Les monarques débarquent en Europe!

Par défaut
20180819A Kenneth Dwain Harrelson, Wikimedia Commons.jpg

Papillon monarque (Danaus plexippus). Source: Kenneth Dwain Harrelson, Wikimedia Commons

Le monarque (Danaus plexippus), célèbre papillon migrateur, est originaire d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et du nord de l’Amérique du Sud. (Ailleurs en Amérique du Sud, il est remplacé par le monarque du Sud [Danaus erippus], une espèce voisine très similaire, mais non migratrice.) Si l’adulte peut se nourrir du nectar d’une vaste gamme de fleurs, les larves de cette espèce sont plus limitées. En effet, elles ne peuvent consommer que les feuilles de l’asclépiade (Asclepias spp.), un genre originellement limité au Nouveau Monde, ainsi que celles de son très prochain parent, le faux cotonnier (Gomphocarpus spp.), originaire d’Afrique du Sud. Toutefois, le monarque n’avait jamais réussi à trouver le chemin entre l’Amérique et l’Afrique du Sud. Donc, depuis des dizaines de milliers d’années, le monarque était strictement limité au Nouveau Monde.

Des idées expansionnistes

20180819B Gomphocarpus fruticosus, Xemenendura, Wikimedia Commons.jpg

Le faux cotonnier (Gomphocarpus fruticosus) : un des hôtes possibles de la chenille du monarque. Source: Xemenendura, Wikimedia Commons

Ce n’est plus le cas! Les humains de différents endroits dans le monde ont planté différentes espèces de gomphocarpus et d’asclépiade comme plantes ornementales et plusieurs se sont naturalisées. On retrouve notamment l’asclépiade de Curaçao (Asclepias curassavica) et le faux cotonnier (Gomphocarpus fruticosus) bien établis dans la plupart des régions subtropicales du globe, et ce, depuis au moins le début du 19e siècle.

Le monarque du Nord (D. plexippus) en a profité pour étendre son aire. On l’a vu pour la première fois dans les îles hawaïennes dans les années 1840, puis dans les îles du Pacifique Sud dans les années 1850 et 1860. C’est à partir des années 1870 qu’il est apparu en Australie et en Nouvelle-Zélande où il est maintenant solidement établi et même assez commun.

20189819C monarchlab.org.png

Distribution du papillon monarque aujourd’hui. Source: monarchlab.org

Son arrivée en Europe et dans le nord de l’Afrique s’est faite à partir des îles de la Macronésie (Madère, Açores et îles Canaries). Il est établi dans les îles Canaries depuis 1880.

Par vent ou par voile?

On ne sait pas comment cette dispersion a eu lieu. Est-ce que le papillon a voyagé incognito sur des bateaux d’un continent à un autre ou d’île en île? Ou les adultes ont-ils été poussés à travers l’océan Pacifique puis à travers l’océan Atlantique par le vent? Y a-t-il volé de ses propres ailes? Comme les adultes peuvent voler sur 2 200 km dans la nature, cette dernière idée n’est pas farfelue.

Maintenant, l’Europe continentale

20180819D www.jungledragon.com.JPG

Papillon monarque et sa chenille sur une asclépiade de Curaçao (Asclepias curasxavica). Source: www.jungledragon.com

En 1980, le monarque a été trouvé naturalisé dans le sud de l’Espagne (Malaga) et il s’est depuis étendu le long du littoral du Portugal et du sud de l’Espagne, deux régions où l’asclépiade de Curaçao (Asclepias curasxavica) et le faux cotonnier (Gomphocarpus fruticosus) sont abondants dans la nature. On le voit aussi l’été en France et dans les îles britanniques et il a d’ailleurs déjà pondu des œufs sur une asclépiade dans le Jardin botanique Kew Gardens à Londres. Par contre, la rareté en Europe d’asclépiades adaptées aux climats tempérés limite son établissement dans le centre et le nord de ce continent. Pour l’instant, les espèces rustiques ornementales comme l’asclépiade tubéreuse (Asclepias tuberosa) et l’asclépiade des marais (A. incarnata) sont uniquement cultivées de façon très limitées dans les plates-bandes et ne sont jamais naturalisées, ce qui limite les possibilités pour le monarque de s’y établir en permanence.

