La coriandre : herbe de l’année 2017

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Les jeunes feuilles de la coriandre ressemblent à celles du persil. Photo: Forest & Kim Starr, Wikimedia Commons

À tous les ans, l’International Herb Association nomme une plante condimentaire ou médicinale «herbe de l’année»… et leur choix pour 2017 est la coriandre.

Son histoire

Les origines exactes de la coriandre (Coriandrum sativum), de la famille des Apiacées, sont perdues dans la nuit des temps, car la plante fut largement disséminée dans l’Ancien Monde bien avant l’époque moderne. Toutefois, les ethnobotanistes croient qu’elle vient du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient. On sait qu’elle est cultivée depuis fort longtemps et était connue des Égyptiens et des Grecs.

Les origines de son nom aussi sont discutables, mais certains étymologistes le font dériver du mot grec koris pour punaise, insecte qui dégage une senteur similaire à celle de la coriandre.

Son apparence

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Illustration botanique de la coriandre. Notez comme les feuilles supérieures sont très découpées.

C’est une plante d’environ 30 à 60 cm de hauteur (parfois jusqu’à 1,40 m). Les feuilles sont toujours découpées, mais sont plus larges à la base, ressemblant beaucoup alors à son proche parent, le persil (on appelle parfois la coriandre persil chinois ou persil arabe). Celles du sommet de la plante sont davantage découpées, devenant carrément plumeuses.

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Les pétales des fleurs de l’extérieur de l’ombelle sont plus longs que celles des fleurs au centre.

Les fleurs sont portées au sommet de la plante en petites ombelles. Les minuscules fleurs sont blanches ou rose très pâle. Celles de l’extérieur de l’ombelle portent des pétales asymétriques, nettement plus longs. Elles attirent les insectes pollinisateurs au jardin, notamment les syrphes.

À la fin de la floraison, le feuillage inférieur jaunit et s’assèche et les capsules de graines rondes brunissent très rapidement, signalant la fin de la vie de la plante.

Une plante, deux noms

La coriandre est fort appréciée dans plusieurs cuisines régionales.

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Les graines de coriandre se conservent intactes pour mieux préserver leur goût; on peut alors les moudre avant utilisation.

Les Européens du nord utilisaient surtout les graines séchées comme condiment, tradition qui fut adoptée dans le nord de l’Amérique du Nord et en Australie, alors qu’en Asie et en Amérique du Sud et centrale, c’est surtout le feuillage qui est consommé.

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Le nom «cilantro» semble vouloir remplacer le terme coriandre, du moins, en ce qui concerne la coriandre feuille.

Actuellement, sous l’influence de la cuisine mexicaine, l’utilisation de la coriandre feuille gagne du terrain en Amérique du Nord sous le nom espagnol cilantro. Dans les supermarchés, c’est d’ailleurs souvent le nom espagnol qu’on voit.

Les feuilles et les graines sont souvent utilisées de façon médicinale, notamment pour traiter les problèmes gastriques.

La troisième utilisation est comme huile essentielle, extraite des graines. L’huile est utilisée en aromathérapie, en parfumerie et dans l’industrie alimentaire.

Un goût discutable

Curieusement, les feuilles et les graines ont des goûts différents. Les feuilles, utilisées abondamment dans les cuisines asiatiques et mexicaines, ont un goût rafraîchissant un peu comme du persil citronné, mais qui ne plaît pas à tous. Plusieurs personnes disent qu’elles goûtent sentent et gouttent le savon… ou pire encore! Ce dédain semble partiellement génétique.

Le goût des graines semble moins déranger et on les utilise beaucoup dans les marinades et les currys.

Culture

On entend souvent les jardiniers novices se plaignent qu’ils ont perdu leurs plantes de coriandre, mais en fait, ils n’ont pas raté la culture de la plante, c’est tout simplement qu’ils n’ont pas fait la récolte assez rapidement.

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Quand la plante monte en graine, le feuillage devient amer. Photo: Lazargagnidze, Wikimedia Commons

En effet, la coriandre est une plante annuelle à croissance rapide. Il est peu utile de l’acheter sous forme de plante en pot, car alors elle monte en graine si rapidement que la saison est terminée presque aussitôt le repiquage terminé. Et dès que la montaison commence (dès que la plante se prépare à fleurir), le feuillage devient amer et n’est plus mangeable.

