Éloge des grands arbres

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Rue résidentielle d’environ 70 ans: les grands arbres dominent, créant un effet superbe et chaleureux! Photo: Fgrammen, Wikimedia Cmmons

Il manque un élément important aux aménagements paysagers résidentiels modernes: on n’y retrouve presque plus de grands arbres.

Pourquoi l’arbre a disparu de nos terrains urbains est un mystère. Dans les quartiers de soixante ans et plus, on en trouve facilement: d’énormes érables et des épinettes majestueuses créent une ambiance de solidité, de tranquillité et de bien-être. Faites un tour dans un quartier de 40 ans et moins, cependant: vous y verrez beaucoup de pelouses vertes, de plates-bandes de fleurs, de massifs d’arbustes… mais n’y manque-t-il pas quelque chose? Un paysage un peu dénudé peut être beau, mais c’est aussi froid et impersonnel. On ne se sent pas invité dans ces quartiers. On a l’impression que les résidents quittent massivement ces secteurs sans âme les fins de semaine pour se prélasser au chalet… entourés de grands arbres, naturellement!

Il faut en planter

L’arbre mérite-t-il toujours une place sur les terrains de ville?

Oui! D’abord pour l’ombre qu’il projette. On a beau pester que rien ne se cultive sous un arbre dense (ce qui n’est pas vrai, d’ailleurs), mais, en réalité, l’ombre nous attire. Lors des journées de canicule, un quartier bien meublé d’arbres est convivial; celui dénudé de végétation en hauteur ne l’est pas.

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N’est-ce pas qu’une maison encadrée d’arbres de bonne taille a l’air sympathique! Photo: Brian Stansberry, Wikimedia Commons

L’être humain, par sa nature même, semble avoir besoin d’arbres dans son entourage. Est-ce un rappel de nos origines (nos ancêtres prenaient refuge dans les arbres quand ils étaient attaqués par des prédateurs)? Nul ne le sait. Toujours est-il que le sentiment de paix et de sécurité qui se dégage d’un grand arbre semble bien réel… on le trouve d’ailleurs par tout le monde, dans toutes les cultures.

«Un instant, dites-vous, j’ai bel et bien un arbre dans ma cour!» Mais est-ce qu’on peut appeler un petit arbre pleureur d’à peine 1 1/2 m de hauteur un arbre? Et un pommetier décoratif, un lilas japonais ou l’un des autres «petits arbres» tellement populaires par les temps qui courent? Ce sont peut-être des arbres par définition, mais ils ne créent pas l’ambiance de permanence et de sécurité que seul un grand arbre peut prodiguer.

Comment utiliser les arbres

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Ce jeune arbre grandira et gagnera de prestance, augmentant le charme de la résidence… mais il faudrait vraiment au moins un autre grand arbre dans l’arrière-cour pour vraiment parfaire son attrait.

Idéalement, pour recréer le sentiment de paix et de permanence recherché, il faudrait au minimum un grand arbre par terrain… et, de préférence, un en avant et un en arrière. Évidemment, plus un terrain est grand, plus il a besoin d’arbres. En plus de l’ambiance qu’ils créent, les arbres offrent d’autres avantages:

  • Réduction des coûts de climatisation l’été;
  • Réduction des coûts de chauffage l’hiver;
  • Entretien minimal;
  • Augmentation de la valeur du terrain;
  • Création d’un environnement plus sain;
  • Milieu de vie pour les oiseaux;
  • Et beaucoup plus encore.

Les arbres apportent certains désavantages aussi, mais ces derniers sont généralement faciles à surmonter.

Leur plantation, par exemple, est ardue… mais au moins on ne la fait qu’une fois!

L’ombre qu’ils projettent réduit les possibilités d’utilisation des espaces situés tout près, mais il existe un bon choix de plantes qui poussent bien dans les coins sombres.

Certains arbres produisent des graines ou fruits qui peuvent être gênants lorsqu’ils tombent. Recherchez des cultivars stériles ou mâles (les arbres mâles ne font pas de fruits).

Enfin, il y a toujours le fameux problème du ramassage des feuilles à l’automne… heureusement que cela n’arrive qu’une fois par année (et pas à toutes les semaines comme la tonte du gazon).

Bien les placer

Lorsque vous planifiez l’achat d’un arbre, informez-vous quant à sa hauteur et son étalement maximal afin de lui trouver un emplacement convenable. Il faut éviter, par exemple, de le planter là où il pourrait toucher à des fils suspendus, ou trop près de la maison, ou encore, directement devant une fenêtre. Il ne faut pas qu’il déborde trop chez un voisin, non plus, sinon il y a risque de conflit.

Tout un choix!

Voici quelques suggestions d’arbres de bonne taille qui pourront décorer votre terrain. Ce sont tous des arbres exigeant peu ou pas d’entretien et qui rehausseront la valeur de votre propriété.

Notez que les arbres présentés ici ont été choisis pour une région au climat froid. Dans les zones au climat tempéré ou même chaud, le choix est encore plus vaste.

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Rangée de ginkgos qui commencent à prendre leur coloration automnale. Photo: Crusier, Wikimedia Commons

Arbre aux 40 écus (Gingko biloba): À croissance très lente, cet arbre est parfaitement résistant aux maladies et aux insectes. Feuillage jaune à l’automne. Demandez toujours un arbre mâle. Hauteur: 14 m. Étalement: éventuellement 12 m, mais beaucoup plus étroit que haut dans sa jeunesse. Rusticité: zone 4.

Chênes (Quercus spp.): Grand groupe d’arbres, pour la plupart assez grands et aux feuilles généralement découpées. Leur port est majestueux, mais leur croissance est lente. Hauteur: 20 m. Étalement: 15 m. Rusticité: zone 4 pour la plupart. Le chêne rouge (Q. rubra) et le chêne écarlate (Q. coccinea) sont particulièrement intéressants pour leur port et leur coloration automnale. Pour un espace limité, pensez au chêne anglais colonnaire (Quercus robur ‘Fastigiata’) qui atteint la même hauteur que les autres chênes, mais qui dépasse rarement 4 m de largeur. Si vous vivez en région froide, le chêne à gros glands (Q. macrocarpa) est le plus rustique : zone 3. Enfin, véritable bijou (difficile à trouver sur le marché), le chêne imbriqué (Q. imbricaria) a des feuilles lancéolées qui ne ressemblent pas du tout à celles des autres chênes.