Reste que les nombreux lecteurs européens de ce blogue peuvent surveiller la présence de cet insecte dans leurs jardins l’été et au début de l’automne. Il est facile à reconnaître à cause de sa coloration orange aux nervures noires, mais aussi en raison de sa taille, car c’est le plus grand papillon d’Europe.

Bon voyage, papillon!

Publicités

Du vinaigre comme herbicide?

Par défaut
20180818A www.sain-et-naturel.com.png

Oui, le vinaigre blanc peut tuer des mauvaises herbes… mais pas nécessairement le laiteron et autres mauvaises herbes vivaces. Source: http://www.sain-et-naturel.com

Beaucoup de sites Web recommandent l’utilisation de vinaigre comme herbicide et, oui, le vinaigre blanc, typique de nos cuisines, a une certaine efficacité contre les mauvaises herbes. Mais ce n’est pas un remède miracle. Loin de là! Je soupçonne que la plupart des jardiniers vont être un peu déçus par les résultats.

Il faut d’abord comprendre que le vinaigre est un herbicide de contact : on doit le vaporiser sur toute la partie exposée de la plante. Il ne pénètre pas dans les cellules et n’a donc aucun effet résiduel. Dès qu’il s’assèche, son efficacité est terminée et il se décompose rapidement. Cela donne au moins l’avantage qu’on peut planter ou semer dans le secteur dans les 24 heures suivant le traitement.

Quel vinaigre?

20180918F Sarah Grace, www.pinterest.com .jpg

Vinaigre nettoyant. Source: Sarah Grace, http://www.pinterest.com

Le vinaigre blanc de cuisine contient normalement 5% d’acide acétique, plus rarement 7%. C’est parfait pour la fabrication de cornichons, mais généralement insuffisant pour tuer autre chose que les jeunes mauvaises herbes, notamment les semis. Le vinaigre nettoyant (trouvé dans le rayon des produits de nettoyage de quincaillerie) contient 10% d’acide acétique et est plus efficace : il peut faire mourir les feuilles mûrissantes de la plupart des mauvaises herbes vivaces, mais n’endommage que partiellement les feuilles déjà matures. Ainsi, le vinaigre blanc ordinaire n’est pas un herbicide très efficace en été ou à l’automne, quand la plupart des feuilles sont matures, mais l’est beaucoup plus au printemps, quand les feuilles sont encore jeunes.

20180818C www.mungerlawnscape.com.jpg

Vinaigre horticole. Source: www.mungerlawnscape.com

Pour tuer efficacement les feuilles matures (les feuilles estivales et automnales), il faut monter de grade. Le vinaigre horticole contient 20% d’acide acétique, donc quatre fois plus que le vinaigre blanc de cuisine. Il peut tuer les feuilles matures… mais alors, c’est un produit passablement toxique qu’il faut appliquer avec des gants et des lunettes de sécurité. Et quelle odeur : les larmes vont vous monter aux yeux! Le vinaigre horticole peut être difficile à trouver localement. Il peut être nécessaire de le commander par la poste.

Les feuilles, mais pas les racines

Peu importe le type de vinaigre, il ne tuera que le feuillage. Cela suffit pour contrôler les semis et les jeunes plants, souvent aussi les mauvaises herbes annuelles, mais en général, les mauvaises herbes vivaces (prêle, plantain, chiendent, laiteron, etc.) repousseront des racines qui, elles, n’auront pas été touchées. Donc, il faudra répéter le traitement après une semaine ou deux quand les feuilles réapparaîtront. Ainsi, plusieurs traitements peuvent être nécessaires pour contrôler définitivement la plupart des mauvaises herbes pérennes.

Pour rendre le vinaigre plus efficace

Pour rendre l’herbicide plus efficace, ajoutez un peu de savon pur, comme le savon insecticide, peut-être 5 ml par litre de vinaigre, pour aider le produit à mieux coller sur le feuillage. Plusieurs sites Web recommandent l’ajout de sel au vinaigre, mais il faut se rappeler que le sel peut stériliser le sol de façon définitive et n’est pas du tout un produit écologique.