Il est plus facile de semer cette herbe soi-même sur place, c’est-à-dire, en pleine terre là où vous voulez qu’elle pousse, que d’acheter des plantes ou d’en semer à l’avance à l’intérieur, d’autant plus qu’elle préfère la fraîcheur du printemps à l’extérieur à la chaleur de l’intérieur. Semez-en à 5 mm de profondeur et 3 à 5 cm d’espacement dès que la terre peut être travaillée. Répétez aux 2 ou 3 semaines; ainsi vous aurez des feuilles à récolter pendant tout l’été.

On peut aussi la semer à l’automne pour assurer la première récolte au printemps. Dans les pays aux hivers doux, d’ailleurs, la coriandre se cultive surtout comme herbe d’hiver, car la fraîcheur de l’hiver retarde la montée en graine.

Méthode du paresseux

Laissez une plante ou deux de coriandre monter en graines. Les graines tomberont au sol et y germeront, habituellement quelques semis à la fois pendant presque tout l’été. Ainsi, si vous laissez une plante mûrir de temps en temps, la coriandre peut se maintenir d’une année à l’autre, assurant un genre de pérennité malgré la très courte vie de la plante individuelle. D’accord, elle deviendra un peu une herbe folle, mais au moins, une herbe folle comestible!

La coriandre préfère le plein soleil ou la mi-ombre et un sol bien drainé, riche ou pauvre et légèrement acide (d’un pH d’environ 6,0 à 6,8).

On sème rarement des rangs de coriandre, mais plutôt quelques graines çà et là à travers les autres légumes et fines herbes. On peut également le semer en pot à l’extérieur, normalement en bordure d’un pot contenant d’autres fines herbes ou légumes.

Éclaircissez les semis à 15 à 30 cm… et utilisez les semis supprimés en cuisine comme première récolte.

Gardez le sol légèrement humide pendant la (très courte) saison de croissance. Recouvrez le sol de paillis pour garder le sol plus frais, ce qui retardera la montée.

Il est rarement nécessairement de fertiliser la coriandre spécifiquement. Maintenez plutôt la qualité du sol pour les plantes voisines et la coriandre en profitera.

La coriandre pousse mieux au printemps et à l’automne, moins énergétiquement l’été où l’on doit souvent se contenter de ne récolter que quelques feuilles par plante ou encore, de récolter les jeunes semis.

La récolte

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En récoltant les semis trop denses, on obtient la première récolte.

On récolte les feuilles de coriandre à tout moment, mais avant le début de la montaison, coupant chaque feuille à la base. Quand la plante est jeune, on peut récolter jusqu’à un tiers de ses feuilles et la plante les remplacera. Les feuilles se conservent mal; on peut les congeler ou les conserver dans l’huile, mais elles perdent alors beaucoup de goût. Mieux vaut les utiliser quand elles sont fraîches.

Quant aux graines, on les récolte à partir des plantes qu’on a laissé monter, dès que les capsules commencent à brunir. (Si on les laisse trop longtemps sur la plante, les capsules ouvrent et on perd les graines!) Placez tout simplement les capsules brunissantes dans un sac de papier: elles s’y ouvriront pour laisser tomber les graines après seulement quelques jours. Les graines sont déjà sèches et se conserveront facilement 4 ou 5 ans.

À l’intérieur

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On peut semer des graines de coriandre à l’intérieur dans le but de produire des pousses à manger très jeunes.

La coriandre n’apprécie pas la culture à l’intérieur: il y est difficile de lui offrir le soleil intense et la température fraîche qu’elle préfère. Par contre, plutôt que d’essayer d’amener une plante récalcitrante à pleine maturité, faites plutôt germer et récolter les jeunes pousses avant qu’elles ne se dégradent. Semez alors les graines en pot ou en plateau dans un terreau humide, sous l’éclairage le plus intense possible. Normalement les feuilles seront petites, mais néanmoins prêtes à récolter, après 3 à 4 semaines. Semez-en aux 2 ou 3 semaines pour assurer une récolte perpétuelle.

Variétés

Il existe plusieurs variétés de coriandre, mais si vous voulez récolter des feuilles pendant la plus longue saison possible, préférez les variétés qui sont réputées pour être lentes à monter, comme ‘Calypso’, ‘Long-Standing’ ou ‘Slow Bolt’.

Les prétendants

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La coriandre vietnamienne ou rau ram (Persicaria odorata) n’est nullement apparentée à la vraie coriandre, mais a un goût similaire.

