La vente de plantes exotiques envahissantes bientôt interdite au Québec
Le 22 octobre 2025, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec (MELCCFP) a annoncé le dépôt d’un projet de règlement visant à interdire la vente et la culture à des fins de distribution de 31 espèces exotiques envahissantes floristiques.
Selon le ministère, le projet de règlement s’inscrit dans une approche préventive qui vise à encadrer des activités susceptibles d’introduire et de propager des espèces exotiques envahissantes sur le territoire québécois, soit la production et le commerce de ces plantes. Les 31 espèces visées sont celles qui, de l’avis du gouvernement, présentent les risques les plus importants pour la nature, l’environnement et l’économie du Québec.

Le Québec fait bande à part
La quasi-totalité (90 %) des provinces canadiennes et des états américains au sud de la frontière du Canada, soit 52 entités sur 58, a au moins une loi ou un règlement relatif aux plantes nuisibles avec une liste qui comporte plus d’une espèce. Parmi ces 52 provinces et états, 43 ont une loi ou un règlement qui s’applique aux plantes portant préjudice à l’environnement. Ces lois et règlements mettent surtout l’accent sur l’interdiction de vente et d’achat, de culture et de propagation, ainsi que de transport.
Le Québec dispose d’un article (95.1) dans la Loi sur la qualité de l’environnement qui lui permet d’interdire la vente de végétaux exotiques nuisibles, mais il est sans effet, puisqu’aucune espèce n’est dûment réglementée. Le projet du MELCCFP, s’il est adopté, viendra corriger cette lacune.
Quelles espèces interdire?
Le MELCCFP m’a demandé de proposer une liste d’espèces devant être réglementées en priorité. J’ai examiné en premier lieu les listes d’espèces interdites de vente ailleurs sur le continent nord-américain. J’ai vite réalisé qu’elles ne sont pas très utiles pour faire des propositions. De mon avis et de celui de plusieurs chercheurs qui les ont analysées, ces listes manquent de logique et de rigueur. Elles diffèrent beaucoup d’un état à un autre et sont inconsistantes, même entre états voisins. Elles sont également beaucoup plus réactives que proactives, en ce sens qu’elles interdisent surtout des espèces qui sont déjà bien établies sur le territoire, ce qui en limite l’efficacité.
Les espèces à risque modéré ou élevé
Après mûre réflexion, j’ai donc proposé de réglementer d’abord, à quelques exceptions près, les espèces qui représentent un risque modéré ou élevé pour l’environnement naturel québécois. Je me suis essentiellement fondé sur les analyses de risque des deux ouvrages sur les plantes envahissantes que j’ai publiés en 2019 et en 2022, ouvrages largement révisés et commentés par des experts. J’ai ainsi proposé comme liste de départ un total de 26 espèces.
Le MELCCFP a retenu la plupart de mes suggestions (voir ici la liste complète), avec des plantes qui tombent sous le sens, comme la berce du Caucase, la châtaigne d’eau et la renouée du Japon, même si on aura bien du mal à les trouver dans le commerce. La liste n’est pas que réactive, elle comporte aussi des espèces absentes ou très peu présentes au Québec, comme le cabomba de Caroline, le kudzu ou l’oléastre à ombelles, mais qui pourraient s’établir prochainement ou proliférer à la faveur d’un climat plus clément. Le ministère est allé un peu plus loin que je ne l’avais envisagé avec un cortège d’espèces qui représentent à mon avis un risque faible à modéré, mais dont l’interdiction de vente est cohérente par principe de précaution. Il s’agit surtout de plantes aquatiques, comme le faux-nymphéa pelté, le myriophylle aquatique ou la petite naïade.

Pourquoi ne pas interdire l’érable de Norvège?