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Érable à sucre à l’automne. Photo: James St. John, Flickr

Érable à sucre (Acer saccharum): Plusieurs générations d’horticulteurs ont boudé cet érable, le symbole du Canada, en pensant qu’il était peu adapté aux milieux urbains, lui préférant l’érable de Norvège (A. platanoides), un arbre européen. De nos jours, on se rend de plus en plus compte que c’est presque le contraire et qu’il existe peu de situations où l’érable à sucre ne l’emporte pas sur son confrère importé. Planté en isolé, il prend un port plus beau, il est aussi beaucoup plus joli à l’automne et moins sujet aux dommages hivernaux et ses feuilles, plus petites, ont moins tendance à étouffer le gazon. Et il n’est pas sujet à la tache goudronneuse, cette maladie qui enlaidit le feuillage des érables de Norvège. Tous deux ont cependant des racines denses et peu profondes: il est difficile de maintenir du beau gazon à leur base. Hauteur: 30 m. Étalement: 25 m. Rusticité: zone 4. Il existe plusieurs sélections horticoles, dont ‘Green Mountain’ et ‘Legacy’, qui offrent un port plus régulier, mais plus petit que l’érable de semis.

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La coloration automnale flamboyante de l’érable rouge. Photo: Famartin, Wikimedia Commons

Érable rouge (A. rubrum): Longtemps négligé par les horticulteurs, on commence maintenant à découvrir les avantages de cet arbre nord-américain bien adapté aux climats froids. Son écorce (et les jeunes branches), lisse et gris pâle dans sa jeunesse, devient rugueuse avec le temps. Ses feuilles trilobées virent au rouge vif à l’automne. Préfère les endroits humides. Hauteur: 18 m. Étalement: 15 m. Rusticité: zone 3b. Il existe aussi des sélections de taille plus petite et de forme plus symétrique, comme ‘Morgan’ (15 m x 15 m) et ‘Red Sunset’ (9 m X 6 m). ‘Autumn Flame’ (11 m x 9 m) est le meilleur choix pour les sites de climat froid (zone 3).

L’érable de Freeman (A. x freemanii), un hybride entre l’érable rouge et l’érable argenté (A. saccharinum) est peut-être encore supérieur à l’érable rouge comme arbre de ville et est tout aussi rustique (zone 3). Il en existe plusieurs cultivars, dont Autumn Blaze (‘Jeffersred »), 15 m x 9 m, très rouge à l’automne.

Févier sans épine (Gleditsia triacanthos inermis): Arbre à cime ouverte et irrégulière. Écorce rugueuse. Les feuilles sont composées de folioles si petites et qui se décomposent si rapidement qu’il n’est même pas nécessaire de les ramasser à l’automne. Les extrémités des branches gèlent souvent au cours de l’hiver, mais cela ne porte pas vraiment atteinte à son apparence. Recherchez l’espèce ou les cultivars ‘Moraine’ et ‘Skyline’, car plusieurs autres féviers sont trop petits pour faire de bons arbres d’ombrage. Hauteur: 20 m. Étalement: 17 m. Rusticité: zone 4b. ‘Northern Acclaim’ est une variété plus rustique que les autres: zone 3.

Micocoulier occidental (Celtis occidentalis): Arbre nord-américain rappelant un peu l’orme, mais à cime arrondie. Écorce liégeuse. Coloration jaune à l’automne. Hauteur: 20 m. Étalement: 15 m. Rusticité: zone 4.

Phellodendron de l’Amour (Phellodendron amurense): Peu connu, mais très joli et virtuellement sans problèmes culturaux. Écorce liégeuse. Hauteur: 12 m. Étalement: 12 m. Rusticité: zone 3.

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Le poirier de Sibérie se couvre de fleurs blanches au printemps. Photo Sten Porse

Poirier de Sibérie (Pyrus ussuriensis): Un assez grand arbre qui n’a rien en commun avec ses cousins plus petits: pommetier, prunier, cerisier, etc. Il est également essentiellement immun à la plupart des maladies et insectes affligeant les fruitiers. Fleurs blanches abondantes au printemps, mais ses fruits minuscules, seulement présents quand il y a 2 clones différents dans le secteur (une pollinisation croisée est obligatoire pour les obtenir), ne sont pas intéressants pour les humains, bien qu’ils nourrissent les oiseaux et les petits animaux. Belle coloration automnale aussi. Hauteur: 12 m. Étalement: 10 m. Rusticité: zone 3.

Les arbres douteux

Les arbres suivants peuvent être utiles dans certains cas… mais présentent aussi des problèmes. Cela ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas être utiles… mais à vous de décider si le jeu en vaut la chandelle.

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Belle écorce du bouleau noir Heritage.

Bouleaux: La plupart sont très jolis, mais de courte durée de vie (surtout le bouleau européen [Betula pendula] et ses variétés). De plus, ils sont susceptibles à une vaste gamme de maladies et d’insectes, donc, à moins de vouloir faire un entretien constant…! Le bouleau noir (B. nigra), et surtout le cultivar Heritage (‘Cully’), à l’écorce qui s’exfolie si gracieusement, fait exception à la règle: il vit longtemps et est peu sujet aux insectes et aux maladies. (12-18 m x 10-15 m), zone 3.

Caryers, noyers, marronniers (Carya spp., Juglans spp. et Aesculus spp.): Ils font de très beaux arbres, mais leurs gros fruits peuvent être encombrants. De plus, les noyers sont allélopathiques (toxiques aux plantes qui poussent à leur pied).

Catalpa (Catalpa spp.): Cet arbre survit en région froide, assez parfois pour que certains pépiniéristes lui accordent une zone 4, mais souffre périodiquement d’engelures importantes et, de ce fait, pousse souvent de façon désordonnée. C’est un excellent choix dans les zones 6 et plus, toutefois.

Frêne (Fraxinus spp.): L’arrivée de l’agrile du frêne (Agrilus planipennis), insecte perceur asiatique en pleine expansion en Europe et en Amérique du Nord, a «freiné», avec raison, l’intérêt pour ce bel arbre.

