Confessions d’un accumulateur de pots compulsif

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Les tablettes dans mon coin de rempotage ont plus de 60 cm de profondeur et sont entièrement remplies de pots. Photo: jardinierparesseux.com

Oui, je suis un accumulateur de pots. Comme on voit dans les émissions de télévision américaines au sujet des «hoarders», ces gens qui entassent des milliers d’objets disparates dans leur résidence, j’ai des tas de pots — littéralement des milliers! — dans mon sous-sol, plus que je ne pourrai jamais espérer utiliser, mais je continue à en ramasser davantage.

Officiellement, on appelle cette manie de collectionner à outrance la syllogomanie ou encore, la thésaurisation pathologique. J’ai aussi vu «trouble d’accumulation compulsive»C’est une difficulté persistante à se défaire de biens matériels. Eh bien, j’arrive sans difficulté à donner mes vieux vêtements usés, mais pas mes pots.

Les pots en terre cuite sont moins courants qu’autrefois, mais je les accumule quand même. Photo: http://www.logees.com, http://www.youtube.com

Diagnostiqué

Comme beaucoup d’accumulateurs d’objets, je ne savais pas que j’avais un problème. Je ne faisais que mettre des pots de côté pour une utilisation future, après tout. Puis, un jour, je montrais mon coin de rempotage à une amie passionnée de plantes et elle a regardé la scène avec horreur. «Tu sais que tu peux apporter des pots usagés à la jardinerie et qu’on les réutilisera ou les recyclera, n’est-ce pas?» a-t-elle murmuré. Je me suis immédiatement défendu, expliquant que j’avais vraiment besoin de tous ces pots pour de futures plantations. Mais il y avait quelque chose de faux dans ma protestation!

Je me dis que je ne suis pas vraiment un accumulateur de pots compulsif, car il m’arrive de donner des pots. Parfois. D’accord, plutôt rarement. Seulement aux gens aussi passionnés de plantes que moi et qui vont vraiment les utiliser. Ou à mes enfants pour les encourager à devenir aussi passionnés de plantes que moi. La plupart du temps, cependant, il y a beaucoup, beaucoup plus de pots qui rentrent que de pots qui partent.

Bien sûr, je ne fais pas qu’accumuler. Quand j’empote des plantes, j’emploie bien ces pots préutilisés… mais malgré la quantité énorme de pots qui s’entassent chez moi, j’ai souvent du mal à trouver exactement la taille de pot que je veux. Avec des milliers de pots tout près de ma table d’empotage, comment est-ce même possible? Pourtant, cela arrive.

Ce sont les plus gros pots qui manquent, car je rempote les petites plantes dans des pots de plus en plus grands à mesure de leur croissance. Ainsi, j’arrive à un point où tous les gros pots sont pris. C’est une des rares occasions où j’achète des pots sans qu’il y ait une plante dedans. Je n’achète jamais des petits pots ni même des pots de taille moyenne, toutefois: ça, j’en ai plein!

Un classement chaotique

Je classe les pots en fonction de leur taille, en les empilant pour gagner de l’espace (pour faire place à plus de pots à venir, évidemment). 

On se rend vite compte qu’il y a des quantités de formes et de tailles de pot. Les empiler adéquatement demande une certaine attention! Photo: http://www.telegraph.co.uk

C’est à ce moment que vous réalisez qu’il existe un nombre extraordinaire de formes et de tailles de pots sur le marché et qu’ils ne s’empilent pas de façon logique. Tel pot est plus haut, plus mince, plus étroit à la base qu’un autre de taille apparemment similaire et alors ils ne s’emboîtent pas correctement. Ainsi, les stocker adéquatement devient un cauchemar. Il me semble que les fabricants de pots devraient s’entendre pour choisir une gamme limitée de tailles de pots et s’en tenir à celles-là. Mais, évidemment, ils ne se parlent même pas, la gamme de tailles de pots ne cessant de croître. Et j’essaie toujours désespérément de les empiler dans un ordre raisonnable.

Accumulateur de magazines aussi

Une partie de ma collection de magazines de jardinage. Photo: jardinierparesseux.com

Mes habitudes de thésaurisation s’étendent aussi aux magazines portant sur le jardinage. J’en ai pour 45 ans de revues et de publications de toutes sortes, des magazines professionnels aux feuilles de chou de différentes sociétés d’horticulture. Pour certains, j’ai toute la série, de la première publication à la dernière. (Oui, malheureusement, beaucoup de magazines horticoles ne sont plus!) Même si je me donne comme excuse pour cette bibliothèque de revues le fait que je pourrais devoir les consulter un jour, en fait je ne m’y réfère presque jamais.

