Racines des orchidées, partie 3 – remplacer la sphaigne industrielle par un substrat mieux adapté
Beaucoup d’orchidées vendues dans le commerce sont proposées dans un substrat à base de mousse de sphaigne ou de fibres végétales comprimées. Bien que la culture à long terme dans ce type de substrat soit possible, elle est plus technique et généralement mal adaptée aux pratiques horticoles domestiques. Il est donc conseillé de remplacer la sphaigne industrielle par un substrat plus facile à gérer par les amateurs d’orchidées. C’est ce que nous allons voir dans cette troisième chronique consacrée à la saine gestion des racines d’orchidées.
Pourquoi les phalaenopsis sont-ils souvent vendus dans un substrat de sphaigne?
Dans un environnement industriel, la mousse de sphaigne présente plusieurs avantages pour la production de masse. D’abord, elle convient parfaitement au développement de plantules de petite taille. Grâce à ses propriétés très absorbantes, elle requiert en effet moins d’eau d’arrosage et peu de fertilisation. De plus, les propriétés antiseptiques de la sphaigne fraîche (qui est antibactérienne et antifongique pendant quelques mois) créent un substrat de culture suffisamment sain pour réduire considérablement les besoins en pesticides dans les serres de production. Il n’est donc pas surprenant de trouver autant de phalaenopsis commercialisés dans ce type de substrat. Mais ce n’est pas tout.
Certaines orchidées sont importées dans un substrat «temporaire»
Dans des conditions particulières, il est possible d’importer des orchidées récemment rempotées avec de la mousse de sphaigne fraîche. Cette mousse de sphaigne à usage temporaire offre une bonne protection contre le dessèchement et les dommages mécaniques pendant le transport. Les propriétés antiseptiques de la sphaigne fraîche permettent également d’éviter les saisies douanières.
Les orchidées en transit dans ce substrat d’importation sont souvent mises en vente telles quelles, donnant l’impression qu’elles ont été cultivées dans de la mousse de sphaigne, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Malheureusement, la mousse de sphaigne est souvent mal adaptée à la culture des orchidées adultes. Elle retient en effet beaucoup trop d’eau, ce qui entraîne l’asphyxie des racines, comme nous l’expliquions dans une chronique précédente.
Il faudra donc prévoir un rempotage complet de ces plantes dès la fin de la floraison, lorsque l’orchidée commencera à produire de nouvelles racines. Cette opération est généralement nécessaire après 5 à 6 mois, car les propriétés antiseptiques de la sphaigne déclinent très rapidement après cette période. De plus, la mousse de sphaigne devient progressivement toxique en se dégradant et en accumulant des sels d’engrais.
Le remplacement de la sphaigne est une opération relativement simple
Il y a une panoplie de possibilités pour remplacer la mousse de sphaigne par un nouveau substrat mieux adapté à la culture domestique. En fonction de vos conditions de culture et des plantes spécifiques à rempoter, vous choisirez ce qui convient le mieux à votre situation spécifique.
Pour illustrer le processus, nous utiliserons ici un phalaenopsis que nous rempoterons dans un substrat d’écorce de bonne qualité. Ce type de substrat est facile à trouver en jardinerie ou auprès d’une association locale d’orchidophiles. Il devrait normalement durer de trois à quatre ans dans des conditions de culture domestique normales. Certains y ajoutent de la perlite et d’autres agents de remplissage, mais cela n’est généralement pas indispensable pour la plupart des orchidées. Si vous êtes familiers avec un mélange de substrat particulier, il peut être préférable de l’utiliser tel quel afin d’éviter d’introduire des facteurs de risque inutiles.
Étape 1: Trempez la plante pour assouplir les racines et faciliter la sortie du pot
Il est recommandé d’utiliser une solution de peroxyde d’hydrogène à 0,5 % pour le trempage préparatoire, afin d’hydrater et de désinfecter les racines. Le trempage devra durer environ 15 minutes. Il faudra renouveler la solution pour chaque plante à traiter s’il y en a plusieurs à rempoter. On rassemblera le matériel nécessaire durant cette période de trempage pour pouvoir procéder rapidement au rempotage.

Étape 2: Sortez la plante de son pot et dégagez la sphaigne
Dans le cas d’un phalaenopsis, il est recommandé de couper le pot en plastique souple sur un côté afin de pouvoir le «déplier» sans exercer trop de pression sur les racines.
On conservera ce petit pot coupé sur le côté, car il nous servira plus tard.
En général, les racines se trouvent en périphérie de la motte de sphaigne, avec quelques rares racines pointant vers l’intérieur de la mousse. Il devrait donc être assez facile de «dérouler» les racines pour dégager la motte de sphaigne, surtout si elle est bien humide. Il ne reste alors qu’à retirer les filaments excédentaires restés accrochés aux racines. On peut également rincer les racines sous le robinet, mais cette étape est facultative.
Une fois les racines bien dégagées, il est possible d’inspecter et d’éliminer toutes les racines malades, mortes ou endommagées. Cette opération est généralement facile à réaliser à l’aide de ciseaux à long bec, préalablement nettoyés et désinfectés avec de l’alcool à friction à 70 %. Manipulez la plante avec délicatesse, car elle est alors dans un état de grande fragilité.