Plusieurs autres plantes ont un goût similaire à la coriandre et sont souvent utilisées pour la remplacer. C’est notamment le cas de la coriandre longue ou coriandre chinoise (Eryngium foetidum), de la coriandre bolivienne (Porophyllum ruderale) et de la coriandre vietnamienne ou rau ram (Persicaria odorata, anc. Polygonum odoratum).

Bon jardinage!

 

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Nouvelle ressource anti-insectes pour les jardiniers

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20170329ALe développeur d’applications de jardinage Growing Interactive a entrepris un projet qui pourrait être fort intéressant pour les jardiniers amateurs: un système d’alerte précoce au sujet des invasions des ravageurs de jardin.

Les organisateurs de The Big Bug Hunt invitent des jardiniers de l’Amérique du Nord et de l’Europe à signaler les observations d’insectes nuisibles dès qu’ils remarquent leur présence. Les résultats seront analysés pour détecter les mouvements des ravageurs et, bientôt, il sera possible d’aviser les jardiniers de l’arrivée imminente d’un ennemi de leurs cultures, ce qui leur donnerait l’occasion de se prémunir.

Et il n’y a pas que la présence des ravageurs qu’on peut s’inscrire, mais aussi celle des insectes bénéfiques tels que les abeilles, qui souffrent actuellement de sérieux déclins de population. Les chercheurs derrière ce projet veulent en apprendre davantage sur leur distribution.

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Vous cliquez sur Report a pest pour aviser de la découverte d’un ravageur chez vous.

Ce projet a reçu 11 000 rapports en 2016, sa première année, et a déjà trouvé des modèles qui avisent quand et comment certains des principaux ravageurs des cultures s’étendent, mais compte sur encore plus de participation en 2017 afin d’accélérer le développement de leur système d’alerte des ravageurs.

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Quand les données accumulées indiquent qu’un ravageur arrivera bientôt chez vous, vous recevrez un préavis.

Un bémol: la langue

Bien que le projet, basé en Angleterre et au Canada, soit d’envergure internationale, le site Web The Big Bug Hunt est strictement en anglais pour l’instant. Ainsi, il faut comprendre un peu de cette langue pour y participer.

J’ai toutefois discuté avec le directeur des communications, Bernard Vanheems, et il m’a dit si vous ne connaissez pas le nom anglais d’un insecte, vous pouvez l’inscrire en français, car il y a sur place des employés qui comprennent le français. De plus, il y a sur le site Web des guides d’identification des ravageurs, un pour l’Amérique du Nord, l’autre pour l’Europe, qui montrent des images des insectes avec leur non anglais.

Je vous invite d’abord à visiter le site à Bigbughunt.com, puis, cet été, de cliquer sur Report a bug pour les aviser des différents insectes, acariens et mollusques ravageurs que vous avez vus: pucerons, acariens, chenilles, limaces, etc.

20170329C.pngLe report est très simple et le remplir ne prend que quelques secondes. Vous donnez:

  1. Le nom de l’insecte.
  2. Sur quelle plante vous l’avez trouvée.
  3. Rue et nom de la municipalité où vous l’avez vu.

Pour recevoir des avis, cliquer sur Keep me updated. On vous enverra une mise à jour hebdomadaire, incluant des conseils sur la prévention des infestations et des traitements biologiques à y apporter. Vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Espérons que ce projet se montre bénéfique pour tous les participants!20170329A

Les coccinelles sont cannibales

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Coccinelle adulte. Illustration via Good Free Photos

La coccinelle est l’insecte parfait pour initier les enfants au respect de la nature.

Voici un petit insecte inoffensif (généralement), coloré, joli, qu’ils peuvent prendre sur un doigt. Les livres d’enfants foisonnent d’images de gentilles coccinelles, les livres de coloriage aussi, on raconte leur histoire à la maternelle et en garderie et, de plus, ces insectes si gentils mangent les méchants pucerons qui s’attaquent aux plantes. Quelle belle histoire à raconter!

Mais peut-être qu’il ne faudrait pas mentionner qu’elles sont aussi cannibales.

En effet, les coccinelles n’hésiteront pas à ingérer une des leurs si l’occasion se présentait. L’examen de coccinelles attrapées dans un champ de soya aux États-Unis, par exemple, a révélé des résidus d’autres coccinelles dans la moitié des spécimens.

De plus, ce cannibalisme commence tôt.

