Québec serre la vis aux plantes envahissantes
À partir du 4 juin 2026, un nouveau règlement sur les espèces floristiques exotiques envahissantes entre en vigueur au Québec. Adopté en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement, ce règlement permet de «régir ou prohiber la culture, la vente, l’usage et le transport d’espèces floristiques envahissantes déterminées et dont l’établissement ou la propagation dans l’environnement est susceptible de porter préjudice à l’environnement ou à la biodiversité».
Ce que le règlement interdit réellement
En théorie, le règlement ouvre la porte à l’encadrement de la culture, de la vente, de l’usage et du transport de ces plantes. Dans les faits, ce sont surtout la vente et la culture à des fins de multiplication qui sont visées pour le moment. Le règlement précise notamment que «la culture d’une espèce floristique exotique envahissante désigne notamment l’ensemencement, la transplantation, le bouturage et l’entretien», mais que seule «la culture visant la multiplication d’une telle espèce est prohibée». Autrement dit, le simple fait d’entretenir une plante déjà présente sur sa propriété n’est pas interdit.

Le règlement ne s’applique pas seulement à la vente de plantes entières. Toute partie capable de reproduire l’espèce est aussi visée: racines, rhizomes, bulbes, tiges, feuilles, fruits et graines. Ainsi, il devient interdit de vendre ou de distribuer toute partie végétale susceptible de propager ces espèces.
Les activités réalisées à d’autres fins, notamment l’arrosage, la taille ou l’entretien de plants existants, ne sont toutefois pas visées. Le règlement n’oblige donc pas les particuliers à arracher les plantes envahissantes déjà présentes sur leur terrain. Il cible avant tout la production et la commercialisation afin de limiter l’introduction et la propagation futures de ces espèces.
Pourquoi ces plantes posent-elles problème?
Plusieurs des espèces visées par le règlement ne sont pas simplement des plantes «vigoureuses». Certaines forment de véritables colonies denses qui empêchent les plantes indigènes de pousser en monopolisant la lumière, l’eau et les nutriments. D’autres modifient les sols, les milieux humides ou les berges, perturbent les insectes et la faune locale, ou encore accélèrent l’érosion. Certaines espèces aquatiques peuvent même ralentir l’écoulement de l’eau et transformer complètement certains habitats. Plusieurs espèces produisent aussi une quantité impressionnante de graines ou se propagent à partir de simples fragments de rhizomes, ce qui rend leur contrôle particulièrement difficile une fois établies.
Il est aussi important de faire une nuance: une plante très vigoureuse dans un jardin n’est pas automatiquement une espèce exotique envahissante. Plusieurs plantes indigènes peuvent elles aussi devenir très agressives dans un aménagement, comme certaines verges d’or ou l’onoclée sensible. Le règlement vise uniquement des espèces non indigènes capables de s’échapper des jardins et de nuire aux milieux naturels et à la biodiversité.
Les espèces visées
Plantes terrestres
- Alliaire officinale (Alliaria petiolata) – alliaire
- Berce commune (Heracleum sphondylium) – berce sphondyle
- Berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum)
- Célastre asiatique (Celastrus orbiculatus) – bourreau des arbres
- Chèvrefeuille de Maack (Lonicera maackii)
- Dompte-venin de Russie (Vincetoxicum rossicum)
- Dompte-venin noir (Vincetoxicum nigrum)
- Égopode podagraire (Aegopodium podagraria) – herbe aux goutteux
- Épine-vinette du Japon (Berberis thunbergii) – berbéris du Japon
- Impatiente glanduleuse (Impatiens glandulifera) – balsamine de l’Himalaya
- Kudzu (Pueraria montana)
- Microstégie en osier (Microstegium vimineum) – stiltgrass japonais
- Nerprun bourdaine (Frangula alnus) – bourdaine
- Nerprun cathartique (Rhamnus cathartica) – nerprun commun
- Oléastre à ombelles (Elaeagnus umbellata) – chalef d’automne
- Renoncule ficaire (Ficaria verna) – ficaire fausse-renoncule
- Renouée de Bohème (Reynoutria ×bohemica) – renouée hybride
- Renouée de Sakhaline (Reynoutria sachalinensis) – renouée géante
- Renouée du Japon (Reynoutria japonica) – bambou japonais
- Roseau commun (Phragmites australis subsp. australis) – phragmite commun
Plantes aquatiques et de milieux humides
- Cabomba de Caroline (Cabomba caroliniana)
- Châtaigne d’eau (Trapa natans)
- Élodée dense (Egeria densa) – élodée du Brésil, anacharis
- Faux-nymphéa pelté (Nymphoides peltata) – faux nénuphar jaune
- Hydrille verticillée (Hydrilla verticillata)
- Hydrocharide grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae) – grenouillette
- Myriophylle à épis (Myriophyllum spicatum) – myriophylle en épi
- Myriophylle aquatique (Myriophyllum aquaticum) – plume de perroquet
- Petite naïade (Najas minor)
- Potamot crépu (Potamogeton crispus) – potamot frisé
- Stratiote faux-aloès (Stratiotes aloides) – aloès d’eau
Les plantes aquatiques: un problème souvent sous-estimé
Une proportion importante des espèces visées par le règlement sont des plantes aquatiques ou de milieux humides. Plusieurs étaient d’ailleurs vendues pour les aquariums, les bassins d’eau ou les étangs ornementaux. Le problème, c’est qu’une seule plante rejetée dans un fossé, un ruisseau ou un plan d’eau peut parfois suffire à démarrer une invasion difficilement contrôlable. Certaines espèces se reproduisent à partir de très petits fragments de tiges ou de feuilles, ce qui rend leur propagation particulièrement rapide.