La plupart sont des magazines auxquels je suis ou ai déjà été abonné. D’autres, par contre, sont des cadeaux d’amis jardiniers qui n’avaient pas de place pour les leurs. Pourquoi j’accepte ces derniers, je ne le sais pas. Je doute d’avoir déjà même ouvert un de ceux-là, mais je les conserve quand même précieusement.

Bien que je réalise maintenant que je suis un accumulateur pathologique, je n’arrive pas à me corriger. Je me dis que j’ai encore de la place pour entasser d’autres pots et revues. Après tout, un nouvel IKEA vient d’ouvrir près de chez moi avec une quantité industrielle d’étagères, outils indispensables pour les accumulateurs pathologiques!

Quand je mourrai, je vais laisser à mes enfants le soin d’organiser une grande foire de débarras pour faire disparaître mes pots et mes magazines, les offrant gratuitement à qui les veut… à moins que le gène de l’accumulation excessive des objets horticoles n’éclose chez eux aussi!

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Nouveautés du congrès GardenComm 2019

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Salle d’exposition du congrès GardenComm 2019. Photo: Janet Carson, http://www.arkansasonline.com

Chaque année, depuis maintenant 30 ans, je participe au congrès annuel de Garden Communicators International (GardenComm), anciennement la Garden Writers Association, tenu cette année en septembre à Salt Lake City, dans l’Utah. Et chaque année, je reviens avec de nouvelles idées de plantes et de produits que je voudrais essayer moi-même et aussi partager avec mes lecteurs. Tous ces produits sont déjà sur le marché ou le seront au début de l’année prochaine. 

Voici quelques-unes de mes découvertes pour 2020:

Saule à feuilles de sauge Iceberg Alley
(Salix candida ‘Jefberg’)

Saule à feuilles de sauge Iceberg Alley. Photo: http://www.baileynurseries.com

Ce petit arbuste arrondi aux feuilles étroites argentées est vraiment assez original. Avec son feuillage si brillamment argenté des deux côtés et sa petite taille, il a plus l’air d’un chalef que d’un saule. De plus, c’est une plante «du Grand Nord», capable de supporter le froid extrême (zone de rusticité 2). D’ailleurs, la plante a été trouvée dans le nord de Terre-Neuve par le botaniste Todd Boland de l’Université Memorial de Terre-Neuve.

Chatons printaniers. Photo: http://www.baileynurseries.com

Le saule Iceberg Alley atteindra de 90 à 120 cm de hauteur et de diamètre. C’est une plante mâle qui porte, tôt au printemps, de beaux chatons argentés décorés d’étamines colorées.

Cultivez-le au plein soleil dans un sol légèrement humide. Une fois établi, il se montre toutefois étonnamment résistant à la sécheresse aussi. 

Ce clone, choisi pour sa coloration et sa densité exceptionnelles, provient d’une région au sol calcaire du nord de l’île de Terre-Neuve et est donc bien adapté aux sols alcalins. Par contre, il semble bien tolérer les sols acides aussi. Il préfère un hiver froid à très froid et ne fera pas un bon sujet pour les régions au climat doux (zones 7 à 10).

Chou de Bruxelles ‘Redarling’
(Brassica oleracea gemmifera ‘Redarling’)

Chou de Bruxelles ‘Redarling’. Photo: http://www.syngenta.com

Si vos enfants ou petits-enfants ne veulent pas goûter aux choux de Bruxelles, voici une variété qui pourrait peut-être les faire changer d’avis! Cet hybride de couleur rouge-violet vif est non seulement de couleur intrigante, mais est de saveur plus douce que la plupart des choux de Bruxelles verts, avec moins d’amertume. Les petites pommes de 3,8 cm sont délicieuses cuites à la vapeur, grillées ou rôties ou encore, essayez-les comme hors-d’œuvres. 

Plante prolifique facile à cultiver qui atteindra 75–100 cm de hauteur et 50–75 cm de diamètre. Maturité: 140 jours.