Protégez les autres végétaux

20180818D www.twobrothersbrickpaving.com.jpg

Le vinaigre herbicide est surtout utilisé pour contrôler les mauvaises herbes paraissant dans les fissures des surfaces inertes. Source: www.twobrothersbrickpaving.com

Le vinaigre est un herbicide total : il affecte toute plante, indésirable ou désirable. Il faut donc l’appliquer avec beaucoup d’attention. Habituellement, on l’utilise pour les mauvaises herbes poussant dans les terrasses, les trottoirs, les entrées d’auto, etc. ou dans le potager avant de semer ou de planter les légumes, pas dans le gazon ou le jardin en croissance. On peut l’utiliser pour traiter des mauvaises herbes individuelles, dans la pelouse par exemple, mais il faut alors l’appliquer avec beaucoup de précautions, ne touchant que la plante indésirable, pas ses voisines.

Consignes d’application

Appliquez le vinaigre en vaporisation par une journée ensoleillée et sèche, sans vent. Idéalement, la température sera supérieure à 21 °C. Évitez de l’appliquer sur des surfaces qui peuvent être ternies par une forte acidité, notamment celles qui sont métalliques, comme les meubles de jardin et les clôtures.

Maintenant, à vous de décider si l’application de vinaigre est réellement la bonne méthode pour contrôler les mauvaises herbes sous vos conditions. Souvent, les arracher manuellement est plus efficace!20180818A www.sain-et-naturel.com

Quand les pivoines montent en graine

Par défaut
20180817A www.southernpeony.com.jpg

Gousse de graines de pivoine bien ouverte. Source: www.southernpeony.com

Normalement, le terme «monter en graine» a une connotation négative. On l’associe aux plantes qui sont sur le déclin, pour lesquelles la production est terminée pour la saison. Dans le cas des pivoines, par contre, monter en graine est quelque chose de merveilleux.

Je trouve que les gousses de graines de pivoine sont absolument charmantes, donnant une autre saison d’intérêt après la floraison printanière. À la fin de l’été, quand les gousses s’ouvrent pour révéler leurs graines d’un noir luisant, c’est réellement très impressionnant!

Supprimer les fleurs ou pas?

Bien sûr, beaucoup de jardiniers ne voient jamais leurs pivoines monter en graine. On leur a dit qu’ils devaient supprimer les fleurs fanées, car les laisser sur place affaiblirait la plante. C’est ce qu’ils font… et alors, ils manquent complètement la deuxième saison d’intérêt des pivoines!

Mais il ne faut pas croire tout ce que vous lisez: il n’est pas nécessaire de supprimer les fleurs fanées des pivoines; c’est même une action totalement inutile.

Certes, supprimer les fleurs fanées des vivaces de courte durée peut parfois prolonger leur utilité et il est sage aussi de supprimer les fleurs fanées des végétaux fraîchement plantés (même celles d’une jeune pivoine), car tant que la plante n’est pas bien établie, elle pourrait profiter d’un peu d’énergie supplémentaire pour produire de nouvelles racines si vous supprimez les fleurs. Cependant, la floraison et la fructification ne réduisent pas vraiment le niveau d’énergie de la plupart des plantes longévives (pivoines, arbustes, arbres, etc.) quand elles sont bien enracinées.

Je ne supprime presque jamais les fleurs fanées des végétaux de mon terrain, car j’aime l’aspect naturel que donnent au paysage les capsules de graines qui mûrissent. De plus, beaucoup de végétaux produisent des graines ou des fruits qui attirent les oiseaux l’hiver et je veux encourager leur présence chez moi.

Des bébés à partager

Mais, retournons à notre sujet, les pivoines qui montent en graine.