Si le projet de règlement est généralement bien reçu, plusieurs personnes se sont étonnées, sur les réseaux sociaux, de l’absence dans la liste de l’érable de Norvège. N’est-ce pas un arbre envahissant? Assurément, mais le problème avec cet arbre est moins sa propension à s’établir dans les bois urbains (une réalité) que le fait qu’on en a beaucoup trop planté en ville, ce qui met à risque la forêt urbaine advenant l’apparition d’une maladie ou d’un insecte affectant sa santé. L’érable de Norvège demeure un arbre utile, car résistant à la pollution, et ce ne sont pas tous les cultivars qui sont fertiles. Un certain nombre d’entre eux pourraient être retirés du marché, mais de plus amples recherches sont nécessaires avant de faire un choix éclairé.
De manière générale, les plantes réglementées dans les états voisins du Québec ne suscitent guère de réactions de l’industrie de l’horticulture ornementale, sauf dans le cas de l’érable de Norvège. Les pépiniéristes en ont beaucoup en stock et il faut du temps pour les produire – que cela plaise ou non, c’est une préoccupation dont il faut tenir compte.
Le MELCCFP a flirté un temps avec l’idée de l’interdire, mais nous sommes quelques botanistes (Jacques Brisson de l’Université de Montréal, Alain Paquette de l’Université du Québec à Montréal, et moi-même) à nous être opposés à cette interdiction, notamment parce que c’est un des rares arbres à pouvoir pousser en ville dans des conditions difficiles. Il contribue donc, localement, à amoindrir les effets des îlots de chaleur. En revanche, nous sommes tous les trois unanimes quant au fait qu’il ne doit pas être planté à proximité d’un bois naturel, ce qui peut se réglementer à un niveau municipal.
Choisir ses combats
Pour ma part, j’ai soutenu, comme toujours, qu’il faut choisir ses combats. Inclure l’érable de Norvège dans ce tout premier projet de règlement risquerait de soulever une controverse environnementale dont nous pouvons faire l’économie en ces temps où la science a moins bonne presse qu’avant. Si l’on se fie à quelques expériences américaines, l’attention médiatique que l’on porte à une éventuelle interdiction de l’érable de Norvège porte ombrage à l’objectif fondamental du règlement qui est de s’assurer de retirer une fois pour toutes du marché des plantes qui sont nuisibles à plus d’un titre.
Ce règlement n’est somme toute qu’un point de départ, et s’il est accepté, peut-être un jour viendra le tour de l’érable de Norvège. En attendant, aider les chercheurs à développer des cultivars d’érable à sucre (par exemple), résistants aux conditions de vie urbaines, serait une excellente idée pour trouver des arbres de remplacement non envahissants.
Vous voulez vous prononcer sur le projet de règlement? Outre ce blogue, vous pouvez participer à la consultation sur ce projet jusqu’au 6 décembre 2025.
Merci à Jacques Brisson et Alain Paquette pour leurs commentaires sur ce texte.



Est ce que les plantes dites envahissantes car hors contexte passent par les pépinières et les horticulteurs . En France la renouee qui est le pire couvre sol en normandie et le mimosa dans les maures sont venues par leur propres moyens comme ces plantes d’ eaux .
Moi, j’ai eu le malheur de planter quelques pétasites il y a une vingtaine d’années et dont je tente de contenir. Ça s’étend tout à fait hors de contrôle. De toutes les espèces envahissantes, dont le maudit muguet, la pétasite est d’après moi la pire. C’était un cadeau empoisonné!
Cet article est très instructif. J’ai plusieurs plantes envahissantes sur mon terrain. Si j’avais su cela il y a 25 ans, j’aurais été plus prudente avant de les planter. J’espère que le Québec ira de l’avant pour interdire certaines espèces.
Quand vous suggérez de gérer la présence d’érables de Norvège par réglementation municipale, qu’avez-vous en tête ? Une zone tampon avec les milieux naturels ? De quelle dimension ?
Exemple : on ne peut planter un érable de Norvège à proximité (<100 m) du parc du Mont-Royal par réglementation municipale (Montréal).
Est-ce que le nerprun se vend en jardinerie?
Surtout sous la forme de cultivars ornementaux, heureusement pas envahissants.