Spirée japonaise Poprocks Petite
(Spiraea japonica ‘Odessa’)

Spirée japonaise Poprocks Petite. Photo: bloomineasyplants.com

C’est probablement la spirée japonaise la plus dense et la plus florifère jamais introduite. Atteignant seulement 90 cm de hauteur et de diamètre, elle forme un dôme arrondi de tiges serrées et de feuilles vert foncé coiffées de jolies fleurs de couleur rose bonbon. Et elle fleurit sans arrêt tout au long de l’été, sans besoin de taille. 

Elle a besoin de plein soleil, mais est autrement très adaptable quant aux conditions, tant que le sol est bien drainé. Elle est rustique dans presque toutes les régions tempérées (zones 3 à 8). Utilisez-la comme plante de bordure ou comme haie basse.

Engrais à la laine de mouton Wild Valley Farms

Granules de laine de mouton. Photo: http://www.wildvalleyfarms.com

C’est certainement l’engrais le plus original que j’aie vu depuis plusieurs années: l’engrais à la laine de mouton de Wild Valley Farms est fabriqué à partir des déchets de laine, soit la toison du ventre et de l’écusson (l’entre pattes arrière), qui ne peuvent pas être utilisés pour la confection de vêtements et qui sont alors généralement jetés. Wild Valley Farms en prépare des granules qui servent d’engrais biologique 9-0-2 à dégagement lent pour les végétaux. 

Non seulement ses minéraux sont-ils libérés lentement pendant 6 mois et plus, mais la laine améliore aussi la texture du sol et notamment sa porosité et sa capacité de rétention d’eau, ce qui peut permettre de réduire les besoins en arrosage de jusqu’à 25%! 

Les granules de laine peuvent être utilisées en pleine terre, en jardinière et aussi dans les terreaux pour plantes d’intérieur, où l’on peut les utiliser à la place de la perlite pour alléger le mélange et améliorer sa capacité à retenir l’eau et les minéraux. 

En boni, la laine a la réputation de repousser les limaces et les escargots!

Ce produit est actuellement vendu en jardinerie aux États-Unis et, à un moindre degré, au Canada, et on étudie la possibilité d’installer une usine de fabrication en Europe. Si vous n’en trouvez pas localement, contactez le fournisseur directement à www.wildvalleyfarms.com.

Impatiens des jardins Beacon 
(Impatiens walleriana série Beacon)

Impatiens des jardins Beacon Orange. Photo: http://www.panamseed.com

Oui, l’impatiens des jardins (Impatiens walleriana) est assurément de retour! Après la série Imara XDR lancée en 2019 par Sygenta, PanAmerican Seeds propose pour 2020 sa propre gamme d’impatiens résistants au mildiou de l’impatiens, Beacon.

Ces plantes sont des Impatiens walleriana purs (aucun croisement n’a été fait avec d’autres espèces), avec leur excellente résistance à l’ombre, mais elles ne mourront pas du mildiou de l’impatiens (Plasmopara obducens) au milieu de l’été. On se rappelle que la maladie dévastatrice a pratiquement éliminé l’impatiens des jardins du marché depuis 2013. 

La nouvelle série se décline en 6 couleurs et 2 mélanges. Ainsi, vous pourrez à nouveau remplir vos jardins, paniers et jardinières des vives couleurs des impatiens, même dans les coins les plus sombres, sans crainte de les voir anéantis par une pourriture fulgurante.

Les impatiens Beacon forment un dôme de 25–30 cm de hauteur et de 30–35 cm de diamètre. Vous pouvez les utiliser partout où vous cultiviez des impatiens de jardin autrefois, du soleil à l’ombre profonde et dans tous les sols. Vous pouvez les cultiver à partir de semences (déjà disponibles dans certains catalogues) ou encore, attendre au printemps pour acheter de jeunes plants en caissette.

Bien que ces impatiens soient généralement traités comme des annuelles et que la plupart des jardiniers les laissent geler à l’automne, vous pouvez aussi rentrer des boutures pour une culture à l’intérieur pendant l’hiver.

Basilic ‘Everleaf Emerald Towers’
(Ocimum basilicum ‘Everleaf Emerald Towers’)

Basilic ‘Everleaf Emerald Towers’. Photo: http://www.panamseed.com

Voici un basilic tout à fait original! 