20180817B crickethillgarden.wordpress.com.jpg

Semis de pivoine, probablement issus de P. obovata ou de P. japonica. Source: crickethillgarden.wordpress.com

Après que les gousses se soient ouvertes au grand jour, au début de l’automne, les graines tombent au sol où, en partie du moins, elles germent. Certes, les graines de pivoine sont très lentes à germer. (En général, il n’y a aucune croissance visible au premier printemps, car, bien que les graines aient germé sous terre, les premières feuilles ne sortent que la deuxième année!) Par contre, quand elles finiront enfin par fleurir, environ 3 à 5 ans plus tard, elles vous offriront toute une gamme de fleurs très attrayantes. Vous pourrez partager ces plantes avec des amis et même leur donner des noms de cultivars si vous le souhaitez.

Je vois cela comme un autre avantage que vous obtenez seulement si vous ne supprimez pas les fleurs fanées!

Quand il n’y a pas de gousses

Vous remarquerez probablement que certaines pivoines de jardin (P. lactiflora), notamment les variétés très doubles, ne produisent pas de gousses ou, si oui, que les gousses sont vides. C’est parce que leurs organes sexuels ont été transformés en pétaloïdes, laissant la fleur essentiellement stérile. Il n’en reste pas moins que de nombreuses pivoines de jardin doubles produisent quand même des semences, assurant cette deuxième saison d’intérêt.

La gagnante est…

20180817C www.farreachesfarm.com.jpg

Gousse de graines de pivoine des bois (Paeonia obovata). Source: www.farreachesfarm.com

J’aime particulièrement les gousses ouvertes de la pivoine des bois (Paeonia obovata), avec des graines fertiles bleu foncé à bleu noir et des graines infertiles rouge vif. En fait, c’est ce qui m’a incité à écrire ce blogue: mes pivoines des bois sont à leur plus joli en ce moment. En fait, les gousses ouvertes sont probablement encore plus attrayantes que les fleurs qui, bien qu’assez belles, sont plutôt petites pour des fleurs de pivoine (environ 7,5 cm de diamètre), simples et seulement blanches ou rouge-violet. De plus, elles ne durent que quelques jours.

Un autre avantage est que la pivoine des bois, comme son nom l’indique, fleurira et produira des graines même dans des endroits ombragés, bien que l’ombre partielle soit la meilleure situation, ce qui permet d’étendre l’utilité des pivoines ailleurs que dans les emplacements ensoleillés.

Une autre pivoine tolérante à l’ombre, la pivoine japonaise (Paeonia japonica), est similaire et partage les mêmes gousses ouvertes de couleur vive.

20180817D alchetron.com.jpeg

Pivoine des bois (Paeonia obovata) en floraison. Source: alchetron.com

La pivoine des bois n’est pas la pivoine la plus commune et ne sera probablement pas vendue dans votre jardinerie locale, mais si vous faites une recherche sur Internet, vous trouverez facilement des plantes ou des graines que vous pourrez obtenir par correspondance. J’ai cultivé la mienne à partir de graines que j’ai commandées chez Gardens North il y a de nombreuses années.

Et pour clore la saison!

20180817E Sue Gaviller, www.pinterest.co.uk.png

Feuillage de pivoine de jardin à l’automne. Source: Sue Gaviller, http://www.pinterest.co.uk

Saviez-vous que beaucoup de pivoines offrent, outre de superbes fleurs et des gousses de graines spectaculaires, de jolis coloris d’automne? Encore, beaucoup de jardiniers ne le savent pas et coupent les feuilles trop tôt! Tout vient à point à qui sait attendre!


Les pivoines: pas seulement pour les fleurs!

Pourquoi tailler les thuyas en août

Par défaut
20180816A royaltreeservice.ca.jpg

Taille d’une haie de thuyas. Source: royaltreeservice.ca

Le thuya ou cèdre (Thuja occidentalis) est un conifère qui ne possède pas de bourgeon. La croissance s’effectue sur les écailles courtes et persistantes.

Au Québec, cette croissance débute normalement au début de juin et se poursuit jusqu’à la fin août, quelques fois jusqu’au 10 septembre si la chaleur persiste. Il est donc préférable de tailler le cèdre du 15 au 30 août.

