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Pollinisation libre et F1 : enfin expliqué pour qu’on comprenne!

Soyons honnêtes. J’ai passé des années à voir la mention «pollinisation libre» et «hybride» sur des sachets de semences, à hocher la tête d’un air entendu, et à… passer à autre chose. L’expression semblait tellement évidente que je n’avais jamais pris la peine de vraiment la comprendre.

Photo: Shelley Pauls

Mes récentes démarches pour organiser mon catalogue et comprendre les sachets de semences m’ont permis de faire la lumière sur ces fameux termes. J’ai d’abord voulu l’inclure dans ces articles, mais j’ai ensuite décidé d’en faire un article bien détaillé parce que… ben, c’est pour ça que vous me suivez: vous faire BIEN expliquer le monde de la science, clairement et simplement. Il ne faudrait pas que je vous laisse tomber en condensant, surtout à propos de quelque chose que moi-même, je ne comprenais pas vraiment, ça serait un peu contre-productif, hein!

F1: les hybrides

Les semences hybrides F1 résultent d’un croisement contrôlé entre deux lignées parentales. La première génération est souvent spectaculaire – vigoureuse, uniforme, productive. Mais si vous gardez les semences de vos récoltes et les semez l’an prochain, les plants obtenus seront génétiquement instables. Vous devez racheter vos semences chaque année pour obtenir les mêmes résultats. (Et non, les F1 ne sont pas des OGM! Les OGM impliquent une modification en laboratoire. Les F1, c’est du croisement entre deux cultivars.)

Concrètement, imaginez un croisement entre un haricot nain et un haricot géant (ce sont nos deux lignées parentales, qu’on appelle F0). Chacun apporte la moitié de son bagage génétique. La F1 pourrait ainsi donner un plant compact qui produit de très grandes fèves – le meilleur des deux mondes! Sauf que si vous gardez les graines et les semez l’année suivante (c’est la F2), vous n’avez plus aucune garantie. Les gènes se mélangent à nouveau, dans n’importe quelle combinaison: vous pourriez vous retrouver avec un haricot nain qui ne produit presque rien, ou un géant aux fèves minuscules et insipides. Et ce, même si vous aviez pollinisé avec le même plant.

Mon analogie préférée

Pour que ce soit encore plus clair, voici mon analogie préférée: prenons un caniche de race pure et un labrador de race pure (nos F0). Leur croisement donne des labradoodles (F1): tous relativement semblables, avec 50% de caniche et 50% de labrador. Maintenant, croisez deux labradoodles ensemble… et là, la génétique décide de faire la fête toute seule! Un chiot peut hériter de 70% caniche, un autre de 85% labrador. Plus frisé, moins frisé, plus gros, plus petit: la F2 est une belle surprise. Pas toujours le genre de surprise qu’on souhaite dans un jardin par contre!

La réalité, c’est que la moitié des gènes viennent de la mère, et l’autre moitié du père. Peu importe que la moitié du bagage génétique de la mère soit 50% haricot nain et 50 % haricot géant, ça, la cellule, elle s’en fout. Elle va prendre la moitié de ce tout, indépendamment de ce qui constitue.

Alors est-ce que la moitié qui fera la F2 sera celle qu’on veut? C’est un mystère!

Je vois souvent passer cette image (j’ignore qui en est l’auteur, malheureusement), et je trouve que c’est une très belle explication de la génétique. Ça ne représente pas vraiment une F1 croisée avec une F1 car on ajoute un ourson vert, mais ça reste très visuel!

Pollinisation libre: Les «sangs purs»

Les semences à «pollinisation libre» (OP, pour open pollinated), elles, sont génétiquement stables parce qu’il ne s’agit pas de croisement entre deux lignées différentes. C’est un cultivar qui s’est reproduit avec lui-même. Si on a un haricot nain, la génétique des graines est 100% haricot nain. Si vous faites pousser deux plants de la même variété côte à côte, pas de surprise – vous aurez les mêmes haricots nains année après année, parce que le mélange des gènes se fait entre copies du même bagage génétique.

Pour reprendre nos chiens: deux caniches ne donneront JAMAIS un labrador. C’est aussi simple que ça. C’est comme si on n’avait que des Gummy Bear rouges sur l’image. Avec des semences à pollinisation libre, vous pouvez donc garder vos graines d’une année à l’autre et retrouver exactement les mêmes légumes.