Il vous surprendra tout d’abord par son port érigé, presque en colonne, car il produit des branches multiples très courtes et aussi des entre-nœuds très serrés, atteignant 60 à 90 cm de hauteur par 20 à 30 cm de diamètre, ce qui crée non seulement un très bel effet ornemental, mais occupe moins d’espace, un avantage dans les petits jardins. Mieux encore, il offre la saveur traditionnelle du basilic vert de Gênes, parfait pour manger frais en salade ou haché finement dans les recettes.

Et ce n’est pas tout: il fleurit plus tardivement que tout autre basilic! Ce point est important, car la floraison du basilic est de faible intérêt pour le jardinier, signalant la fin de sa saison de production si on ne supprime pas les fleurs rapidement. La floraison du basilic ‘Everleaf Emerald Towers’ survient plus de 8 semaines plus tard que celle des basilics standards. Dans les régions aux étés courts, il ne fleurit pas du tout! Donc, moins de suppression de fleurs à pratiquer. 

Enfin, et tout aussi important, il offre une excellente résistance aux deux maladies les plus dévastatrices pour le basilic, soit le mildiou et la fusariose. Alors, vous n’aurez plus à craindre de perdre vos plantes à la mi-saison!

Le basilic ‘Everleaf Emerald Towers’ est déjà offert en ligne et plusieurs catalogues de semences suivront lors du lancement de leurs catalogues 2020. 

Grenadier nain Peppy Le Pom
(Punica granatum ‘SMNPGMF’)

Grenadier nain Peppy Le Pom. Photo: http://www.provenwinners.com

C’est une amélioration du bon vieux grenadier nain (Punica granatum ‘Nana’) que je vois souvent cultivé en pleine terre sur la Côte d’Azur. Plus compact et plus dense, notre cultivar porte des feuilles plus petites, plus vertes et plus arrondies, mais les mêmes fleurs pendantes orange vif qui se succèdent tout au long de l’été et qui en font une plante si ornementale. De plus, son port dense permet une taille plus précise: vous pourriez même le former en topiaire ou en bonsaï si vous le vouliez.

Fruit du grenadier nain Peppy Le Pom. Photo: http://www.logees.com

Quant aux fruits (grenades), oui, il en produit, mais ils sont peu nombreux et petits, avec plus de graines que de chair et sont, de plus, plus acides que les grenades standards. Il vaut mieux les voir comme un élément ornemental supplémentaire plutôt que comme un fruit à croquer.

Mes lecteurs européens peuvent peut-être cultiver cette plante en plein air à l’année: elle tolère jusqu’à -10 °C (mais perd son feuillage en cas de gel) et ainsi on peut en trouver quelques spécimens de grenadier jusqu’à la région de Paris. Au Canada, évidemment, il n’est pas question de le cultiver en pleine terre toute l’année: il faudrait le rentrer à l’abri au début de l’automne. Ainsi, vous pourriez en profiter en tant que plante d’intérieur pendant l’hiver. (Pour plus de détails sur la culture du grenadier nain, lisez Le grenadier nain: couleur et fruits à l’intérieur.)

Le grenadier nain a besoin du plein soleil, mais s’adapte bien à différents sols et tolère un peu de sécheresse. Si vous ne le taillez pas, il atteindra éventuellement 90–120 cm de hauteur et 90 cm de diamètre.


Bien sûr, j’ai vu beaucoup plus que cela au congrès GardenComm: peut-être que je vous montrerai plus de plantes et de produits au cours des mois à venir!

Pour des tulipes qui fleurissent encore et encore

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Ces tulipes sont des Darwin hybride et peuvent fleurir annuellement pendant 15 ans et même plus. Photo: http://www.whiteflowerfarm.com

Les tulipes ont la réputation de ne pas être très durables. En effet, souvent leur floraison diminue d’année en année: la première floraison, superbe, est suivie d’une deuxième floraison plus modeste, puis d’une troisième encore plus faible. Habituellement, au bout de 4 ans, il n’y a plus que du feuillage. Heureusement, il y a une solution à ce problème… mais d’abord, une explication:

Pourquoi une vie si courte?

Dans la nature, toutes les tulipes sont des bulbes bien pérennes. Elles reviennent d’année en année, se divisant au pied avec le temps pour former des touffes, comme toute autre plante vivace. Mais les tulipes cultivées ont été développées non pas en vue d’une floraison répétée, mais surtout en vue d’une floraison unique.