En taillant à cette période, la repousse jusqu’à l’hiver sera très faible et la forme conique donnée par la taille empêchera la neige de s’accrocher aux rameaux. La haie sera donc en parfaite condition au printemps. De plus, pas besoin d’installer une protection hivernale, car la neige, même lourde, glissera facilement.

Aussi, il est beaucoup moins laborieux de tailler à cette période, car la température est beaucoup plus fraîche.

Une autre raison pour tailler en fin de saison, c’est la présence des oiseaux. Plusieurs de nos oiseaux indigènes nichent en juin dans nos conifères. Tailler à cette période contribue à détruire des nids ou à déranger la couvaison.

Gaétan Paquet
Arboriculteur écologiste
Tailleur de haies depuis 30 ans

L’immortelle vivace: pour une floraison qui dure

Par défaut
20180815A www.amazon.co.uk & Pendragon29, Wikimedia Commons

La populaire immortelle à bractées (Xerochrysum bracteatum), une annuelle, à gauche. Moins connue, mais solidement pérenne: l’immortelle vivace (Anaphalis margaritacea), à droite. Source: www.amazon.co.uk & Pendragon29, Wikimedia Commons

Qui ne connaît pas l’immortelle à bractées (Xerochrysum bracteatum), réputée pour ses fleurs papyracées qui viennent dans une si vaste gamme de couleurs? Elle obtient son nom du fait que ses inflorescences sèchent facilement et se conservent presque éternellement, ce qui en fait une fleur coupée populaire dans les arrangements floraux. Aussi, on peut facilement cultiver cette plante originaire d’Australie soi-même… comme annuelle. Mais elle a une parente beaucoup plus rustique, une vivace qu’on peut facilement cultiver dans presque tous les jardins de climat tempéré: l’immortelle vivace (Anaphalis margaritacea), aussi appelée anaphale marguerite.

C’est une espèce de très vaste distribution, indigène dans les régions tempérées de l’Asie et de l’Amérique du Nord et introduite en Europe. Elle est notamment présente et abondante dans toutes les provinces et tous les territoires canadiens et aussi dans la plupart des états américains.

20180815C Anaphalismargaritacea3 & Lysimachia ciliata Firecracker HC.jpg

Même sans fleur, l’immortelle vivace est attrayante grâce à son feuillage argenté. Ici, elle se mélange avec la lysimaque pourpre (Lysimachia ciliata ‘Firecracker’). Source: jardinierparesseux.com

L’immortelle vivace est facile à reconnaître dans la nature… et tout aussi bien dans le jardin. Avec ses tiges blanches dressées et son feuillage linéaire étroit vert argenté sur le dessus, blanc laineux au revers, elle crée un effet attrayant avant même de fleurir. Mais elle ne tarde pas à fleurir non plus, produisant de denses bouquets terminaux de petites inflorescences blanches. Les véritables fleurons sont minuscules et jaune or, regroupés au centre de chaque inflorescence: ce qu’on voit surtout sont les bractées blanches qui les entourent, des bractées ayant la même texture papyracée que celles de l’immortelle annuelle.

Dimensions

La hauteur de l’immortelle vivace varie selon les conditions… et peut-être aussi selon sa génétique, car si elle atteint habituellement entre 30 et 60 cm de hauteur, on trouve parfois dans la nature des colonies de 1 m de hauteur et d’autres de moins de 20 cm. Quant à son diamètre, elle se répand par drageons produits sur de courts rhizomes. Calculez alors un minimum de 30 cm, mais elle pourrait couvrir 1 mou plus si vous la laissez faire. Heureusement, même si elle s’élargit assez rapidement, elle n’est pas difficile à contrôler: un petit coup de pelle la remet rapidement à sa place.

