L’histoire du scarabée japonais: le prix à payer pour aimer les fleurs exotiques et le gazon vert….
En 100 ans, cet insecte a envahi une grande partie de l’est de l’Amérique du Nord… envahisseur ou prodige de la nature?
Ne veut-on pas tous faire de son mieux? Se repaître et se reposer dans les meilleures conditions? Visiter le monde et élargir notre zone de confort?
Et si c’était exactement ce à quoi le scarabée japonais aspirait lui aussi? Et si c’était nous qui avions, brique après brique, bâti le château duquel il règne désormais?
Comment un petit scarabée du Japon a-t-il pu devenir une menace qui plane sur les jardins québécois?
Les ancêtres japonais de ce dévoreur sont arrivés en Amérique aux alentours de 1916. Dans un bateau transportant des iris japonais, ils ont accosté aux États-Unis, plus spécifiquement au New Jersey. Ce sont les premiers spécimens observés en Amérique du Nord.
Au Canada, les premiers spécimens furent interceptés en 1939. L’un fut découvert dans la voiture d’un touriste à bord d’un traversier reliant le Maine à la Nouvelle-Écosse. La même année, trois autres furent signalés: un à Yarmouth (Nouvelle-Écosse) et deux à Lacolle (Montérégie).
Que faisait-il ces derniers millions d’années?
Un organisme ne devient pas si puissant du jour au lendemain. Sa capacité à se nourrir de presque n’importe quelle plante et à survivre à des hivers glaciaux est le fruit de millions d’années d’évolution, dans les rudes conditions des archipels japonais.
Le Japon est un véritable terrain d’entraînement pour les espèces qui y évoluent. Son relief accidenté et ses importantes variations climatiques ont favorisé, au fil de l’évolution, une grande capacité d’adaptation, que les biologistes appellent la plasticité phénotypique, c’est-à-dire l’aptitude d’un organisme à réagir différemment selon les conditions de son environnement. Isolés sur cet archipel, les scarabées japonais ont ainsi traversé d’innombrables épreuves qui ont façonné leur remarquable polyvalence.
Si l’on recule d’une centaine d’années, ce scarabée aux allures de bijou vivait paisiblement dans son pays d’origine. Là-bas, au Japon, il était un parmi d’autres. Il mangeait tranquillement de la vigne ou de la renouée, puis se faisait lui-même manger par des prédateurs bien habitués à le trouver, comme des oiseaux ou des insectes. Les forêts denses et escarpées limitaient ses déplacements.
Il a évolué conjointement à son milieu, avec ses némésis (ennemis jurés): des parasitoïdes. Les Tiphia, un groupe de guêpes parasitoïdes qui s’attaquent exclusivement aux larves et l’Istocheta aldrichi, une mouche qui pond ses œufs directement dans le thorax des adultes.
On peut donc dire que là-bas, il avait sa place et que les prédateurs et le terrain le gardaient sous contrôle… Jusqu’à ce qu’on en décide autrement.
L’Atlantide, version Coléoptère
Selon la légende, l’Atlantide a été engloutie par punition… La chute d’une civilisation avancée, causée par le désir d’orgueil, d’avidité et de domination…
Arrivé sur le nouveau continent, le scarabée japonais a découvert un buffet à ciel ouvert, sans aucun garde de sécurité. Le territoire nord-américain, peint en vert pelouse par le rêve du continent, était, pour lui, un milieu idéal. À l’abri de ses ennemis et dans son habitat préféré, la pelouse bien irriguée, il a trouvé ici une terre d’accueil lui permettant de s’épanouir à son aise. Notre envie de «beau» version capitalisée lui a déroulé le tapis rouge.
Bien qu’il ait ses préférences, l’adulte peut manger plus de 300 végétaux différents. Les arbres, les buissons, les plantes, tout y passe, ne laissant que les squelettes des feuilles. Les espèces ornementales sont, pour lui, un régal.
L’hiver ne lui fait pas de mal, il s’enfouit tranquillement dans le sol, à l’abri du gel, sous forme larvaire et attend les beaux jours.
Ses milliers d’années d’entraînement sur les terres japonaises lui servent à merveille… C’est beaucoup plus facile maintenant, avec des ressources artificielles faciles d’accès, attirant convoitise et invasion.
Ce qu’il fait de sa vie
On le reconnaît aisément grâce à son corps d’un vert métallique, ses élytres cuivrés, ses antennes en forme de plumes et ses petites touffes de poils blancs qui parsèment de part et d’autre son abdomen. Il est désormais l’ennemi juré de bien des jardiniers, au sud de la province pour l’instant, mais c’est avant tout un insecte, avec son cycle de vie bien distinct.
Voyons voir:
- Le bébé
- La larve du scarabée japonais est un ver blanc, semblable aux autres de la famille des Scarabéidés. Elle se nourrit de racines et adore le gazon bien arrosé. Elle est choyée: en temps de sécheresse, on s’en occupe. C’est le stade qui dure le plus longtemps, pendant lequel elle accumule des forces.
- La pupe
- Après avoir suffisamment mangé, le bébé scarabée se transforme en pupe, pour ensuite en émerger sous forme adulte, brillant à souhait.
- L’adulte
- Il profite de notre abondance. Se nourrit de ce qu’on a planté pour lui (ou presque). Il se déplace aisément. Bien plus facile de sauter une clôture que de traverser une forêt dense.