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Larve de coccinelle. Photo: Mausy5043, Wikimedia Commons

Certaines espèces pondent un mélange d’œufs fertiles et infertiles. Quand la larve, qui ne ressemble pas du tout à la coccinelle adulte, mais vaguement à un petit alligator, naît et si elle ne trouve pas d’autres proies (pucerons, cochenilles, acariens, aleurodes, etc.) à proximité, elle mangera tout d’abord un œuf infertile pour se nourrir. Puis, si ses frangins ne s’en vont rapidement, elle essaierait de les manger aussi. Même les adultes mangent volontiers des larves ou même d’autres adultes quand elles en ont l’occasion.

Des coccinelles cannibales? Qui l’aurait cru!20170328A

Montée en graine

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Laitue montée: elle est désormais trop amère pour manger.

Aussi appelée montaison ou montée.

C’est l’étape dans la vie d’une plante où elle quitte la phase de croissance végétative et commence à produire des fleurs puis des graines. Pour les plantes à feuilles ou à racines comestibles, notamment les légumes et les fines herbes comme l’épinard, la laitue, le persil et le radis, la montée met fin à la récolte, car à ce stade les feuilles ou racines deviennent amères ou fibreuses.

L’arbre à monnaie: bonne fortune, mais pas nécessairement belle apparence

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Arbre à monnaie tressé, tel que vu dans une jardinerie.

Vous avez certainement vu l’arbre à monnaie ou pachirier. Avec ses feuilles palmées rappelant un schefflera et ses tiges généralement tressées, cette plante d’intérieur se démarque vraiment de la foule.

Le nom «arbre à monnaie» vient de l’anglais «money tree» qui vient à son tour du chinois «arbre de l’argent» (发财树). Pourquoi? C’est que les feuilles ont habituellement cinq folioles et, dans la tradition chinoise, le chiffre cinq est associé à la richesse. Donc, apporter une plante à cinq feuilles dans la maison assurera la prospérité financière. Il faut dire que les feuilles de l’arbre à monnaie portent parfois 6 ou même 7 folioles, mais c’est très bien quand même, car ce sont aussi des chiffres chanceux.

Pour que l’arbre à monnaie apporte encore plus de chance, il est surtout vendu tressé, avec cinq tiges entrelacées. Jamais quatre tiges cependant (le chiffre quatre est désastreux aux yeux des Chinois superstitieux, car il signifie mort). Si jamais une tige meurt, les propriétaires feront rapidement disparaître la plante en question.

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Serre de production de plantes à monnaie à Taïwan.

Depuis les années 1980, des millions d’arbres tressés ont été exportés de Taïwan, où leur production demeure une industrie majeure.

Son véritable nom

Ce qui complique encore plus l’histoire de cette plante est qu’il y a en fait deux espèces différentes vendues sous le nom d’arbre à monnaie. Pachira aquatica est le nom habituellement écrit sur l’étiquette (on pourrait l’appeler pachirier aquatique), mais en fait, la plupart des arbres à monnaie relèvent plutôt de l’espèce P. glabra (pachirier lisse), les deux appartenant à la famille des Malvacées (anciennement, les Bombacées). Les deux sont très semblables et les différencier est difficile, surtout quand ils sont jeunes, mais le tronc de P. glabra a une base nettement plus gonflée.

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Pachirier aquatique (Pachira aquatica) au Costa Rica. Remarquez les étamines rouges qui le distinguent du pachirier glabre (P. glabra) aux étamines blanches.

La distinction est plus facile quand la plante fleurit. Les deux produisent de grosses fleurs nocturnes parfumées aux longues étamines, mais les étamines de P. glabra sont uniformément blanches alors que l’extrémité de celles de P. aquatica est rouge. Aussi le gros fruit de P. glabra est vert et sans poil (le sens de «glabra») alors que celui de P. aquatica est brun acajou et velouté. Les deux contiennent des noix comestibles, menant à toute une série d’autres noms communs: châtaignier de Malabar, châtaignier de la Guyane, noisetier de la Guyane et plus encore.

Les deux espèces viennent d’Amérique du Sud et centrale, P. aquatica le long des cours d’eau ; P. glabra plus à l’intérieur des terres.

Ni l’un ni l’autre des pachiriers n’est porté à fleurir à l’intérieur, mais ils fleurissent assez facilement lorsqu’ils sont plantés à l’extérieur dans les climats tropicaux. Leurs fleurs sont très grandes (20 cm de diamètre) et belles, mais ne durent qu’une seule nuit.

Le comportement de l’arbre à monnaie

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Mon propre pachirier glabre d’environ 20 ans est typique de son espèce: en pot, il porte peu de ramifications et souffre d’une apparence dégarnie.