Un délai supplémentaire pour certaines espèces
Bien que le règlement soit officiellement entré en vigueur le 4 juin 2026, six espèces bénéficieront d’un délai supplémentaire avant l’interdiction complète de leur vente, soit jusqu’au 4 juin 2027:
- Cabomba de Caroline (Cabomba caroliniana)
- Égopode podagraire (Aegopodium podagraria)
- Élodée dense (Egeria densa)
- Épine-vinette du Japon (Berberis thunbergii)
- Myriophylle aquatique (Myriophyllum aquaticum)
- Nerprun bourdaine (Frangula alnus)
Le gouvernement semble avoir accordé ce sursis afin de laisser le temps aux producteurs, pépiniéristes et jardineries d’écouler leurs stocks et de s’adapter à la nouvelle réglementation.
J’avoue toutefois trouver un peu étrange d’interdire des espèces reconnues problématiques tout en permettant temporairement leur vente. Les impacts de plusieurs de ces plantes sur les écosystèmes sont connus et documentés depuis longtemps, autant au Québec qu’ailleurs dans le monde. Cela dit, ce compromis représente peut-être un petit prix à payer pour enfin voir apparaître une réglementation concrète après des années de sensibilisation sans réelle application.
Quelques incohérences
Le règlement est autant un compromis politique, pratique et économique qu’une simple hiérarchie scientifique du risque écologique. En comparant la liste des espèces interdites avec celle des plantes jugées les plus problématiques pour la biodiversité, certaines contradictions apparentes sautent rapidement aux yeux. L’érable de Norvège (Acer platanoides), par exemple, figure parmi les espèces à risque élevé pour la biodiversité québécoise, mais ne fait pas partie des plantes interdites. À l’inverse, certaines espèces considérées à risque faible ou faible à modéré, comme le kudzu (Pueraria montana) ou le faux-nymphéa pelté (Nymphoides peltata), ont tout de même été incluses dans le règlement.

Dans son article La vente de plantes exotiques envahissantes bientôt interdite au Québec, publié en novembre 2025 sur le Jardinier paresseux, le biologiste Claude Lavoie rappelait d’ailleurs que plusieurs listes de plantes interdites ailleurs en Amérique du Nord «manquent de logique et de rigueur», étant souvent incohérentes d’un État à l’autre et davantage réactives que préventives. Selon lui, le Québec a plutôt tenté de construire une approche fondée sur l’évaluation du risque, tout en tenant compte de réalités plus larges que la simple nuisance écologique.
C’est particulièrement évident dans le cas de l’érable de Norvège. Malgré son caractère envahissant dans plusieurs boisés urbains, des chercheurs comme Claude Lavoie, Jacques Brisson et Alain Paquette se sont opposés à son interdiction immédiate. Pourquoi? Parce que cet arbre demeure l’un des rares capables de tolérer les conditions extrêmement difficiles des milieux urbains et qu’il joue encore un rôle important dans la lutte contre les îlots de chaleur. De plus, plusieurs cultivars sont peu fertiles, et l’industrie horticole en produit encore massivement. Interdire brusquement leur vente aurait probablement éclipsé l’objectif principal du règlement: retirer du marché des plantes jugées plus problématiques et moins défendables sur le plan horticole ou écologique.
