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Les pièges à scarabées japonais: une fausse bonne idée?

Je dois avouer que je n’ai jamais été un grand amateur des pièges à scarabées japonais. Je comprends qu’en plein mois de juillet, au plus fort de leur activité et de leur gourmandise, il n’y a pas une tonne d’options: soit on les ramasse à la main (vais-je vraiment passer des heures à cueillir des bibittes, moi?), soit on installe des pièges à phéromones.

Ces pièges fonctionnent grâce à une combinaison de deux attractifs. Le premier est une phéromone sexuelle qui imite celle émise par les femelles et attire les mâles. Le second est un attractif floral, qui reproduit les odeurs dégagées par certaines plantes hôtes et attire les scarabées des deux sexes à la recherche de nourriture.

Une fois capturés, les scarabées peuvent être éliminés en les versant dans un seau d’eau savonneuse. Le savon réduit la tension superficielle de l’eau, ce qui les empêche de flotter et les fait rapidement couler. Simple, non? Alors pourquoi n’avons-nous pas tous un piège dans notre cour? On finirait bien par éliminer tous les scarabées japonais d’Amérique du Nord!

Si c’était aussi simple, ce serait déjà fait.

Le problème

Les pièges à phéromones présentent deux grands défauts.

Le premier est qu’ils attirent les scarabées des environs vers l’endroit où le piège est installé… donc directement dans votre jardin, à proximité de toutes les plantes qu’ils adorent dévorer. Dans certaines situations, on peut même empirer le problème plutôt que le régler.

Photo: Getty Images

Le second est que les pièges peuvent se remplir à une vitesse étonnante. Lors d’une forte infestation, il faut parfois les vider chaque jour, voire plusieurs fois par jour. Et que se passe-t-il lorsque le piège est plein? Les scarabées attirés par les phéromones ne disparaissent pas comme par magie: ils se rabattent tout simplement sur les plantes les plus appétissantes des environs. Ce phénomène, où les insectes attirés par le piège finissent par endommager les végétaux voisins, est appelé l’effet de débordement.

Comme si ce n’était pas suffisant, des chercheurs viennent de mettre en évidence un troisième problème avec ces pièges.

Conséquences sur la biodiversité

Une récente étude menée par Simone Aubé, sous la direction de Jacques Brodeur, professeur au Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal, a mesuré la quantité de pollinisateurs et de coléoptères nécrophages (des insectes qui se nourrissent de cadavres d’animaux et jouent un rôle essentiel dans leur décomposition) capturés accidentellement dans des pièges à scarabées japonais.

Réalisée sur 20 fermes du sud du Québec, l’étude portait sur 360 échantillons de pièges récoltés entre juin et septembre 2025. Les chercheurs ont ensuite analysé ces captures en fonction de la période de la saison, de l’abondance des scarabées japonais, de la composition du paysage environnant et des conditions météorologiques.

Les résultats montrent que les pollinisateurs sont surtout capturés accidentellement en début de saison, particulièrement dans les fermes entourées de milieux naturels, lorsque les températures sont élevées et que l’humidité est faible.

Photo: Seng Lam Ho

Les coléoptères nécrophages, quant à eux, sont principalement capturés à la fin d’août, lors de périodes plus fraîches et plus humides.

Les chercheurs avancent que les pollinisateurs sont attirés par les composés floraux utilisés comme attractifs dans les pièges. Ils pensent aussi que les cadavres de scarabées qui s’accumulent dans les pièges dégagent progressivement des composés volatils de décomposition, lesquels attireraient les coléoptères nécrophages.

Dès les années 1970, plusieurs études avaient déjà montré que certains attractifs capturaient aussi des abeilles et d’autres insectes bénéfiques. Cette nouvelle étude apporte surtout une quantification moderne du phénomène dans un contexte agricole québécois.

Abandonner les pièges à scarabées?

Les chercheurs ne recommandent pas d’abandonner complètement l’utilisation des pièges à scarabées japonais en milieu agricole, mais plutôt d’en faire un usage plus judicieux.

Photo: Getty Images

Ils suggèrent notamment de les installer plus tard en saison, lorsque les populations de scarabées japonais sont plus abondantes. Les pollinisateurs étant particulièrement actifs en début de saison, cette mesure permettrait de réduire les captures accidentelles. Les scarabées japonais sont encore peu nombreux; les attractifs floraux deviennent donc relativement plus attirants pour les pollinisateurs.  

