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Feuille qui roule n’amasse pas mousse

Encore cette période de l’année! Le gel frappe, les feuilles colorées des arbres commencent à chuter, le gazon ne pousse plus… c’est bel et bien l’automne, aucun doute là-dessus! Et l’automne amène avec lui une série de tâches à accomplir: fermer la piscine, rentrer les plantes gélives, installer la protection hivernale (pour ceux qui y croient encore)… et ramasser les feuilles mortes. Le ramassage des feuilles d’automne est surtout une nécessité pour maintenir sa pelouse. Que les feuilles tombent sur une plate-bande ou sur un potager n’est pas grave (d’ailleurs, on provoque plus de dégâts en ratissant les plantes vivaces avec un râteau à feuilles qu’en laissant ces feuilles sur place!), mais ce l’est lorsqu’elles tombent sur le gazon. Si elles y demeurent tout l’hiver et surtout si elles forment une couche impénétrable qui coupe toute la lumière, le gazon se trouvera sérieusement abîmé.

Guerre de deux écosystèmes

C’est en fait une vieille guerre de deux écosystèmes que vit votre terrain: celui de la forêt et celui de la prairie. La forêt essaie d’étouffer la pelouse (la prairie) pour mieux prendre sa place et la prairie essaie de s’étendre dans la forêt pour la dominer. C’est une guerre vieille de millions d’années dont le front est encore actif dans l’Ouest canadien (et maintenant aussi sur votre terrain). En effet, dans l’Ouest, au-delà d’une certaine limite, il ne tombe pas assez de pluie pour maintenir la forêt et la prairie envahit et domine l’habitat. Et juste de l’autre côté de cette frontière, c’est le contraire: il y a assez de pluie pour maintenir la forêt, et cette dernière utilise alors ses feuilles pour étouffer les graminées de la prairie et mieux prendre sa place.

Dans nos régions, où la pluie est abondante, c’est toujours la forêt qui gagne… à moins d’aider la prairie. Chez nous, la pelouse-prairie est un milieu artificiel maintenu par la tonte… et le ramassage des feuilles. Si vous laissez les feuilles sur place et que vous ne tondez pas, la forêt repoussera.

Mais comment ramasser les feuilles?

Les méthodes de ramassage des feuilles varient d’un individu à l’autre. Certains préfèrent le bon vieux râteau à feuilles, d’autres le souffleur- aspirateur, d’autres la tondeuse.

Photo: Getty Images

Le râteau à feuilles fait bien son travail, soit de pousser les feuilles dans un tas, mais perd des plumes au ramassage. Il faut normalement les ramasser à la main pour les mettre dans un sac de plastique qui refuse de rester ouvert… Vous connaissez le problème. Le souffleur-aspirateur permet de ramasser les feuilles de deux façons. On peut les rassembler en un tas avec le souffleur, mais là encore, il faut les ramasser! Ou bien on peut les aspirer dans le sac qui y est attaché. Cette dernière action permet aussi de déchiqueter les feuilles (cela se fait automatiquement), ce qui réduit de beaucoup leur volume. Mais c’est bruyant. Et les feuilles doivent être plus ou moins sèches, sinon l’aspirateur bloque.

La tondeuse peut faire le même travail: ramasser et déchiqueter les feuilles, les déposant dans un sac… si votre tondeuse est munie d’un sac. Sinon vous pouvez déchiqueter les feuilles et les pousser vers les plates-bandes, sous les arbustes ou dans le sous-bois en dirigeant le jet de la tondeuse vers ces endroits.

Que faire des feuilles ?

Les jeter, me direz-vous sans doute. C’est encore ce que font beaucoup de gens… et puis au printemps, ils vont acheter du compost pour leurs plates-bandes, un compost fabriqué à partir de leurs propres feuilles! En fait, de nos jours, il ne faut plus «jeter» les feuilles comme telles, sinon on risque d’embourber les sites d’enfouissement ou de surcharger les incinérateurs. On les met plutôt dans des sacs bien identifiés pour qu’elles soient recyclées en compost. Ou l’on peut les utiliser pour soi-même.

Avec les feuilles qu’on a conservées, on peut d’abord faire du compost. Mettez les feuilles déchiquetées dans le composteur… mais pas trop à la fois. Moitié produits verts, moitié produits bruns: c’est la règle de base du compostage domestique. Or, comme les matières brunes dont disposent la plupart des gens sont surtout composées de feuilles et qu’elles arrivent toutes en même temps, mieux vaut conserver des sacs de feuilles déchiquetées pour nourrir votre composteur en été, quand les matières vertes domineront. Ce sera plus facile alors de faire votre moitié-moitié.

Les feuilles comme paillis

Le plus commode, cependant, c’est d’utiliser les feuilles comme paillis. Déchiquetez-les et déposez-les dans vos plates-bandes, dans votre potager, sous vos arbres et vos arbustes, etc. Non seulement ce paillis jouera-t-il son rôle traditionnel de garder le sol plus humide, de protéger les plantes contre le froid et de prévenir les mauvaises herbes, mais il se décomposera assez rapidement tout en enrichissant le sol. En effet, les feuilles déchiquetées utilisées comme paillis DEVIENDRONT du compost, nourrissant votre sol sans que vous ayez quoi que ce soit à faire.

Photo: James Andrews de Getty Images

Cette méthode (utiliser les feuilles comme paillis-engrais gratuit) est quant à moi l’option la plus logique. Mais je suis certain qu’on verra encore plein de sacs de feuilles le long des rues cet automne, sacs venant de gens qui préfèrent payer deux fois plutôt qu’aucune — payer pour faire ramasser les feuilles, un service que vous payez par vos taxes, et payer pour acheter du compost au printemps. Le monde est bizarre, non?


Larry Hodgson a publié des milliers d’articles et 65 livres au cours de sa carrière, en français et en anglais. Son fils, Mathieu, s’est donné pour mission de rendre les écrits de son père accessibles au public. Ce texte a été publié à l’origine dans le journal Le Soleil le 26 octobre 2003.

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