Du coup, pourquoi les F1 seraient intéressantes? Eh bien il y a plusieurs raisons: on peut par exemple mélanger un cultivar délicieux avec un cultivar moins bon, mais résistant aux maladies. On peut avoir un cultivar qui résiste mieux à certaines températures, ou dont le rendement est plus grand. Certaines semences sont très difficiles à obtenir aussi, alors tant qu’à devoir racheter l’année suivante, aussi bien prendre une variété aux propriétés incroyables… C’est aussi un coup de marketing des grossistes qui vous vendent le légume parfait, mais qui vous obligent à racheter des semences d’année en année!

La vraie question: autogame ou allogame?

Maintenant que l’on comprend la différence, «pollinisation libre» ne veut pas dire «pollinisez comme vous voulez et tout ira bien». Ça veut dire que la pollinisation s’est faite librement avec les insectes, mais en respectant certaines distanciations entre les cultivars pour éviter, justement, des croisements!

Je vois plein d’histoires sur internet concernant l’isolation de fleurs pour éviter les croisements. Ce n’est pas 100% mauvais, mais ce n’est pas non plus toujours nécessaire! Ça dépend d’une distinction fondamentale: votre légume est-il autogame ou allogame?

Source: Seedsavers

Tomate

La tomate, c’est le paradis pour le jardinier autonome en semences. Sa fleur est conçue avec un tube d’étamines qui enferme complètement le pistil: les insectes et le vent n’ont pratiquement aucune chance d’y déposer du pollen étranger. La plante se féconde essentiellement elle-même – c’est une autogame. (D’ailleurs, du grec autos: soi-même, et gamos: mariage.) Résultat: vous pouvez cultiver plusieurs variétés côte à côte et les semences resteront pures dans la très grande majorité des cas.

Pois et haricot

Les pois et les haricots fonctionnent de façon similaire. L’anatomie des plantes est différente, mais ce sont pour la plupart des autogames. Par mesure de précaution, certains experts recommandent tout de même une distance de sécurité de quelques mètres (10 à 20 m environ) entre deux cultivars différents, mais en pratique, le risque de croisement accidentel est assez faible. Les poivrons, bien que les recommandations pour un semencier professionnel soient de 200 mètres d’écart entre deux cultivars, sont aussi autogames et le risque de croisement est aussi très faible. Raisonnablement, un jardinier peut laisser un 10 mètres entre ses cultivars de piments et de poivrons et avoir très peu de risques de voir un croisement s’effectuer.

Photo: Anna Evans

Carotte

La carotte, par contre, c’est l’opposé total: elle est allogame et partage son pollen. (Toujours du grec allos: autres, et gamos: mariage.) Ses fleurs en ombelle sont grandes ouvertes et très attractives pour les insectes. Mais le problème des croisements dépasse vos propres variétés, ou même celles de votre voisin: la carotte cultivée peut se croiser avec la carotte sauvage (Daucus carota) qui pousse en bordure de route et dans les friches. Vos belles Nantaises pourraient bien donner des hybrides avec leur cousine sauvage – blanche, ligneuse, et franchement décevante dans une soupe. Pour conserver des semences pures de carottes, il faut compter une distance minimale de 800 mètres à 1 kilomètre. Pour la plupart des potagers, c’est tout simplement irréaliste de penser éradiquer les autres variétés, incluant la sauvage, dans ce rayon. En plus, elle a besoin de deux années pour faire des graines!

Courge, citrouille, courgette

Les courges, citrouilles et courgettes, c’est pareil. Les abeilles adorent leurs grandes fleurs et transportent joyeusement le pollen. Les distances recommandées pour isoler deux variétés de la même espèce atteignent facilement le kilomètre. Bonne nouvelle cependant: les courges ne se croisent qu’au sein de la même espèce. Votre courgette (Cucurbita pepo) ne se croisera pas avec votre butternut (Cucurbita moschata) ni votre potimarron (Cucurbita maxima). Les trois peuvent cohabiter sans problème – c’est leurs variétés respectives qu’il faut éloigner les unes des autres. Si vous êtes très loin de vos voisins, c’est possible, car nous n’avons pas de courge sauvage qui pourrait jouer les trouble-fêtes.

Plus réalistement: une laitue a besoin de moins de 10 mètres d’espacement avec une autre variété. Moi qui arrachais mes plants dès qu’ils commençaient à monter en graine… je vais en laisser aller quelques-uns, sachant ça!

Bref, la règle simple à retenir: pour les autogames (tomates, pois, haricots), pas de stress! Pour les allogames (courges, carottes, choux…), si vous voulez vraiment garder des semences pures, il faut soit beaucoup d’espace, soit choisir de ne cultiver qu’une seule variété par espèce… Ou tenter d’isoler vos fleurs! Personnellement… je n’ai rien contre un sachet acheté, haha!

