L’histoire sans fin
Parfois, j’ai envie de vous faire rire, mais aujourd’hui je me sens… disons plus philosophe. Du style: c’est quoi la vie et pourquoi insiste-t-elle pour survivre malgré tous les obstacles? Non pas que je puisse vous donner des réponses, mais je suis fasciné par une petite expérience qui s’éternise. Pourtant tout a commencé si simplement.
Terrarium en bocal
Un jour, mon fils Mathieu, qui avait alors 10 ans, m’a annoncé qu’il avait commencé un terrarium dans un grand bocal (du type utilisé pour vendre des olives) et l’avait bien scellé avec le couvercle d’origine. Son but? Savoir combien de temps les plantes pourraient survivre sans air.

Évidemment, Mathieu ne m’avait pas demandé mon avis. Il m’avait présenté son terrarium déjà terminé et peuplé d’un choix de boutures qu’il avait prélevées parmi ma collection de plantes d’intérieur. L’une de ses sélections laissait un peu à désirer: un petit mammillaria épineux! Quand on sait que les cactus détestent l’humidité! Mais je n’ai rien dit: c’était son expérience et il allait, je le pensais, avoir rapidement ses réponses.
Choix appropriés
Les autres choix étaient plus appropriés: un oxalis (éventuellement un peu gros, mais au moins la plante aime l’humidité) et un tout petit sinningia (Sinningia pusilla, proche parent de la violette africaine, aux petites trompettes violet pâle. Ce dernier est l’ultime plante miniature, car elle n’atteint que la taille d’un 25 sous à l’âge adulte tout en fleurissant abondamment.

Je me suis cependant trompé au sujet du cactus. Non seulement n’est-il pas mort tout de suite, mais il a poussé!
Par contre, il a produit de longues tiges minces presque sans épines, alors que la plante d’origine produisait une colonie de petites «boules» recouvertes d’épines blanches. C’est comme si la plante était revenue à une forme ancestrale, primitive, plus tolérante à la forte humidité qui règne dans un terrarium.
C’est l’oxalis qui a progressé le plus rapidement, remplissant presque tout le terrarium de ses feuilles et devenant la plante dominante. Bientôt, le petit sinningia, avec sa mini-rosette collée au sol, fut complètement envahi et je le crus disparu faute de lumière.
Mousses de toutes sortes
De toute évidence, cependant, mon fils avait introduit plus que trois plantes, car, assez rapidement, des mousses de toutes sortes ont fait leur apparition, en plus des algues, des hépatiques et divers autres tapis visqueux que je n’oserais décrire. De toute évidence, puisqu’il ne les avait pas mises intentionnellement, ces petites plantes étaient déjà présentes sous forme de spores, sur les plantes, dans l’air ou dans le terreau pourtant théoriquement stérilisé. Ces végétaux ont proliféré, poussant même sur les parois du bocal et, bientôt, les autres plantes furent presque cachées derrière un rideau de verdure. Même le terreau a disparu de la vue, car, comme il était exposé à la lumière par la paroi vitrée toujours humide, des algues l’ont vite recouvert.

Même si le bocal est demeuré scellé, sans nouvel apport d’air ou d’eau, les plantes ont continué à pousser. Mon fils l’avait placé sous mes lampes fluorescentes au sous-sol, qui fonctionnent toute l’année, 14 heures par jour. Le couvercle étant opaque, la lumière était nécessairement faible, provenant davantage des côtés du bocal que du haut, mais ce n’etait pas la noirceur totale.
Après deux ans environ, la pourriture a finalement eu raison du petit cactus, et puis aussi de l’oxalis, noyés tous les deux dans une mer de mousses, qui ont fini par former un épais tapis de quelques centimètres d’épaisseur. Cependant, le petit sinningia, que je croyais mort, a réapparu. Il a réussi à se ressemer sur la surface du tapis de mousse et on y trouve maintenant une colonie de plusieurs centaines d’individus, toujours avec plusieurs fleurs, 365 jours par année.
L’expérience continue encore
Le plus incroyable, c’est que l’expérience continue encore, 12 ans plus tard. Mon fils a maintenant 22 ans et a complètement oublié son projet, je pense. Moi aussi, je l’oublie la plupart du temps, puis de temps à autre, je remarque encore le petit terrarium, poussé complètement au fond de ma tablette de lampes et je le ressors pour le regarder. Parfois même, je pense à enlever un peu de poussière qui le recouvre, le seul entretien que je lui donne.