 

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Ulmus x Accolade (‘Morton’): un exemple d’un orme résistant à la maladie hollandaise qui offre quand même un très joli port. Photo: Bruce Marlin, Wikimedia Commons

Orme (Ulmus spp.): L’orme d’Amérique (U. americana) est régulièrement victime de la maladie hollandaise de l’orme, difficile et coûteuse à combattre. Il existe toutefois plusieurs ormes, notamment des hybrides, qui ont un peu le port majestueux que l’orme d’Amérique tout en montrant une bonne résistance à cette maladie. Avant d’acheter un orme, demandez toujours si c’est une variété résistante à cette maladie. L’orme de Sibérie (U. pumila) est résistant à la maladie hollandaise de l’orme, mais est fragile et souvent affligé de brûlures hivernales et d’une maladie, le nectria, qui provoque la mort de branches entières. Sa plantation est carrément déconseillée.

Tilleul (Tilia spp.): Arbre au tronc robuste et à feuilles en forme de cœur. Le tilleul à petites feuilles (T. cordata) offre plusieurs cultivars intéressants. Pour beaucoup de jardiniers, c’est un bon choix, le tilleul n’est pas un bon choix si vous avez des scarabées japonais dans votre secteur, car c’est un de leurs mets préférés! Hauteur: 30 m. Étalement: 25 m. Rusticité: zone 3.

Grands arbres à éviter à tout prix

Peupliers, saules, érable argenté: Les racines de ces arbres à croissance rapide sont extrêmement envahissantes et provoquent souvent des dommages aux tuyaux domestiques et municipaux. Leurs rejets ou semis sont aussi très envahissants. La plupart des municipalités défendent d’ailleurs la plantation de ces arbres sur leur territoire.


Et voilà une belle brochette d’arbres à planter dès maintenant. Car après tout, il faudra quelques années avant que vous puissiez en savourer la présence dans votre cour!20170528B Fgrammen, WC

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Yves Gagnon remporte le Prix Henry-Teuscher

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Un pionnier de l’horticulture écologique et du jardinage biologique honoré

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Il y a 40 ans, à une époque où le jardinage biologique était peu connu et encore moins populaire, Yves Gagnon décidait d’en faire sa mission. Ce véritable pionnier de l’horticulture écologique a reçu le 26 mai les honneurs qui lui sont dus en devenant le grand lauréat du Prix Henry-Teuscher, remis dans le cadre du 20e Rendez-vous horticole du Jardin botanique de Montréal.

Parmi ses réalisations les plus marquantes, il y a bien sûr Les jardins du Grand-Portage à Saint-Didace où Yves et sa conjointe Diane Mackay ont tenu une table champêtre pendant de nombreuses années. Sur deux acres, Yves Gagnon a établi un potager biologique et conçu des jardins d’inspiration anglaise et orientale où l’on retrouve non seulement des légumes et des fines herbes, mais aussi des plantes médicinales et décoratives. Nombre de stagiaires y sont d’ailleurs allés pour parfaire leur formation et s’inspirer de l’expérience de ce grand visionnaire.

À la suite de sa rencontre avec le frère Armand Savignac dans les années 80, il s’est lancé dans la production de semences. Sa fille Catherinequi a fondé sa propre entreprise, Semences du Portage, s’occupe aujourd’hui de la mise en marché, offrant des semences patrimoniales biologiques de pollinisation libre, toujours produites par ses parents à Saint-Didace ainsi que par d’autres producteurs tous situés au Québec.

Dès le début, les livres horticoles signés par Yves Gagnon sont devenus de véritables références sur la culture biologique au Québec. Ils ont marqué et marquent toujours les nouvelles générations de jardiniers, alors qu’ils sont régulièrement mis à jour et réédités. Monsieur Gagnon s’est d’ailleurs donné une mission éducative qui vise à transmettre des outils d’autosuffisance en alimentation et en santé, ce qui l’amène à participer à de nombreuses émissions de télévision et de radio, soit comme chroniqueur soit comme spécialiste invité. De fait, si les jeunes générations d’aujourd’hui sont aussi préoccupées d’écologie et de nourriture saine, c’est que des pionniers comme Yves Gagnon ont su transmettre, avec persévérance et passion, les valeurs auxquelles ils croyaient, même à l’époque où elles n’étaient pas dans l’air du temps.

Le prix Henry-Teuscher

Ce prix honore l’horticulteur, botaniste et architecte paysagiste visionnaire et passionné, Henry Teuscher (1891-1984), qui fut l’architecte concepteur du Jardin botanique de Montréal. Proche collaborateur du Frère Marie-Victorin, on lui doit la conception de plusieurs serres d’exposition et l’existence de certaines grandes collections végétales du Jardin. Le prix Henry-Teuscher est offert annuellement depuis 1999.

Mythe horticole: le sel d’Epsom dans le jardinage

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Le sel d’Epsom: loin d’être un produit miracle dans le jardinage.

20170525A.gifSi vous fouillez sur l’Internet, vous verrez de nombreux sites qui préconisent l’utilisation du sel d’Epsom dans le jardinage. Certains prétendent que ce produit stimule une croissance extraordinaire, d’autres qu’il fait grossir les tomates, encourage la floraison des roses, fait verdir le feuillage, renforce les racines et même… chasse les limaces! Évidemment, plusieurs de ces sites sont en fait commandités par des producteurs de sels d’Epsom (il est si facile de cacher son identité de nos jours!), mais d’autres viennent de jardiniers sincères qui pensent vraiment avoir trouvé un produit miracle.

Le sel d’Epsom s’appelle ainsi car on le préparait à l’origine en faisant bouillir l’eau de source minérale provenant de la ville d’Epsom en Angleterre.

Je me confesse: je me suis moi-même fait avoir avec ce leurre. C’est une vieillie croyance que j’ai hérité de mon père jardinier sans jamais me poser des questions. Pendant des années, doc, j’ai recommandé, entre autres, l’utilisation de sels d’Epsom pour prévenir le fendillement des fruits de tomate et pour obtenir des fruits plus gros, jusqu’à ce qu’un lecteur spécialiste des tomates me démontre que je partageais une fausse information. J’ai fait mes recherches et il avait bien raison. Mea culpa!

