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À la découverte des familles botaniques: les Euphorbiacées

La famille des Euphorbiacées est certainement l’une des plus atypiques de notre flore, probablement en raison des caractères morphologiques et anatomiques très variables des plantes qui la composent. Si à ce jour on répertorie plus de trois cents genres et environ 6500 espèces, la moitié des espèces proviennent de trois genres principaux: Euphorbia, Croton et Phyllanthus. Tantôt tropicales, tantôt succulentes, parfois ligneuses ou franchement arborescentes, les Euphorbiacées se comportent comme de véritables caméléons botaniques.

Bien que principalement tropicale, la famille est presque cosmopolite, car on la retrouve aussi bien dans les paysages désertiques les plus arides que dans les prairies fleuries. Le frère Marie-Victorin dans sa célébrissime Flore Laurentienne en répertorie même cinq espèces au Québec dont la jolie Euphorbia helioscopia (Euphorbe réveille-matin – voir photo plus bas). Mais c’est certainement avec le populaire poinsettia (Euphorbia pulcherrima) que la répartition géographique de la famille atteint son apogée en colonisant les salons du monde entier à l’approche des Fêtes!

On l’a mentionné précédemment, si certaines familles présentent des caractères communs, évidents et faciles à identifier au premier coup d’œil (fleurs, fruits ou tiges), il en est tout autrement pour les Euphorbiacées. Leur identification demande en effet que l’on s’y attarde plus longuement. Cette famille se compose d’espèces souvent nettement différentes les unes des autres. Ainsi peuvent-elles être ligneuses ou herbacées, rampantes, buissonnantes ou érigées, allant parfois même jusqu’à se munir d’épines pour ressembler à des cactus! Leurs fleurs se font très discrètes et leurs feuilles sont parfois inexistantes. La première classification des Euphorbiacées remonte à 1824 (Jussieu fils) et on peut présumer que la singularité de cette famille a provoqué quelques maux de tête au botaniste.

Découvrons la famille des Euphorbiacées

Cette famille n’offre pas de signature particulière commune. Du moins pas de caractéristiques distinctives à première vue. Voici quelques-unes des espèces qui la composent, démontrant bien le caractère complexe des Euphorbiacées.

A: Poinsettia (Euphorbia pulcherrima). B: Ricin de Zanzibar (Ricinus zanzibarensis). C: Euphorbe trigone (Euphorbia trigona). D: Euphorbe à feuilles de millepertuis (Euphorbia hypericifolia ‘Diamond Frost’). Photos: Mathieu Gaudreault

Les feuilles: vive l’hétéroclisme!

Les feuilles sont généralement pétiolées et alternes, opposées ou verticillées, mais parfois réduites à des épines. Si elles sont le plus souvent simples avec des marges entières, elles peuvent aussi être composées, lobées ou entières avec des nervures qui sont pennées ou palmées. Pour complexifier le tout, dans quelques cas, les feuilles sont réduites à des écailles (Euphorbia myrsinites). Il y a présence de stipules qui sont soit caduques ou persistantes, ou même modifiées en glandes. Voilà qui ne nous amène guère à une identification précise. Poursuivons donc.

Euphorbe à feuilles de myrte (Euphorbia myrsinites) Photo: Guilhem Vellut from Annecy, France, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Les fleurs: un possible élément de distinction de cette famille

Les Euphorbiacées n’ont pas de grandes fleurs à faire tourner les têtes. Leurs inflorescences originales, mais complexes sont extrêmement réduites et se présentent sous la forme de cyathes (cyathium), soit de petites structures florales entourées de grandes bractées soudées qui attirent les pollinisateurs. Les fleurs sont unisexuées, c’est-à-dire que les organes femelles et les organes mâles sont portés par des fleurs distinctes, séparément.

Ainsi chez le poinsettia (Euphorbia pulcherrima), ce ne sont pas les fleurs qui sont rouges, blanches ou roses, mais bien les bractées. Les vraies fleurs sont ces petites structures jaune verdâtre au centre.

Poinsettia (Euphorbia pulcherrima) A: Bractée colorée. B: Cyathe. C: Glande nectarifère. D: Étamines (fleur mâle). Photo: Mathieu Gaudreault.

Le fruit: une capsule tricoque

Voilà une caractéristique commune qui mérite d’être soulignée. Encore faut-il avoir le privilège de pouvoir observer ces structures. Elles sont toutefois très révélatrices de cette famille. D’ailleurs, l’ancien nom de la famille faisait référence à cette particularité: les Tricoques.

Quatre espèces d’Euphorbiacées et leurs fruits. Dans tous les cas, ces fruits ouvriront en 3 parties lors de leur maturation. A: Poinsettia (Euphorbia pulcherrima). B: Euphorbe réveil-matin (Euphorbia helioscopia). C: Euphorbe crayon (Euphorbia tirucalli). D: Croton (Codiaeum variegatum) Photos: Par Shijan Kaakkara, Frank Vincentz, Forest and Kim Starr et SAplants

Le latex: la signature des Euphorbiacées

Les Euphorbiacées sont très fréquemment des plantes exultant un latex blanchâtre et visqueux, généralement assez toxique. Si vous cassez une tige ou brisez une feuille d’une plante de cette famille, vous verrez apparaître ce latex blanc, parfois irritant, voire toxique. Ce latex joue plusieurs rôles, dont celui de dissuader les herbivores de s’en nourrir, mais il permet aussi une meilleure cicatrisation des tissus et protège des infections. C’est pourquoi il faut toujours manipuler ces plantes avec précaution, car des irritations cutanées sont possibles.

