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Le phénomène du pawpaw: une nouvelle (ancienne) mode!

Depuis quelque temps, je vois passer de plus en plus de publications sur les réseaux sociaux au sujet d’un fruit mystérieux appelé «pawpaw» ou «mangue du Nord». Des photos de fruits bizarres, des gens qui s’extasient sur le goût, des groupes Facebook qui explosent… Ça m’intriguait tellement que j’ai décidé d’investiguer!

Photo: Vincent Renaud

(À mon humble avis, cette «mangue du Nord» ne porte vraiment pas bien son surnom; Oui, ça ressemble visuellement à une mangue, mais le goût? Rien à voir!)

Ma première expérience avec ce fruit, c’était totalement par hasard pendant un road trip. Je suis tombée sur une petite gelateria qui offrait de la crème glacée au pawpaw. Je me suis dit «c’est ma chance!» et… wow! Probablement un des meilleurs gelati que j’ai mangé de ma vie. Une texture onctueuse, un goût qui évoque un mélange de banane mûre, d’ananas et de crème brûlée. Complètement déroutant pour un fruit qui pousse ici, au Québec!

Asiminier trilobé (Deux noms seulement, ce n’était pas assez!)

Le pawpaw n’est pas n’importe quel fruit – c’est officiellement le plus gros fruit indigène d’Amérique du Nord! Son nom compliqué est Asimina triloba, et cette plante appartient à la famille des Annonacées, la même famille que certains fruits tropicaux comme la chérimole et l’ylang-ylang. Vous comprenez maintenant pourquoi il goûte si exotique.

(… (Soyez honnêtes, vous avez essayé de dire ylang-ylang plusieurs fois et vous vous êtes foulé la langue, hein?)

Originaire de l’est des États-Unis, l’asiminier pousse naturellement jusqu’au sud de l’Ontario. Mais attention, ne vous méprenez pas: ce n’est pas un fruit «nouveau» au sens strict. Les Premières Nations le cultivaient et le consommaient bien avant que Facebook ne le ramène à la mode! Les colons européens l’appelaient d’ailleurs «poor man’s banana» (banane des pauvres).

Asiminier sauvage. Photo: carlysiria

Thomas Jefferson (troisième président américain et grand amateur de botanique) en cultivait dans ses jardins à Monticello, et même l’expédition Lewis et Clark (les explorateurs qui ont cartographié l’Ouest américain au début des années 1800) s’en sont nourris durant leur voyage. Le pawpaw, bien qu’oublié durant longtemps, figure dans les livres d’histoires!

Ce qui est nouveau, par contre, c’est que des passionnés québécois ont décidé qu’on pouvait le cultiver ici aussi. Et devinez quoi? Ils avaient raison!

Asiminier cultivé au Québec. Photo: Vincent Renaud

Le phénomène québécois: de la curiosité à l’engouement

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le boom du pawpaw au Québec est très récent. C’est principalement Vincent Renaud de Farnham qui est à l’origine de ce phénomène depuis 2019, se dédiant presque nuit et jour à créer cet engouement. En 2021, il crée un groupe Facebook «Pawpaw (asiminier trilobé) du Québec» et celui-ci a littéralement explosé dans la dernière année et compte maintenant plus de 21 000 membres! (Pas étonnant que je lui ai demandé conseil pour cet article: je voulais des informations de première main!)

C’est fou comme ça peut se propager rapidement, une passion collective! Un peu comme quand tout le monde s’est mis à faire du pain pendant la pandémie. Avec internet, le partage de connaissances et d’intérêts va tellement vite qu’on peut s’informer, obtenir une pousse ou encore se rendre à une dégustation dans le temps de le dire! Ça m’impressionne toujours ces modes qui prennent une ampleur aussi importante, surtout quand ça touche au domaine de la nature!

Aujourd’hui, on retrouve essentiellement des jardiniers amateurs passionnés un peu partout: Farnham, la Montérégie, les Cantons-de-l’Est, Montréal! Pour l’instant, on ne trouve pas encore de pawpaws en épicerie – c’est un fruit qu’on découvre dans les événements dédiés, les marchés publics quand on est chanceux, ou grâce au bouche-à-oreille entre passionnés.

Mais ça s’en vient! Il y a une compagnie qui vient tout juste de lancer un vin de pawpaw en 2025! Je n’y ai pas encore goûté, mais ça pique ma curiosité!

Cultiver l’impossible (ou presque!)

Maintenant, parlons jardinage! Parce que je vous connais, vous voulez cultiver vos propres pawpaws. Mais attention, ce n’est pas exactement comme planter des tomates!

Le problème avec les plants vendus en pépinière, c’est que la plupart des arbres greffés proviennent du sud des États-Unis et sont greffés sur des cultivars qui ne sont pas adaptés à la culture au Québec.