Pas un produit miracle

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Sel d’Epsom. Photo: Chemicalinterest, en.wikipedia

Essentiellement, le sel d’Epsom n’a rien d’un produit miracle. Il s’agit tout simplement d’un produit bêtement chimique: le sulfate de magnésium (MgSO4·7H2O). Il contient alors du magnésium et du soufre (plus de l’oxygène et de l’eau). Oui, il pourrait servir d’engrais… mais sera seulement utile si le sol manque de magnésium ou de soufre. Or, la plupart des sols n’en manquent pas.

Son utilité se limite donc aux cas de carence, quand l’un ou l’autre des deux éléments manque dans le sol. Si oui, la plante pourrait profiter d’un traitement aux sels d’Epsom.

Personnellement, quand je soupçonne qu’une plante souffre d’une carence (son feuillage est anormalement jauni, rougi ou rabougri, etc.), ce n’est pas le sel d’Epsom que j’appliquerais, mais un engrais biologique complet, comme un engrais d’algues ou une émulsion de poissons, un qui contient tous les oligoéléments. Après tout, ce n’est peut-être pas le magnésium ou le soufre qui manquent, mais un autre oligoélément: zinc, fer, bore, molybdène ou autre. Aussi bien de donner la gamme complète de minéraux que seulement deux.

Aussi, quand on applique un produit inutilement (du soufre ou de magnésium à un sol qui n’en a pas besoin), ce produit aboutit par ruissellement dans la nappe phréatique ou dans les cours d’eau, encore un autre polluant ajouté par l’être humain. Triste!

Quelques cas spécifiques

Pourriture apicale de la tomate

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Le sel d’Epsom ne peut pas guérir la pourriture apicale: elle résulte d’une carence en calcium, pas en magnésium ou soufre. Photo: Scot Nelson, Flickr

On recommande souvent un traitement au sel d’Epsom pour prévenir la pourriture apicale sur les tomates. Dans cette maladie, causée par une carence, l’extrémité du fruit noircit et s’enfonce.

Alors, sel d’Epsom à la rescousse! On le dilue dans l’eau, on en arrose la plante et les fruits qui suivent restent en bon état. Un succès!

En fait, un faux succès!

La pourriture apicale est causée par une carence en calcium, pas en magnésium ou en soufre. Habituellement, ce n’est pas tant que le calcium n’était pas présent (c’est un élément très courant dans les sols), mais que le sol était trop sec et alors que les racines de la plante ne pouvaient pas en absorber correctement. Donc, le traitement de base est tout simplement… d’arroser la plante régulièrement. Évitez les arrosages en dents de scie et maintenez plutôt le sol également humide et la pourriture apicale disparaîtra comme par magie. Vous aurez le même résultat que vous ajoutiez du sel d’Epsom à l’eau ou pas. C’est l’eau qui fait la différence, mais les minéraux qui y sont dissous.

Tomates plus grosses

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Si vous voulez une tomate géante, plantez une tomate géante! Ici ‘Big Sac’. Photo: Ezra’s Organics

Fertilisez correctement vos tomates avec un engrais complet (qui contiennent tous les oligoéléments), arrosez régulièrement pour maintenir une humidité assez constante du sol, offrez de bonnes conditions de culture (plein soleil, endroit plutôt chaud, etc.) et vous aurez de belles tomates de grosseur normale pour cette variété. L’application de sel d’Epsom ne fera pas du tout grossir les fruits. Si vous voulez des tomates géantes, choisissez une lignée réputée pour ses gros fruits, comme ‘Big Zac’, et entretenez-la convenablement.

Engrais général

Certains sites recommandent le sel d’Epsom comme engrais à appliquer à toute plante, prétendant que cela donnera de résultats extraordinaires, notamment dans le verdissement des feuilles et la croissance des racines. Mais cela ne fonctionnerait que si le sol manquait de magnésium ou de soufre. Sachant que la plupart des sols contiennent déjà ces éléments en quantités suffisantes pour les plantes, il serait logique de faire faire une analyse de sol en laboratoire avant d’appliquer du sel d’Epsom, et cela, pour s’assurer qu’il sera bien utile. Sinon, essentiellement, vous ne faites que polluer l’eau.

Et certains sols — notamment les sols sablonneux et acides qui retiennent peu de minéraux — peuvent manquer de magnésium ou de soufre. Même dans ce cas, je suggérerais plutôt une application de compost ou d’engrais complet pour rajouter tous les oligoéléments manquants… mais l’utilisation de sel d’Epsom dans ce cas serait raisonnable, car au moins les plantes auront leur juste part de magnésium et de soufre.

Engrais pour les rosiers

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Cultivez vos rosiers dans un sol riche en y apportant de l’engrais et vous n’aurez une belle floraison sans appliquer du sel d’Epsom.

Dans les années 1930 à 1960, plusieurs rosiéristes recommandaient des applications de sel d’Epsom pour stimuler une belle croissance et une floraison abondante chez les rosiers… mais cela est moins vrai de nos jours. Chaque expert a quand même son régime de fertilisation préféré — certains préfèrent des engrais complets, d’autres des mélanges de produits, etc. —, mais aujourd’hui, peu utilisent encore le sel d’Epsom, largement considéré dépassé. D’ailleurs, vous aurez beau chercher des études sur l’efficacité des sels d’Epsom sur les rosiers: elles n’existent pas.

Protection contre les maladies

Aucune étude fiable ne démontre que les traitements avec du sel d’Epsom préviennent ou guérissent les maladies végétales infectieuses: fongiques, virales ou bactériennes, etc. Par contre, bien sûr, si la plante soufre d’une carence en magnésium ou en soufre, un tel traitement lui sera très bénéfique.

Répulsif contre les insectes et les limaces

Aucune étude ne démontre non plus la moindre réaction négative de la part des insectes ou des mollusques suite à une application de sel d’Epsom.


Donc, le sel d’Epsom n’est vraiment utile que dans de très rares cas, soit pour le traitement d’une carence en magnésium ou en soufre. Même là, une application d’engrais complet ou même du compost aurait donné le même résultat sans nécessiter l’achat d’un produit spécial. Dans le monde du jardinage, le sel d’Epsom est généralement un produit bidon.

