La noix qui a donné sa saveur au coca-cola – Série des saveurs végétales inconnues
En préparant cette série sur les saveurs à l’origine végétale mal connues, un lointain souvenir m’est revenu. Je me souviens avoir été complètement surprise, il y a des années, d’apprendre que le cola n’était pas juste une saveur chimique inventée dans un laboratoire. J’ai beau ne pas aimer le Coke, ça reste étonnant de découvrir que ce goût indéfinissable vient… d’une plante! Coca-Cola, Pepsi-Cola… Le nom est là, en toutes lettres: COLA. La noix de kola, pour être précise!

Installez-vous confortablement avec votre boisson préférée (qu’elle soit pétillante ou non!), parce que nous partons en voyage: de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux réfrigérateurs du monde entier, en passant par une petite pharmacie d’Atlanta.
La noix africaine oubliée
Les arbres du genre Cola (acuminata et nitida étant les deux espèces les plus cultivées) peuvent atteindre 20 à 30 mètres dans les forêts tropicales d’Afrique de l’Ouest. Hélas, ça ne poussera pas dans votre cour au Québec…! Vous pourriez essayer en pot à l’intérieur, mais l’arbre ne produit pas avant 12-15 ans et doit atteindre plusieurs mètres avant de pouvoir le faire.
L’arbre produit des fruits semblables à de grosses fèves trapues contenant les fameuses noix de kola: des graines roses, rouges ou blanches ressemblant à des haricots. Elles auraient un goût amer… qui rend ensuite les aliments sucrés plus sucrés. Un tour de magie pour vos papilles!
Et pourquoi s’y intéresse-t-on? Parce qu’elles contiennent 1 à 2,8% de caféine, plus de la théobromine (comme dans le chocolat, le cacaoyer est dans la même famille que le kolatier, soit dit en passant). Un petit coup de fouet naturel, version africaine!
Une graine sacrée
Chez les Igbos du sud-est du Nigéria, il existe un proverbe: «Celui qui apporte la noix de kola apporte la vie.»
Avant d’atterrir dans une canette, la noix de kola jouait déjà un rôle central dans les cultures ouest-africaines. Et quand je dis central, je veux dire VRAIMENT central. La présentation suit un protocole élaboré: l’hôte présente les noix, l’aîné offre des prières, puis la noix est cassée et distribuée. Le nombre de lobes a même une signification: quatre lobes = paix, cinq = prospérité, six = communion avec les ancêtres. Cette tradition existe encore aujourd’hui lors de mariages, funérailles et négociations commerciales. C’est une plante d’une grande importance culturelle.
Il ne faut pas oublier le coca dans le cola!
Pause importante: le nom «Coca-Cola» vient de DEUX plantes différentes!
COCA = Erythroxylum coca, arbuste sud-américain dont les feuilles contiennent de la cocaïne.
COLA = Cola acuminata, notre noix africaine caféinée.
À la fin du 19e siècle, les deux étaient utilisées comme stimulants. La cocaïne, à petites doses, combat la fatigue et supprime l’appétit – elle est cependant très addictive… Mais ça ne l’a pas empêché de se retrouver dans LE produit à la mode dans les années 1860! Et je ne parle pas encore de boisson gazeuse ici, mais de vin! Oui, oui, un bordeaux français infusé aux feuilles de coca!
En 1885, un pharmacien d’Atlanta nommé John Pemberton crée un «tonique» inspiré de ce fameux vin au coca. Sa contribution? Il y ajoute des noix de kola! Feuilles de coca + noix de kola + vin = remède contre maux de tête et épuisement. Ça sonne comme une mauvaise idée, ce mélange, mais c’était légal à l’époque! Même pas besoin de prescription!
En 1886, Atlanta interdit l’alcool. Pemberton reformule: il retire le vin, garde coca et kola, ajoute eau gazeuse, épices (vanille, agrumes, muscade, cannelle) et beaucoup de sucre. Le 8 mai 1886, le Coca-Cola est né… et contenait environ 9 mg de cocaïne par verre.
Le nom? «Coca» + «Cola». Simple et accrocheur!
Pemberton vendait en moyenne 9 verres par jour la première année. Il mourut en 1888 sans voir le succès à venir.