Ce qui est principalement vendu ici, ce sont des semis, cependant, beaucoup proviennent de parents inconnus et donneront un fruit aux caractéristiques mystères. De plus, ils proviennent souvent des États-Unis et n’auront que très peu de chances de bien fonctionner ici. On peut se retrouver avec un arbre qui ne tolère pas les grands froids ou encore avec un arbre de type Ken Taylor qui est très rustique, mais qui provient de sources sauvages et qui est plein de semence et moins intéressant gustativement.

Bref, le «bon» asiminier est compatible avec nos zones de rusticité 4a à 6a, ce qui couvre pas mal tout le sud du Québec. Pour le trouver, il faut le prendre d’une source sûre. L’idéal est de planter des semences ou semis qui proviennent d’arbres québécois ou ontariens qui donnent de bons fruits.

Photo: Vincent Renaud

Conseil de culture

Voici mes conseils de culture, basés sur ce que j’ai appris de Vincent – le maître pawpaw en personne!:

La plantation: Plantez au printemps, dans un endroit protégé du vent. Les jeunes plants ont besoin d’ombre partielle (50-75%) les premières années – ils détestent le plein soleil quand ils sont petits. Si vous partez de la graine, sachez qu’elle doit hiverner au frigo pour germer.

Le sol: Ils aiment les sols riches, bien drainés, mais pas trop secs. Pensez à un terreau de qualité, fertile et qui retient un peu d’humidité sans être détrempé.

La pollinisation: Attention, gros piège! Il faut ABSOLUMENT avoir au moins deux individus différents pour avoir des fruits. Les pawpaws ne peuvent pas se polliniser eux-mêmes comme les tomates. Les pollinisateurs naturels sont certaines sortes de mouches, fourmis et scarabées. On peut les attirer en mettant un tas de compost ou même des excréments de chiens au pied des arbres: eh oui, les pollinisateurs sont des nécrophages qui ne se nourrissent pas de nectar, mais de matière en décomposition… J’image que les fleurs ne doivent pas sentir la rose!!

Si vous n’avez pas de place pour deux arbres, sachez qu’il est possible de greffer vos arbres avec des scions (petite branche ou même un bourgeon de tige) d’autres arbres. Vous aurez ainsi un seul arbre avec plusieurs individus génétiques qui peuvent se reproduire et vous donner des fruits. C’est un bon moyen aussi d’avoir plus d’une sorte de pawpaws!

Photo: Vincent Renaud

La patience: C’est le plus difficile. On ne peut pas bouturer un asiminier, il faut vraiment le partir de la graine (semis). Pas de raccourci: il faut compter 3-4 ans minimum avant les premiers fruits, et parfois jusqu’à 6-7 ans. Mais quand ça arrive… quel bonheur!

Une communauté qui grandit

Ce qui me fascine le plus dans ce phénomène, c’est la communauté passionnée qui s’est développée autour du pawpaw. Sur Facebook, dans les marchés publics, lors de dégustations organisées un peu partout au Québec, les gens partagent leurs expériences, leurs réussites, leurs échecs aussi.

C’est beau à voir! Des gens qui n’avaient jamais entendu parler de ce fruit il y a cinq ans deviennent des experts, échangent des scions, organisent des dégustations. Il y a même un festival prévu pour 2025 – le Festival du pawpaw de Farnham! C’est fou, non? Un festival entier dédié à un fruit qu’on ne connaissait même pas, il y a quelques années!

Certains passionnés importent même des fruits du Nord-est américain pour faire découvrir le goût aux Québécois en attendant que nos productions locales arrivent à maturité. Il faut dire que c’est vraiment un fruit original si on le compare à nos petits fruits dont le profil de saveur est assez peu varié. Il a tout intérêt à se faire une place dans notre alimentation… Peut-être juste à côté du présentoir de bananes québécoises?

L’avenir s’annonce prometteur

Avec les changements climatiques qui réchauffent graduellement nos étés, les conditions deviennent de plus en plus favorables à la culture du pawpaw au Québec. Ce qui était difficile il y a 20 ans devient de plus en plus accessible. Eh! Il faut bien trouver du positif dans les fluctuations du climat!

Les pépinières québécoises se spécialisent, les techniques s’affinent et les chercheurs commencent aussi à s’intéresser au phénomène. Le Laboratoire d’agriculture urbaine de Montréal expérimente la culture en toiture – imaginez des pawpaws qui poussent au centre-ville! Comme dans un film de science-fiction!

Photo: Vincent Renaud

Si vous voulez embarquer dans l’aventure, je vous encourage à faire vos recherches. Regardez s’il y a des dégustations près de chez vous (il y en a de plus en plus), joignez-vous aux groupes Facebook dédiés, et pourquoi pas, procurez-vous un (deux!) asiminier!

C’est une véritable révolution fruitière pour le Québec. Les petits fruits et les pommes, c’est bien bon, mais les pawpaws…! Je vous jure que j’en planterai quelques-uns dans les prochaines années!

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