Les deux sont de grands arbres forestiers dans la nature. D’ailleurs, cela se voit dans leur comportement. Les jeunes pachiriers poussent tout droit vers le haut et ne se ramifient pas avant d’avoir atteint plusieurs mètres de hauteur. Même si vous leur coupez la tête, ils produiront habituellement seulement une nouvelle tige pour remplacer celle qui été perdue, rarement deux. En conséquence, les pachiriers d’intérieur prennent un aspect de plus en plus dégarni à mesure qu’ils grandissent, perdant leurs feuilles inférieures pour les remplacer uniquement par des feuilles au sommet. Au moins des arbres tressés, chacun avec 4 ou 5 feuilles, paraissent plus fournis pendant plus longtemps qu’un pachirier à tronc unique.

Pour éviter une apparence de girafe végétale, il est donc préférable de les tailler annuellement à la fin de l’hiver en supprimant leur tête. D’ailleurs, si vous en achetez un, habituellement vous verrez la trace des tailles précédentes. Ne vous inquiétez pas, une autre tête, avec de nouvelles feuilles, repoussera rapidement. Si vous voulez que la plante reste compacte, rabattez juste au-delà la fin des tiges tressées.

Avec le temps, les plantes finissent par accumuler beaucoup cicatrices d’élagage. Autrement dit, la pachirier, du moins quand on le cultive à l’intérieur, n’est pas un arbre qui vieillit gracieusement.

L’entretien du pachirier

Les deux espèces de pachirier font des plantes d’intérieur étonnamment faciles à cultiver.

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Pachirier glabre (Pachira glabra) tressé.

Bien que dans la nature les arbres adultes poussent avec leurs branches supérieures exposées au plein soleil tropical, les jeunes arbres germent dans l’ombre profonde de la jungle et conservent cette tolérance lorsqu’ils sont cultivés à l’intérieur. Et s’ils croissent souvent le long des cours d’eau avec leurs racines qui trempent dans l’eau, comme le nom P. aquatica suggère, ils sont néanmoins très tolérants à la sécheresse. Ils ne semblent pas non plus être dérangés par le fait que leurs racines soient terriblement serrées dans un petit pot, comme quand on les cultive en bonsaï.

En conséquence, vous pouvez mettre votre pachirier au plein soleil ou en arrière-plan, loin de la fenêtre, l’arroser régulièrement et abondamment ou laisser son sol sécher complètement à l’occasion, et soit le négliger ou le dorloter et il survivra longtemps.

Les températures intérieures normales de nos maisons lui conviennent parfaitement. Si vous le placez à l’extérieur l’été, toutefois, il est important de le rentrer quand les températures nocturnes deviennent frisquettes.

Autre surprise: même si cette plante pousse dans la jungle humide, il tolère relativement bien l’air sec de nos demeures. Reste qu’il sera plus verdoyant si vous lui fournissez une atmosphère humide (humidité de 50% ou plus). À cette fin, cultivez-la sur un plateau humidifiant, allumez un humidificateur ou placez-la ans une pièce naturellement très humide. Vaporisez de l’eau sur son feuillage, par contre, est une perte de temps, même si on voit souvent cette suggestion sur l’Internet: cela n’augmente pas l’humidité assez pour améliorer le moindrement sa situation.

Peu de plantes réagissent moins à la fertilisation qu’un pachirier: que vous en appliquiez ou pas, il suit son propre rythme de croissance. Logiquement toutefois, vous donneriez un peu d’engrais pendant sa courte période de croissance annuelle, soit au printemps.

S’il vous est possible de le faire, placez votre pachirier en plein air pendant l’été, d’ailleurs, au plein soleil si possible. Seulement alors pourrait-il, peut-être, fleurir un jour. Il faut toutefois l’y acclimater progressivement, car ses feuilles brûleront si elles sont soudainement exposées au soleil intense.

Ne paniquez pas lorsque certaines vieilles feuilles jaunissent et tombent l’hiver ou au début du printemps. Cela fait partie de son cycle de croissance naturel et de nouvelles feuilles apparaîtront bientôt pour les remplacer.

Procédez à tout rempotage au début du printemps. Les jeunes pachiriers profiteront d’un rempotage annuel dans un pot un peu plus gros chaque fois. Chez les spécimens matures, on peut retarder ce rempotage pendant 4 ou 5 ans si nécessaire. Vous voulez conserver votre pachirier dans un petit pot de bonsaï. Il serait alors sage de le dépoter et réduire la longueur de ses racines d’un quart à tous les ans.