Références

Miracle, myth … or marketing: Epsom salts

Epsom Salt for Plants

Comment contrôler l’herbe à poux

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Petite herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia)

Si vous éternuez plus souvent que la normale entre le début d’août et la fin de septembre, si vos yeux piquent, si vous manquez de souffle et si votre niveau d’énergie frise le zéro, vous souffrez sans doute d’une allergie au pollen de l’herbe à poux: la rhinite saisonnière ou rhume des foins. Et vous n’êtes pas seul: en Amérique du Nord, environ 10 % de la population en souffre. D’ailleurs, l’herbe à poux est de loin la plante plus la plus allergène sur ce continent, étant responsable d’environ 50% de toutes les allergies saisonnières.

Il y a différentes espèces d’herbe à poux, toujours dans le genre Ambrosia (Grec pour pour nourriture des dieux, mais personne ne sait la raison d’être du nom), mais c’est surtout la petite herbe à poux ou ambroisie à feuilles d’armoise (A. artemisiifolia), de loin l’espèce la plus courante, qui est en cause.

Cette espèce, une annuelle originaire du centre des États-Unis et du Canada, a migré un peu partout en Amérique du Nord suite à la coupe des forêts indigènes et leur remplacement par des champs de culture, car cela a créé un milieu qui ressemble à sa terre natale.

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Distribution de l’herbe à poux en Europe en 2012. Il n’est pas nécessaire de présenter une carte nord-américaine correspondante: sur ce continent, cette plante y est partout! Photo: European Aeroallergen Network

Il n’y a aucune herbe à poux indigène en Europe, mais la petite herbe à poux y a migré clandestinement, sans doute dans des semences contaminées, au 19e siècle, et maintenant s’étend rapidement. On prévoit qu’il aura gagné essentiellement tout le continent sauf l’extrême nord d’ici 35 ans.

Petite mais bien nuisible

La petite herbe à poux est une plante plutôt insignifiante de 10 à 70 centimètres de hauteur.

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En début de saison, il n’y aura pas encore de fleurs. Photo: Harry Rose, Wikimedia Commons

Son feuillage est très découpé, comme celui de la carotte sauvage, mais de couleur vert jaunâtre plutôt que vert foncé et est légèrement hirsute, surtout à l’envers. Ses tiges cylindriques sont rougeâtres ou vert brunâtre, généralement couvertes de poils blancs aussi. Son épi floral, trouvé au sommet de la plante, ressemble à une petite pagode verte très étroite… mais vous ne le verrez pas avant la fin de l’été. Les fleurs minuscules sont vertes ou jaune verdâtre elles aussi et ne sont pas très visibles.

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Épi en pagode de fleurs vertes insignifiantes. Photo: Meneerke bloem, Wikimedia Commons

Les fleurs n’ont pas besoin de couleurs flamboyantes, car elles ne cherchent pas à attirer les insectes pollinisateurs; elles sont pollinisées par le vent. Donc, des nuées de pollen d’herbe à poux remplissent l’air à la fin de l’été… ainsi que les narines des humains. Chaque plante produit jusqu’à un milliard de graines de pollen par année, pollen qui peut voyager jusqu’à 640 km.

Une fausse coupable

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La jolie verge d’or (Solidago canadensis) n’est pas la cause de la fièvre des foins. Photo:  Olivier Pichard, Wikimedia Commons

Pendant longtemps, les jardiniers nord-américains ont tenu la verge d’or (Solidago canadensis) pour responsable de la rhume des foins de la fin de l’été. Cette plante aux fleurs jaune vif fleurit en même temps que l’herbe à poux et, puisque le début de l’irritation correspondait au commencement de sa floraison, on le croyait la cause de la maladie. Tristement, beaucoup de gens détruisent encore la jolie verge d’or sous prétexte qu’elle provoque des allergies, mais, en fait, elle n’est pas allergène: son pollen est trop lourd pour être transporté par le vent. C’est sa cousine bien discrète, l’herbe à poux (les deux appartiennent à la même famille végétale, les Astéracées), au pollen si léger, qui est la vraie coupable.

Où la trouver

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On trouve générale l’herbe à poux sur les terrains incultes ou des zones à faible végétation. Photo: R.A. Nonenmacher, Wikimedia Commons

L’herbe à poux est une plante annuelle. Elle doit recommencer à zéro tous les printemps, à partir de semences tombées au sol. D’ailleurs, ses semences peuvent rester vivantes 40 ans et même plus. Mais pour germer, la plante a besoin de soleil. Ainsi, elle ne tolère pas la compétition d’autres plantes déjà établies. Elle s’installe dans des emplacements où la végétation est soit basse, ce qui laisse le soleil pénétrer jusqu’au sol, soit absente. De plus, elle est très tolérante aux sols salins. Sur la plupart des terrains, cherchez l’herbe à poux le long du trottoir et du stationnement, là où le gazon pousse mal à cause du sel répandu pendant l’hiver, et où elle est donc libre de proliférer. On la trouve aussi sur les terrains vagues et le long des grandes routes et des chemins de fer.

Vous ne la trouverez pas souvent dans les plates-bandes ou dans les sous-bois, car la végétation très dense nuit à sa germination. L’utilisation de paillis l’éliminera complètement, car elle ne peut pas germer dans une plate-bande paillée.

Comment la contrôler

Idéalement, si on désire contrôler l’herbe à poux, il faut réagir tôt, dès la fin du printemps ou le début de l’été, plutôt que d’attendre le début de la floraison en fin d’été.

On peut traiter aux herbicides… sauf que l’herbe à poux est très souvent résistante aux herbicides communs, comme le glyphosate (RoundUp). Et évidemment, si vous jardinez biologiquement, vous ne voudriez pas utiliser de tels produits de toute façon. Heureusement qu’il y a d’autres solutions.

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Continuer de tondre le gazon dans les zones infestées empêchera la plante de fleurir.