Culture

20180815B KENPEI, Wikimedia Commons.jpg

L’immortelle vivace est bien adaptée aux sols secs. Source: KENPEI, Wikimedia Commons

Dans la nature, cette plante croît surtout dans les milieux secs, pauvres et ensoleillés, mais elle est beaucoup plus adaptable en culture où elle semble se plaire dans les sols de toutes sortes, même relativement riches, et aussi à la mi-ombre. En fait, elle ne craint que les milieux détrempés ou très ombragés. D’ailleurs, vous n’aurez peut-être même pas à l’acheter, car souvent elle vient s’insérer dans nos jardins sans invitation. On ne peut pas dire que ce soit une mauvaise herbe, car elle est si facile à arracher et, de plus, elle est jolie. Il vaut mieux la voir comme un petit cadeau de la déesse Flora, la divinité romaine de l’horticulture.

C’est une plante de longue vie et de floraison durable (juillet à septembre). Sa rusticité est excellente : zone 2.

Beaucoup de fleurs, mais pas toujours des semences

Curieusement, c’est une plante dioïque: les fleurs mâles et femelles sont produites sur des plantes différentes. Mais les abeilles et les papillons assurent toujours une bonne pollinisation et, si votre plante est une femelle, vous n’aurez pas de difficulté à obtenir des semences. Et justement, notre immortelle indigène pousse facilement à partir de semences et ne nécessite aucun traitement particulier pour germer ou pousser. On peut aussi la multiplier par division et par boutures de tige.

Utilisations

Traditionnellement, les peuples indigènes consommaient les feuilles et les jeunes pousses d’immortelle vivace au printemps et se servaient aussi des feuilles pour hâter la guérison des brûlures. Aujourd’hui, nous l’utilisons plutôt dans le jardin ornemental, notamment dans la plate-bande à l’anglaise, le jardin xérophile et la rocaille, mais aussi en pré fleuri et dans les jardins sur les toits.

20180815D Lavender Lori, www.pinterest.ca

Immortelle vivace en train de sécher. Source: Lavender Lori, http://www.pinterest.ca

Bien sûr, on l’emploie aussi dans les arrangements de fleurs séchées. À cette fin, récoltez les tiges avant que le cœur jaune ne soit visible et suspendez-les à l’envers jusqu’à ce qu’elles soient bien sèches. Les fleurs séchées peuvent se conserver pendant plusieurs années.

Insectes et maladies

20180815H socalbutterflies.com.jpg

Chenille de belle-dame (Vanessa cardui). Source: socalbutterflies.com

L’immortelle vivace est peu touchée par les maladies et sa pilosité repousse beaucoup d’insectes et prédateurs: même les fourmis semblent l’éviter! Toutefois, elle est souvent la proie d’une chenille noire à ligne jaune fortement couverte d’épines.

20180815E beebetter.info.jpg

La belle-dame porte bien son nom. Source: beebetter.info

Avant de sortir votre arsenal de produits chimiques dans un effort d’éradiquer la chenille, sachez que cette chenille est la larve d’un fort joli papillon, la belle-dame, aussi appelé vanesse (Vanessa cardui), un papillon largement distribué (trouvé sur tous les continents sauf l’Antarctique et l’Amérique du Sud) que vous voudriez sans doute voir dans vos jardins. Mais les larves font passablement de dégâts. Pour protéger votre plante sans priver votre environnement d’un futur papillon, il suffit de transporter la chenille dans un champ à proximité, sur une anaphale sauvage ou une autre plante hôte, comme le chardon ou la bardane, pour la laisser poursuivre sa métamorphose.

Variétés

Même si l’immortelle vivace est abondante dans la nature et assez populaire dans les jardins aussi, on ne connaît qu’un seul cultivar, ‘Neuschnee’, généralement vendu sous le nom ‘New Snow’. Personnellement, je doute que cette variété, produite par semences, mérite même un nom de cultivar, car elle semble strictement identique à l’espèce. Certains diront qu’elle est plus compacte, toutefois: 40-50 cm. Zone 2.

20180815F Anaphalis triplinervis 'Sommerschnee' tuin.phisites.nl

Immortelle trinervée (Anaphalis triplinervis ‘Sommerschnee’). Source: tuin.phisites.nl

Une autre espèce d’Anaphalis est parfois cultivée : l’immortelle trinervée ou anaphale trinervée (A. triplinervis). C’est une plante asiatique d’origine alpine, intéressante en rocaille et en bordure. Plus compacte (environ 30 cm de hauteur et de diamètre) que notre immortelle vivace, ses feuilles sont aussi plus larges et, comme le nom le suggère, portent trois nervures distinctes. Ses bouquets de petites inflorescences blanc grisâtre sont moins denses que ceux d’A. margaritacea. Zone 2.