Les horticulteurs néerlandais voient la tulipe principalement comme une fleur coupée et seulement secondairement comme un bulbe à planter en pleine terre. Photo: Benchmark Boquets, http://www.amazon.com.

Il faut comprendre que la majorité des bulbes de tulipe produits aux Pays-Bas sont destinés à l’industrie de la fleur coupée, et ce, depuis plus de 200 ans. Tout ce que les producteurs de fleurs coupées demandent est une seule floraison, donnant une tige solide et une seule belle fleur. Après la récolte, ils arrachent le bulbe avant qu’il n’ait le temps de mûrir et le jettent au compost. Puis ils plantent un bulbe frais. La persistance de la plante n’a pas d’importance.

Ainsi, pendant des générations, les hybrideurs de tulipes ont travaillé à développer des tulipes qui correspondaient à la demande: une floraison unique mais spectaculaire. Le résultat est que beaucoup de tulipes modernes sont à peine plus que des annuelles. C’est surtout le cas des tulipes Triomphe, soit la catégorie la plus souvent offerte en jardinerie.

Le bon choix de bulbe

Mais vous pouvez obtenir une floraison durable à partir de tulipes: des bulbes qui fleuriront annuellement, aussi joliment chaque fois, pendant 5, 10, 15, même 20 ans. Il faut toutefois pour cela savoir choisir le bon bulbe.

En effet, certaines tulipes sont plus pérennes que d’autres. En fait, trois catégories sont naturellement nettement plus persistantes que les autres.

1. Les tulipes botaniques

Tulipa praestans ‘Fusilier’ est une tulipe botanique et elle fleurira annuellement pendant de nombreuses années. Photo: http://www.jparkers.co.uk

Il s’agit des tulipes sauvages ou apparentées aux tulipes sauvages. Comme, dans la nature, toutes les tulipes sont vivaces, il est donc logique que les tulipes sauvages fassent la même chose quand on les cultive dans nos jardins. Il faut quand même mentionner que les tulipes dites botaniques que nous pouvons acheter sont rarement directement dérivées de bulbes pris dans la nature. Plusieurs ont subi une certaine hybridation et portent des noms de cultivar (Tulipa praestans ‘Fusilier’, T. greigii ‘Toronto’, etc.), mais elles sont quand même très près des tulipes sauvages et ont la même persistance.

Tulipa tarda ne ressemble nullement à une tulipe classique. Photo: http://www.farmergracy.co.uk

Attention aussi: les tulipes botaniques ne correspondent pas nécessairement à notre image d’une tulipe. La majorité sont de petites plantes sans la haute tige florale des tulipes hybrides et leurs fleurs ne sont pas nécessairement en forme de coupe, mais peuvent être étoilées. De plus, plusieurs produisent des fleurs multiples plutôt qu’une fleur unique par bulbe. Même le feuillage peut être différent, étroit plutôt que large.

Tulipa greigii ‘Cape Cod’. Photo: http://www.gardenersdream.co.uk

Parmi les tulipes botaniques qui sont bien persistantes, il y a Tulipa kaufmanniana et ses hybrides (exemples: ‘Ancilla’, ‘Concerto’, ‘Johann Strauss’), T. greigii et ses hybrides (exemples: ‘Cape Cod’, ‘Pinnochio’, ‘Toronto’), T. fosteriana et ses hybrides (surtout ceux de la série «Emperor»), T. tardaT. turkestanica et T. praestans. Notez que les tulipes botaniques n’ont pas besoin d’une plantation en profondeur pour bien se pérenniser.

Tulipa bakeri: une jolie mini-tulipe, mais mal adaptée aux climats humides. Photo: wildgingerfarm.com

Attention toutefois: ce ne sont pas toutes les tulipes botaniques qui persistent bien dans nos jardins. Certaines viennent d’un climat aux étés brûlants et secs, où aucune goutte d’eau ne tombe pendant des mois et des mois. Ces variétés sont de pauvres choix comme tulipes pérennes, du moins sous un climat comme celui de l’est du Canada ou du centre ou du nord de l’Europe où les étés sont plutôt pluvieux. Il ne faut pas non plus les cultiver là où l’on utilise de l’irrigation. Je suggère de considérer ces tulipes, comme T. bakeri et T. humilis, ainsi que leurs hybrides, comme T. ‘Lilac Wonder’ et T. ‘Eastern Star’, comme des annuelles… à moins, bien sûr, que votre climat local soit très aride.

