Dans mon article du mois de décembre 2025, je vous disais que l’organisme QuébecOiseaux chapeautait les 31 clubs d’ornithologie de la province. J’ai un réel respect pour QuébecOiseaux qui se démarque par ses actions de conservation des oiseaux et de leurs habitats. L’organisme s’engage également dans des actions de protection d’espèces rares ou devenues sensibles et qu’il faut protéger, telles que l’hirondelle de rivage, le martinet ramoneur ou d’autres espèces en situation de précarité.
Il pose des gestes concrets quant à la protection des habitats humides, boisés ou agricoles. Ses actions sur le terrain le portent à communiquer avec les propriétaires de boisés, de pâturages et de tout autre habitat menacés et mettant en danger la faune aviaire. Engagé dans le mouvement et dans l’action, QuébecOiseaux organise des recensements du hibou des marais et est «le» partenaire et les oreilles du Cornell Laboratory of Ornithology quant à la gestion québécoise des listes d’observations des oiseaux du Québec (Ebird). QuébecOiseaux est par ailleurs l’éditeur du seul magazine d’ornithologie de langue française au Québec, qui paraît quatre fois l’an (pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site. Cet organisme pose des actions concrètes et travaille aussi à la prévention.
QuébecOiseaux et «Fleur-O-Bec»
Récemment, QuébecOiseaux a mis en ligne la base de données «Fleur-O-Bec» sur sa page web (je vous en glissais un mot dans mon article cité plus haut). C’est un pas de plus vers une nouvelle ère d’écologie urbaine ou agricole!
J’ai commencé à bâtir cette base de données il y a 35 ans quand je travaillais au Jardin zoologique de Québec. Fort du succès inattendu de sa première publication papier, je me suis mis à compiler mes recherches d’année en année. Les renseignements recueillis m’ont permis d’élaborer avec soin le plan de mon «jardin d’oiseaux». Le projet est parti de mon objectif de planter des variétés de végétaux dans le but d’attirer le plus possible mes espèces d’oiseaux favorites. Le premier, le colibri à gorge rubis (la seule espèce de colibri que l’on trouve sur le territoire québécois, donc à l’est du Mississippi comme mentionné dans les bons guides d’observation), m’a poussé à répertorier ses plantes favorites. Je vous incite à aller les découvrir sur le site de QuébecOiseaux, en parcourant la base de données.
Comment l’utiliser cette base de donnée?
Cette base, que l’on peut interroger à souhait en faisant dérouler la liste des oiseaux ou en sélectionnant la plante que vous souhaitez planter dans votre jardin, vous donne des suggestions, des idées et des réponses. Vous pouvez même télécharger le résultat de vos recherches. Donc, pour notre «oiseau-mouche», vous pouvez obtenir la liste des plantes inscrites sur votre liste de sélection.
Saviez-vous que notre colibri doit ingurgiter plus de 70% de son poids par jour pour survivre? Oui, je m’emporte, comme dans ma recherche de nourriture pour attirer un autre de mes favoris: le jaseur boréal. Lui aussi me fait trop plaisir quand je le vois atterrir sur mes viornes trilobées (Viburnum trilobum, notre «pimbina»). Ce n’est pas la seule plante qui l’incite à demeurer chez moi. Comme le jaseur boréal ne voyage pas souvent en solitaire, ils sont parfois jusqu’à 200 à se «garrocher» sur mon pommetier ‘Indian Magic’ (Malus ‘Indian Magic’). Ces petits coquins m’en font voir de toutes les couleurs.
Lors de mes recherches, j’ai inclus des observations personnelles sur une liane introduite, oui, oui, introduite comme plusieurs d’autres plantes qui ont été transportées et plantées sur notre sol québécois pour le bonheur des uns et le malheur des autres! Donc, cette liane, la morelle douce-amère (Morella dulcamara), pousse très bien dans notre climat. En furetant dans «Fleur-O-Bec», vous découvrirez que celle-ci est très recherchée par le roselin familier (une autre espèce introduite). Elle est aussi l’une des plantes qui attirent sans contredit le cardinal rouge. On a chacun, chacune, des plantes et des espèces d’oiseaux favorites. À vous d’aller fureter dans «Fleur-O-Bec»!
Des heures de recherches derrière Fleur-O-Bec
Fleur-O-Bec a une identité très québécoise. Elle renferme toutes les données que je pouvais trouver, mais elle est aussi la seule base de données canadienne qui utilise les noms français, anglais et botaniques pour les végétaux et les termes scientifiques pour les oiseaux. La mise en forme sur la page du site de QuébecOiseaux a été possible grâce à la participation d’André Desrochers, professeur d’Écologie de la faune à l’Université Laval, chercheur, entre autres sur l’écologie hivernale des oiseaux et des mammifères. Il est également un ornithologue professionnel.
Lors de mes recherches, je me désolais de voir des affirmations généralisantes, dans les livres et revues, telles que: «le cardinal aime les fruits» ou encore «le cardinal aime le houx», mais sans que ce soit précisé de quel type de cardinal ni de houx il s’agissait! En creusant, en furetant, comme une mésange à tête noire, j’ai trouvé! Pour le Québec, il s’agit du cardinal rouge qui a une préférence pour les fruits du houx verticillé (Ilex verticillata).
Dans mes recherches, j’ai eu la chance de trouver et de consulter avec frénésie un livre en anglais édité aux États-Unis, Trees, Shrubs and Vine for Attracting Birds de Richard M. DeGraaf. C’est un chercheur américain qui a écrit ce bel ouvrage, n’ayant jamais été traduit. De plus, il ne donne pas le nom scientifique des oiseaux. Bref, c’est complet, accessible, mais seulement pour ceux qui connaissent un tant soit peu la langue de Shakespeare. C’est l’un des rares auteurs qui «ose» parler de préférences. C’est l’un des livres qui a servi à compiler avec précision mes données.
Plantes et oiseaux
Quant à moi, j’ai classé les plantes qui servaient de buffet aux oiseaux sur une échelle de 1 à 5. Saviez-vous que l’échinacée pourpre (Echinacea purpurea), une de nos belles plantes indigènes, est à la fois recherchée par le colibri à gorge rubis pour son nectar et par le chardonneret jaune pour ses graines? Le houx verticillé (Ilex verticillata) permet de nourrir les oiseaux comme le cardinal rouge en saison hivernale, ainsi que différentes grives.
On a vu s’y nourrir la grive solitaire en janvier 2020, au Parc des moulins dans la région de Québec, et aussi la grive à dos olive, à la fin décembre 2021. Ces oiseaux sont deux espèces migratrices qui ont trouvé leur subsistance dans cet arbuste lors de la saison hivernale! Dans un autre ordre d’idées, connaissez-vous la ligulaire du Japon (Ligularia japonica)? C’est l’un de mes secrets, que je vous dévoile! Cette vivace à grand déploiement attire notre colibri en août et est très recherchée par nul autre que le chardonneret jaune en septembre et en octobre!
Devenez membre de QuébecOiseaux
Donc si vous vous laissez tenter par l’ornithologie, je vous encourage à devenir membre de QuébecOiseaux, à vous abonner à leur magazine et, pourquoi pas, à l’offrir en cadeau à l’un de vos proches! Devenez membre d’un club d’ornithologues, quelle belle idée!
Profitez du temps qu’il vous reste avant la saison des semis pour planifier celle-ci en recherchant les végétaux qui attireraient vos oiseaux favoris dans la base de données.
Dans le prochain article, je vais vous parler des plantes favorites du colibri à gorge rubis qui le convaincront à se joindre à votre groupe d’invités à plumes.
Bon furetage!
