C’est un pommier? Un prunier? Un amélanchier?
Par Julie Boudreau
Dans cette belle folie printanière où explosent les bulbes printaniers, les lilas et une foule de belles plantes indigènes des sous-bois, on voit aussi apparaître devant les maisons et aux abords des forêts tout un amalgame de petits arbres à fleurs blanches. Est-ce un vieux pommier? Un cerisier sauvage? Ou un magnifique amélanchier? Comment les différencier?

Des fleurs blanches au printemps, dans nos jardins et nos forêts nordiques, ce n’est pas ça qui manque! Il faut dire qu’au printemps, les fleurs n’ont pas besoin de se forcer pour attirer les pollinisateurs! Tout le monde se réveille en manque de pollen et les premiers insectes se bousculent et forcent leur entrée dans des fleurs à peine ouvertes. Aussi, parce que la plupart des arbres et des arbrisseaux n’ont pas encore pleinement développé leurs feuilles, les plantes à floraison blanche et printanière sont encore très visibles. C’est un peu pour ça que plusieurs arbres du printemps portent des fleurs blanches!
C’est parfois au détour d’une balade aux abords d’une friche ou d’une petite forêt que l’on voit s’aligner un paquet de ces arbres à fleurs blanches. Et si on s’y arrête attentivement, on découvrira qu’il y a plusieurs espèces différentes. Les fleurs ne sont pas tout à fait identiques. Idem pour les feuilles qui commencent à se développer. Voici donc un petit répertoire des arbres à fleurs blanches qui embellissent le printemps.
Ce qui les unit!
Ce n’est pas surprenant d’avoir un peu de difficultés à différencier ces différents arbres, car ils font tous partie de la même famille botanique, les Rosacées. Et une des particularités de cette famille est de développer des fleurs à cinq pétales, avec de nombreuses étamines. Ainsi, inutile de compter les pétales, cela ne nous aidera pas à faire de l’identification.
Autre trait commun de tous ces arbres, c’est que les feuilles sont disposées de manière alterne, le long des rameaux. Par chance, la forme des feuilles, leur couleur et leur stade d’ouverture des feuilles au moment de la floraison peuvent nous aider à démêler ces inconnus.

Des pommiers… et des pommetiers!
Si on se trouve dans un jardin résidentiel, il y a fort à parier qu’il s’agit d’un pommier (mais ce peut aussi être un cerisier ou un prunier!). On trouvera aussi de nombreux pommiers «sauvages», qui se sont échappés de culture. Parfois, il s’agit d’une variété ancienne, plantée il y a bien des années, puis oubliée. Parfois il peut aussi s’agir s’un semis spontané, issu d’un cœur de pomme lancé au loin. On peut aussi tendre vers les pommiers en regardant le port général de l’arbre, car les pommiers, si on leur donne de l’espace, tendent à être aussi larges que hauts. Mais ce n’est pas toujours le cas, car un pommier coincé dans un fouillis végétal va faire son gros possible!

On reconnaît les fleurs de pommiers d’abord, car elles s’épanouissent en petites ombelles sur des rameaux très courts, qu’on appelle souvent les lambourdes ou les coursonnes. Les boutons floraux apparaissent d’abord rose foncé, puis rose pâle et enfin la fleur est entièrement blanche. Comme chez les aubépines et les amélanchiers, le fruit se développe sous la fleur. Les vestiges des sépales demeurent présents lorsque le fruit arrive à maturité.
Il faut aussi mentionner que souvent un arbre à fleurs roses ou à feuillage bourgogne qui serait coincé dans un massif de petits arbres sera souvent un pommetier décoratif. Cela dit, les pêchers et les abricotiers font aussi des fleurs roses, mais ils sont plus rares en climat nordique.