Pour la plupart des propriétaires, l’herbe à poux est un problème relié au gazon mal en point en bordure de la rue. La meilleure solution temporaire pour s’en débarrasser est donc de tondre fréquemment le gazon dans cette zone. Ça ne tuera pas les plantes déjà présentes (elles repousseront de la base, tout simplement), mais ça les empêchera de fleurir. Ces plantes mourront avec les premiers gels… mais d’autres repousseront au printemps si on ne les freine pas.

Pour un contrôle permanent, remplacez le gazon en mauvais état en bordure de la rue, soit en posant des plaques, soit en semant un gazon de qualité.

Aussi, chaque printemps, à la fonte des neiges, lessivez le sol en bordure de la rue, en laissant couler de l’eau claire pendant quelques minutes. Cela dissoudra et emportera le sel en profondeur et permettra ainsi au gazon de mieux pousser. Et quand le gazon pousse densément, l’herbe à poux ne peut pas germer.

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On peut reconnaître l’herbe à poux dès qu’elle germe. Photo: weedinfo.ca

Si l’herbe à poux apparaît ailleurs sur votre terrain, l’action la plus facile est de l’arracher. Elle ne produit pas un système racinaire très important et est facile à enlever. Portez des gants, cependant. car certaines personnes développent, après une exposition répétée,  une allergie à sa sève (dermatite) à force d’y toucher.

Après l’arrachage, couvrez le sol d’au moins cinq centimètres de paillis pour éviter que les graines ne germent l’an prochain ou plantez une végétation dense: des couvre-sols, par exemple.

La composter ou non?

Si l’herbe à poux arrachée n’est pas en fleurs, vous pouvez l’ajouter au compost. Mais si elle porte déjà ses épis verts, sachez que ses fleurs peuvent mûrir après l’arrachage. Il vaut mieux mettre les plantes en fleurs dans les ordures plutôt que dans le compost.

Campagnes d’éradication

20170525HÉvidemment, il n’y pas que les citoyens qui peuvent aider à contrôler l’herbe à poux, les instances gouvernementales aussi. Au Québec, l’Association pulmonaire Québec tient une campagne annuelle d’arrachage de l’herbe à poux destinée aux municipalités. Dans d’autres provinces et pays, il y a des programmes similaires. Ainsi si vous constatez la présence d’herbe à poux sur un terrain municipal, signalez-la à votre bureau d’arrondissement.

Les municipalités qui participent à telles campagnes voient une réelle baisse des symptômes… mais il faut répéter annuellement sur plusieurs années pour vraiment faire baisser la population d’herbe à poux en permanence.

Si votre municipalité ne participe pas à une campagne d’éradication de l’herbe à poux, faites pression sur elle pour qu’elle y adhère. Ou créez votre propre campagne d’éradication locale.

Herbe à poux ou herbe à puce?

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Les feuilles trifoliées de l’herbe à puce ne ressemblent nullement aux feuilles découpées de l’herbe à poux. Photo: Hardyplants, Wikimedia Commons

Les noms communs sont analogues, mais les deux plantes sont très différentes. L’herbe à poux est une annuelle à feuillage découpé qui provoque des allergies saisonnières. L’herbe à puce (Toxicodendron radicans), qu’on trouve seulement en Amérique du Nord, est un petit arbuste, une grimpante ou un couvre-sol aux feuilles trifoliées qui provoque une irritation cutanée quand on la touche ou la frôle. La photo aidera à les distinguer.

Herbe à poux, herbe à puce: ni l’un ni l’autre n’ont leur place sur les terrains de ville ou de banlieue. Faisons notre devoir de citoyen de les éradiquer de nos terrains!20170525A

Conseils pour fertiliser votre pelouse de manière écologique

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Un article de la blogueuse invitée, Ann Katelyn, de Sumo Gardener.

Je m’appelle Ann et j’ai consacré la plus grande partie de ma vie au jardinage. C’est l’activité que j’aime le plus. Je suis une admiratrice de fleurs et de plantes depuis mon enfance. Mon blogue: sumogardener.com.

Afin de maintenir une pelouse en santé, les jardiniers cherchent toujours les meilleures façons pour appliquer des engrais. Certaines personnes examinent attentivement chaque ingrédient pour vérifier qu’il est réellement bénéfique pour le sol. D’autres recherchent des moyens respectueux de l’environnement pour fertiliser leur pelouse. Après tout, une pelouse en bonne santé n’est-elle pas le reflet de la beauté naturelle?

Visez le biologique

20170524A - Ann Katelyn, Shuttlestock

Ne pouvez-vous pas traiter votre pelouse avec n’importe quel engrais? Oui, vous le pouvez, mais l’application de matière organique réplique le même type de traitement que les graminées recevraient dans la nature. Les forêts tropicales n’ont pas de jardiniers qui s’en occupent avec de divers produits synthétiques, mais ils continuent à produire des arbres et des feuillages gigantesques. Entretenir votre pelouse de manière respectueuse de l’environnement aide à développer la vie microbienne des sols tout en évitant les maladies. Si vous gardez le sol en bonne santé, les plantes qui la composent auront de meilleures chances de pousser vigoureusement et abondamment. En plus, vous n’aurez pas non plus vous soucier des produits chimiques dont l’utilisation peut affecter non seulement vos animaux de compagnie, mais aussi vos enfants.

Une des meilleures façons pour garder votre pelouse en bon état est d’utiliser comme engrais le compost que vous aurez fabriqué vous-même. Les produits que vous déposez dans le compost libéreront tout naturellement des nutriments quand vous l’appliquez  sur votre gazon. Ainsi, vous bénéficierez de deux façons: en satisfaisant les besoins de votre pelouse et en recyclant les déchets de cuisine et de jardin. Tout ce que vous avez à faire est d’accumuler des feuilles sèches, des restes de légumes, des déchets de jardin et même du papier journal avant de les composter ensemble avec une petite poignée de terre.

Bien sûr, vous devez accorder une attention particulière au compost que vous utilisez. Si vous l’achetez plutôt que de le fabriquer vous-même, assurez-vous que ce compost est de qualité et ne contient ni boues d’égout ni herbicides.