Photo: Markus Spiske

Par où commencer?

Garder ses semences de tomates, ou de haricots d’une année à l’autre, c’est gratifiant et tout à fait à la portée d’un jardinier amateur. Avec un minimum d’espacement, on peut même oser garder les semences de laitue et de piments! Mais je vais être honnête avec vous: au-delà de quelques cas simples, devenir vraiment autonome en semences, c’est un peu utopique. Semencier, c’est un vrai métier – et un métier complexe!

Entre les distances d’isolement qui se comptent en kilomètres pour certaines espèces, les légumes bisannuels qui demandent deux ans de patience avant de produire des graines, sans parler des plantes dioïques, c’est-à-dire celles qui ont des plants mâles ET des plants femelles séparés (le kiwi, le houblon, l’épinard, pour ne nommer que ceux-là)… Ouf! Ça devient rapidement un «sachet» de troubles pour sauver un 30$ de semences!

Alors oui, amusez-vous à garder vos graines à pollinisation libre préférées – c’est simple, c’est satisfaisant, et ça crée un beau lien d’une saison à l’autre. Mais si le monde des semences vous passionne vraiment, je vous invite à aller plus loin qu’un article de blogue (même le mien!). Des cours existent, et ils vous donneront les bases solides pour pratiquer ce beau métier avec rigueur.

Dites-moi, est-ce que vous avez du succès avec vos semences maison provenant d’autres légumes que ceux que j’ai nommés?


  1. Je conserve surtout des semences de tomate et de haricots d’une année à l’autre. Assez facile! J’expérimente parfois avec les fleurs annuelles, et disons que pour les variétés de tournesols, ça a été parfois surprenant!

  2. Merci beaucoup. Je comprend grâce à
    vous pourquoi ma récolte de l année dernière était ….lamentable.Je vais acheter mes semences d orénavant.

  3. Merci, c’est très clair mais j’aurais aimé en savoir d’avantage sur les semences de concombres?? Merci à l’avance!

  4. Meri c’est très intéressant.. Je conserve plusieurs types de semences. d’une année à l’autre. De façon générale, ça fonctionne assez bien pour les tomates, poivrons et autres. L’année dernière j’ai eu droit à des courges énormes, rondes, jaune très pâle, très tendre. Je n’avais rien semé de tel. Elles étaient tellement parfaites. J’ai gardé des semences sans grande conviction mais si jamais le fruit est identique, je vais l’isoler d’une année à l’autre et conserver mes graines le plus lontemps possible.

  5. Pas du tout d’accord pour les haricots: mes haricots nains verts se croisent avec les haricots nains chevriers et au bout de 2 ou 3 ans il faut renouveler les semences !

  6. Merci passionnant. Quel plaisir de bien comprendre la situation. J’ai cependant remarqué qu’on peut garder les semences des curcubitacées achetés dans le commerce, parce que les cultivateurs ne plantent que la même variété et à très grande échelle, donc faible risque de pollinisation.

    Qu’en est-il du maïs hyper-sucré ou super-sweet ? J’ai lu qu’il n’est pas génétiquement modifié? Ici, en France, les bio ne cultivent que le maïs traditionnel, genre Bantam, qui malheureusement devient farineux dans les 24 heures. Comme en plus ils attendent trop longtemps pour le cueillir, c’est immangeable, pour un Québécois. Je me lamente chaque année, mais ils ne veulent rien comprendre.

  7. Mon père m’a donné des courges Célébrations F1 qui étaient délicieuses. J’ai gardé les graines et fait poussé deux plants. J’ai appris ce que voulais dire F1 quand j’ai vu les courges qui ont poussées. Un des plants a donné des courges semblables à la célébration, moins goûteuse et mais l’autre a donné d’énormes courges genre délicata sur les stéroïdes qui goûtaient rien.

  8. Nathalie Morin

    Un gros merci tres instructif !! Le problème avec la pollinisation croisée est présente dans la graine si on récupère les semences… mais pour les concombres et les maïs j’avais la compréhension que même la production de la première année n’est pas nécessairement ce que vous attendions si nous plaçons 2 variétés trop près l’une de l’autre…. est-ce le cas ????

  9. Intéressant article, limpide! Pour les piments et poivrons je cultive malgré tout plusieurs variétés qui poussent très rapprochées l’une de l’autre et je récupère les semences. Malgré le “risque”, je n’ai jamais eu de mauvaises surprises. Au contraire, parfois de petits succès très intéressants! Par exemple un mélange entre jalapeños et petits poivrons colorés sucrés. Délicieux, et assez doux pour manger en crudités.

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