2. Les tulipes viridiflora

Tulipa viridiflora ‘Groenland’. Photo: http://www.dejager.co.uk

Il s’agit de tulipes qui ont de la chlorophylle non seulement dans leurs feuilles comme toute autre tulipe, mais aussi dans leur fleur. Ainsi, la fleur est partiellement verte. Cette pigmentation un peu surprenante donne un avantage quand il s’agit de la culture de la plante: la fleur fait de la photosynthèse, comme une feuille. Le résultat est que le bulbe est extra chargé en réserves et refleurit très bien… à condition de le planter profondément.

Quelques exemples: ‘Spring Green’, ‘Groenland’ et ‘Artiste’… mais il y en a des dizaines d’autres.

3. Les tulipes Darwin Hybride

Tulipa Darwin hybride ‘World’s Favorite’. Photo: http://www.lubera.com

Ces tulipes résultent d’un croisement entre T. fosteriana et des tulipes hybrides plus classiques. Il en résulte une tulipe énorme, avec une grande fleur et un bulbe presque deux fois plus gros que ceux des autres tulipes hybrides. Aussi, les Darwin Hybride héritent la pérennité de leur parent botanique, T. fosteriana. Ainsi, plusieurs catalogues n’hésitent pas à les offrir comme «tulipes pérennes».

Il y a des dizaines de variétés de tulipes Darwin hybride, surtout dans les teintes de rouge, orange, jaune, rose et blanc. Voici quelques exemples: ‘Big Chief’, ‘Red Impression’ et ‘World’s Favorite’. Dans les magasins, quand vous voyez des tulipes aux bulbes extra gros, il s’agit presque toujours de tulipes Darwin hybride.

Une plantation extraprofonde

Il faut planter les bulbes de tulipe profondément, soit à environ 30 cm, pour assurer leur pérennisation. Photo: fierceblooms.com

Pour «pérenniser» les tulipes viridiflora et Darwin hybride, il faut aussi les planter plus en profondeur que d’habitude, à 30 cm de profondeur plutôt que 15 cm (la profondeur habituellement recommandée). Pourquoi? Les tulipes tendent à produire des bulbilles (petits bulbes) auprès du bulbe mère. Or ces bébés bulbes sapent l’énergie du bulbe mère et, en poussant, lui font de la concurrence. Quand on plante le bulbe très profondément dans le sol, par contre, le feuillage de ces bulbilles n’arrive pas à atteindre le soleil et ainsi les bulbilles meurent jeunes, sans déranger la performance du bulbe d’origine. Ainsi, ce dernier peut fleurir encore et encore, parfois pendant des décennies.

Aussi, cette plantation exceptionnellement profonde met les bulbes à l’abri des écureuils, car ils ne creusent jamais aussi loin dans le sol.

Une culture appropriée

Quand même, pour obtenir des tulipes qui fleurissent encore et encore pendant de nombreuses années, il faut donner aux bulbes de bonnes conditions de culture. Par exemple, le plein soleil est de rigueur ainsi qu’un sol riche et surtout bien drainé (il n’est pas évident de pérenniser les tulipes dans un sol très glaiseux, à moins de les cultiver dans une plate-bande surélevée!). Fertilisez à la plantation avec un engrais à libération lente et appliquez des mycorhizes. Et fertilisez aussi annuellement au printemps, après la floraison.

Vous pouvez planter vos bulbes de tulipe n’importe quand entre le début septembre et la fin novembre.

Longue vie à la tulipe!

N.D.L.R. Billet originalement publié le 24 septembre 2015

Drôles de « fleurs » sur un rosier

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Galles chevelues du rosier. Photo: Peter O’Connor, http://www.flickr.com.

Question: Depuis dix ans que nous avons notre rosier sauvage, jamais nous n’avions vu ces fleurs formidables se former (début août). Je dis «se former», puisqu’étrangement, elles semblent pousser autant sur les feuilles que sur les branches du rosier. Est-il possible que ce soit une espèce qui en parasite une autre? Ça ressemble à des pompons: des boules de poils. Avec des couleurs variées (jaune, or, rose, rouge, braise, etc.). 