Si vous voulez continuer à tresser les tiges, faites-le alors qu’ils sont encore jeunes et souples, en utilisant des liens torsadés pour fixer les tresses le temps qu’elles se fixent dans cette position. Les Taïwanais utilisent à cette fin des liens torsadés dorés, rouges ou jaunes, les jugeant plus porteurs de chance que les liens verts habituels.

Les producteurs taïwanais produisent tous leurs pachiriers par semences fraîches, facilement disponibles dans leur pays. Elles sont toutefois rarement offertes en sachet ailleurs, car leur longévité est faible. Vous pouvez toutefois multiplier votre pachirier en bouturant une tige coupée si vous le désirez.

Pas beau, mais bien résistant

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Le tronc à la base de mon pachirier glabre est gonflé comme un cantaloup.

J’ai un pachirier glabre (P. glabra) de 2 mètres de hauteur avec un tronc unique, gonflé à la base comme un cantaloup, que je cultive à l’intérieur pendant près de 20 ans. Il n’est pas très joli (on voit toutes les cicatrices de mes diverses tentatives généralement vaines de taille au cours des années), mais maintenant il est au moins un peu ramifié, quelque chose qui vient avec la maturité. Il ne gagnerait certainement jamais un concours de beauté et si je continue de le maintenir, c’est sans doute parce qu’il s’accroche si obstinément à la vie. C’est une qualité, d’après moi, qui mérite d’être récompensée.20170327E, DC WC

Non, la vermiculite horticole ne contient pas d’amiante

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On trouve de la vermiculite, une roche expansée de couleur dorée, dans presque tous les terreaux.

Parfois il y a des mythes horticoles qu’on croyait bien morts qui recommencent à circuler. C’est, paraît-il, le cas avec le mythe qui prétend que la vermiculite, un populaire composant des terreaux de jardinage et d’ailleurs largement acceptée dans la culture biologique, devrait être mise au ban, car elle contiendrait de l’amiante.

La réalité est que la vermiculite est une roche volcanique similaire au mica qui, chauffée à environ 1 000°C, éclate comme du pop-corn, donnant une roche expansée légère utile en horticulture et aussi en isolation et ignifugation. La roche d’origine est formée sous environ les mêmes conditions que l’amiante, et qu’il est donc possible que les deux paraissent ensemble dans la nature. Malgré ce fait, le seul cas où de la vermiculite contenant de l’amiante ait été vendue était celui de la marque Zonolite, un isolant utilisé couramment dans la construction en Amérique du Nord de 1920 à 1990, provenant d’une seule mine située à Libby, Montana. Elle a aussi été utilisée en horticulture en Amérique du Nord à cette même période.

Notez que la vermiculite contaminée à l’amiante n’a jamais été distribuée sur les autres continents, donc mes lecteurs européens (et vous êtes très nombreux!) peuvent dormir tranquilles.

Suite à la découverte de la contamination de la vermiculite Zonolite aux fibres d’amiante, la mine Libby a été fermée en 1990 (d’ailleurs, peu de ce produit a été distribué après 1980) et les mines de vermiculite partout à travers le monde sont maintenant vérifiées périodiquement pour confirmer l’absence d’amiante. Donc, aujourd’hui, et depuis longtemps, les terreaux contenant de la vermiculite horticole ne sont pas contaminés à l’amiante, à moins qu’il vous reste des sacs de terreau qui datent d’avant 1990… et qu’ils contiennent de la vermiculite provenant de Libby, Montana, ce qui est fort peu probable.

Et la perlite?

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La perlite est une autre roche expansée utilisée en horticulture. Photo: Ragesoss, Wikimedia Commons

Les craintes au sujet de la contamination de la vermiculite à l’amiante ont poussé plusieurs personnes à se poser aussi des questions sur la perlite, une autre roche expansée utilisé pour alléger les terreaux. Mais la perlite, essentiellement une forme de verre volcanique, n’est pas formée de la même façon que la vermiculite et ne se trouve jamais en compagnie d’amiante. Donc, il n’y a jamais eu de risque qu’elle soit contaminée.

Évitez d’inhaler des poussières de toute sorte

20170326C.jpgQuand vous travaillez avec des produits poussiéreux, que ce soit de la vermiculite, la perlite, le terreau ou même la farine, il est toujours sage de protéger vos yeux et vos poumons de la poussière qu’ils peuvent dégager en portant des lunettes de sécurité et un masque filtrant. Cela est d’autant plus vrai si vous avez des problèmes pulmonaires.