La règle ici est que toutes les Euphorbiacées produisent généralement du latex, ou du moins, une sève toxique. Néanmoins, ce ne sont pas toutes les plantes qui produisent du latex qui font partie de cette famille. Par exemple, le pissenlit, bien connu de tous, produit aussi du latex, mais ce dernier appartient à la famille des Astéracées.

L’arbre à caoutchouc (Hevea brasiliensis) fournit la grande majorité des caoutchoucs végétaux. Photo: Vyacheslav Argenberg

Euphorbiacées et thé aux perles: un mariage improbable… mais délicieux!

Le manioc (Manihot esculenta), membre de la famille des Euphorbiacées, pourrait sembler dangereux à première vue: beaucoup de plantes de cette famille sont naturellement toxiques. Et pourtant, c’est précisément de cette racine que l’on obtient le tapioca, ce délicieux dessert que l’on savoure sans crainte! Grâce aux méthodes traditionnelles de préparation, les composés toxiques sont éliminés, rendant la consommation parfaitement sûre. Ainsi, le manioc transforme le risque en gourmandise, un vrai petit miracle tropical.

Le Croton: une Euphorbiacée colorée!

Euphorbiacées - Croton
Le croton (Codiaeum variegatum) est probablement l’une des Euphorbiacées les plus connues en horticulture. Photo: Mathieu Gaudreault.

Cultivé surtout comme plante d’intérieur sous nos latitudes, le croton se distingue par son feuillage spectaculaire, aux couleurs vibrantes allant du vert au jaune, en passant par l’orange, le rouge et parfois même le pourpre. Cette palette vive est due aux pigments présents dans ses feuilles et explique sa popularité dans les décors tropicaux. Comme plusieurs membres de sa famille, le croton produit un latex blanc irritant: il vaut donc mieux porter des gants lors de la taille ou du rempotage. Malgré cela, il demeure une plante robuste et très décorative, parfaite pour apporter une touche exotique à n’importe quel espace.

L’Euphorbia polychroma est une plante vivace remarquable pour son feuillage coloré qui change au fil des saisons, passant du jaune vif au vert tendre, puis au bronze à l’automne. Photo: Mathieu Gaudreault
L’euphorbe réveil matin (Euphorbia helioscopia), une espèce introduite que l’on retrouve dans les champs cultivés au Québec. Photo: Mathieu Gaudreault

Quelques plantes de cette famille

Plantes d’intérieur

Couronne d’épines (Euphorbia milii)

Euphorbe trigone (Euphorbia trigona)

Euphorbe crayon (Euphorbia tirucalli)

Poinsettias (Euphorbia pulcherrima)

Croton (Codiaeum variegatum)

Plante zigzag (Euphorbia tithymaloides)

Euphorbe du Madagascar (Euphorbia leuconeura)

Plantes annuelles

Ricin commun (Ricinus communis)

Ricin de Zanzibar (Ricinus communis syn. Ricinus zanzibarensis)

Euphorbe des bois (Euphorbia amygdaloides). Vivace en climat plus chaud.

Euphorbe à feuilles de millepertuis (Euphorbia hypericifolia ‘Inneuphdia’)

Plantes vivaces

Euphorbe polychrome (Euphorbia polychroma)

Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia Cyparissias)

Euphorbe à feuilles de myrte (Euphorbia myrsinites)

Plantes sauvages

Euphorbe réveil-matin (Euphorbia helioscopia)

Euphorbe maculée (Euphorbia maculata)

Plante alimentaire

Manioc (Manihot utilissima)

Plantes à usage industriel

Hévéa (Hevea brasiliensis)

En résumé:

  • Famille très diversifiée
  • Présence fréquente d’un latex blanc souvent irritant ou toxique.
  • Fleurs discrètes (cyathes), mais bractées souvent colorées, très visibles.
  • Fruits tricoques

Comment conclure en quelques mots au sujet d’une famille si vaste et diversifiée? Comment définir globalement une famille dont les attributs sont si variables? Les botanistes qui nous ont précédés ont pourtant réussi, mais on peut très bien imaginer le travail titanesque qu’ils ont dû déployer pour dompter cette bête. La singularité des Euphorbiacées s’est probablement transposée en objet de convoitise pour eux et heureusement pour nous aujourd’hui! Nous ne pouvons qu’admirer la diversité des Euphorbiacées et nous en inspirer. Alors, en cette période où l’on célèbre justement une Euphorbiacée parmi les plus célèbres, le poinsettia, permettons-nous un clin d’œil botanique: que la diversité et la créativité des Euphorbiacées inspirent vos décorations, vos projets… et vos célébrations. Sur ce, joyeuses fêtes!

Dans notre prochain volet… les Broméliacées!


  1. Lorsque j’étais un jeune garçon (ça date !), une de nos occupations avec les enfants du voisinage, consistait à faire des dessins avec le suc des « euphorbes réveil matin sur nos bras », ça devenait rouge, enflammé et on imaginait que ça ressemblait à des « peintures de guerre  » ou des tatouages. Heureusement ce jeu dangereux n’a jamais provoqué de dommages autres que des traces sur nos bras pendant quelques semaines et quelques réactions peu amènes de nos parents respectifs, surtout en cas de récidive..

  2. Marie-Josée Lafaille

    Wow! Surprenant. J’ai découvert la plante crayon cet été et je l’ai hivernée et elle va bien. Le lien avec l’hevea est clair, mais sûrement pas avec le poinsettia. Merci!

  3. Quel article intéressant! La famille Euphorbia est tout-à-fait fascinante! Merci pour votre clarté et votre pédagogie.

  4. Très bon article, clair et instructif. J’ai hâte de vous lire sur la famille des broméliacées.
    Joyeuses fêtes!

  5. Article interessant , informatios claires et utiles. Merci!