Simon Lanctot, Lévis

Réponse: Il ne s’agit pas de fleurs, mais de galles chevelues du rosier, aussi appelées bédégars ou barbes de Saint-Pierre, causées par une petite guêpe noire appelée cynips du rosier (Diplolepis rosae). L’adulte est rarement vue, mais elle perce une tige ou la nervure d’une feuille avec sa tarière et y pond jusqu’à 60 œufs. Cela provoque la formation d’une galle de taille variable (plus il y a de larves à l’intérieur, plus elle est grosse) qui se couvre d’une masse de filaments collants, verts au début, mais devenant de différentes couleurs à l’automne. 

Chaque larve se creuse un trou en mangeant les tissus environnants. Photo: Frank Vincentz, Wikimedia Commons

Les larves se nourrissent des tissus de la galle et si vous en coupez une en deux, vous verrez qu’elle contient des trous que les larves ont creusés en se nourrissant. Il paraît que ces larves sont même comestibles!

Les églantiers (rosiers sauvages) comme Rosa arvensisR. canina, R. rubiginosaR. dumalis et R. glauca (R. rubrifolia) sont plus sujets aux galles chevelues que les rosiers cultivés.

Fascinant cycle de vie

Cynips du rosier femelle. Photo: Thiotrix, Wikimedia Commons

Le cycle biologique de l’insecte commence par le dépôt des œufs en mai. Les larves grossissent tout l’été, passant par plusieurs stades, et forment des nymphes à la fin de l’automne, nymphes qui hivernent dans la galle. Au printemps, après une courte pupaison, une nouvelle génération de guêpes émerge de la galle, généralement que des femelles, car cet insecte se reproduit habituellement par parthénogenèse (sans besoin de fécondation par un mâle). Ainsi, le cycle recommence.

Souvent, les larves sont parasitées par d’autres guêpes qui sont parfois elles aussi parasitées par d’autres guêpes (on parle alors d’hyperparasites) et on trouve alors plus d’une espèce de larve dans la galle.

Galles sur une feuille. Photo: easywildflowers.wordpress.com.

On trouve plus souvent ces galles sur les plantes un peu stressées, par exemple dans un emplacement très sec ou détrempé ou sur un rosier sévèrement taillé.

La galle en soit est essentiellement inoffensive et sa présence ne semble pas affaiblir la plante, même quand les galles sont nombreuses. Les puristes vous diront de supprimer les galles que vous trouvez sur votre rosier pour que la population de galles n’augmente pas l’an prochain, mais puisque vous les trouvez attrayantes, je vous suggère de les laisser. Après tout, où est le mal à permettre à mère Nature de continuer son œuvre? 

La galle chevelue du rosier: une belle leçon de la complexité de la vie, n’est-ce pas?

Les bulbes ne craignent pas le paillis

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Les bulbes (ici, des jacinthes) poussent facilement à travers le paillis. Photo: nittygrittydirtman.com

Question: J’ai prévu de planter de nombreux bulbes cet automne dans mes plates-bandes qui sont couvertes de paillis (bois raméal) et j’ai peur que ce paillis les empêche de pousser! Est-il possible de pailler par-dessus des bulbes sans les empêcher de sortir de terre? Comment doit-on s’y prendre?

Maude

Réponse: Le paillis et les bulbes vont très bien ensemble. Imaginez: les bulbes sont plantés à une certaine profondeur dans le sol et leurs feuilles réussissent à percer le sol, souvent dense et lourd, sans difficulté. Pensez-vous qu’un paillis, habituellement léger et aéré, les arrêtera? Les bulbes traverseront un paillis de 10 cm ou même plus sans la moindre difficulté, tout comme les plantes vivaces le font, d’ailleurs.

Les bulbes traversent facilement les paillis. Ill.: 20190914B FR http://www.mulchwholesalers.com, concretegarden.ca & http://www.turpinlandscapedesign.com, montage: jardinierparesseux.com

C’est ce qu’ils font aussi à l’état sauvage, se frayant un chemin vers la lumière à travers le sol d’abord, puis la litière végétale qui recouvre le sol.

Donc, procédez de la façon suivante:

Éloignez temporairement le paillis de l’emplacement où vous voulez planter des bulbes. Plantez-les à la profondeur recommandée (environ trois fois la hauteur du bulbe), ajoutez un peu d’inoculant mycorhizien, recouvrez-les de terre, replacez le paillis, puis arrosez bien. C’est tout simple!