Maisons contaminées

20170326D.jpgIl y a des millions de maisons isolées à la vermiculite contaminée à l’amiante en Amérique du Nord. Présentement, la consigne est de ne pas toucher à cette isolation, tout simplement. Pour citer le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (CCHST): «Tant que ce type d’isolant de vermiculite demeure bien en place derrière des murs intacts ou dans les greniers et n’est pas aéroporté, il ne devrait pas y avoir lieu de s’inquiéter».

Par contre, si vous devez manipuler de la vermiculite contaminée — lors de travaux de rénovation, par exemple — il faudrait engager un professionnel qualifié et accrédité dans la manipulation de l’amiante pour le faire.

Évidemment, cet aspect dépasse complètement mes connaissances: je connais l’horticulture, pas la construction. Si vous doutez que votre maison soit isolée avec de la vermiculite contaminée (encore, cela est seulement possible en Amérique du Nord), je vous suggère de contacter le CCHST si vous résidez au Canada ou l’instance gouvernementale qui gère la construction de votre pays pour en avoir le cœur net.20170326A

Une simple chambre froide

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20170325AAvez-vous déjà pensé à construire votre propre chambre froide (caveau à légumes) où vous pourriez entreposer les fruits et légumes à l’automne et l’hiver, et les préserves tout au long de l’année? C’est un projet assez simple quand vous avez accès à un sous-sol, idéalement un sous-sol avec des murs en béton nu.

Fonctionnement

Dans la chambre froide traditionnelle, le refroidissement est effectué passivement; dans le modèle présenté ici, par des évents percés dans le mur. Un évent laisse entrer de l’air froid, l’autre fait sortir l’air chaud. Et le plancher et les murs en béton nu ont également un effet de refroidissement distinct. De plus, en étant poreux, ils augmentent également l’humidité de la pièce.

L’endroit idéal pour une chambre froide est un coin dans un sous-sol non aménagé. Pourquoi un coin? Parce que cela vous donnera deux murs extérieurs naturellement froids… et si l’un de ces murs fait face au nord, c’est encore mieux.

Dimensions

La chambre froide peut être de presque n’importe quelle dimension. Typiquement elle est longue de 2,4 à 3 m et large d’environ 1,8 m. Vous devez poser de deux murs selon la hauteur de votre sous-sol et, évidemment, y installer une porte d’accès. Comme l’air dans une chambre froide sera très humide, utilisez lorsque possible des matériaux de construction qui résistent à l’humidité, non seulement pour prévenir la pourriture, mais aussi pour contrôler toute odeur de moisi.

L’installation

Commençons par la ventilation.

Il suffit essentiellement d’installer deux évents à sécheuse d’au moins 40 cm l’un de l’autre.

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Illustration tirée de: DIY Projects for the Self-Sufficient Homeowner par Betsy Matheson. Utilisée avec la permission de Cold Springs Press.

Dans l’illustration ci-dessus, la fenêtre dans la chambre froide a été remplacée par un panneau de contreplaqué, ce qui rend l’installation des deux évents extra-facile, car vous pouvez simplement couper les trous dans le panneau avec une scie sauteuse. Dans la plupart des cas, cependant, il vous faudra plutôt louer une foreuse pour béton avec une mèche de 11,5 cm (4 ½ ») afin de (très lentement!) perforer deux trous ronds à travers le mur en béton du sous-sol.

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Évent à sécheuse.

Cela vous permettra d’installer des évents à sécheuse de 10 cm (4″), soit la dimension standard en Amérique du Nord. Recherchez des évents munis d’un grillage pour empêcher les insectes ou les animaux d’entrer.

Pour finir, calfeutrez bien les évents, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.

Laissez l’évent d’évacuation (sortie d’air chaud) tel quel, mais faites courir un conduit (un tuyau galvanisé ou en PVC) de l’évent d’entrée d’air jusqu’au sol pour diriger l’air froid vers le bas. Cela vous donnera un système où l’air froid, plus lourd, coulera vers le plancher, alors que l’air chaud, plus léger, montera pour sortir par le conduit d’évacuation.

La structure

La prochaine étape majeure consiste à installer les 2 murs qui refermeront la pièce ainsi que la porte d’accès.

Installez le cadre des murs selon les dimensions choisies.