Est-il beau? Pas du tout! Le sol est rempli de diverses couches d’algues et de bactéries visqueuses. Les parois de verre sont partiellement couvertes d’algues et de mousses. Il faudrait un grand ménage pour mettre en valeur la colonie de petits sinningias… mais justement le protocole du projet est que l’on ne peut jamais ouvrir le bocal, même pas pour y faire le ménage.
Le cycle de la vie continue
Toutefois, le cycle de la vie continue: l’air est recyclé par les plantes elles-mêmes, des gouttes d’eau se forment tous les soirs sur les parois et retombent le lendemain sur le sol. Les plantes poussent et meurent, poussent et meurent…
J’ai bien l’intention de poursuivre l’expérience tant que ce sera possible.
Peut-être qu’à ma mort, mon fils se rappellera son projet et qu’il le conservera pour ses enfants et ses petits-enfants?
Même si le bocal finit à la poubelle, jeté par quelqu’un qui n’aura aucune idée de son importance, il a déjà démontré la capacité incroyable de la vie à survivre à tout!

Vous qui dites que les plantes d’intérieur sont compliquées, vous savez maintenant quoi faire! Scellez quelques plantes dans un terrarium et laissez-les filer: il n’y a rien de plus facile au monde!

Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans Fleurs, plantes, jardins en octobre 2001.


Merci Mathieu. Je suis touchée par la sagesse de votre père et par votre partage de cette expérience qui parle de la nature, mais aussi de votre beau lien.
Bonne journée! Et merci encore pour toutes ces belles informations jour après jour
Quelle jolie histoire. J’attendrai la suite de l’aventure. Un peu d’éternité en bocal.
Merci pour cette belle histoire. J’aimerais bien voir la suite 🙂
C’est très cool ; wow !
Ah, Mathieu, tu m’arraches une larme ce matin avec cette belle expérience partagée avec ton père. 🙁 Je suis quasiment certaine qu’en lui redonnant de la lumière, ton petit terrarium reprendra du poil de la bête. Tu nous en reparles de temps en temps?
Bonne journée!
Jolie histoire, merci de l ‘avoir partagée. J’attendrai la suite! Par la même occasion ça me donne envie de me faire aussi un terrarium !
Merci beaucoup Mathieu de nous faire partager ton expérience ( de ta jeunesse)
Et j’imagine que ton père est encore parmi nous !
Janelle
Belle histoire touchante et instructive merci
Wow….. moi qui était hésitante à me faire un terrarium et ce malgré avoir demandé un livre pour débutant et un petit ensemble de départ… naturellement que j’ai reçu aussi. Votre histoire partagée entre votre père et vous est fascinante. J’espère pouvoir en lire la suite.
Peut-être, aurais-je le courage de faire le mien, finalement.
Bonjour Lathieu, et cette belle expérience aurait pu se poursuivre encore des décennies, pour ne pas dire toujours si le jeune Mathieu avait choisi un couvercle en plastique. Quoi que le plastique peut sécher, craquer à la longue. Le couvercle de métal avec l´humidité intérieure a commencé à rouiller. Les gouttelettes ferrures oranges à s´installer sur les parois de verre. Avec le temps, de petites boursouflures sur le couvercle, signe de la corrosion de ce dernier et expansion des molécules métalliques. Un jour un petit trou
d´épingle apparu, laissant penetrer l´air et
l´humidité s´en échapper. Ce couvercle soudé au verre ne peut être enlevé.
Que deviendra ce milieu autrefois scellé, tel un sous-marin ou navette spatiale. Ses habitants vont ils mourir ou remplacés par des poussières contenant des spores ?
Ainsi des espèces sont apparues et disparues au cours de l´évolution de notre planète, tout comme dans ce bocal. Cependant notre enveloppe terrestre emprisonné les molécules d´air et d´humidité. Hélas dans ce laboratoire bocal, l´humidité devrait
d´avantage s´en échapper par le couvercle de plus en plus perforé que d´en voir y pénétrer. Son contenu va donc irrémédiablement
s´assécher jusqu´à devenir non viable pour ses habitants. Une fois le taux d´humidité ou de sécheresse équilibré entre l’intérieur et
l´extérieur du bocal, la corrosion du couvercle ne progressera pratiquement plus.
Tout le contenu mort. Seules des spores attendant le retour de la pluie en dormance verront peut être la vie y reprendre si on arrosé l´intérieur.
La vie dur Terre à toujours été adaptative. De l´algue au cactus.
RIEN de meurs…TOUT se transforme !
You have complete freedom to design Geometry Dash levels your way.