- La reproduction
- a. Pour pondre ses œufs, la femelle, qui a bonne mémoire, retourne là où elle a elle-même été confortable quand elle était petite, en particulier les pelouses bien irriguées pour pondre leurs œufs. C’est la continuité du cycle
OK, c’est bien impressionnant, mais qu’est-ce qu’on fait maintenant (au Québec)?
Un oligarque qui tenterait de prendre le pouvoir, on devrait essayer de l’arrêter… Ça crée un déséquilibre.
Nos ressources ne sont pas infinies, ni la nature, ni notre énergie. Le scarabée japonais est opportuniste, polyvalent, habitué… Que pouvons-nous faire pour le ralentir?
- Au printemps: Il est encore un bébé vulnérable qui a passé l’hiver au creux du sol, les larves remontent près de la surface pour reprendre leur alimentation. On peut l’intercepter avant qu’il n’émerge. On attend que les températures plus chaudes l’attirent en hauteur et on le tue avant qu’il ne se reproduise. Mais l’automne vraiment la saison où le traitement biologique sera payant. Notre arme: Les nématodes.
- En juillet: Les adultes sont prêts. Ils recherchent l’abondance, la nourriture et des partenaires. C’est le temps idéal pour les leurrer. Une femelle de moins, c’est une cinquantaine de bébés qui ne naîtront pas (jusqu’à 80 œufs). On peut les berner et les piéger avec un piège à phéromone. Bien installés, en bonne densité et à bonne distance des cultures sensibles, les pièges servent à intercepter les adultes reproducteurs. Certains sont jetables, d’autres réutilisables.
- À la fin de l’été (mi-août à mi-septembre): C’est le meilleur moment pour agir. Les bébés frais de l’année sont particulièrement mous et vulnérables, encore plus faciles à infiltrer. Pour les nématodes, c’est une manne. Une application par temps humide sur un milieu mouillé leur permettra de chasser activement et de pénétrer les vers de scarabées japonais, les liquéfiant de l’intérieur.
Attention aux pièges à phéromones!
Attention au piège du piège! Comme ils attirent les scarabées de très loin, les pièges à phéromones peuvent, s’ils sont mal utilisés, empirer le problème en attirant davantage d’insectes dans votre jardin. Des recherches récentes montrent également qu’ils peuvent capturer accidentellement certains pollinisateurs et autres insectes bénéfiques. Si vous choisissez d’installer un piège (qu’il soit réutilisable ou en sac jetable), vous devez absolument suivre ces règles de Larry Hodgson pour qu’il soit efficace:
Éloignez-les : Placez les pièges loin des plantes aimées des scarabées (au moins 15 mètres). Installez-les par exemple sur un poteau, en plein milieu de la pelouse.
Videz-les souvent : Il faut parfois le faire tous les jours. S’ils débordent, les nouveaux venus ne pourront plus y entrer et iront manger vos plantes. Jetez les insectes récoltés dans un seau d’eau savonneuse.
Une autre option est le BTG (Bacillus thuringiensis galleriae), une bactérie utilisée contre les vers blancs. Les deux méthodes peuvent d’ailleurs se compléter. Pour en savoir davantage sur son fonctionnement et son utilisation, consultez l’article de Larry Hodgson.
En conclusion
Même si on voudrait le détester de tout vouloir manger, on doit aussi admirer sa force et sa résilience. Il fait simplement ce que l’évolution l’a façonné à faire: profiter des occasions favorables. Et, sans le vouloir, nous lui avons offert un terrain de jeu presque idéal.
En espérant que cet article vous ait permis de considérer différemment cette infestation qui s’étend au Québec tout en vous donnant des outils pour le contrôler naturellement.






Merci Serena pour cet intéressant documentaire . Grâce à vous , je saurai le reconnaître s’il apparait dans mon jardin ; ses conditions de vie seront moins agréables .J’habite le sud de la France et il fait de plus en plus chaud et sec.
Votre article m’adoucit un peu dans mon rapport avec cet insecte (magnifique, il est vrai, mais o combien ravageur!). J’ai planté des variétés florales pour attirer oiseaux et papillons (tournesols, cosmos, échinacées, etc.), et je le retrouve sur toutes. J’en fais la cueillette 2 ou 3 fois par jour avec un bol d’eau savonneuse, mais je sais bien que je n’en arriverai jamais à bout. Vous m’inspirez un nouveau respect pour ce petit invertébré; il n’a pas demandé à être là, il ne fait que tenter de survivre. De plus, je vois que mes fleurs réagissent en se multipliant et en s’étendant dans le parterre. Donc, plutôt qu’être en colère et l’injurier, je devrais peut-être le remercier puisqu’il fait partie de l’écosystème de ma cour arrière et y contribue à sa façon. Merci pour ce nouvel éclairage sur un insecte mal aimé!
Je fait la cueillette matin et soir et les met dans le congélateur et les donnent au oiseaux qui commence a les rechercher…
A concise reflection that effectively reinforces key insights.
Merci pour cet article qui met bien en perspective la présence du scarabée japonais avec qui j’apprends à vivre. Je garde votre adresse pour les produits biologiques de lutte aux ravageurs.
Merci pour votre article, où acheter les nématodes?