Différencier entre le feutre (chaume) et des résidus de tonte

20170524B - Ann Katelyn, Shuttlestock

Même s’ils peuvent sembler similaires, il y a une grande différence entre le feutre du gazon (couramment appelé «chaume») et les résidus de tonte (rognures). Tout d’abord, une couche de feutre trop épaisse n’est pas bonne pour le gazon. Ce feutre excessif est composé de divers déchets organiques tels que le feuillage, les stolons, les rhizomes et les racines en décomposition des graminées de la pelouse. Rien à voir donc avec les petites retailles de gazon.

Le chaume s’accumule excessivement lorsque graminées croissent trop abondamment et trop vite, ce qui détruit l’équilibre normal entre la croissance et de la décomposition des produits biologiques.

D’autre part, votre pelouse profitera des rognures que vous laisserez tomber sur sa surface. Tant qu’elles sont coupées court, ces petites retailles de gazon, qui sont principalement constituées d’eau et de minéraux, subiront alors une décomposition rapide dès qu’elles touchent au sol. Contrairement au feutre qui empêche l’air, l’eau et les éléments nutritifs de descendre jusqu’aux racines, les rognures de gazon sont très bonnes pour la pelouse. Comme ils se décomposent presque immédiatement, le sol y trouve une source rapide de nutriments. Entre autres, les résidus de tonte sont une bonne source de phosphore, un élément essentiel pour les pelouses nouvellement ensemencées.

Tenir compte du temps

Afin de fournir efficacement des engrais tout en respectant l’environnement, vous devez comprendre que la météo affecte aussi le processus. Tout d’abord, n’appliquez pas d’engrais en période de sécheresse, car sans eau, l’engrais n’aidera aucunement à la photosynthèse et l’utiliser serait simplement un gaspillage de ressources. De même, il n’y a vraiment aucun intérêt à fertiliser juste avant un orage. Quand de fortes pluies atteignent votre pelouse, l’engrais va simplement s’en drainer au lieu d’aider vos plantes à croître. Ainsi, vous devez vérifier régulièrement les conditions météorologiques avant d’appliquer un engrais de pelouse.

Utilisation des épandeurs d’engrais

20170524C - Ann Katelyn, Shuttlestock

Quand vient le temps d’appliquer un engrais, vous devez sérieusement envisager l’achat ou la location d’un épandeur.

Les meilleurs épandeurs d’engrais peuvent faire des merveilles pour votre pelouse. D’une part, les épandeurs distribuent les engrais naturels de façon appropriée, ce qui est difficile à faire lors que vous faites une application manuelle. D’accord, on peut appliquer un engrais à la main (on dit alors à la volée), mais cela vous prendra du temps et entraînera souvent une distribution inégale. Si vous ne distribuez pas l’engrais avec une bonne précision, certaines graminées en recevront trop et d’autres pas assez, ce qui donnera une croissance inégale et en de potentiels dommages environnementaux. En utilisant un épandeur d’engrais, vous pouvez plus facilement respecter l’environnement en distribuant l’engrais légèrement, mais également, de façon à ce qu’il ne nuise pas au sol.

Voilà. Du compostage aux épandeurs d’engrais à la vérification de la météo, il existe de nombreuses façons de fertiliser votre gazon d’une manière qui ne nuira pas à l’environnement. Votre terrain est votre propre petit paradis naturel et vous devriez toujours vous en occuper de la meilleure façon possible.

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Ann Katelyn
Fondatrice et rédactrice en chef

SumoGardener

Sumogardener.com

L’arroche: un légume d’autrefois au goût d’aujourd’hui

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Arroche rouge; jolie et délicieuse!

Connaissez-vous l’arroche (Atriplex hortensis), aussi appelée arroche des jardins, bonne-dame, belle-dame ou faux épinard? C’est un légume autrefois très populaire et d’ailleurs, l’un des premiers légumes cultivés par l’humain, mais qui a failli disparaître de notre palette des plantes comestibles.

Curieusement, l’arroche a été un légume très consommé en Europe à partir du Moyen Âge (et en Asie, bien avant) et a gagné l’Amérique et l’Australie aux 17e et 18e siècles. Cependant, quand l’épinard, qui a un goût similaire et qui est d’ailleurs un proche parent (les deux appartiennent aux Chénopodiacées, une famille maintenant placée dans les Amarantacées), est devenu populaire à partir du 19e siècle, les jardiniers ont abandonné (ou presque) l’arroche en faveur du nouveau venu. Pourquoi? Personne ne sait. Pourtant, l’arroche est beaucoup plus facile à cultiver que l’épinard, produit pendant une plus longue saison… et est plus jolie aussi.

Il arrive encore qu’on trouve des plantes d’arroche dans la nature, là où il y avait autrefois un potager.

Un légume à mettre en vedette

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Fleurs et capsules de graines

La forme d’arroche la plus souvent offerte est l’arroche rouge (A. hortensis rubra), aux feuilles rouges, roses ou pourpres, selon la variété. Les fleurs et les capsules de graines aussi sont rouges. Avec sa coloration si unique, on peut facilement l’utiliser comme plante ornementale.

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Arroche ‘Aurora’, un mélange d’arroches rouges, vertes et blondes. Photo: Baker Creek Heirloom Seeds

Il existe aussi des arroches vertes (à feuilles et fleurs vertes) et blondes (à feuilles et fleurs jaune chartreuse), mais elles sont moins la côte que la rouge.

Selon la façon dont vous le cultivez, l’arroche atteint de 60 cm (si vous supprimez la tige florale) à jusqu’à 180 cm et plus de hauteur, avec des feuilles en forme de cœur ou de tête de flèche à la base, triangulaires et plus étroites au centre de la tige et presque linéaires au sommet. Les fleurs sont petites et assemblées en bouquets denses au sommet de la plante, faisant penser un peu à une amarante (Amaranthus cruentus) qui est, d’ailleurs, un autre proche parent. Elles sont monoïques (il y a des fleurs mâles et femelles séparées sur la même plante) et pollinisées par le vent. Donc, non, malheureusement, elles n’attirent pas les abeilles et les papillons.

Mais qu’est-ce qu’elle offre à manger?

