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Légende de Noël: le poinsettia

Déjà le mois de décembre! Vous savez ce que ça signifie? C’est le moment d’aller m’acheter un cadeau! J’accepte les voitures, voyages et chèques avec beaucoup de zéros!

Photo: Brett Sayles

Mais non, je blague! C’est le moment de commencer notre série spéciale du temps des fêtes! Cette année, je vous propose cette thématique: l’heure du conte végétal.

Il y a énormément de contes et légendes entourant les plantes du temps des fêtes: vous souvenez-vous de l’article sur l’orange de l’année dernière? Je vous racontais la légende de Saint-Nicolas qui aurait donné des boules d’or dans des chaussettes qui séchaient au bord d’une cheminée.

Cette année, voici ce que je vous propose: je rédigerai pour vous des versions détaillées et amusantes de ces histoires de Noël (qui ne tiennent généralement que dans une phrase ou deux).

Je répète: JE rédigerai ces histoires à partir de légendes existantes. Beaucoup de détails seront ajoutés, mais le fond sera toujours une «vraie» légende. Ne venez pas vous plaindre si je décide que Astérix et Obélix sont dans une histoire à un moment, là! Le but, c’est quand même d’avoir du plaisir en ce mois de décembre!

La légende du poinsettia

Il était une fois, quelque part au Mexique, dans un petit village du nom de Jardinero-Perezoso, une petite fille nommée Ellana. C’était une petite fille bien sage. Elle aidait toujours sa maman à faire la lessive et elle aidait son papa dans leur petit champ de maïs.

La famille de Ellana n’était pas riche, loin de là. En fait, ils étaient très pauvres. Les vêtements de Ellana avaient souvent appartenu à plusieurs personnes avant elle. Quand son papa trouait ses vêtements de jardinier, sa maman les coupait pour en faire des vêtements pour sa fille. Et quand ceux-ci n’étaient plus que des lambeaux, elle en gardait les morceaux pour en faire des chaussettes.

Quand elle avait le temps, la maman de Ellana sacrifiait quelques morceaux de tissu pour coudre des motifs de fleurs sur les vêtements de la jeune fille, et c’était, pour elle, le plus merveilleux des cadeaux.

Quand Ellana travaillait au champ avec son papa, elle arrachait consciencieusement chaque mauvaise herbe avec ses petits doigts agiles. Elle savait que pour que la récolte soit bonne, le maïs et les courges ne devaient pas être en compétition avec les autres plantes, et elle se faisait un devoir de bien faire son travail.

Lorsqu’elle croisait une jolie fleur sauvage, elle la gardait précieusement et la rapportait à la maison pour égayer la table de la cuisine. Ellana adorait les fleurs. L’été était sa saison préférée, car c’est à ce moment qu’elle trouvait les plus colorées. Les rouges lui semblaient être les plus belles, mais aussi les plus rares. Ellana ne quittait pas des yeux le joli bouquet rouge quand elle mangeait sa soupe de maïs.

Photo: Pixabay

L’hiver était une période plus difficile pour la famille de Ellana. Sans fleur pour égayer la table, avec peu de nourriture et peu de moyens, le moral était souvent bien bas.

Maman, pourquoi n’y a-t-il pas de fleurs en hiver?

Il y a deux réponses à cette question, ma chérie, comme à toutes les questions: celle du savant et celle du poète. Laquelle veux-tu entendre en premier? *

Ellana réfléchit un instant. Comme toutes les petites filles pauvres, elle aimait bien rêver, aussi opta-t-elle pour la réponse du poète.

Les fleurs sont comme Noël: si elles étaient présentes tous les jours de l’année, ça les rendrait moins spéciales.

La jeune fille réfléchit un instant. Bien sûr, elle comprenait, elle qui était privée de tout, à quel point on apprécie plus quelque chose quand ça nous a manqué. Mais elle ne pouvait s’imaginer un jour de ne plus s’émerveiller devant une fleur. Aussi demanda-t-elle la réponse du savant.

Les plantes font des fleurs quand elles sont prêtes à faire des fruits, et ça leur demande beaucoup d’énergie. Elles attendent qu’il y ait beaucoup de soleil pour fleurir, comme ça, elles pourront faire de bons fruits.