Un rappel

Le but d’un paillis n’est pas d’étouffer les mauvaises herbes: elles aussi passeront à travers le paillis comme s’il n’était pas là. Ce que le paillis fait est d’empêcher la germination des graines de mauvaises herbes. Et il empêchera aussi les bulbes et les vivaces de se ressemer. C’est pourquoi il faut toujours soigneusement désherber avant de poser un paillis: s’il reste des mauvaises herbes vivaces dans le sol, elles traverseront votre paillis sans difficulté.

Semences de rosier arc-en-ciel: une attrape horticole

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Photo: http://www.ebay.com

Une lectrice a porté à mon attention le fait qu’on vend sur Internet des semences de rosier arc-en-ciel («rainbow rose seeds») avec une photo comme celle-ci. Elle voulait savoir si c’était vrai qu’on pouvait obtenir de telles fleurs par semis.

Et la réponse est facile: non, jamais vous n’aurez des fleurs semblables en semant ces graines. C’est carrément une attrape.

Vous pouvez toutefois produire votre propre rose arc-en-ciel à la maison. Tout ce qu’il vous faut est une rose blanche ou crème à longue tige (facilement disponible chez tout fleuriste) et du colorant végétal. 

Insérez chaque section de tige dans un verre contenant de l’eau colorée. Ill.: pinappu, hubpages.com, montage: jardinierparesseux.com

Pour obtenir l’effet multicolore, préparez 3, 4 ou 5 verres d’eau et ajoutez-y du colorant végétal. Placez-les serrés ensemble. Maintenant, à l’aide d’un couteau, fendez la tige du rosier en 3, 4 ou 5 sur environ 10 à 15 cm de longueur. Maintenant, placez chaque section de tige dans un verre différent. En quelques heures, le colorant montera dans les pétales de la fleur, vous donnant une «rose arc-en-ciel».

Oeillets arc-en-ciel. Photo: http://www.pinkstripeysocks.com

Vous pouvez aussi faire des œillets arc-en-ciel ou même des orchidées arc-en-ciel en utilisant la même méthode. L’important est de commencer avec une fleur blanche ou crème (la coloration arc-en-ciel sera moins apparente si vous utilisez une fleur d’une autre couleur).

Et les semences alors?

Les vendeurs des semences de rosier arc-en-ciel comptent sur le fait que très peu de gens arriveront à faire germer les graines et à amener les plantes jusqu’à la floraison, donc à découvrir le «pot aux roses», pour utiliser l’expression consacrée. Alors, qui peut se plaindre? Peut-être que les graines contiennent un mélange de variétés de rosiers et donneront alors des plants à fleurs de différentes couleurs. Si oui, je suppose qu’ils peuvent légitimement prétendre qu’ils vous ont livré la marchandise: des roses dans un arc-en-ciel de couleurs, même si «l’arc-en-ciel» ne ressemble nullement à la photo qu’ils avaient utilisée pour vous duper.

De fausses informations

Notez que l’information que ces compagnies donnent pour faire germer les rosiers est aussi fautive. Si on suit leurs instructions, qui indiquent de semer les graines et de les garder au chaud, il n’y aura que peu ou pas de germination, car les semences de rosier doivent normalement recevoir un traitement au froid pour bien germer. Voici cependant comment faire:

Placez le pot de semences au réfrigérateur. Photo: http://www.carnivorousplants.org

Semez les graines dans un pot de terreau humide en décembre ou janvier, couvrant les graines d’environ 5 mm de terreau. Placez le pot dans un sac de plastique transparent et scellez-le. Laissez le sac au frigo pendant au moins 10 à 12 semaines. Après, placez le sac dans un emplacement chaud (environ 21 °C) et moyennement éclairé.

La germination peut prendre de 2 à 6 semaines. Enlevez alors le sac et placez le contenant devant une fenêtre très ensoleillée. Arrosez au besoin pour que les semis ne s’assèchent pas. Quand les semis ont 4 feuilles, repiquez-les dans des pots individuels.

Quand l’été arrive, acclimatez les petits plants aux conditions d’extérieur et plantez-les dans un emplacement ensoleillé. La plupart des rosiers ne fleuriront que lors de la deuxième ou même de la troisième année de culture. Aucun n’aura des fleurs arc-en-ciel.

N.D.L.R. Billet originalement publié le 8 septembre 2015