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Arroche rouge utilisée en salade. Photo: bodecology.com

Ce sont les feuilles et les jeunes tiges qui sont comestibles. On peut les manger crues ou cuites dans toute recette où l’on utilise l’épinard ou la bette à carde: soupes, salades, quiches, lasagnes, etc. La coloration rouge du feuillage disparaît à la cuisson, vous laissant avec un légume vert… mais donne une eau rouge qu’on peut utiliser pour donner une jolie coloration rose aux pâtes et au riz (dans un risotto, par exemple).

Les graines aussi sont comestibles et l’on peut les réduire en farine ou les ajouter aux soupes, ragoûts, pains, céréales, etc.

La plante est riche en vitamines C et K et sels minéraux (la revue Canadian Living l’appelle «le nouveau chou-kale», tellement qu’elle est bonne pour la santé) et a une longue histoire d’utilisation comme plante médicinale aussi.

Une culture facile

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Reconnaître les semis est facile. Il suffit de les transplanter à l’endroit désiré.

L’arroche est ce qu’on appelle une «annuelle rustique», ce qui veut dire qu’elle tolère le froid. Ainsi, on peut le semer très tôt au printemps ou même à l’automne et elle germera au bon moment. D’ailleurs, vous pouvez la semer même en été comme semis successif. Elle germe moins rapidement que l’épinard et pousse plus lentement au début, mais quand l’épinard monte en graine et devient amer, l’arroche est là pour la remplacer. Si vous l’empêchez de fleurir, elle continuera de produire jusqu’aux gels.

Vous pouvez aussi la semer à l’intérieur pour hâter la saison… mais habituellement on la sème en pleine terre.

Cultivez-la au plein soleil ou, à la rigueur, à la mi-ombre, dans un sol bien drainé et moyennement riche. Elle tolère bien les sols salins et alcalins et peut ainsi se cultiver en bordure de mer. La plante a une excellente résistance à la sécheresse… mais cela affecte négativement son goût. Mieux vaut conserver un sol légèrement humide en tout temps… comme pour la majorité des légumes.

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On pourrait créer une haie estivale avec l’arroche.

C’est un excellent choix pour l’aménagement comestible et elle se cultive bien en pot sur la terrasse et le balcon.

Normalement, on ne sème l’arroche qu’une seule fois, à environ 1 à 1,5 cm de profondeur et environ 20 à 25 cm d’espacement, entre la fonte des neiges et la fin de juin. Les années antérieures, on compte sur le ressemis (la capacité de la plante de repousser toute seule à partir de graines qui tombent au sol) pour la maintenir. Ainsi, il faut toujours laisser au moins une plante fleurir et produire des graines pour assurer la prochaine génération. Si les jeunes plants ne germent pas à l’endroit désiré, vous les verrez rapidement grâce à leur coloration rouge et il suffira alors de les transplanter à un emplacement plus propice.

Pour stimuler une profusion de jeunes feuilles et prévenir la montée en graine, pincez (coupez l’extrémité) des tiges dès que vous voyez les premières fleurs. Cela stimulera une ramification abondante.

Où trouver l’arroche?

Avec l’intérêt accru pour les légumes patrimoniaux, l’arroche sort un peu de sa longue obscurité et l’on peut facilement trouver des semences, sinon en jardinerie, au moins auprès des semenciers spécialisés en légumes biologiques ou anciens. Essayez, en Amérique du Nord, la Société des plantes, Magella Larochelle, les Jardins de l’écoumène ou Baker Creek Heirloom Seeds, et en Europe, la Ferme de Sainte-Marthe.

Bon succès avec ce joli et délicieux légume patrimonial!

Plate-bande presque instantanée pour jardiniers paresseux

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Il est possible d’installer une plate-bande presque sans efforts: il suffit de verser une bonne couche de terre sur une barrière de papier journal humide!

Pourquoi se donner la peine de découper et d’enlever le gazon, puis de labourer le sol en profondeur pour préparer une nouvelle plate-bande? La technique dite «du jardinier paresseux» permet d’obtenir un résultat bien supérieur plus rapidement et avec beaucoup moins d’efforts.

Voici comment faire:

  1. Dessinez la forme de la nouvelle plate-bande en plaçant un tuyau d’arrosage au sol (en général, une marge ondulée est plus attrayante qu’une bordure droite).

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    Bien installée, la bordure de gazon peut empêcher l’invasion de mauvaises herbes.

  2. Installez une bordure de gazon le long de la marge pour empêcher les mauvaises herbes traçantes, dont les graminées de gazon, de regagner le secteur.
  3. Faites tremper plusieurs sections de papier journal dans un seau d’eau. (Notez que le papier journal d’aujourd’hui, même les pages en couleur, est produit avec des encres végétales et est acceptable en jardinage biologique.)

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    Couvrez la surface de papier journal humide.

  4. Recouvrez toute la surface de la nouvelle plate-bande d’une couche de 7 à 10 feuilles de papier journal. Il n’est pas nécessaire, ni même utile, d’enlever le gazon auparavant, car le papier formera une barrière qui l’étouffera.

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    Couvrez la barrière de papier journal d’une bonne couche de terre.

  5. Recouvrez le tapis de papier journal de 20 cm de bonne terre à jardin libre de mauvaises herbes. Si la terre est de qualité, il ne sera pas nécessaire d’ajouter de l’engrais ou du compost.
  6. Plantez des végétaux au bon espacement (environ leur diamètre maximal moins 15 %) ajoutant un peu de mycorhizes (champignons bénéfiques) aux racines de chaque plante.

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    Appliquez un paillis entre les plantes, notamment pour empêcher la germination de graines de mauvaises herbes.

  7. Recouvrez le sol entre les plantes de 7 à 10 cm de paillis fin (feuilles déchiquetées, bois raméal fragmenté, compost forestier, par exemple). Évitez les paillis à base de thuya (cèdre), car ils sont légèrement toxiques pour les plantes.

Grâce à la couche de paillis, les graines de mauvaises herbes, qui ne manqueront pas de tomber sur la nouvelle plate-bande, ne pourront pas germer et vous commencerez alors dans une plate-bande libre de plantes indésirables. Aussi, le paillis aidera le sol à rester humide, l’empêchera de se compacter et l’enrichira par sa lente décomposition, ce qui fait que non seulement votre plate-bande n’aura-t-elle pris qu’une heure ou deux à installer, mais demandera beaucoup moins de travail à l’avenir.20170522A