Un cultivar, A. triplinervis ‘Sommerschnee’ (‘Summer Snow’), est plus facile à trouver que l’espèce elle-même et aussi plus attrayant, car ses inflorescences sont blanc pur plutôt que grisâtres. Zone 2.


L’immortelle vivace : facile à cultiver et si jolie, que ce soit in vivo ou séchée!20180815G Pendragon29, Wikimedia Commons

Pas de panique quand les feuilles de l’oignon s’écrasent!

Par défaut
20180814A blessedbeyondcrazy.com.jpg

Non, cet oignon n’est pas mourant. Il se prépare tout simplement pour l’hiver. Source: blessedbeyondcrazy.com

L’oignon a une façon bien dramatique de montrer que son bulbe est mûr, une façon qui peut être bien alarmante si personne ne vous en avait prévenu. C’est que ses feuilles se couchent toutes seules au sol comme si la plante était en train de mourir. Mais l’oignon n’est pas mourant: ce phénomène n’est qu’une étape dans la maturation de son bulbe.

Une vieille tradition veut que, quand les feuilles de la moitié des oignons sont couchées, il faille utiliser un râteau de jardin pour coucher les autres. C’était censé stimuler une maturation plus rapide. Les maraîchers ne le font pas et pourtant, leurs oignons sont très beaux. Et pourquoi faire cet effort supplémentaire s’il ne donne aucun avantage?

Une semaine ou deux après que le feuillage de la plupart des oignons se soit couché au sol, déterrez les bulbes et laissez-les exposés au soleil, racines à l’air, pendant deux ou trois jours. Cela les endurcit, stimulant le bulbe à se préparer une enveloppe plus épaisse, ce qui permet une meilleure conservation. On appelle cette étape le ressuyage.

Si le temps est pluvieux, faites le ressuyage à l’intérieur d’un garage ou d’un cabanon, sur une feuille de plastique.

Ensuite, nettoyez les bulbes grossièrement avec une petite brosse et rentrez-les au frais et au sec, voilà tout. La plupart du temps, les oignons correctement ressuyés et conservés resteront en bon état jusqu’au début du printemps.

 

Les cerises à grappes sont-elles toxiques?

Par défaut
20180813A nativeharvest.com.jpg

Les fruits du cerisier à grappes de Virginie (Prunus virginiana) sont-ils toxiques ou comestibles? Source: nativeharvest.com

Question : J’aimerais connaître votre opinion sur la comestibilité des fruits du Prunus virginiana, communément appelé cerises à grappes.

Plusieurs sites mentionnent que les fruits sont une excellente nourriture pour les oiseaux. Certains signalent de plus qu’il est possible d’en faire des gelées et des conserves, mais un site m’a complètement jeté par terre lorsque j’y ai lu ceci: «Des enfants ont été empoisonnés et sont morts après avoir ingéré de grandes quantités de cerises de cette espèce avec les noyaux. L’ingestion de cette plante peut empoisonner toutes les espèces de bétail. Des bovins et des moutons ont été intoxiqués par le cerisier de Virginie.» (Source: Système canadien d’information sur les plantes toxiques.)

Pourtant, quand j’étais jeune et habitais le Bas St-Laurent, j’ai déjà mangé des poignées de cerises à grappes à même l’arbre!

Alors, ma question est, comment se fait-il qu’il soit indiqué partout que les fruits font une excellente nourriture pour les oiseaux alors que des humains et des moutons sont morts après leur ingestion?