Le génie du marketing
Asa Candler rachète les droits vers 1890. Et là… GÉNIE du marketing! En 1891, il investit 11 000$ en publicité – astronomique quand le marchand moyen dépensait moins de 100$ par année! Il distribue des coupons pour des consommations gratuites (révolutionnaire!), crée des milliers de calendriers, inonde le pays de plateaux, horloges, éventails… Même moi, j’ai souvenir qu’on avait un de ces plateaux vintage dans ma jeunesse. L’Américain moyen voyait le logo 12 fois par jour en 1895.
En 1900, 97% des résidents d’Atlanta reconnaissaient le logo instantanément. Sans télé ni internet! Voilà comment on passe de 9 verres à un empire mondial qui en vend quotidiennement 1,9 milliard.
Les plantes disparues de la bouteille
La cocaïne d’abord. En 1903, face aux inquiétudes, Coca-Cola retire les feuilles de coca fraîches et utilise des feuilles dites «épuisées» – les restes après extraction – contenant seulement des traces de cocaïne. Le processus est ensuite perfectionné et Coca-Cola utilisera à partir de 1929 un extrait de coca décocaïnisé. La cocaïne extraite va aux pharmaceutiques.
La noix de kola ensuite. La formule moderne ne contient plus d’extrait réel de noix de kola. Des tests ont échoué à détecter les protéines caractéristiques. Même chose pour Pepsi et toutes les grandes marques.

Que s’est-il passé? Vers le milieu du 20e siècle, la caféine synthétique est devenue disponible et beaucoup moins chère. Remplacement silencieux. Le goût «cola»? Vanille, cannelle, muscade, agrumes… Mais pas de kola!
Mythe des Fêtes: Coca-Cola et le père Noël
Tant qu’à être dans une série du temps des fêtes, je ne peux pas passer sous silence un mythe très répandu… NON, Coca-Cola n’a PAS inventé le père Noël!
Les faits:
- 1822: «Twas the Night Before Christmas décrit déjà un père Noël potelé et jovial
- 1860–1866: Thomas Nast (un caricaturiste) établit le physique: barbe blanche, manteau rouge…
Faire son propre cola maison
Si vous voulez goûter un cola avec de vraies noix de kola, faites-en à la maison! Les noix s’achètent en ligne comme n’importe quelle épice. (Pas les feuilles de coca par contre… pour des raisons évidentes!)
Je ne suis pas adepte de cette saveur, mais c’est un projet parfait pour les Fêtes!
Sirop de base:
- 1 tasse de sucre blanc + ½ tasse de cassonade
- 3 tasses d’eau
- 1 c. à thé de cannelle + 2 c. à thé de coriandre + ½ c. à thé de muscade + 1 c. à thé de gingembre frais râpé + 2 c. à thé de poudre de noix de kola (optionnel!)
- Zeste et jus de 2 oranges, 1 citron, 1 lime + ½ c. à thé de vanille + ½ c. à thé d’acide citrique
Méthode:
Faire mijoter le sucre, l’eau, les épices, le gingembre et le kola 20 minutes. Laisser refroidir, ajouter les agrumes, la vanille et l’acide citrique. Réfrigérer 2-4 heures, filtrer.
Au moment de servir, mélanger 1 part de sirop pour 1-2 parts d’eau pétillante.
Honnêtement? Il paraît que c’est délicieux, même sans les noix de kola. La saveur de cola vient surtout du mélange d’épices et d’agrumes. Avec un beau ruban, ça fait quand même un beau cadeau maison à offrir à Noël!
Une histoire qui donne à réfléchir
Les noix de kola continuent d’être cultivées en Afrique et les Igbos cassent toujours leurs noix en quête de bénédiction, siècle après siècle. Et nous? On consomme 1,9 milliard de portions de Coca-sans-Kola quotidiennement, sans savoir qu’il y a toute une histoire botanique derrière ce goût familier… Une histoire vraiment pas si vieille que ça, en fait!
C’est magique de découvrir que ce qu’on pensait être une saveur artificielle cache en fait l’histoire d’une (deux!) plante(s), d’une culture riche, de traditions anciennes… En faisant mes séries du temps des fêtes, je découvre souvent de belles anecdotes qui m’ancrent dans le présent, en me donnant de nouvelles perspectives sur le passé. J’espère que ces découvertes, ces vraies histoires qui tissent un lien supplémentaire entre les plantes et les humains vous touchent, ou du moins, vous intéresse autant que moi.
On se revoit la semaine prochaine pour une saveur et une texture INCONTOURNABLE du temps des fêtes! D’ici là, que vos découvertes soient pétillantes!