Ellana comprenait, mais ça ne l’empêcha pas d’être déçue quand les jours commencèrent à raccourcir.

La veille de Noël, c’était toujours un moment difficile pour Ellana. Les autres enfants allaient à l’église avec leurs plus beaux vêtements et allaient déposer des cadeaux devant la crèche pour l’Enfant Jésus.

Ellana, elle, n’avait rien à offrir. L’année précédente, elle avait pu déposer une petite courge, mais cette année, la température avait été moins que clémente et son papa avait perdu presque toutes ses récoltes: seules les mauvaises herbes semblaient avoir poussé et le champ en était rempli. Elle avait faim et elle avait honte de ne pas pouvoir honorer l’Église d’un présent, aussi modeste soit-il.

En voyant les autres enfants jouer et chanter devant l’église, sa honte fut telle qu’elle s’enfuit pour aller pleurer. Dans un champ vague derrière l’église, elle pleurait toutes les larmes de son petit corps. Comme elle aurait aimé offrir une courge encore cette année. Ou une fleur. Une magnifique fleur rouge. Ça aurait été un cadeau merveilleux!

Séchant ses larmes, Ellana regarda autour d’elle, espérant trouver une fleur aussi spéciale que Noël, une fleur qui aurait réussi à fleurir, même s’il n’y avait que peu de lumière. Mais tout ce qu’elle vit fut un buisson de mauvaises herbes. Ces mêmes mauvaises herbes que son papa lui faisait arracher dans le champ.

Ce n’était pas la fleur rouge qu’Ellana espérait, mais elle en arracha quelques branches, se disant que c’était mieux que rien. Après tout, elle était experte dans l’arrachage de ces herbes, c’était comme offrir son meilleur talent à Jésus.

Tenant son bouquet de mauvaises herbes serré dans ses petites mains, la jeune fille revint à l’église. Elle déposa juste à temps son humble bouquet devant le berceau vide, ses mains tremblant d’un mélange de honte et de fierté. La grande cloche de l’église sonna minuit à cet instant, et la figurine de l’Enfant Jésus fut apportée et déposée dans le berceau. Et un miracle se produisit.

Devant les yeux éblouis d’Ellana, de toutes petites fleurs apparurent au bout des branches de son bouquet et les grandes feuilles les plus proches de ces fleurs changèrent soudainement de couleur pour se colorer du rouge le plus vif et le plus magnifique qui soit.

Partout dans le village, la plante avait fleuri et ses bractées s’étaient colorées de rouge. Au matin, alors que le soleil se levait, tous virent le champ du papa de Ellana qui était entièrement envahi de cette plante miraculeuse. On la nomma l’Étoile de Noël, et chacun voulut s’en procurer auprès de la pauvre famille.

Ellana n’eut plus jamais de difficulté à offrir un présent à l’Enfant Jésus. Chaque Noël, elle s’approchait dans sa plus jolie robe du berceau, et y déposait un bouquet fleuri de poinsettias.

Photo: David Levinson 

*Citation empruntée à Pierre Bottero dans la série de livres Ellana. Si vous ne connaissez pas cet auteur français de littérature jeunesse, c’est votre signe divin d’acheter ses séries à vos ados pour Noël… Et de les lire vous-même en cachette.

Des mots en cadeaux

J’espère que ce premier conte de Noël vous aura touché. Je ne le répéterai jamais assez: ce n’est pas le cadeau qui est important, ce sont l’intention et les gens avec qui on partage le moment.

J’ai choisi de commencer ma série en vous offrant cette histoire de jardinage et de cadeaux parce que je veux que vous sachiez que j’ai de la chance d’avoir un public extraordinaire comme vous. Je l’apprécie, je vous aime (aussi quétaine que ça puisse paraître!) et si je le pouvais, je vous offrirais à chacun une branche de poinsettia pour vous remercier d’être là, semaine après semaine, et de me laisser toujours des commentaires aussi positifs. C’est que c’est assez rare de nos jours une communauté virtuelle aussi sympathique!

On se revoit la semaine prochaine pour une histoire qui sera sur une note plus rigolote!

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