pouvez pailler la plante pour aider à maintenir un sol légèrement humide et toujours assez frais. Autrement qu’un arrosage occasionnel en période de sécheresse, la plante pousse presque sans soins pendant l’été.

Une plante pour climats frais

20180517F www.mymngarden.com.JPG

Rhubarbe à son réveil printanier. Elle se cultive mieux dans les climats aux hivers frais à froids. Source: www.mymngarden.com

La rhubarbe perd ses feuilles à l’automne et a besoin d’un bon hiver pour bien réussir : plusieurs semaines à moins de 5 °C sont nécessaires pour amorcer une repousse printanière saine et elle peut facilement tolérer des températures de -40 °C, permettant sa culture en zone 3.

Par contre, sa culture dans les régions méridionales (zones 8 et plus) est plus problématique. Parfois, on l’y cultive comme annuelle en semant des graines à l’intérieur l’été pour repiquer la plante en pleine terre pendant la fraîcheur de l’automne et de l’hiver. Dans ce cas, il est possible de récolter des pétioles pendant les mois d’hiver.

De longue vie

20180517M www.mymngarden.com.JPG

Pour diviser la rhubarbe, déterrez la plante et coupez-le en éclats portant de 1 à 3 yeux (bourgeons) avant de replanter. Source: www.mymngarden.com

La rhubarbe peut être laissée au même endroit pendant 20 ans et plus, mais si vous voyez que la vôtre commence à moins produire, ce qui peut arriver après 5 ou 6 ans, n’hésitez pas à la déterrer et à la diviser, ce qui la remet habituellement d’aplomb. On peut la diviser au printemps ou à l’automne.

On voit rarement des problèmes d’insectes sur la rhubarbe, mais les plantes cultivées dans un sol trop humide ou qui ne profitent pas d’une bonne circulation d’air peuvent souffrir de différentes maladies. Habituellement, le traitement est facile : il suffit de les transplanter dans un emplacement plus convenable!

Semis aussi

20180517G www.lasemencebio.com.jpg

Il est moins courant de cultiver la rhubarbe à partir de semences, mais c’est quand même possible. Source: www.lasemencebio.com

Si, traditionnellement, on produit la rhubarbe à partir d’éclats, on peut aussi la semer. On trouve des graines de rhubarbe dans plusieurs catalogues de semences. Si oui, on la sème l’été pour une récolte qui commencera surtout le troisième été.

La récolte

Il faut avoir une certaine patience si vous voulez cultiver la rhubarbe, car il ne faut jamais récolter les pétioles l’année de la plantation et seulement quelques-uns la deuxième année : il faut que la plante soit bien enracinée, donc habituellement la troisième année, avant de vraiment commencer une récolte importante.

20180517H hunterbackyardveggiegrowers.com.jpg

On récolte le pétiole de la rhubarbe. Source: hunterbackyardveggiegrowers.com.

Par la suite, vous pouvez récolter jusqu’au deux tiers des pétioles chaque printemps, laissant les autres en place pour que la plante puisse refaire ses forces. La récolte se fait à la fin du printemps, quand les feuilles arrivent à leur pleine longueur. Mieux vaut arracher les feuilles en les tordant un peu, car en les coupant avec un couteau, il y a davantage de risques de transporter des maladies.

Et saviez-vous que vous pouvez aussi récolter et manger les pétioles restants au début de l’automne? Ils peuvent être amers si l’été a été chaud et sec, mais ils seront encore très bons après un été plus frais et pluvieux.

Blanchissage et forçage

20180517I www.sciencesource.com.jpg

Pot en terre cuite servant à blanchir la rhubarbe. Source: www.sciencesource.com

Dans plusieurs pays, la tradition veut qu’on blanchisse la rhubarbe. C’est-à-dire, qu’on recouvre les pousses printanières d’un contenant opaque dès leur sortie. D’ailleurs, il existe même des «pots à blanchir la rhubarbe» en terre cuite vendus exprès pour cette utilisation. Les aficionados de cette technique prétendent que cela donne un meilleur goût aux pétioles… mais ce procédé est en perte de vitesse.

D’ailleurs, il est aussi possible de forcer la rhubarbe en vue d’une récolte hâtive en l’empotant à l’automne, une technique utilisée par certains maraîchers en vue d’une récolte de primeurs. Si oui, empotez la plante à l’automne, mais laissez-la subir au moins quelques degrés de gel en plein air. Ensuite, remisez le pot au frais et à la noirceur pendant au moins deux mois, gardant le sol toujours un peu humide. Ensuite, exposez-le à une douce chaleur (environ 15 °C). Les pétioles seront prêts à récolter dans environ un mois.