Des pruniers… et des cerisiers!
Il est bon de préciser dès le départ que les cerisiers, les pruniers, les pêchers, les amandiers et les abricotiers font tous partie du genre latin Prunus. C’est pourquoi certains experts vont souvent parler des «pruniers» en y incluant toutes les autres variétés fruitières (cerisier, abricotier, etc.). Étant donné qu’on y regroupe plusieurs essences d’arbres fruitiers, il y a ici un peu plus de variables. En plus de centaines de variétés ornementales, on trouve aussi quelques espèces indigènes, comme le célèbre merisier (Prunus pensylvanica) ou le cerisier tardif (Prunus serotina)

Chose certaine, des quatre types d’arbres présentés ici, c’est le seul genre à produire un fruit au-dessus de la fleur. Cela veut dire que si l’on observe la fleur attentivement, on verra que le futur fruit est DANS la fleur. Les Prunus peuvent produire des fleurs en longues grappes allongées, mais certaines espèces émettent de petites ombelles de deux à sept fleurs. Comble de malheur, certaines fleurs se développent sur des petits rameaux courts, comme les pommiers!
Dans mon cas, le meilleur moyen de reconnaître un Prunus est d’observer la feuille et de chercher les «glandes verruqueuses». Il s’agit de deux petites bosses présentes sur le pétiole, souvent proches ou à la base du limbe de la feuille.

Des amélanchiers!
Comme les Prunus, les amélanchiers (Amelanchier spp.) sont présents de manière ornementale, dans les jardins, mais on trouve aussi de nombreuses espèces indigènes dans les forêts nordiques. Le premier indice pour reconnaître les amélanchiers est qu’ils fleurissent un peu avant les pommiers et les pruniers.

Ensuite, en général, les fleurs d’amélanchiers sont disposées en grappes qui apparaissent au bout des jeunes tiges. En observant attentivement la grappe, on constatera que les pédoncules (patte de fleur) des fleurs du bas sont plus longs que ceux des fleurs à l’extrémité de la grappe. Cela aide parfois à les différencier des cerisiers à grappes.
De mon côté, c’est aussi en observant les feuilles que je distingue rapidement les amélanchiers. Au moment de leur déploiement, les feuilles d’amélanchiers prennent souvent une teinte orangée ou bronze. Dans certains cas, les jeunes feuilles du printemps peuvent être pubescentes. Aussi ces feuilles commencent à peine à se déployer quand apparaissent les fleurs. Lorsque pleinement développées, les feuilles sont entièrement vertes. Certains diront que les dents en bordure de la feuille sont petites et régulières, mais c’est un trait qu’on peut aussi observer chez certains pommiers ou pruniers.

Et parfois, des aubépines!
En de plus rares occasions, on croisera un arbre ayant un port similaire à un pommier, mais dont les feuilles ne ressemblent en rien à celles d’un pommier. On se trouvera alors devant ce qui pourrait être une aubépine. La meilleure manière d’identifier les aubépines est… de trouver les épines! Attention, elles sont souvent longues et très rigides. Impossible de les manquer. À ma connaissance, c’est le seul arbre à porter des aiguilles aussi longues dans nos jardins nordiques.

Ici aussi, on trouve quelques variétés ornementales, mais aussi des dizaines d’espèces indigènes. En milieu naturel, on trouve rarement des aubépines en plein cœur de la forêt. Généralement, elles habitent des champs lumineux et les bordures des forêts.

Une autre particularité de certaines aubépines est la grossièreté des dents en bordure des feuilles. Certaines feuilles sont doublement dentées, irrégulièrement dentées et parfois même lobées.

Et enfin, si vous avez été bien attentifs, vous remarquerez que ce texte est parsemé de «souvent», d’«en général» et de «parfois», car réunis, ces quatre plantes représentent des centaines et des centaines de cultivars, de variétés et d’espèces! C’est quasi certain qu’il y a quelque part au monde un pommier qui fait des grappes, un cerisier qui ne porte pas de glandes verruqueuses et une aubépine… sans épines! Cela dit, s’amuser à essayer de différencier ces plantes est un beau défi qui peut nous captiver et nous mystifier à la fois. Pour ma part, je perds complètement mon latin à essayer de différencier les différentes espèces d’amélanchiers et d’aubépines indigènes du Québec! Des heures de plaisir… et de torture!


Ça y est! Je prends ma loupe, mon chapeau de Sherlock, et je pars à la découverte de ces arbrisseaux à fleurs blanches pour voir si je saurai les distinguer. Merci pour un exposé aussi détaillé (et pour les photos magnifiques!) sur ces fruitiers qui nous confirment que c’est enfin le printemps!
Les jaseurs des cèdres viennent manger les pétales les pétales des fleurs du pommier. Ils ne semblent pas déguster le cœur de la fleur. Est-ce que ça réduira la production de pommes .? Merci