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Il faut bien isoler les murs intérieurs.

Isolez les murs avec des panneaux isolants rigides (plus résistants à l’humidité que l’isolation en fibre de verre), puis agrafer un para-vapeur en plastique mince à l’extérieur (il faut toujours installer un pare-vapeur s’installe du côté le plus chaud). Maintenant recouvrez l’extérieur de la chambre froide avec du placoplâtre ou des panneaux, selon votre goût. Il n’est pas nécessaire de recouvrir le mur intérieur de la chambre froide à moins que vous préfériez cacher la structure et l’isolant de vue.

Il faut maintenant isoler le plafond, comme dans l’illustration ci-dessus. Cette fois-ci, commencez par poser le para-vapeur, puis l’isolant.

Utilisez de préférence une porte extérieure avec isolation pour donner accès la chambre, la fixant solidement. Calfeutrez bien pour terminer.

Vous pouvez éclairer votre chambre froide au moyen d’un voyant lumineux DEL à fixation rapide ou en installer un éclairage plus permanant. Dans le dernier cas, installez les fils avant de finir les murs. Placez aussi un thermomètre/hygromètre à piles sur un mur intérieur afin de pouvoir vérifier les conditions dans votre chambre froide.

Il ne reste qu’à installer des tablettes à votre goût, vous rappelant que la circulation de l’air est vitale. Ainsi les tablettes ajourées ne sont pas une mauvaise idée.

Utilisation de votre chambre froide

Vegetables Carrots Food Garden Potatoes EatVotre chambre froide sera vraiment fonctionnelle pour l’entreposage des fruits et légumes de la mi-automne jusqu’au début du printemps. Si vous pouvez maintenir des températures d’environ 2 à 7˚C et une humidité élevée, d’environ 90 à 95% (il peut être nécessaire de vaporisez de l’eau sur le plancher de temps en temps), vous pourrez conserver des rutabagas, des navets et des choux d’hiver jusqu’à 6 mois, des pommes de terre encore plus longtemps, les carottes environ 4 mois, et un peu moins pour les betteraves et les panais.

La chambre froide peut aussi être utilisée pour blanchir les légumes au goût amer comme les endives et le cardon et ainsi les rendre plus appétissants.

Les pommes et les poires se conservent bien dans une chambre froide… mais les pommes dégagent tellement de gaz éthylène qu’elles provoquent parfois le dépérissement des légumes à proximité. Les placer près du conduit d’évacuation peut aider.

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On peut superposer des carottes sur une couche de sable.

Entreposez les fruits et la plupart des légumes en vrac, dans les bacs ou des paniers ajourés, par exemple, mais les carottes, les betteraves et les panais se conservent mieux quand vous les entreposez en couches superposées, chaque étage recouvert de sable ou de feuilles sèches. Quant aux choux, les envelopper individuellement d’une feuille de papier journal aide à les préserver le plus longtemps possible. Vous pouvez même «planter» des pieds de céleri dans un seau de sable humide et récolter leurs pétioles, désormais jaune très pâle, un par par.

Il est généralement trop humide dans une chambre froide pour la conservation à long terme des oignons et de l’ail. Ils commenceront alors à germer tôt, au milieu de l’hiver. Idéalement, il vous faudrait trouver un endroit non seulement froid (près du point de congélation), mais aussi sec ailleurs dans la maison, dans lequel cas ils peuvent se conserver jusqu’à 8 mois! Les courges d’hiver et les tomates de conservation trouvent aussi l’humidité d’une chambre froide trop intense, mais ont besoin d’une température moins froide, soit environ 10 à 12˚C. Généralement, elles se conserveront mieux à la température de la pièce qu’en chambre froide.

Enfin, n’entreposez que des fruits et des légumes propres, intacts et sans tache: ils sont moins sensibles à la pourriture. De plus, examinez votre légumes et fruits de temps en temps, enlevant tout ce qui commence à se gâter.

Au-delà des fruits et légumes

Pickles Cans Tomatoes Peasants Canned OlivesBien sûr, une chambre froide peut également être utilisée toute l’année pour d’autres fins, car elle restera fraîche, mais pas nécessairement froide, même pendant l’été. Ainsi vous pouvez y conserver des marinades, des confitures et d’autres petits pots, mais aussi du vin et de la bière. Vous pouvez aussi l’utiliser un peu comme un réfrigérateur pour l’entreposage à court terme des légumes d’été.

Bonne chance avec votre chambre froide!20170325B