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Les fougères du Québec dans nos jardins

Par Julie Boudreau

Les fougères sont possiblement le groupe de plantes herbacées le plus ignoré des jardiniers. Tout le monde se passionne des vivaces, des annuelles, des fines herbes. Certains sont gagas des hostas ou des hémérocalles. Mais qui est là pour clamer haut et fort son amour inconditionnel des fougères?

Un grand massif de fougères à l’autruche au pied de quelques grands arbres vient créer un mini sous-bois très intéressant. Photo: Julie Boudreau

Même en forêt, on se tord d’affection pour les trilles, les sanguinaires ou les uvulaires, mais qui s’arrête devant une fougère indigène pour s’éblouir devant tant de beauté?

Bien des jardiniers considèrent que toutes les fougères se ressemblent et qu’elles sont difficiles à distinguer. Me voici donc, fière défenderesse des Ptéridophytes (règne des fougères) pour vous faire découvrir toutes les subtilités et le charme de quelques fougères indigènes du Québec bien adaptées à la culture dans un jardin.

Celle qui se mange

La fougère-à-l’autruche (Matteuccia pensylvanica, anciennement Matteuccia struthiopteris) est sans doute la fougère la plus connue des jardiniers et du grand public en général, car c’est elle qui nous offre chaque printemps les fameuses crosses de fougères ou têtes de violon. C’est une grande fougère de plus de 90 cm de haut qui se développe en larges colonies. En effet, la fougère-à-l’autruche se multiplie par rhizomes souterrains. Cela dit au jardin, c’est très facile de la contrôler en déterrant les jeunes plants qui ont des projets d’aventure pour les ramener au village.

Dans le milieu naturel, la fougère-à-l’autruche a une nette préférence pour les zones inondables, les bords de ruisseaux et les dépressions humides. C’est définitivement une plante d’ombre et de sols frais. Dans les sols plus drainés et les emplacements trop au soleil, elle tend à se dessécher en été. Elle pousse jusqu’en zone 2.

Quelle idée originale d’encadrer la fougère-à-l’autruche dans un écrin de buis taillé! Photo: Julie Boudreau

Celle qui sent le foin

Pour former de grandes colonies dans un sol plus sec ou un emplacement légèrement ensoleillé, on peut se tourner vers la fougère à odeur de foin (Sitobolium punctilobulum, anciennement Dennstaedtia punctilobula). Cette fougère aux frondes délicates porte bien son nom, car au cœur de l’été, elle dégage une belle odeur d’herbe coupée. C’est le genre de fougère que l’on détecte à l’odeur avant de la voir lorsqu’en randonnée.

C’est assurément une bonne fougère pour créer de larges colonies dans des conditions difficiles. Elle peut même agir sur la rétention des pentes, ce qui évite de tondre dans des endroits difficiles. C’est donc une bonne plante pour les bandes riveraines. Malgré sa sortie tardive au printemps, elle atteindra plus de 60 cm de hauteur. Et à l’automne, elle prend une belle coloration jaune doré avant de s’endormir pour l’hiver. Elle est rustique en zone 3.

La fougère à odeur de foin est parfaite pour former de larges colonies. Photo : Wikimedia Commons

Celle qui est toujours verte

Ce n’est pas sans raison que l’on appelle cette plante la fougère de Noël. Le polystic faux-acrostiche (Polystichum acrostichoides) conserve ses belles frondes vertes tout l’automne et tout l’hiver. Quand la neige fond au printemps, on retrouve ses belles frondes vertes écrasées sous le poids de la neige. Ce n’est qu’au printemps, après la sortie des nouvelles feuilles que les anciennes disparaissent.

C’est une belle fougère de forêts bien riches en humus. Elle pousse dans un sol bien drainé. C’est assurément une fougère d’ombre, haute d’environ 60 cm, qui pousse bien jusqu’en zone 3.