Pierre Nadeau

Réponse : Le secret, c’est ce que c’est le noyau qui est toxique, pas la chair du fruit. Tous les cerisiers (Prunus spp.) ont un noyau toxique qui contient d’ailleurs de l’amygdaline, un produit qui se convertit en cyanure lors de la consommation. Mais normalement, les humains ne mangent pas les noyaux: ils les recrachent. Le bétail mange les fruits tout ronds et peut alors s’intoxiquer s’il en avale trop. D’ailleurs, notez qu’on spécifie dans le texte que les enfants morts avaient avalé les noyaux.

20180813B viherlassila.fi

Le très populaire cultivar Prunus virginiana ‘Schubert’. Source: viherlassila.fi

Le cerisier à grappes de Virginie ou cerisier de Virginie (Prunus virginiana) est le pendant nord-américain du cerisier à grappes européen (P. padus) et les deux sont abondamment utilisés comme arbres ornementaux, notamment les variétés à feuillage pourpre, comme P. virginiana ‘Schubert’, P. virginiana ‘Canada Select’ et P. padus ‘Colorata’. Les deux partagent des fruits comestibles, au goût toutefois pâteux et astringent… et des noyaux toxiques. D’ailleurs, les peuples indigènes des deux continents se nourrissaient abondamment des fruits, généralement après cuisson (ce qui détruit l’amygdaline). Notez qu’avaler par accident quelques noyaux ne causera pas un empoisonnement: le poison est dans la dose. Il faudrait en consommer une bonne quantité. Par contre, il ne faudrait surtout pas prendre l’habitude de les avaler.

Curieusement, les noyaux traversent sans problème le système digestif des oiseaux dont c’est une nourriture préférée, et d’ailleurs, les cerfs et les ours peuvent les manger avec impunité, alors que les moutons, vaches, chevaux, etc. s’en empoisonnent. D’autres animaux, comme les tamias et les souris, semblent savoir que les noyaux sont toxiques et mangent la chair sans avaler les noyaux. D’ailleurs, même les tiges, l’écorce et les feuilles des Prunus sont toxiques pour plusieurs mammifères.

20180813C www.besthealthmag.ca.jpg

Le noyau de l’amandier sauvage (Prunus dulcis) est toxique, mais la plupart des cultivars modernes donnent des amandes douces, sans toxicité. Source: www.besthealthmag.ca

Mais si les noyaux de tous les Prunus (cerisiers, pruniers, pêchers, etc.) sont toxiques pour les humains, comment se fait-il qu’on puisse consommer des amandes, extraites des noyaux de l’amandier (P. dulcis)? D’abord, les horticulteurs ont développé des lignées sans amygdaline, appelées amandes douces, qu’on peut manger avec impunité. Les amandes trouvées en épicerie sont toujours des amandes douces. Mais on peut consommer même les amandes amères (on appelle ainsi les amandes qui contiennent de l’amygdaline) si on les fait chauffer auparavant. À cause des risques pour les consommateurs résultant d’une cuisson insuffisante, la vente d’amandes amères est toutefois prohibée dans plusieurs pays.

20180813D labradoodlesbycucciolini.ca.jpg

Les pépins de pomme ne sont pas aussi inoffensifs qu’on le pense. Source: labradoodlesbycucciolini.ca

D’ailleurs, c’est la même situation pour les pommes (Malus pumila): leurs pépins sont toxiques et pourtant, certaines personnes ont l’habitude d’avaler les pépins, du moins à l’occasion. C’est que, habituellement, les pépins de pomme passent à travers notre système digestif intacts. Par contre, il ne faut pas mâcher les pépins avant de les avaler, ni percer leur enveloppe, car cela libérera les éléments toxiques. Même là, les pommes sont beaucoup moins toxiques que la plupart des Prunus. Il faudrait en consommer des quantités importantes pour se rendre malade: plus de 200 pépins pour un adulte de taille moyenne.

D’ailleurs, beaucoup d’autres plantes comestibles ont des parties toxiques ou sont toxiques si l’on ne les fait pas cuire auparavant. Lisez, à cet effet, Plantes à la fois comestibles et toxiques. Mieux vaut se limiter à consommer les parties que l’on connaît des plantes de nos potagers et vergers, et même cela, seulement après la préparation habituellement recommandée!20180813A nativeharvest.com