Trop peu, trop tard! Maintenant que ces plantes sont dans l’environnement québécois, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière et d’éradiquer les problèmes qu’elles peuvent causer. D’en interdire la vente, j’espère! Ça aurait due être fait bien avant! le contrôle de ces espèces en milieu naturel aurait due être fait bien avant d’être envahis partout. Je pense ici au roseau commun (phragmite) qui, malgré le fait que ça fait plus de 20 ans qu’on constate que les massifs progressent dans l’est du Canada, rien de concret n’est fait pour limiter sa propagation alors qu’il aurait été assez simple et peu coûteux de le faire. Comme à l’habituel et comme vous dites, on préfère des solutions réactives par obligation que des solutions proactives par précaution.
Reste-t-il comme choix de brailler sur notre sort?
Reste-t-il comme choix de payer des fortunes qu’on n’a pas pour tenter d’éradiquer ces plantes déjà bien établies?
Ou reste-t-il comme choix de voir de quelle manière peut-on valoriser ces plantes déjà établies?
C’est cette dernière voie que j’ai choisie. Le phragmite fait un excellent paillis de jardin et on n’a pas à s’inquiéter pour les semences car elles ne germent que dans les milieux humides. Si le ministère ou les municipalités auraient fauchés les massifs avant la montée en graine et auraient valoriser la biomasse en paillis, en compost ou en biométhanisation, on ne serait pas rendu avec toute cette infestation partout et la récolte aurait amortie les coût de contrôle.
D’ailleurs, la logique environnementale montre que toutes les plantes dans la nature se nourrissent de leur propre feuillage! Alors ne vous demandez pas pourquoi les massifs sont si envahissants puisqu’on leur laisse leur feuillage pourrir au fond des fossé ou au fond des lac.
C’est drôle, le massif de phragmite dans mon fossé dont je récolte le feuillage est en diminution depuis quelques années et n’arrive même plus à fleurir. Depuis 12 ans, je récolte un excellent paillis qui me sert dans mon jardin, m’évitant l’achat de paillis, de compost et autres produits. J’ai ainsi éliminer les tâches de désherbage, de binage, de sarclage et même d’arrosage.
À mon humble avis, étant maintenant pris avec ces problèmes d’envahissement, il est temps d’aller vers la valorisation plutôt que de s’acharner à l’élimination, ce qui est trop coûteux et peine perdue de toute façon.
Bravo M. Fortier. Il faut écouter les « vieux « sages !
Les pouvoirs publics ne font rien ……ils agissent seulement quand il est trop tard
Les listes ne sont pas « inconsistantes »; elles manquent de cohérence.
Par «inconsistantes», je veux dire qu’elles ne se ressemblent pas d’un état à un autre. Mais il est aussi exact de dire qu’elles sont souvent incohérentes et fondées sur des perceptions, et non sur des faits vérifiés et vérifiables.
Bonjour Claude,
Le projet de loi inclut une interdiction de culture et je cite: « La culture d’une espèce floristique exotique envahissante, soit notamment l’ensemencement, la transplantation, le bouturage et l’entretien, est prohibée. » Idem pour les sanctions (Section III.4). Donc, techniquement, il pourrait y avoir des vagues de signalement, par exemple pour le nerprun cathartique, arbuste ornemental dans bien des quartiers, ou encore l’égopode podagraire, utilisée comme couvre-sol. Je me questionne sur la suite des choses. Merci pour votre article.
Merci de ce partage
Je ne vois pas lamier (Lamium) et pervenche (Vinca) dans votre liste et pourtant j’en ai vu des colonies en forêt (sur l’île Perrot). Y a t’il une raison?
Oui, vous en verrez à l’occasion, et j’aborde le sujet dans mon livre 40 autres plantes envahissantes (2022). Mais les preuves à l’effet qu’il s’agisse d’un problème d’envergure pour la biodiversité sont encore très fragmentaires. La pervenche est une plante très utilisée en horticulture ornementale et à cette première étape, l’interdire aurait suscité beaucoup de réactions. D’autres plantes étaient à mon avis plus prioritaires.
Merci pour cette importante information et le signalement des citoyens comme Sylvie car parfois il peut y avoir des sujets indésirable dans des secteurs isolés, avec le temps les autorités pourront peaufiner la liste..