On voit bien les nouvelles frondes qui se déploient au printemps, chez la fougère de Noël. Remarquez les anciennes feuilles tapies au sol et toujours bien vertes. Photo: Julie Boudreau

Celle qui est grande et sage

Facile à reconnaître par ses segments arrondis et bien détachés les uns des autres, la fougère royale (Osmunda spectabilis, anciennement Omsunda regalis au Québec) est une plante magnifique et méconnue. Elle peut dépasser un mètre de hauteur et tout autant en largeur.

C’est une fougère très versatile, qui pousse aussi bien dans les tourbières, en forêt, dans les petites dépressions ou dans des sols un peu plus drainés. Je la cultive depuis plus de 10 ans dans un sous-bois ombragé au sol atrocement sec et elle se développe très bien. Elle fait une magnifique plante spécimen.

L’osmonde royale se reconnaît facilement par ses folioles détachées les uns des autres. C’est la plus imposante des fougères indigènes du Québec. Photo: Julie Boudreau

Celle faite de dentelle

Pour maints jardiniers, la plus belle fougère indigène de toutes est la capillaire du Canada (Adiantum pedatum) et avec raison. C’est aussi une de mes favorites! Cette fougère est aussi une des plus faciles à identifier grâce à ses frondes finement découpées, tout en délicatesse. Quand on l’observe attentivement, on observe que le rachis (la tige de la fougère) forme une sorte de demi-cercle autour duquel se déploie la fronde. Les tiges sont fines et sont très fragiles. C’est une fougère que l’on manipule avec grand soin au moment de la plantation.

Comment ne pas tomber sous le charme et la délicatesse de la capillaire du Canada? Photo: Julie Boudreau

On l’observe moins souvent que le milieu naturel est c’est une fougère qui affectionne les forêts matures, à la limite, les forêts anciennes, composées principalement de feuillus, comme les érablières. Par expérience, je dirais qu’il faut la planter avec soin, lui offrant beaucoup de matière organique et un sol constamment humide pendant la première année de culture. En d’autres mots, j’ai essayé de diviser une talle que j’avais dans la cour arrière pour en planter en façade, en procédant comme je le ferais pour un hosta ou une hémérocalle. Elle n’a pas apprécié! Mais avec amour et tendresse, on y arrive!

La capillaire du Canada est tout aussi belle en spécimen isolé qu’en large massif dans un emplacement ombragé ou mi-ombragé. Poussant jusqu’en zone 3, elle atteint entre 45 et 60 cm de hauteur.

Produites, pas récoltées

Comme à chaque fois qu’il est question des plantes indigènes, il est nécessaire de rappeler que l’on doit favoriser les plantes produites en pépinière et encore mieux les plantes produites à partir des spores (pour la biodiversité). Aussi, si on trouve d’autres petites plantes sauvages dans le pot, il s’agit fort probablement de prélèvement en forêt. Les fougères font partie des écosystèmes qu’elles habitent et le prélèvement en nature risque de perturber le milieu. De plus, un prélèvement abusif des plantes indigènes en milieu naturel peut entraîner une espèce vers l’extinction.

Cela dit, on peut être opportuniste et surveiller les développements urbains qui prévoient détruire des milieux naturels pour «sauver» les plantes indigènes de la destruction assurée. Certains organismes, comme La forêt qui marche, en Estrie, œuvrent en ce sens.

La capillaire du Canada forme de très beaux massifs. Photo Julie Boudreau

Étiquettes + Dennstaedia, Matteuccia, Osmunda, Plantes indigènes, Polystichum


  1. Duranleau Anne louise

    Très interessant et bien écrit . Ç est toujours un plaisir de vous lire.

  2. Viateur Rouillard

    Merci bcp de toute ces précision sur les fougères caractéristique etc.

  3. Ben là, c’est sûr qu’on va tomber en amour avec ces belles, pourtant timides dans nos jardins. Les fougères en pot qu’on garde à l’intérieur peuvent parfois se montrer capricieuses. Mais les cultiver dehors, dans la cour, j’avoue que je n’y avais pas pensé. Vos photos sont convaincantes. Merci pour cette super idée, et… permettez-moi de noter que votre plume devient de plus en plus fine, et un tantinet coquine! Mon rendez-vous immanquable du dimanche!

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