Très intéressant Ne lâchez pas Vous êtes unique
Vraiment très intéressant! J’ai hâte de vous lire la semaine prochaine!
Wowww ?merci. Toujours fascinante et inspirante tes histoires. Tu as une très belle main d’écriture. Merci de tes partages. Bon temps des fêtes à toi et l’équipe
Wowww ?merci. Toujours fascinante et inspirante tes histoires. Tu as une très belle main d’écriture. Merci de tes partages. Bon temps des fêtes à toi et l’équipe
Bonjour et merci Audrey pour cette belle histoire !
Mais je trouve qu’elle a plutôt mal fini, vous dites « ce qu’on pensait être une saveur artificielle cache en fait l’histoire d’une (deux!) plante(s), d’une culture riche, de traditions anciennes… »
mais qui, de nos jours, a connu le goût de la recette antique ?
Et ce sont bien des saveurs artificielles et beaucoup de sucre qui, même sans la coca, rendent accros les consommateurs actuels.
Vous savez, en écrivant cet article, moi aussi j’ai trouvé l’histoire triste. Et puis je me suis dis que aucune plante ne pouvait fournir 2 milliards de portions quotidiennes et qu’au final, c’est mieux d’avoir opté pour une saveur qui recrée l’originale, plutôt que de décimer les colatiers!
Même si la saveur « originale » n’y est plus, l’histoire reste. Ma mère me dit souvent que c’est triste quand une de nos tradition familiale disparaît, alors je m’empresse de lui rappeler que nos traditions ne disparaissent pas : elles changent.
Quelle histoire!!! Bravo et heureuse de voir que Coca-Cola n’a pas »créé » le Père Noël.
Merci Audrey,
J’aime vous lire, vos articles sont toujours très intéressant.
on pourrait même appeler ca Sans-Coca-ni-Cola ou Sans-Cola-Sans-Kola! merci pour cet article et pour la photo de la noix de kola. je n’avais jamais vu l’intérieur. Super beau!
Tellement intéressantes, tes chroniques chère Audrey! Merci pour ces moments … instructifs.
Merci beaucoup pour cet article.
Pour info, non ce ne sont pas les États-Uniens qui ont » inventé » le père Noël. Saint-Nicolas de Myre a bien existé : au 3e siècle en Turquie. Il est à l’origine de la légende de Saint-Nicolas, Claus en allemand. Santa Claus.
Intéressant de connaître l’histoire de cette populaire boisson pétillante.
Je savais que le coca était un médicament pour tous les maux du 19ième siècle, maintenant j’adore l’histoire de la recette complète du coca-cola grâce à vous, merci
WOW ? sa c est l histoire de mon Noël
Tellement intéressant, et oui je vais tenter l expérience, je m essaye pour une version sans sucre pour diabétiques avec stévia. Et une sans aucun sucre.
Merci beaucoup Audrey, passez un beau temps des fêtes vous et vos proches
Et bonne continuité à tout l équipe de jardinier paresseux ???
Bravo, et donnez-nous en des nouvelles !
Joyeux temps des Fêtes????
Je t’aime belle Audrey! Tes chroniques sont tellement savoureuses et instructives. Un bol rafraîchissant à chaque fois! Ne lâche pas. C’est un réel plaisir de te lire !
Ce n’est pas ma version des choses.
J’ai passé plusieurs années de vacances à Villers sur mer ‘ en Normandie).Là il est expliqué que le pharmacien du village avait inventé un médicament,ancêtre du coca cola.Mais il n’avait pas déposé de brevet et les américains qui avaient le sens du commerce s’en sont emparé en modifiant seulement les apparences.
D’autre part, au tout début le Père Noël était vert.
Du commerce.Que du commerce!
Ne serait-ce pas justement Angelo Mariani? Le vin Mariani à été vendu comme remède à plusieurs maux et monsieur Mariani était effectivement pharmacien. Il a vécu une bonne partie de sa vie à Paris, mais peut-être qu’il avait des pharmacies à différents endroit? J’avoue ne pas être familière avec la géographie Française!
Très intéressant.
D’ailleurs vous chronique le sont toujours, merci.
Merci Audrey, toujours intéressant et rafraîchissant
Jamais je n’aurais connu cette histoire sans vous! Merci!
Très intéressant et bon à savoir!!
Excellent
Très instructif. Merci