Comme le résumait Claude Lavoie lui-même: il faut parfois choisir ses combats.
Une approche aussi préventive
Fait intéressant, certaines plantes incluses dans le règlement sont encore absentes ou très peu présentes au Québec. C’est notamment le cas du kudzu, du cabomba de Caroline ou de certaines plantes aquatiques utilisées en aquarium. Le gouvernement adopte donc ici une approche davantage préventive que réactive, notamment parce que les changements climatiques pourraient rendre le territoire québécois beaucoup plus favorable à l’établissement de plusieurs de ces espèces dans les prochaines décennies.
Le cas de l’épine-vinette du Japon
Le cas de l’épine-vinette du Japon est toutefois un peu particulier. Contrairement à la majorité des espèces visées, plusieurs cultivars horticoles demeurent autorisés. Seuls les cultivars au feuillage vert, comme ‘Emerald Carousel’ et ‘Jade Carousel’, sont interdits. Ces derniers seraient plus vigoureux et plus productifs, donc davantage susceptibles de produire des fruits et de se propager dans les milieux naturels. Les cultivars très ornementaux au feuillage pourpre, jaune ou panaché semblent généralement moins envahissants, bien que le débat soit loin d’être complètement réglé dans le milieu scientifique et horticole.
Un règlement qui ne fera pas disparaître les invasions actuelles
Bien entendu, ce règlement ne fera pas disparaître magiquement des plantes déjà bien implantées comme la renouée du Japon, le phragmite ou les nerpruns. Dans plusieurs cas, ces espèces sont désormais présentes dans une bonne partie du sud du Québec. L’objectif est surtout d’éviter que leur commercialisation continue d’alimenter leur propagation et de prévenir l’arrivée ou l’établissement de nouvelles espèces avant qu’elles ne deviennent incontrôlables.
Et maintenant, quoi planter à la place?
Québec Vert a mis sur pied le programme Je te remplace ©, qui vise à sensibiliser le public et l’industrie horticole aux plantes exotiques envahissantes et à proposer des solutions de remplacement adaptées au Québec. Le programme offre notamment des alternatives à plusieurs plantes problématiques fréquemment utilisées dans les jardins et les aménagements paysagers. Il rappelle aussi que l’horticulture a joué un rôle important dans l’introduction de plusieurs de ces espèces, mais qu’elle peut également devenir une partie de la solution en favorisant des végétaux mieux adaptés et moins à risque pour les écosystèmes québécois.

Par exemple:
- pour remplacer l’égopode: tiarelle, épimède, géranium macrorrhizum, carex;
- pour remplacer le berbéris: physocarpe, spirée, neuf-écorces nains;
- pour remplacer le nerprun: amélanchier, viornes, aronies;
Finalement, des actions concrètes
Pendant longtemps, les plantes exotiques envahissantes étaient surtout traitées comme un problème théorique ou un simple sujet de sensibilisation. On publiait des listes, des guides et des recommandations, mais avec peu d’applications concrètes sur le terrain. Avec ce nouveau règlement, le Québec passe enfin d’une logique de sensibilisation à une logique d’action.
Ce n’est probablement qu’un début. Le règlement demeure imparfait, rempli de compromis et parfois de contradictions, mais il marque tout de même un changement majeur dans la façon dont la province envisage désormais l’horticulture, l’aménagement paysager et la protection de la biodiversité




Les renouées peuvent se déplacer si dérangées par des coupes racinaires , ou par produits naturels humains liquides. L’idéal serait d’assécher un site envahi .Plante de terrains pauvres , n’aime pas les terres riches en fumures.
Elephant ears ? Aussi comment les éliminés?
Est -ce qu’il ya une plante que nous pouvons planter à même place que les éléphants Ward pour les arrête de propage?
Merci pour vos articles.
Morin-Heights notre Maison
Comment se débarrasser de l herbes des goutteux merci
Comment se débarrasser de l herbes des goutteux merci
La technique préférée que le jardinier paresseux (père) recommandait est le bâchage . Lisez plus de détails ici : https://jardinierparesseux.com/sus-a-lherbe-aux-goutteux/
Mon voisin a planté de la menthe le long de sa clôture. Ça se propage de mon côté dans mon jardin…comment éliminer ca,,
Excellent article, merci!