Les auteurs recommandent également d’éviter les pièges de couleur jaune ou blanche, qui semblent attirer davantage les pollinisateurs. Enfin, ils suggèrent de privilégier les attractifs qui ne contiennent pas de géraniol, un composé floral particulièrement attrayant pour plusieurs insectes bénéfiques.

Les chercheurs tiennent toutefois à nuancer leurs résultats. Selon eux, les pièges à scarabées japonais représentent une menace limitée, mais bien réelle pour certains insectes bénéfiques. Leur objectif n’est donc pas de recommander l’abandon des pièges, mais plutôt d’en améliorer l’utilisation afin d’en réduire les effets collatéraux.

Et dans nos jardins?

Tout cela est bien beau en milieu agricole, mais qu’en est-il de nos jardins? Selon Jacques Brodeur, «les pièges fonctionnent très bien en milieu agricole lorsqu’ils sont installés en grand nombre, en périphérie des cultures et face aux vents dominants. Mais ils sont peu recommandés dans les jardins des particuliers.»

Lorsqu’on tient compte non seulement des captures accidentelles de pollinisateurs, mais aussi de l’effet de débordement, il devient effectivement difficile de justifier leur utilisation dans la plupart des jardins résidentiels.

Source: Botanix

À mon avis, les pièges à scarabées japonais devraient être considérés comme une solution temporaire. Si votre jardin subit une infestation particulièrement sévère et que vous cultivez plusieurs plantes très sensibles, un piège peut permettre de limiter les dégâts pendant une saison. Toutefois, il ne s’agit pas d’une solution à long terme. Les scarabées reviendront année après année. La meilleure stratégie consiste à remplacer progressivement les végétaux affectés par des espèces qu’ils délaissent.

Les pièges ne sont pas la seule façon de limiter les populations de scarabées japonais. Les nématodes entomopathogènes, appliqués au sol contre les larves, peuvent également faire partie d’une stratégie de lutte intégrée.

Si vous décidez malgré tout d’utiliser un piège, installez-le seulement lorsque les scarabées sont actifs, généralement de la fin juin au début de juillet selon votre région, puis retirez-le dès que leur période d’activité est terminée, vers le mois d’août. Placez-le aussi loin que possible des plantes sensibles, idéalement à une quinzaine de mètres. Privilégiez un modèle muni d’un grand sac collecteur afin de réduire le risque de saturation, évitez les pièges jaunes ou blancs ainsi que les attractifs contenant du géraniol, et videz régulièrement le sac. Vous limiterez ainsi l’effet de débordement tout en réduisant l’accumulation de cadavres susceptibles d’attirer des coléoptères nécrophages.

Le grand sac collecteur

Des chercheurs de l’Université de Montréal ont mis au point un prototype de piège doté d’un réservoir de plus grande capacité. Lors de leurs essais, ce modèle a capturé environ 2,4 fois plus de scarabées japonais qu’un piège commercial. Les auteurs pensent que cette amélioration est notamment liée au fait que les scarabées capturés continuent de se nourrir de feuillage placé dans le réservoir.

Même si ce prototype n’est pas commercialisé, il met en évidence un problème bien réel: les sacs des pièges se remplissent parfois très rapidement. Lorsqu’un piège est saturé, l’effet de débordement risque d’augmenter.

Si vous utilisez un piège, privilégiez donc un modèle muni d’un grand sac collecteur ou de sacs de remplacement de grande capacité lorsqu’ils sont offerts. Bien qu’aucune étude ne l’ait encore démontré, ils devraient permettre d’espacer les vidanges et de limiter les périodes où le piège est saturé.

Des scarabées déjà condamnés

Tous les scarabées japonais ne sont pas destinés à poursuivre leurs ravages. Certains sont déjà parasités par Istocheta aldrichi, une mouche introduite en Amérique du Nord pour lutter contre cette espèce. La femelle pond un petit œuf blanc, bien visible, sur le thorax du scarabée. Après l’éclosion, la larve pénètre dans son hôte et s’en nourrit progressivement.