Toxicité… supposée

20180517J www.cookinglight.com.jpeg

On ne mange que le pétiole de la rhubarbe. Le limbe de la feuille serait toxique. Source: www.cookinglight.com

Notez qu’on recommande de ne manger que le pétiole (la «tige» de la feuille) de la rhubarbe. Le limbe (la partie large et verte) serait toxique. Habituellement, on met le blâme sur l’acide oxalique, qui donne aussi le goût suret au pétiole, qui est toxique si consommé en trop grosses quantités et qui est plus concentré dans le limbe. Pourtant, une analyse de la quantité d’acide oxalique contenue dans cette partie de la plante démontre qu’elle n’en contient pas autant que cela : il vous faudrait en consommer plusieurs kilogrammes pour vos rendre malade si c’était seulement l’acide oxalique qui était en cause! Les épinards, que nous consommons régulièrement sans nous empoisonner, en contiennent beaucoup plus!

En fait, on ne sait pas exactement ce qui cause la toxicité de la feuille de la rhubarbe, ni même, en fait, si elle est vraiment aussi toxique qu’on le dit. Certains toxicologistes suggèrent que c’est à cause des glycosides d’anthraquinone qu’elle contient. Mais en fait, la cause de la toxicité de la rhubarbe et même son degré de toxicité demeurent essentiellement un mystère. Je vous suggère de ne pas expérimenter : ne mangez que les pétioles.

Chose certaine, il ne faut pas craindre de mettre les limbes des feuilles de rhubarbe au compost, malgré une croyance populaire qui prétend que cela tuera les microbes bénéfiques. En fait, les microbes sont capables de décomposer presque n’importe quelle toxine naturelle et d’ailleurs, semblent adorer les feuilles de rhubarbe, qu’ils digèrent très prestement. On peut même en mettre dans un composteur un peu lent pour stimuler une décomposition plus rapide!

Un bon pesticide?

20180517K www.canva.com & crazyforcrafts.wordpress.com .jpg

Certains jardiniers rapportent avoir du succès en utilisant une décoction de feuilles de rhubarbe pour contrôler les insectes indésirables. Source: http://www.canva.com & crazyforcrafts.wordpress.com, montage: jardinierparesseux.com

Certains jardiniers font une décoction de rhubarbe en faisant bouillir les feuilles dans de l’eau, puis en vaporisent la solution, avec un peu de savon insecticide pour assurer l’adhésion du produit, sur les plantes infestées d’insectes, notamment les pucerons. Est-ce efficace? J’entends des pour et des contre. Expérimentez et vous verrez.

Variétés

Si vous cherchez, vous trouverez plusieurs cultivars de rhubarbe, mais je n’ai pas de recommandations à vous faire : tous donnent généralement de bons résultats. Les jardiniers semblent de plus en plus préférer les variétés à pétioles rouges, comme ‘Victoria’, ‘Macdonald’ ou ‘Canada Red’, mais les variétés à pétioles verts sont tout aussi bonnes.


Bonne culture de rhurbarbe… et bonne dégustation!

Quand les tiges changent de couleur

Par défaut
20180516AA  jardinierparesseux.com & www.creeksideboulder.com .jpg

À gauche, les tiges rouges de la réversion; à droite, les tiges jaunes du cornouiller d’origine, ‘Bud’s Yellow’. Source: jardinierparesseux.com & www.creeksideboulder.com

J’ai fait une découverte surprenante à la fonte des neiges : le drageon (rejet) d’un de mes cornouillers n’était pas de la même couleur que sa maman!

La plante en question, le cornouiller stolonifère ‘Bud’s Yellow’ (Cornus sericea ‘Bud’s Yellow’, que certaines autorités placent dans l’espèce sosie C. alba) est cultivé pour ses jolies tiges jaunes, surtout visibles l’hiver. L’espèce à l’origine de ce cultivar, toutefois, a des tiges qui rougissent l’hiver. Le drageon anormal chez moi avait justement repris la coloration rouge de son ancêtre.

20180516B HC.jpg

Une autre réversion: les feuilles normalement bicolores du lierre terrestre panaché (Glechoma hederacea ‘Variegata’) ont repris leur coloration verte normale… et cette partie de la plante menace de dominer et d’éliminer la partie panachée. Source: jardinierparesseux.com

On appelle cela une réversion : la plante retourne à sa forme normale. On voit souvent des réversions chez les plantes à feuillage panaché ou à fleurs bicolores. Une partie de la plante se met alors à produire des fleurs ou des feuilles «ordinaires». C’est la première fois, toutefois, que j’entends parler d’une réversion dans la couleur de l’écorce.

Normalement, on supprime les réversions afin de conserver les attraits de la plante qu’on avait choisi de cultiver, car souvent les réversions sont plus vigoureuses que le cultivar. Par contre, je pense que je vais garder la mienne. Il me semble que ce sera très joli, un mélange de tiges rouges et de tiges jaunes.

La nature : toujours pleine de surprises!20180516A HC