Je ne comprends pas que la consoude ,qui est envahissante et détruit tout ce qu’il y à autour et détruit la rivière près de chez moi,n’y soit pas… voilà longtemps, mon voisin en à planté pour quelqu’un mais c’est un désastre… le 2-4 amide la détruit, mais on ne peut en avoir
La raison est à peu près la même que pour le lamier et la pervenche. Les décisions doivent se fonder en première analyse sur les études scientifiques, et personne ou presque n’étudie les effets de la consoude. Aussi, une décision de ce genre se prend en fonction d’impacts provinciaux, pas seulement locaux. Je sais pour vivre à Québec que la consoude peut-être envahissante, mais les indices à l’effet que le phénomène est général à la grandeur de la province ne sont pas au rendez-vous (ou simplement pas étudiés).
La consoude est une plante médicinale.
On aurait intérêt à mieux la connaître.
En fin !!
Quelle bonne nouvelle!!
Les gens ignorent et les dommages souvent irréparables (comme la phragmite, la renouée du Japon, la salicaire).
facile de contrôler la renouée du japon, il suffit de la consommer…délicieuse….ressemble à de l’asperge..miam
Bonjour, Savez-vous s’il y aura de pair acec ces restrictions des propositions d’éradication efficace? Je pense notamment à notre faux-ami l’égopode podoagraire… sans devoir repenser tout un jardin? Ou les restrictions ne cibleront-elles que les producteurs sous le terme « culture », plutôt que les particuliers? Merci!
Ce réglement ne vise que l’interdiction de vente. J’ai toutefois obtenu du MELCCFP le mandat de produire 8 fiches techniques grand public pour renseigner sur les méthodes efficaces de lutte (fondées sur la science et la pratique) contre 8 espèces (d’ici décembre 2026). L’égopode n’en fait pas partie, mais ce n’est qu’un début…
Je suis ravie d’apprendre que ces plantes ne pourront plus être vendues; cette réglementation aurait dû être mise en place depuis longtemps! J’ai toujours été consternée de voir des pots d’herbe aux goitreux dans pratiquement toutes les jardineries…
Sur le bord des routes de campagne en Estrie, on voit des massifs importants de renouée du Japon. Et cela, des deux côtés de la routes car la redoutetable renouée semble avoir traversé le lit d’asphalte. Est-ce le projet de loi prévoit des mesures particulières concernant les espèces déjà envahis qui risquent de s’étendre sur les terrains avoisants?
Réponse : non, car là n’est pas l’objectif de ce réglement.
Je pense à la fougère indigène Onoclea Sensibilis (Onoclée sensible) qui a littéralement envahi mon terrain boisé. Je n’arrive plus à limiter son expansion. À mon grand étonnement, je l’ai vue en vente dans une pépinière … sans mentionner qu’elle pouvait être envahissante. Je trouve ça dommage qu’on ne le mentionne pas sur l’étiquette.
L’onoclée sensible ne fait pas partie de la liste des plantes envahissantes dans le projet de la loi. Bien qu’elle soit agressive sur le plan horticole, la loi vise des plantes qui viennent d’ailleurs (non-indigènes) et qui endommagent l’environnement naturel.
Merci pour ce travail important.
Merci beaucoup M.Lavoie. Tenez-nous au courant des nouveaux développements dans ce dossier. C’est un sujet très important.
Peut on avoir la listes des plantes interdites? Ça m aidera a convaincre mes clients de les éliminer avant tropde ravage
Cette rubrique vous fournit plus haut un hyperlien pour y arriver.
J’habite dans un quartier construit il y a 35 ans sur des terres agricoles. La ville a planté des érables de Norvège sur chaque terrain. Je comprends maintenant pourquoi je suis la seule sur ma rue qui a le problème de samarres. Au début, j’arrivais à contrôler, mais maintenant à 75 ans, c’est plutôt pénible. J’ai une belle plate-bande qui est envahi par les pousses des samarres. J’ai tout essayé, paillis (ils poussent quand même). Si quelqu’un a une solution je suis prenante.