À la fin de l’été, la larve quitte le scarabée pour s’enfouir dans le sol, où elle passe l’hiver sous forme de pupe. Elle émergera au printemps suivant sous la forme d’une nouvelle mouche, prête à parasiter d’autres scarabées japonais. Le scarabée, lui, meurt avant la fin du cycle.

Si vous remarquez un scarabée japonais portant ce petit œuf blanc, sachez qu’il est probablement déjà condamné. En le laissant terminer son cycle, vous permettez aussi à Istocheta aldrichi de compléter le sien et de contribuer naturellement à la lutte contre le scarabée japonais.

Trois prises… et vous êtes retiré!

Malgré tout, le meilleur piège contre le scarabée japonais reste souvent un jardin composé de végétaux qu’il n’a tout simplement pas envie de manger.

La glycine est très sensible aux scarabées japonais. Découvrez d’ailleurs la liste des plantes hôtes du scarabée japonais. Photo: Alina Rossoshanska

Cela me rappelle la règle des trois prises de mon père, Larry Hodgson. Elle s’applique aussi bien au scarabée japonais qu’à bien d’autres ravageurs… et même à plusieurs maladies.

Il disait: «Si, au bout de trois tentatives d’éradication, le problème est toujours présent, je considère que ce n’est pas le ravageur qui est en faute, mais la plante. Un végétal qui nécessite tant de soins ne mérite pas une place dans mes jardins. Voilà tout. Je l’arrache.»

Autrement dit, plutôt que de lutter année après année contre le même problème, mieux vaut remplacer progressivement les végétaux les plus vulnérables par des espèces ou des cultivars que le scarabée japonais délaisse naturellement. Finalement, c’est souvent la solution la plus durable… et la plus paresseuse.

Pour en savoir plus sur les différentes méthodes de lutte contre le scarabée japonais, consultez l’article Pour contrôler le scarabée japonais de Larry Hodgson.


  1. Je suis parfaitement en accord avec la règle des trois prises car elle rejoint une loi fondamentale en environnement, celle que la place est au plus fort. C’est à dire qu’une plante en état de stress (mal zonée, mal nourrit, mal arrosée, mauvaise luminosité, etc) sera plus vulnérable aux maladies et aux insectes. Cette règle s’applique lorsqu’on est dans un écosystème normal. Cela fait partie d’une sélection naturelle.
    Par contre, je ne crois pas qu’elle peut s’appliquer dans le cas des infestations provenant d’ennemis des cultures provenant d’ailleurs qui ne faisaient pas partie de l’écosystème local.
    Je vois mal se passer des quelques 300 espèces de plantes que le scarabée japonais aime manger. je vois mal ne pas cultiver l’ail et le poireaux qui se fait attaquer par la teigne. Je vois mal aussi de se passer de cultiver des concombres et des courges parce qu’on vit une infestation de chrysomèle rayée du concombre.
    Je crois que le vrai problème est au niveau du lieu de reproduction et de croissance des larves de scarabées, celui des pelouses traditionnelles, leur lieu de prédilection! On paie par où on a péché!

  2. Monique Bourbeau

    Larry était davantage sage que paresseux!

  3. Nematodes entomopathogenes : pourriez vous me donner un nom ou une marque de commerce que mon marchand Rona va comprendre?
    Merci

  4. Les œufs du Istocheta aldrichi sont-ils visible seulement sur le thorax? J’ai vu des photos de scarabées japonais avec un point blanc sur la tête, ou plus d’un, et on disait que c’était un signe d’infestation.
    Si ce n’est que sur ke thorax, faudrait-t-il les prendre et les tourner pour voir le ventre et le thorax pour savoir s’il y a des œufs?

  5. Bonjour,
    j’habite à Terrebonne et cette année, nous avons remarqué que les moineaux mangent les scarabées japonais dans notre plate-bande. Ils les poursuivent et les attrapent…un hasard ou nouveaux prédateurs? En tout cas, nous sommes bien contents…merci !

  6. Moi aussi j’aimerais avoir le nom et compagnie qui le vende le nématodes entomopathogenes. Et comment l’utiliser svp merci

  7. Reportage bien intéressant: une belle plume et toujours des connaissances à apprendre même en mes 82 ans