Étape 3: Reformez la motte centrale avec le nouveau substrat
Pour réduire au maximum le stress lié au rempotage, il faut essayer de conserver la même disposition des racines dans le nouveau substrat de culture. Pour ce faire, on peut retourner la plante et insérer l’ancien pot en plastique juste en dessous des racines (voir la photo). L’ancien pot souple servira ainsi de réceptacle temporaire que l’on remplira d’écorce afin de reformer la motte centrale dans une configuration similaire à l’ancienne boule de sphaigne. À l’aide de petites vibrations, faites descendre les particules d’écorce de façon à occuper tous les petits interstices entre les racines.
Une fois le pot bien rempli, on viendra déposer le nouveau pot par-dessus la motte reconstituée, un peu à la manière d’un chapeau, ce qui emprisonnera l’écorce entre les deux pots.
À ce moment, on peut redresser la plante (feuillage vers le haut) sans risque de disperser les particules d’écorce, tout en maintenant les racines dans une position proche de leur configuration d’origine. On retirera ensuite délicatement le pot souple pour permettre le remplissage final du nouveau contenant avec du substrat frais.

Étape 4: Le surfaçage est une pratique recommandée mais facultative
Pour bien stabiliser la plante dans son nouveau pot, de nombreux orchidophiles expérimentés recommandent de surfacer la potée avec de la mousse de sphaigne fraîche (top-dressing en anglais). Cette pratique est très utile et facile à réaliser. Il suffit de déposer environ un centimètre de mousse par-dessus l’écorce afin de former une sorte de filet de sphaigne en surface du pot. Il faut ensuite presser légèrement la mousse sur le pourtour du pot pour la coincer en périphérie. Il faudra éviter d’appuyer sur la mousse à proximité des racines pour ne pas les endommager. Cette couche protectrice limitera ainsi la dispersion des particules d’écorce encore libres et stabilisera l’orchidée dans son nouveau contenant. Plus tard, lorsque la plante reprendra sa croissance racinaire, cette couche de sphaigne en surface sera très utile pour guider les racines aériennes vers le substrat.

Étape 5: Identifiez l’orchidée et arrosez-la
Avec peu d’effort, il est donc possible de remplacer la mousse de sphaigne par un substrat beaucoup plus durable et plus facile à gérer. L’avantage de cette méthode est de minimiser la perturbation des racines, qui conservent globalement le même déploiement dans le substrat avant et après le rempotage.
Si votre orchidée possède une étiquette d’identification, n’oubliez pas de la transférer dans le nouveau contenant. Si ce n’est pas le cas, je vous recommande d’en créer une et de l’insérer dans le pot. Vous y inscrirez le nom du genre botanique (par exemple, «phalaenopsis hybride»), la couleur de la fleur (par exemple, «jaune crème»), la date du rempotage (par exemple, «P: 2025-12-30») et toute autre information qui vous aidera à assurer le suivi de la culture. Les étiquettes collantes (par exemple, celles de la marque P-Touch) sont très appréciées, car elles sont plus faciles à lire que les bâtonnets insérés dans le pot.
Une fois arrosée, la plante pourra être replacée dans votre espace de culture, où elle devrait rapidement reprendre sa croissance.



Est-ce qu’on peut rempoter une orchidée s’il y a un bourgeron floral qui pointe ?
Préférablement pas. Le rempotage (même exécuté très délicatement) va nuire au développement de l’inflorescence. S’il est absolument nécessaire de rempoter (ex. substrat dégradé, racines en train de pourrir, etc), il est recommandé d’éliminer la tige florale pour permettre à l’orchidée d’investir toutes ses ressources dans la fabrication de nouvelles racines qui assureront sa survie à court terme.
Bonjour, quelle est votre opinion sur l’efficacité du Leca ou boules d’argiles en remplacement de l’écorce
Les billes d’argiles sont utilisées par certains amateurs d’orchidées. Mon expérience personnelle a été plutôt décevante et je ne les utilise plus. Comme elles restent humides très longtemps, elles avaient tendance à faire pourrir le substrat plus rapidement et à devenir des foyers d’infections (fongiques ou bactériologiques).
Bonjour, j’ai 7 orchidées et elles ne fleurissent pas. Pourquoi ?
Je vous suggère de lire la chronique sur ce sujet.
https://jardinierparesseux.com/refleurir-ses-orchidees-patience-et-savoir-faire/
Bonne chance.
Sur une orchidée qui ne cesse de fleurrir, j’ai 3 petites feuilles qui poussent sur une des tiges. Que dois-je faire pour la suite des choses?
Bonjour à tous
Pour répondre à Myriane : j’ai plusieurs Phal qui fleurissent régulièrement et j’en ai qui parfois comme vous certaines qui font des keikis (une qui a fleuri et son keiki aussi en même temps) mais dernièrement une autre qui avait 2 hampes et sur lesquelles j’ai eu 3 keikis que j’ai laissés grandir par peur de les rempoter. Ils avaient bien poussé et avaient de grandes racines et chacun 3 grandes feuilles aussi je ne pouvais plus les laisser comme ça et il y a une vingtaine de jours je me suis décidée à les rempoter dans du mélange pour orchidées et depuis mes plantes ont du être contentes parce qu’elles ont toutes les 3 une feuille qui pousse (pour le moment bien petites). Alors laissez vos petites pousses grandir et dans quelque temps vous aurez le bonheur d’avoir de nouvelles plantes, bonne chance.
Bonne soirée
Siminou42 de France
J’ai de la difficulté à comprendre comment vous utilisez le vieux pot. Vous y insérez la plante à l’envers? Vous devez découper une ouverture pour ne pas endommager la tige, non?
Et où vous procurez-vous le nouveau pot transparent?
Quad à l’arrosage après avoir rempoté, c’est bien en trempant la plante dans l’eau pendant une quinzaine de minutes?